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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 10:35

Avec les vendanges et les vinifications qui ont suivi, le vigneron a achevé une année qu’il appelle culturale. Maintenant, c’est l’année 2008 elle-même qui est en passe de se terminer.

Il est donc temps de tirer les bilans de la campagne pour essayer d’être meilleur l’an prochain.

Avons-nous été bons ou pas dans un contexte climatique difficile ? C’est toute la question.

Et comme toujours dans la vie, il n’y a pas de réponse tranchée. 

Il y a eu la gelée, la coulure et la pluie. C’est beaucoup pour une seule saison.

Je commence par les critiques !

J’en avais déjà parlé précédemment, on a atteint la limite du trio pluie/traitements/travail du sol.

Malgré le passage très tardif des charrues, les engins ont été très gênés par la portance de nos sols argilo-calcaires lorsqu’il pleuvait souvent. Avec des sols labourés régulièrement, la terre est plus meuble donc…plus apte faire des ornières lorsqu’on passe après une pluie.

Nous avons réussi à diminuer la vigueur des parcelles au point de ne pas avoir à maintenir un enherbement permanent. Maintenant, pour garder de l’herbe, il nous faudrait utiliser des engrais pour compenser la présence d’un couvert végétal. Pas très logique…

Donc, on sait qu’en année humide, nous sommes plus exposés en faisant ainsi. C’est particulièrement vrai avec les vignes à 10000 pieds par ha pour lesquelles le passage de l’enjambeur a souvent été problématique.

Avec des vignes larges, enherbées et désherbées chimiquement sous le rang, c’est tout de suite plus simple. Ce n’est pas l’option que nous avons choisie.

Je ne vais pas vous redire ce que je pense des vignes hautes et larges car cela risquerait de donner de l’urticaire à certains…

La pluie nous a aussi contraints à modifier quelque peu notre vision des opérations en vert. Est-ce grave ? Oui et non, mais on se fait un programme « idéal » dans sa tête pendant l’hiver et on ne peut pas totalement le respecter à cause du temps. Il faut donc attendre l’année suivante pour espérer le mettre en œuvre.

C’est la vie du paysan qui fait avec les saisons et les conditions de l’année.

Heureusement, il n’y a pas que des côtés noirs dans cette saison qui se termine.

Un  peu plus cette année, on a vu la vigne réagir aux « sollicitations » que nous lui donnons.

Nous avons compris sa logique et elle est rassurée quant à la douceur de nos actions la concernant.

Elle a gagné en sérénité et moi aussi. Cela fera sûrement sourire les viticulteurs modernes qui liront mes propos mais je le pense vraiment.

Les vendangeurs ont redonné à la vendange manuelle toute sa noblesse en me faisant oublier beaucoup des frustrations des années précédentes.

Malgré les conditions de l’été, j’ai récolté des grappes dans un état sanitaire parfait.

Les vinifications ont tout de suite montré un niveau qualitatif très élevé. Les vins ressemblent de plus en plus à leur terroir. Jean-Michel dit souvent qu’ils sont « de moins en moins Jean-Michel et de plus en plus Corinne ; ce qui est très bien ».

Je ne me prononcerai pas sur ce dernier point, mais il est sûr qu’au fur et à mesure que les années passent, je suis de plus en plus tentée de vinifier selon ma propre sensibilité.

Même si je suis très proche de mon mari, l’image du vin idéal diffère entre lui et moi. Nous y mettons les mêmes moyens, c'est-à-dire des interventions épurées à tous les niveaux,  mais mon approche est plus sensible et intuitive en essayant de privilégier un côté aérien dans les vins.


Finalement, ce bilan de campagne risque d’être aussi long que mon bilan comptable.

La différence entre les deux ? Dans un cas je prends du plaisir à le faire, dans l’autre, beaucoup moins.

Vous avez trouvé lequel ?

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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