le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

Mardi 13 mai 2008

Avec le printemps bien installé, c'est pour nous le moment de la récolte des orties destinées aux traitements de l'année mais aussi du début de l'année prochaine. Le meilleur moment pour la récolte est en effet au début mai alors que les tiges sont suffisamment hautes pour avoir un bon rendement mais aussi avant la floraison.

Dans la mesure du possible, on choisit un jour "fleur" pour effectuer la récolte. Pourquoi un jour fleur ? Je ne le sais pas très bien. Il est supposé être le meilleur. La terre ne s'arrête pas de tourner si on ne récolte pas dans cette configuration mais le fait de refuser exprès la récolte en jour fleur serait une forme d'intégrisme aussi grave qu'une "récolte en jour fleur sinon rien".

Comme je n'ai pas l'impression de maîtriser les subtilités du vivant, je mets toutes les chances de mon côté lorsque c'est possible.

Bien qu'il existe beaucoup d'orties notamment sur les bords de la Dordogne, nous avons la chance d'en avoir des quantités phénoménales juste à côté de chez nous dans les plantations de peupliers des marais de Pontet-Canet.


Il y en a tellement qu'on pourrait alimenter tout Pauillac en orties car nos prélèvements sont insignifiants et ceux de Pontet-Canet à peine visibles.

Malheureusement, il ne semble pas y avoir d'autres candidats à l'utilisation des orties…
 

Le marais est en endroit à part. A quelques mètres des vignes et environ 200 m de notre domicile, on a l'impression d'être dans un autre monde. Il faut dire que les peupliers, maintenant âgés de 10 ans amplifient ce sentiment d'isolement car ils suppriment  l'horizon.

Dans le marais tout est vert et disproportionné. Lorsqu'on parle de forces de vie, on visualise bien de quoi il peut s'agir en regardant comment les plantes s'y développent.

 

Pour le chantier de récolte, le souci n'est pas de trouver les orties mais plutôt les endroits les plus fournis en orties "propres" c'est-à-dire sans autres végétaux.

Dans quelques semaines, le liseron des marais se sera développé et recouvrera complètement les tiges d'orties. Toute récolte sera donc impossible pour nous.

J'attrape une poignée d'orties que je coupe à la faucille. Je ne suis pas sensible à leurs piqûres sur les mains.

Par contre, c'est tout à fait le contraire dans le cas de Jean-Michel. Il est équipé de gants et de manches longues. Malgré ces précautions, il se fait piquer au niveau des poignés à l'endroit où manches et gants ne se chevauchent pas.

Les tiges sont mises dans de grands sacs jusqu'à la maison. Là, elles sont étendues sur le sol et brassées régulièrement jusqu'à leur séchage complet.

Elles sont alors de couleur très foncée et peuvent être utilisées dans les tisanes.

 

A chaque traitement, nous utilisons l'équivalent d'un kilo d'orties fraiches par ha, soit 100g d'orties séchées. Il est tout à fait possible de prendre des tiges vertes mais comme nous constituons des solutions concentrées de tisane (environ 2-3 litres par ha), il faudrait trop d'orties par rapport à la quantité d'eau. Lorsque les tiges sont sèches, elles semblent absorber l'eau au fur et à mesure qu'on les trempe dans l'eau bouillante. Nous y ajoutons d'autres plantes en fonction des besoins.

Après filtration, cette solution concentrée est ensuite diluée dans le volume d'eau nécessaire au traitement pour le nombre d'hectare, puis dynamisée.

A ce stade, la mise en œuvre est aussi facile qu'avec une boite de pesticide. La seule différence vient de l'odeur qui n'est pas la même (…ni la protection de l'utilisateur).

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Lundi 12 mai 2008

Une fois de plus, ce nouveau pont du mois de mai n’aura été chez nous que théorique. La quantité de choses à faire ne permet pas de transiger pour s’octroyer un quelconque répit.

Jean-Michel avait beaucoup de petite mécanique ou plutôt de la maintenance sur le matériel.

Même si l’essentiel des travaux est manuel chez nous, les tracteurs comptent néanmoins toutes les heures et de temps en temps, il faut bien vidanger, graisser,…

Mais il y avait aussi le dessus de la boite à vitesse de l’enjambeur à remonter après une petite panne qui nécessitait 5 minutes de réparation pour 1 bonne heure de démontage du pulvérisateur pour accéder à la pièce à changer. Puis, remontage évidemment !

