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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 17:59

La semaine intensive de dégustations "primeur 2007" s'achève à Bordeaux.

Comme prévu, elle a été pour moi l'occasion de rencontres avec des clients déjà convaincus et aussi d'autres que j'espère avoir convaincus.

 

Tant que la commande n'est pas signée, on n'est jamais sûr de rien! Cependant comme cela a été le cas par deux fois ces jours-ci, lorsque c'est la personne qui fait elle-même la démarche vers vous, les chances de succès sont bien plus fortes! On verra bien...

 

J'ai aussi profité de quelques temps libres pour aller déguster quelques vins de collègues en biodynamie dont le syndicat (Biodyvin) organisait une dégustation chez notre ami Alain Moueix au Château Fonroque à Saint-Emilion.

Lors de mon passage en biodynamie, j'avais envisagé d'adhérer à ce syndicat dont je me sens très proche. J'ai même subi les contrôles annuels qui sont effectués par Ecocert pour le compte de Biodyvin. Mais le prix de la cotisation annuelle m'a paru très élevé, en comparaison de la taille de mon domaine et du prix de mes vins.

Il y a déjà la facture obligatoire à régler à Ecocert dans le cadre de la lutte biologique.

Le passage en bio n'est pas du tout un acte gratuit. Et le prix à payer peut en rebuter certains. Maintenant le législateur compense une partie du coût par des subventions. La logique serait plutôt de moins taxer pour ne pas ensuite avoir à subventionner!

Finalement, après discussion je m'interroge. Le fait d'être affilié à un syndicat n'améliorerait pas mon engagement vers la biodynamie que je pratique avec sincérité et conviction. Mais, dans l'esprit des consommateurs, il existe tellement de domaines qui se réclament de la biodynamie sans réellement la pratiquer que l'appartenance à Biodyvin peut constituer un gage de bonne foi.

Ce n’est malgré tout pas très grave car dans la vie, il y a des problèmes plus épineux à résoudre…

 

J'ai donc dégusté de très beaux vins de la France entière. Mon attention a été cependant plus concentrée vers les vins d'Alsace car Jean-Michel et moi sommes en réflexion sur les vins blancs de notre vignoble.

Avec l'arrivée de la muscadelle, l'élevage en barriques a évolué vers une présence du boisé moins importante. Ce cépage, aux arômes fins et subtils, ne semble par vouloir partager la vedette avec le chêne !

Nos goûts vont de plus en plus vers les élevages en cuves et des bâtonnages très modérés.

Il faut dire qu'après plusieurs années de culture biodynamique, les vins ont changé et expriment beaucoup plus de minéralité, et cela de plus en plus tôt.

C'est du reste assez impressionnant de voir avec quelle facilité la vigne peut réagir positivement à des soins attentifs.

Nos goûts semblent donc nous attirer actuellement vers des relations directes et sans concession avec les cépages; une sorte de "mano-à-mano" selon le terme taurin.

Ce type d'élevage n'est-il pas tout simplement un simple retour en arrière vers des pratiques classiques à Bordeaux pour l'élaboration des vins blancs ; c'est-à-dire des vins aromatiques mais pas caricaturaux, des structures en bouche fraîches mais pleines et longues. En somme des vrais vins de soifs, au sens noble du terme, à consommer à table avec des mets élaborés.

 

Sur ce terrain, les vins d'Alsace de cette dégustation semblent être porteurs d'enseignements pour moi. Il ne faut pas oublier leurs producteurs qui par leur connaissance, mais aussi leur sagesse et les relations passionnées qu'ils ont avec leurs vignes, sont une source d'inspiration pour moi.

 

Après ce grand bol d'air à Fonroque, j'ai pu vérifier en traversant les régions viticoles prestigieuses, que les désherbants chimiques ont encore de beaux jours devants eux !

 

Je me suis aussi demandée comment des Grands Crus sont encore capables en 2008 de recevoir leurs clients ou les journalistes au milieu de parcelles de vignes qui font penser à des paysages lunaires dépourvus de toute vie.

La réponse m'a semblé évidente : le manque d'amour pour la vigne.

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commentaires

Lolo 1er 17/04/2008 17:05

"Je me suis aussi demandée comment des Grands Crus sont encore capables en 2008 de recevoir leurs clients ou les journalistes au milieu de parcelles de vignes qui font penser à des paysages lunaires dépourvus de toute vie.
La réponse m'a semblé évidente : le manque d'amour pour la vigne."

Et le manque de goût pour le vin !!!! Mais une grande pratique des relations avec la presse.

Corinne Comme 05/04/2008 10:00

Bonjour Luc,

Merci pour votre commentaire, ce qui m'a permis de visiter votre site.
J'aimerais beaucoup avoir le plaisir de vous faire la visite de notre petite exploitation, ce qui serait l'occasion de débattre de nos points de vue respectifs.Quels sont vos points de désaccord?
A bientôt,
Corinne

Luc 04/04/2008 22:39

Bonjour,
Beaucoup de plaisir à lire vos billets, découverts grâce à la liste des blogs du "petit guide Loisel".
Votre engagement et la façon d'en parler me plaît, même si ce n'est pas nécessairement ma façon de voir. Continuez! Merci.

le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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