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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 10:37

On vient vraiment de rentrer dans la saison culturale ; un peu brutalement même.

Après quelques semaines de temps sec malgré des températures assez fraiches, on vient de recevoir la semaine dernière des trombes d’eau. En une semaine, on a eu l’équivalent d’un mois de pluie.

Certes, dans d’autres régions, c’est bien pire mais pour nous, avec les traitements à assumer, c’est toujours problématique.

Dans notre commune, il y a même eu une mini-tornade qui est venue à bout de quelques arbres et lignes électriques. Heureusement, rien de bien grave. Il y avait aussi quelques grêlons qui ont percé des feuilles.

Nous avions anticipé, autant que faire se peut, car le dimanche précédent, la lune était au périgée, c’est-à-dire au moment du mois où elle était la plus proche de la Terre. C’est un moment important, à la fois pour l’eau dans les végétaux, pour les champignons (le mildiou est un champignon) et évidemment pour les marées même si on n’est pas très concerné par elles.

Dans nos sols argileux, il vaut mieux prendre les devants et éventuellement passer traiter un jour plus tôt que d’attendre au dernier moment et pour constater en ouvrant les volets le matin qu’il a plu et que toute tentative de traitement est devenue impossible.

Face aux cumuls importants de pluie dans la semaine et à l’instabilité du temps à venir, il a fallu repasser.

La tisane de plante a été repréparée en urgence. Etant proche de la floraison, on a commencé à faire évoluer le cocktail d’espèces utilisées.

Si les vignes à 2 mètres ont pu être traitées malgré les conditions humides, il n’en fut pas de même pour les vignes à 1m. L’enjambeur ne pouvait pas rouler dans nos sols argileux sous peine de rester enlisé.

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C’est donc à dos, que Jean-Michel et Thomas, père et fils ont fait la pulvérisation. C’est la seconde fois de l’année qu’on procède ainsi.

J’ai compati à la difficulté de la tâche. Il y a 20 litres de bouillie à porter sur le dos en plus du poids de la machine motorisée ; cela dans sur un sol lourd, collant et humide. Mais aussi bien l’un que l’autre n’ont pas eu l’air troublé. Ils ont de plus en plus de complicité et de complémentarité à travailler ensemble.

Ce traitement, c’est même pour eux un moment de rencontre, entre les deux.

Ceux qui ont eu à utiliser des produits (chimiques) pénétrants, conservent évidemment en tête le confort que cela procure de penser que malgré la pluie, le produit est à « l’abri » de la plante.

Le produit pénétrant, c’est une drogue. Drogue pour la plante qui ne compte que sur la molécule chimique pour se « défendre ».

Mais aussi et surtout, drogue pour le vigneron qui cède facilement à la tentation de la tranquillité. Une addiction à la sécurité et à la tranquillité…

Pourtant, qui peut penser que ces produits chimiques, surtout ceux qui se diffusent partout dans la plante, jusqu’à la moindre de ses cellules, ne laisseront pas de résidus dans les raisins puis dans les vins ?

Alors, face à ce « confort », on est prêt à laisser de côté les effets secondaires que la nature et surtout sur la santé des humains, utilisateurs, riverains et éventuellement consommateurs.


Effectivement, chez nous on a fait un tout autre choix. Celui de la cohérence et de la fidélité à des principes. On refuse ces produits. Donc, quand il faut, on y va sans état d’âme ; un peu de cuivre et de soufre et surtout des plantes.

Et quand j’ai vu père et fils revenir avec le sourire de la complicité et du travail accompli, j’ai compris tout d’abord que ce traitement allait être efficace mais surtout qu’il exprimait des valeurs beaucoup plus profondes que la simple action de traiter : solidarité, famille et abnégation des hommes face à la vigne.

Tout un programme et des valeurs universelles. Pas étonnant que le vin ait une place symbolique aussi importante dans la Bible…

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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