Enfin, il y avait les charrues à finir de préparer pour les labours qui n’ont pas vraiment commencé. Tout le monde est impatient de pouvoir s’y mettre enfin car l’herbe ne connaît pas de jour férié dans sa pousse.

Nous utilisons des appareils très simples et traditionnels. Nous avons une défiance pour les appareils modernes de travail du sol qui sont à la fois gourmands en énergie et très peu respectueux des sols eux-mêmes. Ce n’est pas leur faute car ils ont été conçus pour laisser la terre fine et lisse après leur passage mais en aucune façon pour participer à rendre le sol plus vivant.

 

Jean-Michel a fait quelques essais dans les vignes à 1m, mais il a du se rendre à l’évidence : le sol est encore trop humide pour un travail parfait.

Il faudra encore attendre un peu. Pour nous, le fait de nous plier aux exigences de la terre ou la vigne est un élément très fort de notre engagement dans cette viticulture du respect que nous avons choisie.

Bien-sûr, nos tracteurs peuvent travailler en conditions difficiles, mais au bout du compte, c’est le sol qui subit les conséquences de cette volonté de domination de la nature.

Sur les quelques rangs décavaillonnés, nous avons pu tirer les cavaillons, c'est-à-dire finir d’enlever à la bêche, les pieds d’herbe laissés par la charrue autour des souches.

 

J’avais aussi des commandes à préparer pour l’export. Il y avait une palette pour les USA et une autre pour le Maroc. Souvent, les gens sourient ou sont étonnés lorsque j’annonce que j’exporte au Maroc depuis des années. Mon importateur local qui est aussi producteur a bâti pour mon vin une très jolie distribution dans ce pays. C’est le plus important !

 

L’an dernier, j’ai exporté environ 80% de ma production dans différents pays. Chaque fois que je reçois une nouvelle commande, petite ou grosse, j’en suis très heureuse, mais très vite dans ma tête je fais la liste de toutes les formalités nécessaires pour exporter.

Le plus terrible est que c’est souvent au niveau même de notre pays que les choses sont les plus compliquées. J’ai le sentiment désagréable que l’on se tire une balle dans le pied.

On a l’impression d’un protectionnisme à l’envers.

J’en suis arrivée à me dire que mon vin est tellement bon que l’état ne souhaite pas le laisser partir chez d’autres. Je rêve ?

 

Il faut ajouter un traitement du vignoble à ce programme. J’ai toujours beaucoup de plaisir à préparer la tisane de plantes car l’odeur dégagée est extraordinaire. Comme souvent, j’ai une soudaine envie de bulots et autres bigorneaux. C’est principalement le fenouil et le laurier qui en sont responsables.

 

Bref, encore un week-end bien chargé. Comme de plus en plus souvent, il manquait notre fils Thomas, resté à Pauillac officiellement pour réviser. Est-ce pour le bac ou les beaux yeux de Charlotte qu’il a fait ce choix ? Mystère.

Pour Jean-Michel et moi, il faut apprendre à se passer de cette aide bien pratique et que tous les paysans connaissent.

On ne sait pas si les enfants choisiront notre métier. Il ne faut pas les influencer et les orienter contre leur volonté ce serait la meilleure façon de conduire à l’échec.

Et puis, ils ont le temps de comprendre que la viticulture est le plus beau métier du monde…

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Vendredi 9 mai 2008

Récemment et pour la millième fois depuis notre passage en bio, on vient de nous demander ce que nous utilisons pour les traitements.

Chaque fois et toujours avec la même conviction, on énumère le cuivre, en petite quantité, le soufre et les plantes. Et là, c'est toujours la même question : l'ortie : c'est contre quoi ?

Dans ce cas là, il faut rester calme et positif pour éviter de faire fuir l'interlocuteur surtout lorsqu'il a des intentions sincères et pacifiques; ce qui n'est pas toujours le cas.

Mais le mot "contre" est tout à fait caractéristique de notre société. On va essayer, sans succès, de lutter contre une maladie ou un ravageur. On sort son attirail guerrier, bien rangé derrière son habit de viticulteur.

On a alors une vision agressive de notre métier, avec des rapports de force qui dépendent en partie de la puissance de notre armement.

 

Nous, nous voulons plutôt, être "pour" nos vignes. Pour les aider lorsqu'elles en ont besoin. Pour être à leur côtés et essayer de les avoir robustes par elles-mêmes. Dans cette vision des choses, il n'y a aucun sentiment martial, mais au contraire de l'affection et même de l'amour.

