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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 09:40

 Quand on tient un blog comme je le fais depuis maintenant 3 ans, on se demande toujours ce que l’on doit dire par souci de transparence et ce que l’on doit garder pour soi.

 

Or, dans le cas présent, je me suis posée la question maintes fois depuis quelques jours.

 

J’avais annoncé précédemment l’arrivée du Vin Passion 2010 pour remplacer le millésime 2009 épuisé. Mais la fatalité en a décidé autrement.

J’éprouve une sorte de honte pourtant je n’y suis pour rien.

Mon vin était parfaitement net et pur avant la filtration réalisée lundi par un prestataire et il faisait ma fierté. A la sortie de cette opération, il présentait un défaut majeur le rendant invendable.
Erreur de stockage de la terre de filtration, terre intrinsèquement altérée,… Je ne suis pas capable de juger. Des analyses sont en cours et je suis sûre de mon fait ; je n’y suis pour rien.

 

C’est pour moi une énorme catastrophe commerciale. J’ai mis 10 ans à créer une clientèle. Actuellement, mes ventes explosent au point que j’ai du prévoir de mettre en bouteilles plus tôt que l’an dernier pour faire face à la demande.

Pour de nombreux clients, le Vin Passion est le seul Bordeaux blanc de leur gamme.

Et pendant un an, il n’y en aura plus.

Tous comprendront le mal qui m’arrive. Mais combien d’entre eux reviendront après ce purgatoire d’une année ? Personne ne sait le dire et je n’ose y penser.

 

Je suis repartie en expertises diverses, en constats d’huissier,…

Je n’en veux pas à ceux qui ont fait la bêtise car tout le monde peut faire une erreur.

Je leur en voudrais s’ils arrivaient à ne pas vouloir assumer leurs responsabilités dans cette affaire. Ce prestataire est l’un des meilleurs du marché pour son sérieux technique. Gageons qu’il le soit aussi pour assumer ses erreurs.

 

Ce week-end, nous avons travaillé dans le chai pour divers soutirages. Le millésime 2009 doit en effet être mis en bouteilles dans quelques jours. Il faut donc le préparer.

Difficile de garder le sourire dans le travail et de  ne pas pleurer quand on a devant soi la cuve « maudite ».

On n’a même pas apprécié d’avoir conditionné le solde de Petit-Champ rouge 2008 ; générant de ce fait une situation de rupture pour ce vin pilier de la gamme.

Le succès commercial couronnant les années de travail n’a pas été fêté ni même noté entre nous.

Jean-Michel et Laure étaient aux soutirages alors que Thomas et moi étions au conditionnement. Chacun a travaillé dans son coin la tête baissée et l’esprit ailleurs.

 

Ce millésime 2010 aura été spécial jusqu’au bout.

Après la grêle du 25 mai, il avait fallu se relever pour sauver ce qui restait. Les traitements faits dans des conditions d’apocalypse après l’énorme averse de pluie qui avait accompagné la grêle, les relevages horribles avec des ceps transformés en buissons par les grêlons, les vendanges à la main qui m’ont laissé les avant-bras lardés de cicatrices par la profusion d’entre-cœurs sur les branches meurtries, la souffrance des paniers et des cagettes à bouger, les heures passées devant le pressoir pour presser « en manuel » avec délicatesse ces petits raisins rescapés, le vidage du pressoir à la pelle à main avec mes coudes meurtris, les heures de lavage,…

Ce 2010 a heureusement fait quelques fois le bonheur de nos apéros du soir.

Malgré les conditions difficiles, l’amour que la vigne a reçu de notre part en a fait le meilleur vin jamais produit depuis que nous avons repris le domaine.

Il était pur, tendu et cristallin.

Tout ça pour rien.


Dur dur…

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commentaires

Régis Chaigne 23/03/2011 23:18


C'est bien la hantise de tout vigneron, après tant d'efforts, de perdre du vin pour quelque raison que ce soit.
Je n'avais jamais pensé à un problème potentiel lié aux terres de filtration... et pourtant le risque est bien réel. Si l'expertise établit la cause précise, sera-t-il possible la publier ?
Quant aux clients, vu la sincérité de la communication, ils patienteront un an mais reviendront plus sûrement que s'ils avaient reçu un 2010 de mauvaise facture.
Bon courage...


J2C 05/03/2011 01:31


Les larmes me montent en pensant à ce qu'a dû être votre déconvenue, et à ce qu'est votre courage de nous n'en avoir rien caché.
Soyez tranquille, nous vous resterons fidèles, coûte que coûte. Notre privation inopinée ne nous rendra que plus impatients de vous désirer ..... avec PASSION !!!


Bebert 03/03/2011 06:56


Chacun porte sa croix. et le chemin est semé d'épines... le principal, c'est de ne pas finir comme l'autre barbu, hein. Et ça , je n'ai aucun doute, votre courage et votre pugnacité viendront à
bout de toutes ces embûches..


Michel Fréchette 02/03/2011 21:52


Quoiqu'il arrive votre vin passion 2011 sera génial et goûtera votre respect du vivant...
Que Yannick Poirier prenne bien note que je réserve mes 2 cartons d'avance...Attendre cela n'est rien,seuls comptent vos efforts à produire de très beaux vins...alors les québécois qui vous
connaissent attendront patiemment parce qu'ils vous respectent madame et admirent votre travail.


Yannik Poirier 01/03/2011 18:38


Les mots me manquent, nous sommes en pensées avec vous


le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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