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7 mars 2014 5 07 /03 /mars /2014 18:12

Une des observations que j’ai pu faire lors de mon séjour à New-York, c’est la place peu enviable qu’ont les vins de Bordeaux dans l’univers mondialisé du vin. La réputation « cher et pas bon » colle à nos bouteilles comme l’argile à nos pieds.

Pire encore, il est maintenant de bon ton de faire du « Bordeaux Bashing », c’est-à-dire un dénigrement aveugle et systématique de notre région viticole ; cela incluant, les vins, les Châteaux et les gens.

Face à cette vague, que puis-je faire ? Que pouvons-nous faire ?

Très souvent, l’explication de notre démarche biodynamique commence en disant qu’au lieu d’attaquer pour se défendre, il vaut mieux essayer de comprendre pourquoi on en est arrivé là et quelle est ma propre responsabilité dans la situation présente.
Le raisonnement est valable là-aussi.

Réellement, je ne pense pas avoir des vins trop chers avec une gamme variant entre 8 et 12 €. En général, quand je vais dans une manifestation, mes vins sont parmi les moins chers. Dans toutes les régions, quelles que soient la qualité, la notoriété des crus, les gens proposent leurs vins à des prix bien plus élevés que moi.

Qualitativement, je crois avoir une gamme solide et fiable d’une année sur l’autre. Mis tout cela bout à bout, je vends donc ma production assez facilement, sans publicité, sans présence dans les guides et pratiquement sans promotion.


Pour autant, je ne peux pas dire que je suis heureuse de voir notre région conspuée. La réalité de Bordeaux est bien plus complexe qu’un simple blanc ou noir. Entre les grands crus les plus prestigieux et les vignobles de l’autre côté de l’échelle sociale, il existe une distance qui s’apparente à un océan.

L’organisation de ma vie fait que je côtoie les deux extrêmes et les connais donc bien.

Comme toujours, il y a du vrai et du faux dans les affirmations ou les critiques qui sont avancées.

Les prix stratosphériques qui font réagir ne représentent qu’une infime partie de la production bordelaise. Le reste est constitué de vins de tous les prix et de toutes les qualités.

Sont-ils pour autant moins bons que les autres ?

Réellement, j’en doute.

Certes, je suis la première à critiquer les vignes hautes et larges qui sont un des fondements de la non-qualité. Ce mode de conduite pervers génère des vins moins concentrés qu’avec des densités plus fortes. Pour retrouver des concentrations plus satisfaisantes, il faut alors baisser le rendement ; ce qui diminue la rentabilité de la vigne. Et ainsi de suite,…

Quand on fixe un niveau de prix dans la large fourchette qui existe, on trouve toujours des Bordeaux d’un niveau qualitatif largement aussi bon que les régions voisines ou pays étrangers.

Pour avoir dégusté pas mal de vins Californiens, je peux penser que nos vins de Bordeaux sont largement compétitifs en terme de prix et même de qualité.

La sélection récente de la RVF de crus du sud de la France, fait état de prix à 50, 70 €, voire bien plus.

On peut espérer que ces vins sont réellement bons. Il est sûr qu’à ce niveau de prix et même moins cher, on trouve d’excellents Bordeaux.

Malgré tout, il est difficile de se battre contre le courant. Que peut faire Bordeaux ?

Il faut tout simplement, faire de bons vins, avoir pour eux des tarifs dans leur marché. Ensuite, il faut de l’humilité et les bras ouverts avec sincérité pour recevoir les gens.


Si on fait ça, les choses devraient s’améliorer…

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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