 

Certains diront que c'est bien théorique ou même folklorique. Je ne le pense pas. A-t-on déjà vu des parents ne pas donner le meilleur à leurs enfants? A-t-on déjà vu des parents administrer à leurs enfants des substances qu'ils savaient être néfastes pour la santé.

Sûrement pas.

 

Pour la vigne c'est la même chose. Si nous sommes à côté d'elle, c'est pour lui donner le meilleur, proscrire ce qui pourrait l'empoisonner, afin qu'elle puisse s'épanouir seule en donnant en retour le meilleur d'elle-même.

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Jeudi 8 mai 2008

Il y a un peu plus d'un mois que je tente de vous faire partager mon quotidien et mes états d’âme. Je ne prétends pas avoir, loin s’en faut, le talent de Jean-Luc Thunevin ou Hervé Bizeul dans ce domaine.

 

Dans la tenue d’un blog, il y a quelques contraintes comme l’obligation de mettre régulièrement en forme les sujets qui me passent par la tête.

Mais il y a surtout les joies procurées par cette ouverture à l’extérieur.

 

Jean-Michel et moi ne sommes pas des caractères « expansifs » et nous n’allons pas aisément vers l’autre. C’est sûrement un handicap pour faire du commerce…

Grâce au blog, nous avons pu rencontrer des fous de vin, de véritables passionnés qui partagent le même plaisir que nous de cultiver la vigne ou de déguster du vin.

 

Parmi eux, il en est un qui force mon admiration. Tous les jours, il tient gratuitement un blog (lien) qui n’a rien à envier aux magazines dédiés à la cuisine et au vin. C’est un vrai travail de professionnel au seul service des plaisirs gustatifs.

 

Parfois, on se sent seul dans son coin avec ses problèmes. Et le fait de recevoir un message de l’autre bout de la France d’une personne qui compatit simplement  par pure amitié alors qu’on ne la connaît pas, c’est très réconfortant.

 

Enfin, il y a les pros des forums dédiés au vin et dont certains « animateurs » sacrifient leur temps libre à la découverte de vignobles et à la dégustation. Nous avons pu en  recevoir certains (lien) avec qui nous avons passé des heures de vrai plaisir autour d’une table et de quelques bouteilles...

 

Bref, tenir un blog, c’est du pur bonheur !

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Mercredi 7 mai 2008

Lors d'une promenade, mon regard a été attiré par une plantation nouvelle dans laquelle le sol m'a paru particulièrement propre. C'était louche...

En m'approchant, j'ai très vite compris que la parcelle a été désherbée chimiquement dès que les plants ont été mis en place. Depuis, avec l'arrivée du printemps, ces ceps de vigne en devenir tentent de pousser mais ils sont contaminés par le poison qui a été répandu pour leur rendre les abords plus "propres" sans effort.

J'ai donc pu en faire quelques clichés.

 

 



J'en conviens, on a mal pour eux.

En comparaison, les plants mis en terre cette année chez nous respirent la bonne santé. La différence entre les deux vient avant tout d'un manque d'amour dans la vigne et dans ce métier si particulier.


 


En voyant ces pauvres pieds pollués; je me suis souvenue des premières plantations faites après la reprise de notre domaine.

Toujours par manque de moyen, les chantiers ont été réalisés par nous, surtout Jean-Michel et moi pendant des week-ends de folie car Jean-Michel était occupé la semaine à Pontet-Canet.

Il me faut pas oublier que les plantations sont faites à une période où la vigne pousse et nécessite une attention de tous les instants. Il fallait tout faire en peu de temps; deux jours voire trois jours, arrosage compris. Au début, on plantait en pots car les prix étaient légèrement inférieurs et chaque sou économisé était pour moi une bénédiction avant d'être une nécessité, même si par la suite il y avait beaucoup plus de travail avec ce type de plant. Notre travail manuel n'était pas payant, donc le choix était vite fait...

A l'arrivée du pépiniériste, le hangar et la vieille grange se transformaient en prairie verte avec les milliers de petits pots et leur petite tige. Chaque plant était chouchouté, manipulé avec une infinie précaution car il représentait pour nous de l'argent et aussi la base de tous nos espoirs.

Le transport des caisses à l'intérieur de la parcelle était en partie fait par Thomas et Laure, alors jeunes enfants. Eux aussi, ressentaient à travers nous, l'importance de leur mission et la nécessité de soins.

Puis après la plantation, il fallait arroser. Là aussi, le sérieux était de mise. Avec mon tuyau à la main derrière la cuve d'eau, j'avais l'impression de faire du bien à chaque plant. Mais, je devais être généreuse de la même façon avec tous, pour ne pas risquer d'en affaiblir certains en manquant d'attention pendant quelques secondes.

