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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 09:35

Depuis quelques temps, nous sommes inondés d’articles et de reportages divers et variés au sujet de viticulture « durable » en bordelais.

A chaque fois, je ne peux pas m’empêcher de mettre mes pratiques en comparaison avec celles citées, mais c’est surtout aux consommateurs que je pense car ils sont réellement pris pour des pigeons, voire même pire.

Comment peut-on parler de viticulture durable lorsqu’on utilise presque uniquement des désherbants chimiques pour entretenir les sols ?  Comment peut-on parler de viticulture responsable lorsque les pesticides sont l’unique réponse aux diverses maladies qui peuvent s’en prendre aux ceps de vigne ?

Effectivement, lorsque les objections arrivent, on met en avant le caractère économiquement indispensable de telles pratiques. 
Comme si on avait le droit de polluer lorsqu’on met le critère économique dans la balance.

A ce compte là, je me complique bien la vie pour rien en cultivant en bio dans une zone défavorisée. Il suffirait donc que je dise que je ne peux pas faire autrement pour des raisons économiques pour que tout mon passif environnemental s’en trouve instantanément effacé.

Et donc, la main sur le cœur, on nous parle de viticulture durable.
L’achèvement de la destruction de la vie du sol fait donc partie de ce projet merveilleux car on n’envisage pas de changer de façon de faire en se fixant des contraintes. Toujours la main sur le cœur on va nous dire qu’on ne peut pas faire autrement.

Mais finalement, le polystyrène dans les cultures hors-sol c’est durable. Je ne suis pas spécialiste de ce matériau, mais je suppose que ça se lave de temps en temps avant de repartir avec une nouvelle culture. Certes, c’est issu de pétrole mais quand on l’a acheté, on peut le garder longtemps, donc c’est durable.

Puis quand on souhaite le remplacer par un nouveau polystyrène plus performant, on peut le mettre en décharge « agréée » c'est-à-dire dans un trou homologué par les services officiels, ou même le brûler tranquillement dans un terrain isolé, durant un de ces soirs sans lune.

Certes, il est plus responsable de fournir des masques et combinaisons de protection aux salariés que de ne rien donner. Mais la meilleure solution reste quand même de ne pas utiliser ces superbes molécules chimiques porteuses de mort.

A-t-on pensé aux voisins qui ne demandent rien sinon de vivre tranquillement en bonne santé ? Mais les voisins ne sont pas dans les procédures officielles. S’il y en a un qui râle, on va lui dire que le risque est maitrisé ; sûrement selon le principe Tchernobyl, c'est-à-dire que le produit toxique s’arrête à la frontière du domaine.

S’il proteste encore, on va lui faire comprendre que c’est cher et compliqué de supprimer tout embrun toxique et qu’on ne peut pas faire autrement. Donc on lui demandera de se barricader chez lui s’il veut rester en bonne santé. Même si, bien-sûr les produits sont sans danger, on refusera poliment d'être présent le jour du traitement,...au cas où.

Bientôt, on fera un bilan carbone en se fixant soi-même les règles du jeu pour ne pas être trop ridicule dans les résultats. Ainsi, en excluant des calculs tout ce qui dérange, on pourra garder la tête haute en se trouvant finalement pas si mauvais.

Puis, on finira par nous expliquer qu’on ne peut pas faire autrement et donc que tout est merveilleux.

Quand même, pour faire bon poids bonne mesure, on proposera de planter 3 arbres dans un pays pauvre pour compenser l’excès de gaz carbonique que l’on produit ici.

Et là, confortablement étendu sur un transat en Teck pillé dans le tiers-monde, on savourera le sur-place accompli dans la préservation de l’environnement.

Ma vision de mon métier est bien différente. Mais surtout, je souhaite présenter aux consommateurs une approche juste et sincère de ce qui est fait.

Depuis plusieurs années, je cultive mon domaine en bio. Je n’ai pourtant pas la conviction que mon travail est durable, c'est-à-dire sans conséquence sur l’environnement.

Plus le temps passe, plus j’en arrive à être d’accord avec les propos d’un ami de Jean-Michel, vieil agriculteur américain, bio depuis 50 ans (!!) et qui après des décennies de réflexions pense que la vraie préservation de la nature ne peut se faire qu’avec la vie sauvage.

C’est une vision effrayante mais qui a sa part de réalité. La production de mes vins produit quand même des déchets qui seront stockés en décharge (pour les générations futures), consomme de l’énergie fossile,…

Pourtant, je n’utilise aucun pesticide, les heures de tracteur sont comptées au plus juste, ma viticulture est épurée pour éviter toute action inutile. Et mon travail est cependant à des années-lumière de celui qui est mis en valeur dans les reportages.

Donc, vous comprenez mieux maintenant que je ne supporte pas de voir des gens claironner pour des non-actions même si elles sont accompagnées de 2 fleurs dans les rangs de vignes ou de 3 abeilles à la peine pour produire un miel bourré de pesticides dans un environnement lunaire dans lequel les « mauvaises herbes » n’ont pas le droit de cité depuis des décennies et pour longtemps encore.

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commentaires

joellebarn 19/07/2010 12:21


parler d' agriculture raisonnée est une vaste tromperie : les petits ruisseaux font les grandes rivières, de même les petits apports de biocides s' accumulent dans les sols ou ils finissent par
faire de grandes quantités pendant des années, et pas seulement les 2 années demandées pour se convertir au bio !
il n' y a de raisonnable que d' arrêter le massacre, totalement


Isabelle Perraud 15/11/2008 17:04

J'adhère COMPLÈTEMENT à votre discours ! et je ne rajouterai rien !

Franck 06/11/2008 23:37

COrinne,

on trouve encore des gens qui pensent que la lutte raisonnée préserve l'environnement et que tous les agriculteurs (céréaliers, arboriculteurs, viticulteurs, etc) respectent l'environnement... Je me demande dans quel état seraient les nappes phréatiques, les cours d'eau et l'air s'ils ne les respectaient pas !!!! Crois-tu que ça pourrait être pire ? :-))

Sur ce, je viens de finir d'entonner mes rouges.
Dodo maintenant,
Franck

jm 05/11/2008 14:14

Corinne,
Tout le monde n'est pas dupe de cette annonce d'un domaine avec un nom pourtant floral ;)
Certains savent bien qui travaille bien :)

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En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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