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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 07:41

Régulièrement, nous recevons des cahiers techniques de la part du CIVB, organisme avant tout collecteur de taxes à tous les stades de la production. Au moins, avec ces publications magnifiques, on sait où va une partie des sommes collectées sur notre dos!

Leur but est de donner aux viticulteurs les indications de "bonnes pratiques".

Lorsque je les survole, je suis partagée entre stupeur et amusement.

En fait, elles mêlent des pratiques de bon-sens le plus élémentaire comme le sulfitage ou l'adaptation de la charge au pied à des pratiques "modernes" plus techniques comme les analyses de maturité phénolique.

On peut se demander s'il existe un lien entre celui qui ne sait même pas qu'il faut sulfiter ses vins et celui qui fait des analyses phénoliques "Glories".

Par ailleurs, on se demande quel vin peuvent bien produire ceux qui ne connaissent même pas les fondements de leur métier de vigneron ou de vinificateur. Au moins de ce côté-là, les coopératives ont un avantage, car elles permettent de produire des vins corrects, sans vertu mais surtout sans vice à partir de la vendange de gens qui seraient incapables de vinifier leur production.

 

Mais en lisant les recommandations, j'ai la douloureuse impression de ne pas faire partie des bons vignerons. Dans de nombreux cas, je ne corresponds pas aux "bonnes pratiques" et encore moins au "plus qualitatif". J'en suis  peinée…

Ainsi, je ne fais pas de traitement anti-botrytis, étant d'une part en bio mais surtout gérant mon vignoble dans sa globalité et donc n'ayant pas de problème de botrytis, ni sur la muscadelle ni sur le petit verdot.

La fertilisation est inexistante chez moi car les sols sont suffisamment riches mais surtout je cherche à connaître les déséquilibres potentiels avant tout par l'observation et l'"écoute" des signes que nous envoie la vigne.

Je ne m'intéresse pas à la maturité phénolique par les analyses. Les analyses "Glories" sont sûrement de grandes découvertes mais je ne pense pas en avoir besoin.  J'ai choisi une voie beaucoup plus simple et pragmatique. Je fais marcher mes sens pour savoir quand c'est mûr; je goute, je sens,…

Le document n'envisage même pas l'utilisation de levures indigènes tellement il est ringard et risqué de se passer des dernières générations de levures sélectionnées, et maintenant aussi de bactéries lactiques.

Je rougis en baissant les yeux lorsque je pense au fait que tous mes vins sont fermentés avec les levures arrivés de mes parcelles sur les raisins.

 

Les analyses des vins ? Certes, j'en fais mais de moins en moins. Le plus important reste l'équilibre en bouche à la dégustation. Les valeurs d'acidité, je m'en moque car elles ne me disent rien ou presque. Et puis, la nature est généreuse car lorsqu'on la respecte, elle nous donne des vins équilibrés. Toute correction déséquilibre l'édifice car un vin est avant tout un équilibre subtil entre de nombreux paramètres dont beaucoup nous échappent.

Les suivis microbiologiques sont eux aussi une étape supplémentaire montrant que nous n'avons pas compris la globalité des choses. Quand on respecte les règles d'hygiène de base, il n'y a pas de raison de voir un vin s'altérer. Un vin "instable" vient d'un raisin qui avait lui aussi un problème dans sa composition fine. Ce défaut vient d'un déséquilibre du pied de vigne et donc du sol qui porte ce cep. C'est toujours comme dans la médecine orientale, la maladie est moins importante que le patient à soigner. Il faut le comprendre et l'écouter pour pourvoir le guérir.

La vision officielle de l'agriculture éloigne un peu plus les gens du terrain. On se cache derrière des analyses, des produits chimiques,… pour ne pas affronter la réalité. On n'a pas l'image du gratte-papier submergé derrière son bureau par des tonnes de document. L'époque moderne nous a amené l'ordinateur qui évite cette image d'Epinal mais le résultat est le même. Le viticulteur n'est plus dans sa vigne, le vinificateur n'a jamais le verre à la main dans son chai. Tout est fait par procuration. La santé du sol est donnée par l'analyse, la santé du vin par une autre analyse. On ne cherche plus à regarder les différentes teintes de vert qu'il peut y avoir sur les feuilles ou bien la présence d'autres couleurs, signes probables d'un déséquilibre. On détruit les "mauvaises herbes" sans chercher à savoir pourquoi elles sont là et ce que cela veut dire.

