C’est fait, nos deux enfants sont maintenant pour 6 mois à l’étranger. Champ des Treilles est né avec deux jeunes enfants et maintenant ils sont sur le point de quitter le nid.
Les jeunes plants qu’on a mis en terre avec eux, au début de cette aventure, sont devenus depuis des vignes adultes.
En se rappelant de l’âge des enfants au moment des plantations, on peut mesurer le temps qui a passé.
Dans ce métier, on a tendance à appeler « plante » une parcelle que l’on a plantée ; même quand elle est devenue adulte depuis longtemps.
L’histoire de la vigne s’écrit avec une unité qui est la génération humaine. Cela fait la différence avec les autres productions. Le temps n’a pas la même portée avec la vigne. Cette notion donne une facette supplémentaire à la dimension symbolique de la vigne qui est chargée de symboles depuis que l’homme a abandonné son existence de chasseur pour devenir agriculteur.
Donc, maintenant il ne faut plus compter sur nos enfants pour nous aider comme c’était le cas jusqu’à présent. Certes, leur présence
était devenue plus épisodique que par le passé, mais quand on avait vraiment besoin de leur aide, ils étaient là. Pour les six mois à venir, il
faudra faire autrement.
Heureusement, le domaine semble être sur de bons rails et les chantiers type « bagne de Cayenne » sont maintenant derrière nous. Je ne dis pas « oubliés » car ils résonnent encore avec douleur dans mes articulations et ma chair.
Ce qui me rassure dans cette nouvelle vie à deux, c’est que Jean-Michel et moi nous entendons à merveille. C’est même un plaisir pour moi de travailler avec lui.
Son autre vie à Pontet-Canet, le coupe d’une réalité de terrain très concrète. La vie à Margueron lui donne la profondeur de champ nécessaire entre le haut et le bas de l’échelle sociale viticole.
Elle lui permet aussi de rester les deux pieds bien posés sur le sol.
Et en viticulture, c’est fondamental. La vigne doit avoir les racines bien ancrée dans la terre et les tiges tournées vers le ciel. Pour le vigneron, c’est pareil. S’il doit avoir la tête dans les nuages pour rêver et avancer, il doit garder les pieds sur terre pour éviter de se couper de la réalité.
Encore une dimension symbolique de la vigne…
Décidemment aujourd’hui, on cherche le fil conducteur de mon message…
Maintenant qu’on est apiculteurs, on devient un peu comme les abeilles : on butine d’idée en idée sans ordre…

Søren 23/01/2012