Vers, la fin du week-end, on regardait nos montres pour évaluer s'il y avait encore assez de temps pour parfaire l'arrosage surtout dans les zones les plus caillouteuses. J'inspectais au pas de course les rangs avec l'angoisse de me trouver confrontée à une feuille flétrie, premier signe d'une agonie rapide. Certes, ici tout allait bien, mais était-ce la même chose dix mètres plus loin ?

Puis, sales et courbatus après ces quelques jours de travail qui restent marqués à jamais dans nos corps, nous repartions satisfaits du travail accompli, mais aussi l'angoisse au ventre.

Il nous tardait une chose, revenir le plus vite possible pour vérifier que tout allait bien. Parfois, un plant n'avait pas supporté sa nouvelle vie et était mort en quelques jours.

Cela constituait une déchirure pour moi ou plutôt une aiguille dans le cœur.

Enfin, lorsque ça et là, de nouvelles feuilles commençaient à apparaître, la tension baissait un peu. La plantation était "prise".

Pour en revenir aux photos, vous comprenez donc, que même si ce n'est pas chez moi, j'ai toujours mal pour les pauvres petits plants qui ne connaitront que les pesticides toute leur vie. Comment pourraient-ils transmettre la subtilité d'un terroir avec un tel régime? Le besoin de produire moins cher doit-il toujours primer au point de tremper les plants dans les désherbants?

Pour moi les réponses sont claires, pour d'autres, c'est moins sûr...

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Mardi 6 mai 2008

Et aussi bravo à Alfred et Gérard Tesseron.

Pour une fois, je ne vais pas parler de ma vie au Champ des Treilles, mais plutôt de la satisfaction que j’ai à voir les efforts de Pontet-Canet récompensés dans un millésime très difficile comme a pu l’être 2007 par Robert Parker ; mais aussi par la plupart des critiques en vin.

 

Jean-Michel donne une part importante de son énergie pour ce cru qu’il dirige depuis près de 20 ans ; même si souvent je suis jalouse du temps qu’il consacre à Pontet-Canet qui est une maîtresse séduisante s’il en est.

Les orientations extrêmes de ce domaine sont intimement liées aux évolutions que Jean-Michel et moi connaissons depuis quelques années.

 

Le millésime 2007 fut difficile pour lui. La pression des maladies et la méchanceté de certains l’ont beaucoup affecté. Mais il faut ajouter aussi un sentiment de culpabilité vis-à-vis des propriétaires qu’il a amené dans cette voie si logique mais si différente.

Au bout du chemin, il y a un vin, certes en plus faible quantité, mais d’une exceptionnelle qualité que j’ai du plaisir à déguster pendant des moments de calme le soir avant le repas.

 

Souvent il s’est senti seul. On s’est beaucoup questionné sur le fait de savoir si la voie choisie était la bonne tellement elle est exigente. Il est sûr qu’il est peu confortable de se poser des questions sur tous les gestes, tous les détails, mais quand on vit réellement dans les vignes, comment faire autrement ?

Il est réconfortant qu’une personne qui ignore toutes ces péripéties ait ressenti dans le vin quelque chose d’exceptionnel à l’image d’une viticulture pour laquelle nous militons.

 

Plus que cela, je pense que Jean-Michel est un artiste dans son domaine. Il a de la sève dans les veines et c’est son sang qui coule dans les ceps des vignes. Que cette symbiose soit récompensée n’est que pure justice.

 

En fait, bien avant les dégustateurs, c’est la vigne qui a remercié Jean-Michel pour l’amour qu’il lui porte.

 

Pour peu que le bonheur survienne,

Il est rare qu’on se souvienne

Des épisodes du chemin.

G. Brassens.

 

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Lundi 5 mai 2008

Comme prévu, nous avons préparé notre omelette à l'aillet du 1er mai.

Mais, cette année pour la première fois, les enfants n'étaient pas avec nous. Entrant dans une période de post adolescence, ils ont préféré occuper les 4 jours du week-end à rallonge avec leurs amis à Pauillac; en nous laissant aussi seuls avec notre travai!. Donc, pour la première fois depuis longtemps, Jean-Michel et moi étions seuls pour manger  l'omelette à l'aillet du 1er mai. Seuls, enfin pas tout à fait puisque mon beau-père, Yves de son prénom, gros mangeur devant l'éternel, passait par là lorsque l'ail a commencé à rissoler dans la poêle.  En insistant (un peu), il a accepté de partager avec nous ce petit déjeuner anti-fièvres.