Dans le chai, c'est la même chose, on ne cherche plus à percevoir les subtilités de chaque terroir par la simple dégustation mais on interprète des analyses qui donneront la ligne de conduite.

 

Enfin, la dernière remarque concerne une fois de plus le fossé qui existe entre les "officiels" et toute idée de lutte biologique. Jamais dans le document, on ne fait allusion à ce mode de culture. Je ne parle même pas de la biodynamie!

Avant de persuader les viticulteurs de passer en bio, il faudrait persuader d'abord les responsables de l'interprofession et du ministère de l'intérêt de la lutte biologique et du fait que l'on peut quand même récolter en faisant du bio.

 

Pour conclure, mon sentiment est malgré tout amer car cet exemple préfigure bien que ce devrait être l'avenir de la viticulture française après la réforme des AOC, pardon des ODG, c'est neuf et plus moderne.

Certaines de ces "bonnes pratiques" devraient faire partie dans l'avenir des obligations légales.

Une fois de plus, on se tire une balle dans le pied.

On a d'abord été l'exemple à suivre pour la viticulture mondiale. Nos nouveaux concurrents ont très vite appris et corrigent  leurs erreurs de jeunesse. Et bien, nous, nous faisons le contraire, on cherche à copier ce qu'ils font de mal. Alors qu'ils découvrent la notion de terroir, on simplifie et nivelle nos subtilités. Alors qu'ils découvrent l'avantage de l'assemblage des cépages, on commence à vouloir vendre du vin de cépage.

Les premières plantations du "nouveau monde" étaient hautes et larges mais sont à plus haute densité maintenant. Chez nous, on se bat pied à pied pour maintenir ce système de rangs larges qui n'existait pas avant.

Nos concurrents font du bio en masse et nous, nous tentons d'interdire l'ortie dans la protection des plantes (mais pas dans l'alimentation humaine).

 

Finalement, on s'en sort quand même assez bien malgré tous ces handicaps!

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commentaires

Romain 16/06/2008 06:37

De retour... maintenant un peu plus averti. Parlant Biodynamisme... Je viens de rencontrer Gunter Hauk dans le Kentucky, US, il y a peu de temps et surprenant l'etat d'esprit qu'il degage. Sa nouvelle ecole, Spikenard dans l'Illinois a l'aire de promettre. Je voudrais savoir si il y a des ecoles/stages/groupes de Biodynamisme en France. Merci pour votre aide. Sincerement

Romain 16/06/2008 06:25

Tres bon votre site... un vrai plaisir.

toon 14/06/2008 08:43

bjr, il faut être vigilant ; en regardant bien chaque parcelle indépendante car non seulement le temps est disparate, mais les vignes réagissent différemment selon le sol, elle même (donc diversité des actions à mener)... Bref, on est peut être vers un millésime de terroir et de travail (une fois de plus).

toon 14/06/2008 08:39

bjr, certes il faut vivre avec son temps, l'esprit "scientifique" mais je vous rejoint le vin est peut être certes considérer par certains par une feuille d'analyse (camembert x, jus de fruits y) pour la standardisation d'un produit. Ce qui n'empêche pour le produire une part empirique donc la dégustation pour l'equilibre. Je viens à une reflexion que j'ai eu d'un client hier me demandant si mon vin blanc avait fait sa malo, je lui ai répondu que je ne savais pas car je l'ai sulfiter une fois bien sur la FA fini ; seulement 2 mois après car je voulais obtenir plus d'arômacité avant de "le bloquer au soufre". Il m'a répondu que c'était inadmissible pour un "neuneulogue" ! Hors le vin dans une petite propriété doit être plus personnel et "artistique" que dans une winery (indus du vin). Donc in fine, je lui est fait faire son analyse, il est rassuré l'année prochaine le vin produit dependant de facteurs externes (climat, vie de la plante ... vinification en fonction ...) ne sera pas le même !

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En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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