Lorsqu’on parle de vigne en fleur, on imagine souvent le viticulteur humant ça et là les fleurs de ses vignes dans une débauche d’odeurs toutes plus agréables les unes que les autres.
La réalité est toute autre, et surtout cette année. Je reviendrai sur les fleurs de vigne dans un prochain billet.
Chaque jour qui passe voit un nouveau record de pluie. Certes, il y a toujours pire que nous, mais avec 65 mm en 2 semaines de juin, on peut dire que le mois est déjà arrosé, surtout en suivant mai, avril et mars eux aussi très humides.
Mes idées et mes propos m’amènent à rejeter tout vocabulaire martial dans les relations que j’entretiens avec mes vignes. Ce discours là, je ne le renie pas, cependant, les conditions climatiques m’amènent à tempérer mes propos tant l’année est particulière et demande à être vigilant.
Donc, si on veut prendre des références guerrières, on peut dire que sur le front du mildiou, c’est un peu la Bataille d’Angleterre. C'est-à-dire qu’il faut être mobilisé en permanence et ne pas se relâcher. De ce fait, on peut à peu près maîtriser la situation. Certes, tout n’est pas parfait, mais on tient le choc la tête haute.
En ce qui concerne les labours et la gestion de l’herbe, on serait plutôt dans le cas de la ligne Maginot. On attend, on est prêt mais on ne se sent pas très efficace…
Finalement, on verra bien ce qui se passera. On fait au mieux et c’est bien là l’essentiel.
Si j’ai pris des exemples guerriers c’est aussi par le fait que Jean-Michel est passionné d’histoire et que depuis 2 ou 3 ans, il s’est spécialisé dans la guerre du Pacifique. Etrange me direz-vous. Je suis d’accord avec vous mais il a l’air ravi d’approfondir ce pan de l’histoire de la seconde guerre mondiale. Un jour, il a décidé d’améliorer son niveau en anglais en ne lisant que des livres dans cette langue. Etant passionné d’histoire, il lit des ouvrages sur des sujets que personne ne connaît ici. D’ailleurs, il doit être le seul client en France. Actuellement, il lit la biographie du présidant américain Truman ! 1000 pages !
Pour en revenir à nos vignes, il faut toujours viser le bon jour pour traiter, sachant qu’il pleut à peu près tous les jours.
Lors du dernier traitement, mon beau père, pourtant chauffeur confirmé de tracteur a vu son pulvérisateur basculer pendant une manœuvre.
Heureusement, avec l’aide de Jean-Michel, ils ont pu remettre l’engin sur ses roues.
La fleur, c’est aussi le moment du poudrage au soufre fleur. Cette pratique ancienne rapproche les viticulteurs « classiques » de leurs homologues biodynamistes car l’action du soufre semble bien apporter une « impulsion » de chaleur si favorable durant cette phase critique du cycle de la vigne.
Nous avons mélangé soufre et talc. Ce dernier, très proche de celui des bébés, laisse les mains douces et lisses après l’avoir
touché.

Nous n’avons qu’une seule poudreuse pour nos 2 types de viticulture. Il faut donc monter et démonter à chaque utilisation.
Heureusement, depuis que nous avons un gerbeur, notre vie a changé. Il n’y a plus besoin de faire des acrobaties pour monter la poudreuse sur le pulvérisateur de l’enjambeur à plus de 2 mètres de haut.
Jusqu’à présent, vous pouvez vous dire qu’il y a surtout du travail de conduite et que finalement ce n’est pas très compliqué. Mais à
cette saison, le passage des engins dans les vignes est souvent gêné par la vigne elle-même qui pousse parfois de façon hirsute. Il faut donc relever en hâte pour casser le minimum de branches
avec les tracteurs.

C’est là que tout devient compliqué.
Chez nous, les choses sont aussi plus difficiles car nous essayons de « gérer » la pousse des ceps en fonction de ce que l’on souhaite, c'est-à-dire une viticulture épurée de toute action agressive. Voyez que je reviens à ma vision pacifiée des relations homme / vigne.
Nous abordons la viticulture comme l’éducation d’un enfant. On ne peut pas laisser tout faire au pied de vigne. On lui donne des règles mais on le laisse aussi s’exprimer. Les règles, c’est par exemple l’épamprage qui évite de le laisser dégénérer vers un buisson. Par contre, on le laisse ensuite sans effeuillage ou rognage. Pour cela, il faut lui donner cette éducation indispensable à la bonne réalisation de nos objectifs.
Bref, rien n’est simple et tout est subtil, intuitif.
Enfin, je voudrais conclure ce billet par un clin d’œil. Nous avons pu voir passer devant la maison une centaine de 2CV en excursion. Dans le lot, il y avait bien quelques intrus, mais les 2CV étaient très largement majoritaires.
Cette voiture est tellement inscrite dans notre patrimoine culturel français, que l’on ne peut pas en voir passer une sans penser au symbole qu’elle représente. Alors quand il y en a 100…
Parfois, c’est même un peu pesant car quand les étrangers n’ont de la France que cette image un peu vieillie, on aimerait pouvoir
tourner la page.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la faute de le 2CV qui reste une voiture sympathique. Elle me rappelle aussi que quand nous étions jeunes, Jean-Michel ne draguait avec la Dyane 6 de son père
(reconvertie en Dyane 9 en inversant le 6).
Cela m’amène à me souvenir qu’il y a 18 ans aujourd’hui que nous sommes mariés. 18 années de mariage sur 25 années d’un amour sans faille qui nous a permis de surmonter bien des difficultés et partager ensemble la plus belle des aventures, celle de devenir parents de 2 enfants beaux, solides et intelligents (du moins quand ils sont gentils).