Comme prévu, nous avons accompagné l'omelette d'une des dernières bouteilles de Liquoreux vieilles vignes qui nous restait. C'est fou car il suffit de ne plus avoir d'un vin en stock pour que tout le monde en veuille. Depuis que j'ai arrêté la commercialisation du millésime 2002, je n'arrête pas d'avoir des demandes pour ce vin.

 

 



Après nous avoir quittés, Yves allait finir de préparer le vin pour le repas omelette dans la salle des fêtes de Margueron. Beaucoup des participants sont des viticulteurs actifs ou retraités mais les vins servis sont rarement à classer parmi des monuments de l'œnologie. Mais en fait, ce n'est pas le plus important.

Pour une commune comptant environ 400 habitants, il y avait quand même 112 inscrits à l'omelette. Ce n'est pas mal, même si les repas de chasse rassemblent souvent pratiquement 200 convives!

Pour Yves, le repas commencé à midi a du se terminer vers 18 heures car il est arrivé chez nous vers 18 heures 30 pour nous dire qu'il "était obligé d'y retourner pour finir les restes". Quelle endurance!!! Lorsque je le vois de profil, j'ai l'impression que son ventre est sur le point d'exploser!


En ce qui nous concerne, Jean-Michel et moi, protégés des fièvres après l'omelette, sommes allés travailler dans la vigne une grande partie de la journée.

En fin d'après midi, Jean-Michel a entrepris la réparation de l'enjambeur dont une chaîne de transmission aux roues était cassée. Très chères chaînes dont le prix atteint des sommets : 700 € HT pour les deux roues. C'est cher, très cher.

Ayant redouté cette opération, j'ai été réconforté par la tournure positive des évènements. Jean-Michel s'en est sorti brillamment alors qu'il ne l'avait jamais fait. Comme souvent dans ces cas là, j'avais le rôle d'assistante.

Après tant d'années passées à ses côtés, je reste admirative devant l'adresse de mon mari. Son grand-père disait qu'il aurait pu faire tous les métiers (et qu'il avait choisi le pire). Au moins pour la première partie de la phrase, je suis totalement d'accord.

Il est un vigneron doté d'une grande intelligence sensible mais il aussi inventif et très adroit de ses mains. J'ai toujours beaucoup d'admiration pour lui et cela depuis la terminale au Lycée de Sainte-Foy !!!

Dans une autre vie, il aurait aimé être ébéniste, c'est dire.


Bref, grâce à lui, l'enjambeur a pu reprendre du service.

Les seuls bénéficiaires du retard pris pour les labours sont les animaux qui profitent de la vie dans nos vignes sans pesticide.

Les lièvres peuvent conserver leurs gîtes au pied des ceps entre deux touffes d'herbe (photo ci-dessous). Les chevreuils eux aussi y trouvent de la nourriture saine, à commencer par les boutons de roses supposés embellir les bouts des rangs.

J'ai aussi remarqué que les fleurs des quelques pieds de pissenlits sont mangées. Il reste la tige nue.

Il faut croire que cette fleur est aussi bonne pour le lièvre qu'elle l'est en tisane pour la vigne. Les animaux pourraient nous donner des leçons  sur beaucoup de choses!

Heureusement, nous avons pu faire à peu près tout ce que nous avions prévu pour les quatre jours du week-end. Les piquets sont distribués et enfoncés, le travail du sol a enfin pu commencer...

Nos tracteurs n'ont pas chômé eux non-plus ; Jean-Michel avec l'un, moi avec l'autre. Dans ce domaine, le gros du travail reste encore devant nous. C'est la prochaine étape.

Le premier traitement de la saison a lui-aussi été réalisé. Pour faire suite à l'un de mes commentaires précédents, j'ai pris en photo la lessiveuse qui sert à la préparation des tisanes. Après macération, le jus est filtré dans un tamis. Ce dernier connait deux vies dans une année. L'été, il est utilisé pour les tisanes et pendant les vinifications, il recueille les grains de raisins échappés des cuves pendant les remontages. C'est un des avantages du bio; la tisane pourrait tout aussi bien être administrée à un humain. Elle contient de l'ortie, bien-sûr mais aussi de l'osier, du fenouil, du laurier,... C'est un peu comme le pastis, il ne faut pas tout dévoiler!

