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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 06:55

Je suis honorée de voir un billet consacré à mon travail (lien). J'aurais préféré, pour être tout à fait honnête, qu'il s'agisse plutôt de félicitations et d'un encouragement à continuer dans cette voie.

Vous remarquerez tout d'abord que je ne vous appelle pas camarade et que j'ai des difficultés à tutoyer les gens que je ne connais pas. Cela vous montrera donc que je n'appartiens ni à un groupuscule d'extrême-gauche, ni même à une quelconque communauté post soixante-huitarde en rupture avec la société libérale et ses multinationales.

 

Effectivement nous ne pratiquons pas la même viticulture et c'est tant mieux car chacun doit pouvoir vivre sa passion à sa manière avec ses propres convictions.
Je ne vais pas me livrer une fois de plus à une comparaison entre mes pratiques et la lutte "conventionnelle".

Je fais de mon mieux selon mes convictions et dans l'intérêt de mes parcelles.

 

Je dois vous signaler que votre viticulture, Jean-Michel l'a pratiquée pendant des années, avant dévoluer vers une vision plus fine de son métier. En ce qui me concerne, je la connais pour la subir tous les jours car mon logement médocain est entouré de parcelles cultivées avec ce type de lutte conventionnelle ou "bio-technique" selon votre expression. Le mot, très à propos pour une bonne conscience de façade ou pire de conviction, révèle une vraie volonté de partage car pour ne pas en profiter, je suis obligée de rentrer mon linge et fermer mes volets à chaque arrivée de pulvérisateur ; piètres solutions pour me protéger de substances qui ne sont ni bio ni techniques.

 

Chez moi, je n'utilise pas la confusion sexuelle mais là aussi je la subis autour de chez moi. Contrairement à vos suppositions, je suis opposée à cette technique qui vise à répandre dans l'environnement des litres d'une substance, de surcroit de synthèse, alors qu'elle est active à une valeur de l'ordre du milliardième de gramme. Je ne suis pas sûre que l'on maîtrise son devenir dans la nature!

 

Rien n'est jamais dangereux, mais le taux de cancer a doublé en 25 ans dans notre pays. Il n'y a bientôt plus de poissons males dans les rivières par la faute des hormones destinées aux femmes et qui ont eu la mauvaise idée de franchir la barrière des espèces. La fertilité des agriculteurs n'a jamais été aussi basse et ils ont, semble-t-il, la fâcheuse tendance à mourir dune tumeur du cerveau qui ne touche que cette profession .

Quant à moi, je suis partie une nuit  de 2006 en ambulance avec des vertiges qui me faisaient penser que jallais mourir. Jai eu des séquelles pendant 2 mois.  Je nai jamais ressenti ces maux avant cette date et plus jamais depuis.

Ma seule faute était de me trouver chez moi alors que mes voisins traitaient.

La liste est longue, très longue, trop longue.

 

Nous sommes géographiquement distants de près de 1000 km. Mais la distance qui nous sépare au niveau des idées est encore plus importante, il me semble.

Contrairement à vous, je pense qu'une substance chimique véhiculée dans la sève ne peut pas être sans conséquence sur la santé fine du végétal, ni ce qui est plus grave, sur la santé des personnes qui consomment ces produits végétaux.

Je pense aussi que les substances chimiques répandues sur le sol ne sont pas sans conséquence sur les micro-organismes quil contient et qui le rendent unique.

 

Certes, ma viticulture est plus exigeante. On doit regarder le ciel fréquemment en essayant de comprendre son évolution pour traiter au bon moment. Parfois, il faut passer et repasser presque aussitôt sans avoir à se "caler" sur un programme de traitement défini depuis le premier janvier de chaque année et qui permet de ne passer que tous les 14 jours même en cas de pluie et en y intégrant aussi les jours fériés.

 

Il faut aussi passer des heures dans le tracteur à toute petite vitesse, à surveiller des charrues qui ont parfois la mauvaise idée d'accrocher on ne sait pourquoi, un cep qui n'a pas fait parler de lui depuis 30 ans et qui un jour va vouloir se mettre en travers au point d'être arraché.

Et quand on sait que  je cultive des parcelles au lieu-dit « Terres grasses », on comprend que le sol y est parfois collant, nécessite des efforts et beaucoup dabnégation.


Il est aussi plus confortable d'avoir une double récolte sur pied puis de faire tomber l'excédant lorsque les risques divers sont passés plutôt que de viser naturellement le niveau de rendement souhaité en ayant accepté l'idée que parfois les choses ne se déroulent pas comme prévu.

 

Je n'ai ni fortune personnelle, ni gloire. Mes prix de vente, tout le monde peut les connaître sur notre site internet et voir qu'ils ne sont pas en relation avec les engagements que nous avons pour notre petit domaine.

Jean-Michel et moi sacrifions beaucoup pour cette passion. Mais la vigne et le vin nous le rendent à leur façon. C'est du moins ce que nous ressentons.

 

Je n'ai jamais cherché à imposer mes idées aux autres. Peut-être vous ai-je choqué? Ce n'était pas mon objectif.

Chacun est libre de la viticulture qu'il souhaite pour son vignoble. Je ne critiquerai pas ceux qui désherbent chimiquement ou qui vendangent mécaniquement pour des problèmes de rentabilité.

J'ai fait un autre choix qui me coûte en énergie, en fatigue et en tracas.

 

Il y a au moins une chose qui peut ressembler des amoureux du vin comme nous le sommes tous, c'est une bonne bouteille, bio ou pas, à partager avec sérénité et convivialité.

C'est pour cette raison, cher Eric, que j'aurai toujours plaisir à vous rencontrer.

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commentaires

pierre 16/05/2008 21:51

"ce qui différencie l'homme de l'animal, c'est la peur de l'avenir et le goût des boissons alcoolisées" CURNONSKY je crois qu'une vision apocalyptique de l'avenir ne sert à rien. Si je vous faisais lire ce qu'annoncait un futurologue (il a fini par assasiner sa femme qui faisait un alzheimer avant de se suicider) dans le Nouvel Obs dans les années 1975 vous seriez écroulée de rire. qu'est ce qui vous permet de lancer des affirmations aussi fantaisistes (en tout cas non attestées) qu'un doublement des cancer alors que l'espérance de vie augmente de 3 mois par année!!!!!!!! tout cela montre en fait une peur millénariste de l'avenir soyez plus circonspecte dans vos affirmation: moi je n'insulte pas l'avenir car c'est là que jai l'intention de passer mes prochaies années. bien à vous

laurent dupéré barrera 16/05/2008 12:51

bravo pour ce billet qui montre votre courage et vos valeurs.

Nous vous souhaitons le meilleur dans "ce monde de brutes".

Très cordialement

emmanuelle et laurent Dupéré Barrera, vignerons bio (avec un peu de conscience, de reflexion et beaucoup de compassion)

le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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