
CHATEAU DU CHAMP DES TREILLES
Et bien oui, j’ai envie de devenir Grand Cru Classé de Saint-Émilion. Vous pensez que c’est une blague, mais pas du tout.
Après l’annulation de la révision du dernier classement, je pense avoir toutes mes chances.
Je n’ai pas d’idée sur les responsabilités respectives des uns et des autres sur ce sujet qui prend des allures de fiasco ou de
gâchis.
Mais comme tout le monde je m’intéresse avant tout à mon propre cas.
Quel pourrait être pour moi l’intérêt d’être Grand Cru Classé de Margueron? S’il devait un jour y avoir un tel classement dans la commune, je pense très franchement pouvoir prétendre au titre suprême de Premier Cru.
Mon ambition est toute autre. Rassurez-vous, ce n’est pas pour l’argent mais pour la reconnaissance de mon travail…
Certes, Saint-Émilion et Margueron sont éloignés de quelques dizaines de kilomètres.
Reconnaissez avec moi qu'à l’échelle du pays, ce n’est rien.
Puis, avec un bon avocat et un géologue de renom, je pourrais sans problème montrer qu’il a une veine de terre qui, partant de Saint-Émilion, se prolonge en profondeur pour ressortir à Margueron,
ou plus exactement au lieu-dit « Le Champ des Treilles ». Malheureusement pour les autres vignobles entre Saint-Émilion et moi, la veine y est trop profonde pour être efficace et donner
des vins de qualité suffisante pour prétendre au sésame.
Ensuite, j’ai des arguments techniques pour devenir Cru Classé de Saint-Émilion. En premier lieu, mon encépagement est à dominante
Merlot. C’est déjà bon signe.
J’ai des parcelles à 10000 pieds par ha, c'est-à-dire plus que dans la plupart des domaines de Saint-Émilion. Pour un plus grand respect du raisin, je vendange à la main en cagettes et j’ai
toujours des petits rendements. Je suis en bio, donc je laboure mes vignes.
Un point négatif pour moi vient du fait que je n’ai pas encore 10 millésimes à proposer à la dégustation du jury.
Mais je pense qu’avec un autre bon avocat, spécialisé dans l’égalité des chances, on devrait pouvoir plaider le fait qu’on ne peut pas pénaliser quelqu’un pour sa jeunesse au profit d’un plus ancien.
Bref, reconnaissez avec moi que j’ai toutes mes chances.
Dans un élan de générosité, je pourrais même faire valoir que la veine de terre se prolonge vers le Sud-Est avec des « affleurements" chez mes amis Cosse-Maisonneuve à Cahors, pour finir à Vingrau chez Hervé Bizeul, ou là, le cirque de Vingrau la stoppe tout net.
A ce stade, ma principale préoccupation est de savoir si je dois viser « Grand Cru Classé » ou « Premier Grand Cru Classé ».
Malheureusement, cela n’est valable que pour le rouge et ne concerne pas le blanc, qui constitue quand même 1/3 de mon
vignoble.
Sans penser une seconde à l’argent, je devrais donc quand même m’intéresser à la Champagne au cas où une veine de terre…