Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 14:42

Dans mon billet précédent, je vous parlais de la commercialisation de mes vins. Au début, je souhaitais dire quelques mots des vins « bio » en ce qui concerne la commercialisation. Mais, il m’est apparu que le sujet méritait plus que quelques lignes et que l’on s’éloignait aussi du fil conducteur du texte.

Aussi, j’ai choisi d’en faire un billet à lui seul tellement on peut en dire et tellement le sujet peut faire polémique.

Tout d’abord, avant que l’on m’en fasse le reproche, je sais que parler de « vin bio » est un abus de langage. Je l’assume pour la simplicité du propos.

Nous nous sommes orientés dans cette voie pour suivre notre sensibilité.

En vignerons « purs », on n’avait même pas prévu d’apposer un logo sur les bouteilles ni même de demander une quelconque certification. Le bio pour la beauté du geste en quelque sorte !

Mais très vite, cette situation nous est apparue inconfortable car difficile à justifier par rapport aux « faux bios » d’une part et aussi par rapport aux bios certifiés d’autre part. 

Nous nous sommes donc inscrits dans une démarche de certification ; finalement la plus logique car la plus claire.

Au début, la production de vins en culture bio ne constituait pas un avantage pour la vente.

Maintenant, la demande est forte. Il ne faut quand même pas exagérer et les gens ne sont pas dehors à m’attendre pendant que j’écris ces lignes, mais quand même…

Nous travaillons aussi avec plusieurs sociétés qui ne proposent que des vins bios. Bien-sûr, le négoce bordelais traditionnel est en majorité à une génération ou deux de ressentir le besoin d’aller vers ce type de vin. Ce n’est pas grave car d’autres s’en chargent. C’est quand même dommage, qu’une fois de plus, les négociants « institutionnels » bordelais, ne daignent pas s’intéresser à ce secteur en progression constante. Ils doivent être trop riches et très sûrs de leur avenir.

Souvent, des viticulteurs nous demandent si le passage en bio s’est accompagné d’une augmentation des ventes.

Même Jean-Michel, à Pontet-Canet, a aussi droit à ce genre de questions.

Avec la crise viticole présente depuis plusieurs années à Bordeaux, certains ont vu dans la production de vins bios la solution à leurs problèmes de mévente. Malheureusement, ce n’est pas aussi simple. Passer en production bio uniquement à des fins commerciales est pratiquement voué à l’échec tellement les difficultés qui vont se présenter pour la culture de la vigne vont paraître insurmontables à ceux qui n’ont pas la « foi » dans ce mode de production.

Et même si on arrive à produire des vins, l’augmentation des ventes ou des prix n’est pas du tout assurée.

Le principal est quand même d’offrir des produits de qualité pour que les consommateurs prennent du plaisir à en boire et un niveau de prix correct. A partir de là, si le vin est bio, c’est un vrai plus.

Par contre, le fait d’être en bio ne doit pas être le seul argument du vin.

Pendant longtemps, beaucoup trop de vins bios n’étaient pas bon et leur seule qualité était leur mode de culture.

On ne fait pas du bio en se demandant si les ventes vont de suite augmenter ni si les coûts de production vont progresser.

La biodynamie et la philosophie globale de respect qui s’y rattache, changent les vins vers plus de vérité et de complexité. C’est le but recherché mais aussi un élément important pour les acheteurs qui prennent du plaisir à la dégustation de ces vins.

Notre mode de culture implique peut-être aussi une passion pour la vigne et une proximité avec elle qui déborde largement et qui se transmet aux consommateurs de mes vins.

Quelque en soient les raisons, je pense quand même me trouver au bon moment au bon endroit en ayant choisi, il y a plusieurs années de me laisser guider par mon cœur vers ce type de viticulture exigeante mais tellement passionnante.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Corinne Comme - dans Divers
commenter cet article

commentaires

Milleret Jean Luc 18/12/2008 11:33

""Au début, la production de vins en culture bio ne constituait pas un avantage pour la vente.""

Je constate tous les jours sur mon lieu de travail , que tout change très vite . Mes clients de la Pharmacie recherchent de plus en plus ces produits . Il est vrai que notre officine se trouve dans un lieu " protégé " .
Depuis quelques années , j'offre une petite btlle de vin à de nombreux clients pour les fêtes de fin d'année ...et je choisis de préférence un propriétaire qui respecte " Dame Nature".
J'ai récupéré hier soir un petit carton ....je pense que j'ai déjà une petite idée de mon choix pour le cadeau des clients en 2009 .

C'est toujours avec un immense plaisir que je retrouve régulièrement ce blog ....et bien entendu , il se retrouve également sur la liste des favoris d'un grand nombre de mes clients passionnés .....c'est également le rôle d'un Pharmacien que d'éduquer sa clientèle à faire le bon choix !! De nombreux clients ( et mêmes agés ) boivent régulièrement un petit verre de " BON " vin pour le repas de midi .

Je suppose que vous avez une petite maison de retraite près de votre domaine . Avez vous pensé à offrir un petit verre de votre production pour un repas de fin d'année ...quand je constate la pauvre piquette qui est servie dans ces établissements , je me dis que ces personnes âgées ont bien peu de considération .

Amicalement : Milleret Jean Luc .

Isabelle 17/12/2008 19:38

Nous avons suivi le même parcours que vous...les mêmes sentiments par rapport aux "faux bios" et les "vrais bio"quand nous ne voulions pas avoir le label quand nous avons commencé...et puis maintenant, 10 ans après, pas de regret d'avoir adhéré et d'être certifiée et assez en colère quand j'entends " je ne suis pas bio mais c'est tout comme..."Oui, dans ce cas là, on peut toujours "s'autoriser" un petit écart, personne ne pourra le reprocher...ou le sanctionner...

le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

Recherche