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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 13:14

Récemment, alors que je travaillais dans le chai, j’ai pris le temps de regarder autour de moi quelques minutes. J’ai alors revu en quelques secondes le film de notre aventure au Champ des Treilles.

Et en comparant la situation de départ à celle de maintenant, j’ai repensé à tout le travail et les sacrifices pour en arriver là, même si on est bien loin des réussites de livres des records et du prestige des Grands Crus.

J’ai aussi repensé aux nombreux encouragements envieux de la part de beaucoup de nos amis, responsables de grands domaines qui voient dans notre projet une opportunité unique de produire notre propre vin, selon nos goûts ; et qui plus est en famille.

Malheureusement, la réalité est toute autre. Après plus de 10 ans dans ce métier, je peux maintenant le dire, il n’y a plus de place pour l’amateurisme.

Comme beaucoup d’autres, notre métier est devenu un métier de professionnels qui partage difficilement avec une autre activité.

Certes il peut exister une viticulture « dans le jardin » que l’on fait le week-end en famille et où l’on vendange en un dimanche avec quelques copains et un bon repas. Elle  peut donner de bons vins et générer la gloire pour ceux qui la pratiquent.

Mais, dès que l’on dépasse ce stade, cela devient un vrai métier qui nécessite des moyens financiers beaucoup plus importants.

Lorsque nous avons commencé, notre rêvions de produire du liquoreux et ne pensions pas à l’argent. Heureusement, nous n’en avions pas ! Depuis, la vie a guidé notre chemin. Les liquoreux sont toujours quelque part dans notre cœur mais, c’est surtout le vin sec qui se vend et plus particulièrement le rouge. Donc, on produit surtout du rouge et dans une moindre mesure du blanc sec. Le liquoreux, il se vend toujours régulièrement mais pas au point d’en produire tous les ans.

Pour travailler dans des conditions normales, sans luxe, il faut du matériel et/ou des moyens humains. Sinon, la vie devient très difficile et c’est nuit et jour qu’il faut y être sans forcément être meilleurs.

Si l’on n’a pas de moyens financiers à mettre en face de ces besoins vitaux, on ne peut pas produire durablement. Si on colle les étiquettes à la main, une palette devient un supplice et 10 palettes constituent une mission impossible. Et sans vente, point d’argent.

Sans une cuverie adaptée aux objectifs fixés, on ne peut pas vinifier aussi finement et on peut aussi mettre son vin en danger. La moindre petite cuve coûte quelques milliers d’euros. En général, il en faut plusieurs grosses et petites. Et les milliers d’euros à dépenser deviennent des dizaines de milliers d’euros. C’est autant de milliers de bouteilles qu’il faut vendre ou de prélèvement sur les économies de la famille, si au moins la famille dispose d’un bas de laine.

Enfin, l’investissement humain. Sans lui, rien n’est possible mais s’il n’est pas fort comme la pierre on ne peut pas s’en sortir. Depuis plus de 10 ans, nos loisirs rythment surtout avec Champ des Treilles, c'est-à-dire travail dans la vigne, au chai ou au conditionnement.

Combien de salariés accepteraient à ce point de renier leurs loisirs sur une période aussi longue ?

Heureusement, comme le dit Jean-Michel chez lui sève et sang sont liés. Pour moi, c’est plus récent mais puisque Jean-Michel et moi ne faisons qu’un depuis si longtemps, j’ai un peu le même sang que lui dans les veines et ce sang, il a un peu la couleur de la sève de vigne.

Certains pourront dire que je suis désespérée en ce début d’année. Pas du tout ! Je souhaiter tout simplement témoigner de mon expérience de viticultrice.

Pour finir sur une note optimiste, je pense quand même que le vin est un produit magique pour susciter autant de passions et de vocations naissantes ou affirmées.

Quelle autre culture que la vigne et quel autre produit que le vin peut amener des gens à organiser leur vie autour d’eux ?

Selon moi, il n’y en a pas d’autres !

 

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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