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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 11:06

Lorsque je consulte l’évolution du cahier des charges de l’appellation Bordeaux après la réforme des AOC, je ne peux m’empêcher de me dire que les gens qui ont pondu ces textes doivent avoir un sens aigu de l’auto-persuasion.

Depuis des années, il est apparu que les vignes hautes et larges expliquaient à elles seules une partie du manque de qualité moyenne des vins de bordeaux en appellations génériques. Il y a quelques mois, j’en avais fait un billet au titre évocateur de « je n’aime pas les vignes hautes et larges ».

Donc, l’INAO a cherché à imposer un minimum de 4000 pieds par hectare pour les nouvelles plantations et un délai plus que confortable pour supprimer les parcelles ayant les rangs les plus larges.

Là, face à la levée de bouclier des viticulteurs, l’INAO n’a pas pu faire passer son projet en l’état.
Le temps des dérogations est venu…

Donc, dans le nouveau cahier des charges, on retrouve toujours les 4000 pieds par hectare minimum, avec cependant la possibilité de dérogations à 3300 pieds sous certaines conditions.
On revient donc à la case départ. Plus précisément, on reste sur la case départ car rien n’a changé. On a toujours les mêmes vignes, celles qui rendent les bordeaux pas bons.

Mais, là où ça devient cocasse, c’est quand on regarde les fameuses conditions. Il faut 1,5 m de hauteur de feuillage dans le cas de vignes à 3 m d’écartement. Dans les autres cas, on retiendra une hauteur de feuillage égale à 0,55 fois la largueur du rang.

Comment peut-on penser pourvoir faire appliquer ces ratios ? Celui qui est à 0,53 au lieu de 0,55 sera-t-il recalé et sa récolte déclassée en vin de table. Certainement pas.

On entre un peu plus dans le « Soviétisme » avec des règles complexes et donc inapplicables.
Mais on fait bonne figure avec des opérations de communications.

Le nombre de grappes par pied est « réduit » à …20 pour les rouges et 24 pour les blancs.

Vous imaginez ce que ça représente 20 grappes pour un pauvre pied de vigne !

Cependant, c’est totalement normal car moins il y a de pieds par hectare, plus il y a de grappes pour les pieds qui restent. Sinon, la parcelle se retrouve avec une production très faible et ce n’est pas le but.

Il y a quelques années, j’ai financé le doublement de la densité de plantation à 10000 pieds pour des  parcelles de vignes en place avec l’argent du ménage. Je n’ai pas pu bénéficier de primes à la restructuration car ce cas ne figurait pas dans la liste des actions subventionnées. Ma volonté de plaider mon cas auprès de l’ONIVINS a reçu une fin de non recevoir.

Mais, au même moment, certains touchaient de l’argent pour « restructuration qualitative » en arrachant des vignes à 3300 pieds pour les remplacer pour des vignes à 3300 pieds !

C’est quand même bien les dérogations !

Je ne pourrais pas refermer ce chapitre de cahier des charges sans parler de l’analyse de sol obligatoire avant toute plantation.

C’est donc fait, le bon sens paysan et la nécessaire observation des parcelles sont morts. Maintenant, il faut être scientifique. Donc, il faut faire des analyses physico-chimiques. C’est impersonnel, ça ne prend pas en compte que les problèmes d’eau par exemple, ni l’hétérogénéité du sol d’une parcelle. On laisse de côté l’historique du lieu.

Mais on a un beau rapport d’analyse avec plein de chiffres.

Je pense que vous êtes maintenant convaincus qu’il est temps d’investir sur les vins de Bordeaux car avec de telles initiatives, il y a fort à parier que dans quelques années, la qualité va bondir en flèche et que par effet domino les prix vont flamber.

 

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commentaires

joellebarn 19/07/2010 12:57


terrible le commentaire de Yves ! on le croirait sorti d' un livre de blagues :(
et oui comme dit Franck, quand donc les politiques cesseront de faire faire n' importe quoi aux paysans en général ? quand ceux-ci reprendront leur métier en mains sans s' occuper des conneries qu'
on leur préconise de faire !


yves 30/11/2008 07:57

ça me rappelle ce ministre africain qui affirmait qu'il venait de prendre des mesures pour protégér la forêt équatoriale: à l'hectare on ne pourrait plus abattre plus de 10 arbres!! Lorsque l'on lui demanda le nombre moyen d'arbres à l'hectare, il répondit: 10!

Franck 28/11/2008 15:23

Comme tu le dis, dans le monde du vin, tout est à refaire... mais si les textes changeaient trop, ça prouverait à quel point les derniers millésimes ont été produits dans des conditions inadaptées; et ça, ce n'est pas vendeur !
Les politiques ne seront jamais des sauveurs. S'ils étaient des sauveurs, pour quelle raison aurions nous besoin d'eux sur le long terme ?
De leur point de vue, Il vaut mieux évoluer par petites touches, ça nous donne de bonnes raisons de les élire à nouveau: pour faire un pas en avant. Ainsi, ils ne mettrons jamais un coup de pied dans la fourmilière pour que tout change pour de bon, durablement... ils jouent la montre.
Malheureusement, la profession a besoin d'un vrai coup de pied au c*l si elle veut avancer. Qui aura l'audace de le faire ?
Seuls les vignerons conscients qu'il sont dépendants d'un système obsolète changent radicalement. Leur sauveur, c'est eux et eux seuls. Il faut que chacun arrête d'attendre une réforme qui les sauverait. Il faut prendre le taureau par les cornes et le faire soi-même.
Vouloir que des textes aient le courage de réformer ce q'il y a à réformer, c'est de l'utopie. Tu l'as compris avant les autres et fait le chemin nécessaire. Au fur et à mesure, d'autres feront comme toi car ils verront bien qu'on les fait tourner en rond et leur promettant monts et merveilles.
Un voile se lève, et chacun y voit plus clair... tant que l'INAO n'aura pas le courage de prendre les mesures pour lesquelles il a été nomé, rien ne changera.
"Tout reste pareil si rien de change"... donc pas de qualité ni de terroir si la viticulture n'évolue pas.
Bien à toi,
Franck

le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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