 

Autour de nous, tous les paysans ont eux aussi profité du beau temps pour aller dans leurs parcelles de vigne, de prés ou de céréales. L'agriculture ne connait pas de jours fériés. C'est le travail et le temps qui commandent. Les gens de la terre ne s'en plaignent jamais.

Même si les journées sont souvent longues, on ne s'ennuie pas dans nos vignes. Au-delà des animaux, il y a toutes les plantes. J'ai pris quelques clichés pour un prochain billet (il y en a tellement que ce serait trop long).

Lorsqu'on a la chance de pouvoir labourer la terre, l'odeur reconnaissable entre toutes, nous donne un message d'espoir. Tout amateur de vin devrait au moins une fois dans sa vie suivre la charrue qui laboure une parcelle de vigne. Il se transmet des sensations qui ne se décrivent pas. Et puis, la vie est partout. Des dizaines, des centaines d'insectes différents qui participent au grand cycle de leur espèce mais aussi à l'équilibre de la parcelle.

Du moins, c'est valable chez nous, îlot isolé dans une situation moins favorable. Ainsi, depuis mon tracteur, je voyais un voisin finir de préparer ses terres pour un semis. Derrière lui, aucun oiseau pour profiter des insectes et autres vers mis à jour par la charrue. La raison ? Cela fait longtemps qu'il n'y a plus rien dans ce sol là. Je mentirai en disant qu'il n'y avait pas d'oiseau. En fait, un moment après le passage du tracteur, il y avait un corbeau noir, comme un présage de l'état de la nature à cet endroit...

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Mercredi 30 avril 2008

En cette veille de fête du travail, je tenais à vous faire part à ma manière de mon amitié en vous dédiant quelques brins de muguet accompagnés du plus joli des sourires puisqu’il s’agit de celui de ma fille Laure.

 

Pour Jean-Michel et moi, comme d’ailleurs pour la plupart des paysans, cette fête du travail sera aussi un jour travaillé car la vigne n’attend pas.
La quantité de choses à faire est si longue que le simple fait d’en faire une liste risquerait de bloquer le serveur de l’hébergeur de ce blog !

 

Tout d’abord, Jean-Michel doit réparer la chaîne de transmission de l’enjambeur. En fait, elle était en si mauvais état qu’il a fallu la changer entièrement. Sachant qu’il y en a une deuxième pour l’autre roue, on peut supposer qu’il faudra renouveler l’opération sous peine de se retrouver une nouvelle fois en panne dans la vigne un jour de grosse activité.

Dès la réparation effectuée, il faudra finir le griffage abandonné après cette rencontre impromptu entre les griffes et une grosse pierre dans le sol.

 

Le chantier de complantation devrait lui-aussi être terminé ce week-end. Pas complètement toutefois car une erreur de lecture du chauffeur du pépiniériste a fait qu’il nous manquera quelques dizaines de plants. On fera la finale la semaine suivante. Quand on aime, on fait durer le plaisir !

 

Je vais aussi renouer avec les habitudes de préparation des tisanes d’orties et d’osier pour les traitements sur la gazinière dans la cuisine. C’est un mal nécessaire mais je n’aime pas salir ma cuisine avec les milliers de petits morceaux de feuilles d’orties séchées.

On pourrait faire bouillir l’eau dans le garage à tracteurs, mais je ne souhaite pas laisser du feu sans surveillance. Donc, je me résous à faire les tisanes dans la maison.

Souvent, les gens disent à Jean-Michel qu’il doit être compliqué de faire cultiver en bio dans un grand domaine tel que Pontet-Canet. Pour préparer les tisanes, ils sont équipés de grandes bouilloires électriques pour lesquelles il n’y a qu’un bouton à tourner pour mettre en chaud ; quand la température est atteinte, ça garde au chaud. Chez moi, c’est nettement plus fastidieux. Finalement, j’aimerai bien avoir un grand domaine réputé à la place d’un petit vignoble inconnu !

 

Après la tisane, il y aura les traitements à faire. 2 types d’écartements, cela veut dire 2 tracteurs différents, donc 2 préparations différentes, 2 nettoyages,…

 

J’allais oublier les vieux piquets cassés qu’il faut remplacer. Ils ont bien été sortis de terre et couchés sur le côté pour bien les voir mais le tracteur ne pouvait pas entrer dans les parcelles pour les charger et distribuer les piquets neufs a cause de la pluie.

