Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 19:03

Dans la fièvre des vendanges, je n’avais pas pris le temps de raconter une aventure qui m’est arrivée à cette époque.

Alors que nous étions occupés à couper tant bien que mal les grappes de blanc, j’ai vu arriver dans les vignes un homme avec un grand chapeau.

Il s’est présenté comme un prestataire de service en traction animale. Il m’a proposé son intervention dans mes vignes ; éventuellement pour faire un essai.

Puis, devant mon refus tout économique, il a fini par me suggérer de faire seulement quelques rangs pour faire des photos de promotion.

Ce fut un nouveau non catégorique de ma part et même doublement non !

Et c’est d’ailleurs là tout le problème.

Les chevaux se sont mis à pulluler dans les vignes, au moins ponctuellement le temps d’une photo ou dans les parcelles visibles.

Notre société de l’immédiat et de l’émotion génère de ce fait des vignerons qui voient, ou plutôt espèrent, une reconnaissance médiatique instantanée avec l’apparition des chevaux dans les vignes ou encore dans les plaquettes publicitaires.

Parmi tous ces gens, qui a vraiment pensé à la vigne ? Sûrement bien peu de monde, bio ou pas bio.

Cette démarche dessert finalement la cause du cheval de trait car malgré tout, les consommateurs ne sont pas dupes.

Je n’ai pas de chevaux de trait, mais on peut dire d’une certaine façon que je vis avec depuis qu’à Pontet-Canet Jean-Michel s’est lancé dans l’aventure de la traction animale il y a plusieurs années. Je connais donc le problème de près.

C’est toujours selon moi, le seul exemple de traction animale réfléchi.

Le cheval de trait doit être une réponse à une problématique dans la vigne, c’est-à-dire la compaction du sol par les passages successifs d’engins.

Il doit être global.

Il doit permettre de supprimer la cause du compactage et pas uniquement les travaux les plus faciles en « oubliant » magistralement tout ce qui dérange et qu’on ne sait pas faire sans tracteur.

Il ne doit pas concerner que la parcelle ou le rang sur le bord de la route et bien évidemment pas des parcelles recevant des pesticides.

Enfin, il doit être économiquement acceptable pour le domaine, sinon il ne dure jamais longtemps. Cela paraît évident mais beaucoup l’oublient.

Chez moi, je sais que je n’ai pas les moyens de le mettre en place donc je ne cherche pas à faire croire que les chevaux cultivent mes vignes.

Je continue de favoriser mon petit tracteur à chenilles ; solution moins poétique mais tout aussi efficace pour lutter contre le compactage des sols.

Lorsque mon travail sera parfait sous tous les angles, alors peut-être que le cheval deviendra un passage obligé pour améliorer la qualité des vins.

Mais d’ici là, le cheval sera dépassé, la traction par les vaches aussi.

On en sera sûrement au zébu ou au yack. Qui sait ?

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Corinne Comme 12/12/2013 14:06

Bonjour Laurence,

Votre expérience est toute à fait intéressante et j'admire votre courage.
Toutefois, la taille de votre exploitation ne permet pas d'en tirer des conclusions économiques. Pourriez-vous en vivre à 2 sans être double actif? Il s'agit plus d'un hobby ou d'une passion…….
ce que vous faites avec le cheval sur cette petite superficie n'est pas applicable à une plus grande échelle sans faire exploser le cout de revient (je sais le temps nécessaire pour traiter au solo)
J'espère avec le plaisir d'en discuter un jour avec vous.
Amicalement,

Corinne

Laurence ALIAS 12/12/2013 14:23

J'espère qu'on aura l'occasion d'approfondir sereinement le sujet.
Amicalement,

Laurence ALIAS 12/12/2013 14:20

Je m'attendais à cette remarque ... il s'agit d'une installation hors cadre familial sans gros apport en capital : nous choisissons donc de commencer petit, en autofinancement à 80%, afin de durer et ne faire aucune concession sur la qualité. Notre activité a bien vocation à devenir rentable, mais vous savez bien qu'il faut de 5 à 10 ans pour sortir la tête du trou en viticulture, surtout lorsqu'on fait des élevages longs. C'est certes une passion, mais nettement plus qu'un hobby. En ce qui me concerne j'y travaille à plein temps.

Laurence ALIAS 12/12/2013 09:05

Corinne,
On ne se connait pas, mais je ne peux que répondre à ce billet qui prend quelques raccourcis à mon goût. Je suis aussi scandalisée que vous qu'un prestataire propose de faire quelques rangs pour le prendre en photo : il s'instrumentalise, et plus grave il instrumentalisme son cheval pour une opération de greenwashing vraiment pas respectable, très maladroite. Sachez que la plupart des prestataires en traction animale refusent tout bonnement ses opérations de com. ponctuelles, ils exigent un travail sur le moyen termel. Ceci dit, beaucoup de propriétés ne travaillent qu'une petite partie de leur vignes au cheval. Les cyniques disent que ce n'est que pour en faire une vitrine et mettre une photo sur leur site internet, les autres espèrent que c'est essai ce transformera et que le cheval démontrera son efficacité pour un travail à plus large échelle. Selon vous, il n'y a qu'un exemple de traction animale réfléchi : c'est Pontet Canet. Merci pour les autres, on apprécie... Laissez moi vous raconter mon histoire "non réfléchie" d'introduction de la traction animale sur mon petit vignoble. Je suis vigneronne depuis fin 2008, nous sommes 2 personnes (pas à plein temps) à bichonner 1,5 ha de vignes dont un hectare planté à 10 000 pieds/ha avec des enracinements qui ne sont pas toujours très bons (les vignes étaient désertée en chimique avant moi) En agriculture biologique, et pratiques biodynamiques, nous avons dans un premier temps fait travailler nos sols par un voisin en prestation avec son enjamber. Avec de telles densités de plantation et des pieds pas parfaitement implantés et entretenus, il y avait de la casse. En plus, à cause de son emploi du temps les travaux du sols n'étaient pas toujours faits au bon moment à mes yeux. Je donc cherché une solution pour travailler nous même nos sols. J'ai choisi la traction animales pour ces raisons :
- un tracteur enjambeur (indispensable dans les vignes à 1 mètre), même d'occasion pas récente, n'est pas amortissable raisonnablement en dessous de 2-3 ha. Je ne parle même pas de son entretien (je précise que la mécanique, ce n'est pas vraiment un passe temps chez moi)
- Un cheval de trait, son équipement et son entretien me reviennent entre 1500 et 2000 euros/an, car j'ai accès à des prairies (je ne compte pas le temps passé en soins : c'est un plaisir !)
- Il assure une très bonne qualité de travail, sans tassement,
- Il peux travailler 3 - 4 ha sans problème, voire plus en fonction de son âge et de son énergie.
- d'un point de vue biodynamique, la présence d'un animal dans les vignes, ça a du sens
- mes parcelles étant éclatées, loin du chai, je préfère transporter un cheval dans un van entre les parcelles que faire le trajet en enjambeur étroit, plus instable sur route
Je précise que je n'utilise pas non plus de tracteur pour mes traitements et épandage des préparations, j'ai un petit outil étroit qui passe entre les rangs (brouette solo pour les connaisseurs).
Voilà, ce n'est qu'un cas particulier, et je reste à votre écoute pour en discuter. Par ailleurs je peux évoquer d'autres propriétés qui ont une approche réfléchie et cohérente sur des structures plus importantes comme le château Le Puy ou le château Latour (dans la même catégorie que Pontet Canet me semble-t-il...)
Je n'espère pas vous faire changer d'avis, mais peut-être le nuancer un peu. Qui sait ?

le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

Recherche