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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 07:31

Comme prévu, nous avons préparé notre omelette à l'aillet du 1er mai.

Mais, cette année pour la première fois, les enfants n'étaient pas avec nous. Entrant dans une période de post adolescence, ils ont préféré occuper les 4 jours du week-end à rallonge avec leurs amis à Pauillac; en nous laissant aussi seuls avec notre travai!. Donc, pour la première fois depuis longtemps, Jean-Michel et moi étions seuls pour manger  l'omelette à l'aillet du 1er mai. Seuls, enfin pas tout à fait puisque mon beau-père, Yves de son prénom, gros mangeur devant l'éternel, passait par là lorsque l'ail a commencé à rissoler dans la poêle.  En insistant (un peu), il a accepté de partager avec nous ce petit déjeuner anti-fièvres.

Comme prévu, nous avons accompagné l'omelette d'une des dernières bouteilles de Liquoreux vieilles vignes qui nous restait. C'est fou car il suffit de ne plus avoir d'un vin en stock pour que tout le monde en veuille. Depuis que j'ai arrêté la commercialisation du millésime 2002, je n'arrête pas d'avoir des demandes pour ce vin.

 

 



Après nous avoir quittés, Yves allait finir de préparer le vin pour le repas omelette dans la salle des fêtes de Margueron. Beaucoup des participants sont des viticulteurs actifs ou retraités mais les vins servis sont rarement à classer parmi des monuments de l'œnologie. Mais en fait, ce n'est pas le plus important.

Pour une commune comptant environ 400 habitants, il y avait quand même 112 inscrits à l'omelette. Ce n'est pas mal, même si les repas de chasse rassemblent souvent pratiquement 200 convives!

Pour Yves, le repas commencé à midi a du se terminer vers 18 heures car il est arrivé chez nous vers 18 heures 30 pour nous dire qu'il "était obligé d'y retourner pour finir les restes". Quelle endurance!!! Lorsque je le vois de profil, j'ai l'impression que son ventre est sur le point d'exploser!


En ce qui nous concerne, Jean-Michel et moi, protégés des fièvres après l'omelette, sommes allés travailler dans la vigne une grande partie de la journée.

En fin d'après midi, Jean-Michel a entrepris la réparation de l'enjambeur dont une chaîne de transmission aux roues était cassée. Très chères chaînes dont le prix atteint des sommets : 700 € HT pour les deux roues. C'est cher, très cher.

Ayant redouté cette opération, j'ai été réconforté par la tournure positive des évènements. Jean-Michel s'en est sorti brillamment alors qu'il ne l'avait jamais fait. Comme souvent dans ces cas là, j'avais le rôle d'assistante.

Après tant d'années passées à ses côtés, je reste admirative devant l'adresse de mon mari. Son grand-père disait qu'il aurait pu faire tous les métiers (et qu'il avait choisi le pire). Au moins pour la première partie de la phrase, je suis totalement d'accord.

Il est un vigneron doté d'une grande intelligence sensible mais il aussi inventif et très adroit de ses mains. J'ai toujours beaucoup d'admiration pour lui et cela depuis la terminale au Lycée de Sainte-Foy !!!

Dans une autre vie, il aurait aimé être ébéniste, c'est dire.


Bref, grâce à lui, l'enjambeur a pu reprendre du service.

Les seuls bénéficiaires du retard pris pour les labours sont les animaux qui profitent de la vie dans nos vignes sans pesticide.

Les lièvres peuvent conserver leurs gîtes au pied des ceps entre deux touffes d'herbe (photo ci-dessous). Les chevreuils eux aussi y trouvent de la nourriture saine, à commencer par les boutons de roses supposés embellir les bouts des rangs.

J'ai aussi remarqué que les fleurs des quelques pieds de pissenlits sont mangées. Il reste la tige nue.

Il faut croire que cette fleur est aussi bonne pour le lièvre qu'elle l'est en tisane pour la vigne. Les animaux pourraient nous donner des leçons  sur beaucoup de choses!

Heureusement, nous avons pu faire à peu près tout ce que nous avions prévu pour les quatre jours du week-end. Les piquets sont distribués et enfoncés, le travail du sol a enfin pu commencer...

Nos tracteurs n'ont pas chômé eux non-plus ; Jean-Michel avec l'un, moi avec l'autre. Dans ce domaine, le gros du travail reste encore devant nous. C'est la prochaine étape.

Le premier traitement de la saison a lui-aussi été réalisé. Pour faire suite à l'un de mes commentaires précédents, j'ai pris en photo la lessiveuse qui sert à la préparation des tisanes. Après macération, le jus est filtré dans un tamis. Ce dernier connait deux vies dans une année. L'été, il est utilisé pour les tisanes et pendant les vinifications, il recueille les grains de raisins échappés des cuves pendant les remontages. C'est un des avantages du bio; la tisane pourrait tout aussi bien être administrée à un humain. Elle contient de l'ortie, bien-sûr mais aussi de l'osier, du fenouil, du laurier,... C'est un peu comme le pastis, il ne faut pas tout dévoiler!

 

Autour de nous, tous les paysans ont eux aussi profité du beau temps pour aller dans leurs parcelles de vigne, de prés ou de céréales. L'agriculture ne connait pas de jours fériés. C'est le travail et le temps qui commandent. Les gens de la terre ne s'en plaignent jamais.

Même si les journées sont souvent longues, on ne s'ennuie pas dans nos vignes. Au-delà des animaux, il y a toutes les plantes. J'ai pris quelques clichés pour un prochain billet (il y en a tellement que ce serait trop long).

Lorsqu'on a la chance de pouvoir labourer la terre, l'odeur reconnaissable entre toutes, nous donne un message d'espoir. Tout amateur de vin devrait au moins une fois dans sa vie suivre la charrue qui laboure une parcelle de vigne. Il se transmet des sensations qui ne se décrivent pas. Et puis, la vie est partout. Des dizaines, des centaines d'insectes différents qui participent au grand cycle de leur espèce mais aussi à l'équilibre de la parcelle.

Du moins, c'est valable chez nous, îlot isolé dans une situation moins favorable. Ainsi, depuis mon tracteur, je voyais un voisin finir de préparer ses terres pour un semis. Derrière lui, aucun oiseau pour profiter des insectes et autres vers mis à jour par la charrue. La raison ? Cela fait longtemps qu'il n'y a plus rien dans ce sol là. Je mentirai en disant qu'il n'y avait pas d'oiseau. En fait, un moment après le passage du tracteur, il y avait un corbeau noir, comme un présage de l'état de la nature à cet endroit...

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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