Après la distribution, il faudra les enfoncer, y clouer les fils,…

 

Je laisse de côté les vidanges diverses et variées sur les engins, quelques commandes de caisses à préparer,…

 

Mais avant tout, il y aura la fameuse omelette à l’aillet à préparer avec les œufs de la voisine dont les jaunes, d’un orange foncé, témoignent de la bonne santé de ces poules élevées à l’ancienne.

 

Je pense que beaucoup d’agriculteurs se reconnaîtront dans cette vie chargée de mille petits travaux différents.
Comme eux, je n’aspire pas à une vie aux loisirs plus présents. J’ai la chance de faire un métier que j’aime passionnément. Mes seuls désirs seraient de pouvoir exercer mon activité dans la sérénité, loin des tracas administratifs qui nous minent la vie,…pour rien.

par Corinne Comme publié dans : Divers
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Mardi 29 avril 2008

Il est une locale coutume inconnue de ma famille parachutée un peu par hasard à Sainte-Foy-la-Grande. Je l'ai découverte en rencontrant Jean-Michel, il y a longtemps déjà.

Il s'agit de manger le jour du 1er mai une omelette à l'aillet accompagnée d'un vin blanc doux pour éloigner les fièvres toute l'année ! Il est recommandé de consommer ce plat au petit-déjeuner.

Pour ceux qui ne le sauraient pas, l'aillet est un jeune plant d'ail avant qu'il se mette à former la tête d'ail. A ce stade, l'aillet ressemble fortement à un poireau.

Au début, j'ai été surprise et même amusée par cette pratique très locale. Lorsqu'il y avait encore les grands-parents et ma belle-mère, je me pliais à cette coutume de façon un peu passive.

Lorsque la famille s'est agrandie, les enfants ont très vite pu goûter eux aussi à l'omelette et même sucer un peu de vin blanc sur un doigt trempé dans un verre.   

Le plat est assez bon à manger et si en plus, c'est une condition pour ne pas avoir de fièvre pendant un an...

Après les disparitions dans la famille, nous avons conservé la tradition. Ainsi, tous les 1er mai, nous cuisinons une omelette à l'aillet accompagnée d'un Champ des Treilles liquoreux vieilles vignes.

Le plus spectaculaire, c'est de voir qu'il y a de nombreux repas d'omelettes organisés dans les villages alentours.

J'en ai sélectionné quelques unes au hasard de mes voyages dans la région.

 

 

 

 



Mon cœur penche toujours plus pour Margueron...

 


 

Je ne résiste pas à la tentation de faire part du menu ; car dans ce cas, l'omelette ne sera pas seule.


Les gourmands comme mon beau-père, peuvent même en consommer plusieurs. Il suffit de bien préparer son planning et de commencer chez ceux qui prennent leur petit-déjeuner à l'omelette en commençant chez les "lève-tôt", en passant par celle des pompiers, pour finir aux omelettes géantes des comités des fêtes à midi.

 

 

En y réfléchissant, on peut se demander s'il n'existe pas dans cette étrange pratique un fond de vérité. L'aillet à ce stade de sa pousse ne contient-il pas des principes actifs utiles à la conservation d'une bonne santé?

Il y a quelques années, j'aurais sûrement eu un avis tout autre. Depuis, les choses ont changé et j'ai appris à ne rien rejeter comme on le fait trop souvent. Dans le pire des cas, il n'y a aucun risque.

Par contre, quel intérêt y a-t-il à accompagner ce plat de vin blanc sucré? Les choses ne sont pas très claires. Certes, c'est le vin local traditionnel, mais cela ne permet pas de penser que l'on pourrait le faire prescrire par les médecins et rembourser par la sécurité sociale.

Quoi qu'il arrive, nous nous plierons une fois de plus bien volontiers à la tradition cette année.

par Corinne Comme publié dans : Divers
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Lundi 28 avril 2008

Il y a des jours où on pense que tout peut bien se passer.

Samedi matin, de bonne heure (9h 30), rendez-vous avec des fous de vin qui souhaitaient nous rencontrer et déguster les vins.

Bien évidement, dans ces cas là, il faut être levé suffisamment avant pour ne pas apparaître en pyjama devant les invités…

J’ai pensé préparer du pain perdu pour accompagner le café. Même avec de la volonté, une dégustation si tôt est toujours moins appréciée qu’un petit noir.

Dés leur arrivée, le décor est planté. On commence à parler biodynamie, culture respectueuse de la vie,…Bref, on ouvre notre cœur. Après plus d’une heure de discussion, on se décide enfin d’aller faire un tour des vignes. Entre temps, les enfants, qui ont été sommés de déjeuner tôt (invités oblige…), sont repartis au lit et dorment à poing fermés.

