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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 15:12

Il y a des mots qui ne devraient jamais se rencontrer.

Déjà, lors de la première guerre du Golfe, on nous avait familiarisés avec les « frappes chirurgicales ». Ainsi, on pouvait détruire la maison des méchants sans que le voisin soit importuné. Malheureusement, très souvent lorsqu’une caméra s’aventurait sur place un peu après, on pouvait se rendre compte que le fameux voisin qui n’avait rien fait n’existait plus lui non plus.
Ensuite, on a trouvé la fameuse « lutte raisonnée » que j’ai de nombreuses fois critiquée ici-même. On détruit tout à coup de pesticides mais on met la main sur le cœur pour déclarer qu’on ne pouvait pas faire autrement.

Mais depuis quelques temps, l’expression à la mode est le « développement durable ». Grace un Grenelle du tournage en rond, on a essayé de montrer une voie respectant l’environnement tout en continuant notre modèle actuel basé sur la croissance.

Or, j’ai quand même l’impression que développement et durable sont des mots qui n’ont pas grand-chose à voir l’un avec l’autre ; sauf dans les ministères et les commissions qui sont mises en place sur le sujet.

Je ne suis pas là, pour dire s’il faut choisir le développement ou le durable car les deux mots font référence à des directions relativement opposées.

Mais je pense qu’il n’est pas honnête de faire croire aux gens que l’on peut avoir les deux à la fois.

On continue de produire des emballages car cela fait travailler des gens dans l’industrie du même nom. Ça, c’est pour le développement. Puis, pour le durable on va les récupérer à grand coup de camions et d’usines de recyclages puis on va en faire autre chose ; un autre emballage, un pot de fleur ou un piquet de vigne. Toute cette logistique emploie des gens et utilise aussi des machines produites dans d’autres usines.

Le vrai durable c’est quand même de ne pas produire l’emballage. Mais là, plus d’usine de recyclage, plus de camion poubelle et surtout plus de salariés pour activer tout cela.

En viticulture,  nous ne sommes pas épargnés. Les mèches de soufre pour les barriques ont toujours été conditionnées en boite en carton. Maintenant, elles sont proposées dans des petits seaux en plastique. Certes, c’est plus pratique et moins sensible à l’humidité. Mais ce n’est pas très durable.

Pour surfer sur la vague du bio, des fabricants proposent des agrafes à vignes (pour les levages) biodégradables car issues du maïs.

L’idée  peut paraître intéressante. Mais dans ce cas l’agrafe ne dure qu’une saison. Il faut en racheter tous les ans. De plus, est-ce moralement justifiable de transformer des aliments en agrafes à vigne ? Leur fabrication utilise de l’énergie alors que leur durée de vie est par définition très courte.

A la maison, nous utilisons encore les bonnes vieilles agrafes en métal galvanisé. Ce sont de petits morceaux de fils de fer pliés. Elles durent de très nombreuses années. On les emploie en été et on les récupère pratiquement toutes à l’automne. C’est plus durable mais au niveau développement, on ne stimule pas très souvent l’économie.

Les exemples sont très nombreux et mériteraient des pages.

Le plus grave, c’est que certains qui se sont pris en jeu du développement durable semblent y croire sincèrement !

Heureusement, dans la bible il me semble qu’il y a une phrase du style « heureux les simples d’esprit… »

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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