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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 13:43

A cette saison c’est un peu la question que tous les vignerons se posent : être ou ne pas être … en vendange.

Il n’y a rien de très philosophique dans tout cela, ou plutôt, si c’est philosophique dans le sens où en choisissant ou pas de vendanger, on décide quel type de vin on souhaite produire et donc proposer aux clients.

Un tour des vignes de blanc hier a montré une progression spectaculaire dans le goût des raisins depuis dimanche dernier. Les acidités encore fortes il y a quelques jours ont bien diminué. Les jours prochains devraient permettre d’atteindre définitivement les équilibres harmonieux ; même si on s’en rapproche fortement dès maintenant.

J’ai quand même fait des prélèvements de maturité (c’est devenu une obligation légale, sinon prison…) Mais il y a un signe qui ne trompe pas, c’est quand le sucre colle aux mains en prélevant. C’est bon signe !

Etre ou ne pas être

Pourtant, je suis toujours amenée à me demander si je fais de bons choix. Dans notre métier, la seconde chance n’existe pas. Une vendange récoltée trop tôt ou trop tard marquera le vin jusqu’à la dernière bouteille.


Pour brouiller ma décision, il y a toujours les quelques voisins qui ont décidé de vendanger il y a maintenant une semaine alors que chez moi, objectivement le compte n’y était pas encore et de loin.

Il ne s’agit pas de grands vignerons et souvent aussi, ils « confient » la vendange à une cave qui se chargera du reste. Plus tôt on vendange, plus tôt on supprime tout risque météo et sanitaire. D’autres se chargeront des raisins pour en faire du vin comme ils le pourront.

Si on ajoute à ce tableau la traditionnelle « inflation » sur les degrés récoltés, il y a de quoi brouiller le tableau et faire douter la plus inquiète des vigneronnes.

C’est une autre histoire quand on doit faire soi-même son propre vin et se présenter avec lui devant des clients fort-logiquement exigeants et de plus en plus connaisseurs.

Lorsque je produisais des liquoreux, dans mes premières années de vigneronne utopiste, j’entendais toujours des degrés potentiels à faire pâlir les plus grands Sauternes et venant de vignes hautes et larges très chargées en raisins et vendangées en une fois à la machine !

Dans mon coin, j’étais très loin de ces records en ayant une viticulture dédiée, des rendements faibles et un récolte en tries successives.

Heureusement, c’est toujours le résultat qui compte !


Pour en revenir à cette année, je pense toujours qu’il était préférable d’attendre pour profiter de cet été indien aussi incroyable que bienvenu.

Dans tous les cas, ce sera pour cette semaine. Il est prévu un peu de pluie avant le prochain week-end, mais d’ici là, les raisins auront profité de quelques jours supplémentaires de ce grand beau temps.

Etre ou ne pas être
Etre ou ne pas être

Pendant ce temps, les rouges dorent eux-aussi au soleil. Je pense que la coupure entre blancs et rouges sera très réduite cette année.

Etre ou ne pas être

Autrement-dit, aucune année ne ressemble aux autres et le vigneron ne fait qu’écrire une histoire nouvelle qui parfois rappelle un peu le passé mais jamais complètement.

C’est ce qui rend ce métier si particulier et si attachant

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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