Le tour des vignes est  l’occasion de discussion « in situ » sur notre viticulture.

De retour à la maison, c’est la visite du garage pour parler de la façon dont nous traitons les vignes concrètement en bio et biodynamie. Souvent, les gens n’en connaissent au mieux que la partie théorique, mais ils n’ont aucune idée de la mise en œuvre pratique de la biodynamie.

La visite des chais est aussi l’occasion de longs échanges. Les chandeliers à bougies du chai à barriques de rouges font une fois de plus sensation. Il faut dire que ce n’est pas courant de voir de vraies bougies éclairer une pièce en ce début de 21ème siècle. La question incontournable est qui a allumé les bougies, et quand. Mystère… Sûrement des forces de vie chargées du feu des 4 éléments !...

Enfin, retour dans la maison pour une dégustation complète de la gamme. Une nouvelle occasion de refaire la viticulture.

L’heure tourne dans le cadran de notre vieille comtoise. On propose à nos invités de partager un déjeuner improvisé (ou presque) afin de pouvoir poursuivre en toute sérénité une discussion passionnante dans laquelle vigne et vin sont les points centraux ; comme c’est original.

Enfin, vers 16h, on estime qu’il est raisonnable de se quitter, même si on ne s’est pas tout dit.

 

Le vrai week-end peut alors commencer ; celui du travail dans les vignes.

Pendant que je range la maison, Jean-Michel coupe les racines à des plants afin d’être prêt le lendemain. Il installe les griffes sur l’enjambeur pour la vigne à 1 mètre dans laquelle les herbes ont bien profité des pluies. Encore 1 semaine et on ne pourra plus intervenir.

Avec la débroussailleuse à fils, j’en profite pour aller lui préparer un peu le travail en coupant les grosses touffes d’une plante envahissante qui est semble-t-il une luzerne et qui connaît des croissances exponentielles. Mon beau-père l’appelle du « trifoulé ». Si on ne la détruit pas avant le passage des charrues, elle submerge littéralement les souches et rend tout travail du sol impossible tant elle est enchevêtrée dans les fils et les souches.

 

Enfin, arrive le dimanche. La journée est belle. La complantation est un jeu d’enfant. On peut enfin marcher dans les vignes en chaussures. C’est la saison mais cette année, cela semble être un luxe.

Même les enfants sont de bonne humeur, afférés qu’ils sont dans les rangs.


Encore un week-end et la complantation sera achevée pour l’année. Ouf !!!

 









Jean-Michel s’essaye au griffage avec l’enjambeur. Comme il s’agit du premier travail du sol de l’année, j’en profite pour aller suivre le tracteur et sentir cette odeur si envoûtante de la terre que l’on retourne. C’est toujours un moment magique pour moi. J’y perçois toute la symbolique qui est attachée au retournement de la terre.

 

Malheureusement, après une heure de travail, nous voyons arriver Jean-Michel sans son tracteur. Une grosse pierre enfouie a littéralement calé le tracteur et a engendré la casse d’une chaîne de transmission à la roue gauche. Les enjambeurs sont des engins puissants mais aussi fragiles.

 

L’analyse des symptômes lui a permis d’avoir le bon diagnostic. Il a pu sortir l’engin de la vigne mais n’a pas été capable de le ramener à la maison. Son père a donc dû aller à sa rescousse avec l’autre tracteur.

Dans ces cas là, il faut démonter pour pouvoir réparer. Heureusement, Jean-Michel est adroit de ses mains.

Il avait visé juste et c’était bien une énorme chaîne qui avait cédé. Maintenant, il  faut réparer.

 













C’est la vie du paysan. Faire des projets, mais être soumis aux aléas de la météo souvent, de la mécanique parfois et donc voir ses prévisions rarement se réaliser comme on l’avait souhaité.

Cette fois-ci, la fin de la parcelle restera jusqu’à la réparation de cette maudite chaîne et son remontage.

 

C’est vrai que sans cette panne malvenue, le week-end aurait pu être parfait : des visiteurs sympathiques qui semblent partager le même idéal de viticulture que nous, un beau soleil dans les vignes qui revivent après les épisodes de gel et de pluies, la possibilité de commencer les labours, et surtout une famille en bonne santé réunie dans les vignes.

 

Cependant, on a connu péripéties plus graves que cette maudite chaîne. On devrait pouvoir surmonter l’épreuve sans trop de difficultés,…surtout moi qui ne ferait que regarder Jean-Michel réparer…

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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