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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 12:15

Depuis quelques années, le bilan carbone s’est invité dans de nombreux débats et aussi dans beaucoup de plans de communication.

J’ai souvent dénoncé le caractère partiel ou orienté des arguments et des calculs mis en avant pour montrer le caractère vertueux de telle ou telle approche.

 

Je serais drôlement perturbée dans ma tête de nier l’action négative des activités humaines sur la planète alors que dans le même temps, je cultive mes vignes en biodynamie ; justement avec l’idée de minimiser au maximum l’empreinte de mon travail sur la nature et le vivant en particulier.

 

Mais effectivement, on a choisi des têtes de turc, mauvais élèves du bilan carbone pour culpabiliser telle ou telle pratique. Par exemple, le nombre plus important de passages de tracteur dans les vignes en bio et donc la consommation plus importante de carburant, permettent de justifier l’utilisation de pesticides cancérigènes mutagènes et autres joyeusetés du même genre.

 

On montre du doigt les bouteilles lourdes pour leur coût énergétique de fabrication et la surconsommation en carburant pour les transporter.
Evidemment, il y a eu des campagnes contre le tout-camion dans le transport des marchandises.

 

Tous ces arguments et d’autres aussi, sont parfaitement recevables et méritent qu’on s’y penche par respect pour la planète, pour les populations qu’on prive de leurs ressources naturelles au nom de la surconsommation et aussi pour les générations futures.

 

Par contre, là où les raisonnements sont malhonnêtes ou partiels, c’est quand on oublie de compter les dépenses énergétiques qui participent à notre confort ou nos loisirs.

 

La consommation moyenne d’un avion de ligne est de 4 litres pour 100 km par passager.

Ce qui fait qu’un vol aller-retour vers Pékin va générer la disparition de 800 litres de carburant par passager.

Avec un tel volume de gazole, un camion de 25 tonnes de fret pourra parcourir plus de 2000 km.

Dit comme cela, on fixe mieux les choses.

Pour aller se faire bronzer à l’ile Maurice depuis la France, il faut là-aussi compter 800 litres de carburant par « bronzeur ».

Par contre, si on choisit les plages de Tahiti, c’est 1500 litres qui seront engloutis par personne !


Si on compte tous les avions qui transportent dans le monde entier, ne serait-ce que des touristes dont le seul but est le loisir, on peut mettre en parallèle l’impact du passage supplémentaire du tracteur ou l’influence de la bouteille un peu plus lourde que la bouteille la plus moche de la gamme.

 

J’ai toujours en tête le Mondial de football au Qatar dans quelques années. Personne ne trouvera à redire d’y envoyer des centaines d’avions de toutes les parties du monde uniquement pour assister à des matchs dans des stades climatisés.

 

Récemment, on m’a raconté l’histoire d’une personne qui fait du covoiturage pour économiser du carburant (et de l’argent) pour aller au travail.

Puis la même personne est partie bronzer sur les plages brésiliennes. Ce seul voyage a représenté l’équivalent de plusieurs années d’économies de carburant par le covoiturage.

 

On pourrait parler des bateaux à moteurs qui engloutissent allègrement 30 ou 50 litres d’essence à l’heure. Oui mais là, on ne compte pas car cela permet de déstresser les gens pratiquent cette activité.

La Formule 1, les rallyes automobiles,(…) OK, mais il s’agit de sport donc on ne compte pas.

 

Que faut-il penser de tout cela ? Rien de moins et rien de plus.

Faut-il empêcher les gens de voyager ou de se détendre ? Certainement pas.

Mais il faut parfois évaluer les choses avec humilité et discernement.

 

Parmi les censeurs du bilan carbone, il doit y en avoir plein qui vont bronzer à l’autre bout du monde. Tout comme parmi les personnes qui jettent les poubelles sur le bord des routes, il doit y en avoir plein qui ont voté écologiste aux dernières élections.

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commentaires

vince 23/03/2013 12:12

Bonjour,
une petit commentaire pour vous apporter quelques précisions...
La philosophie du bilan carbone n'est pas de montrer du doigt, il n'y a aucune notion de morale la dedans.
Le bilan carbone correspond plus à une "analyse de risque" pour celui qui le fait. LA question que pose le BC est la suivante : quel sensibilité à votre activité à la contrainte
climato-énergétique. Que se passe-t-il pour vous si le prix des hydrocarbures augmente, que les émissions sont taxées, que les normes sur les droits à émettre des GES s'endurcissent...
Bonne continuation

le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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