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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 07:09

Ce jour est un jour particulier pour nous car c’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort de ma belle-mère, Marie-Claire, morte il y 11 ans la veille de son anniversaire.

Ce billet n’est pas empreint de deuil et de pleurnicherie car elle aurait détesté cela mais plutôt de nostalgie.

 

Dans mon esprit, Marie-Claire reste la personne pleine de vie, de volonté (parfois trop) ; une mère et une grand-mère exemplaire.

 

Elle n’a jamais possédé la moindre parcelle de vigne car tout appartenait encore au grand-père lorsqu’elle est tombée malade. Sa première parcelle à elle devait être plantée en 1997.

Alors qu’elle était en phase terminale à l’hôpital et qu’elle se savait condamnée, nos discutions journalières au pied de son lit portaient sur la hauteur des marquants, la préparation du sol et le réglage de tous les détails.

Ce n’était pas de l’inconscience de sa part car elle savait que la force de vie est gigantesque et que la vigne pousserait après elle avec ses enfants et petits enfants qui continueraient cette aventure.
Vivre à la campagne, c’est voir au quotidien la formidable croissance d’une graine, les kilos de matières vivantes que deux cellules engendrent, la chaleur et les bruits d’ébullition  dégagés des cuves en fermentation .

 

La parcelle a été plantée après sa mort et fut tout naturellement appelée « plante de Marie-Claire ».

 

Cette parcelle est devenue la seule vigne à 10000 pieds par hectare dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres.

Marie-Claire aurait sûrement beaucoup apprécié cela car elle était à la fois une viticultrice passionnée dotée d’une sensibilité réelle vis-à-vis de la vigne mais aussi critique acerbe des vignes hautes et larges. Elle est partie avec une gerbe de rameaux de vignes de la maison sur son cercueil.

 

La tradition veut que des rosiers soient plantés en bout de rangs, d’une part parce que c’est joli, mais surtout, cette plante est très sensible à l’oïdium et est donc un bon indicateur de la présence de cette maladie.

 

Dans notre cas, c’est pour respecter la vision des choses et la mémoire de Marie-Claire que nous avons planté à son décès des boutures de roses en bout de chaque rang. Nous entretenons ces rosiers avec amour car nous savons ce qu’ils représentent.

 

Jean-Michel qui n’a jamais accepté la mort de sa mère, n’a toujours pas trouvé la force de se rendre sur sa tombe. C’est donc à travers les rosiers qui lui sont dédiés qu’il honore sa mémoire.

Etant lié à lui par bien plus qu’un simple lien de mariage, je participe moi aussi à cette douleur.

 

Et cette année encore, je ferai de nouvelles boutures de ces rosiers.

 

Les générations futures ne sauront peut-être pas pourquoi ils sont là, mais ce n’est pas grave, ils continueront à fleurir.

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commentaires

Eric 27/06/2008 08:30

Une explication supplémentaire m'avait été donnée pour les rosiers en bout de rang. Elle devrait intéresser Jean Michel puisqu'elle concerne les chevaux. Lorsqu'ils tiraient la charrue, cela les obligeait à contourner les rosiers pour ne ne pas se faire piquer, et éviter ainsi de tourner trop court avec le risque d'arracher le pied de bout de rang ;o)

le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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