Vendredi 4 juillet 2008

Nous avons partagé une partie de nos jours et même de nos nuits depuis pratiquement 1 ou 2 ans et c’est déjà bientôt l’heure de se quitter.

 

Certes, ce n’est pas un départ immédiat ; il y aura bien une période transitoire mais ce ne sera plus tout à fait pareil.

 

Vous vous demandez sûrement qui peut bien partir au point de me rendre triste ?

 

Je veux parler des vins, rouge 2006 et blanc 2007, qui vont être mis en bouteilles dans les semaines à venir.

Pour cela, il faut les préparer à cette étape essentielle de leur vie.

Je suis donc en train de procéder aux derniers soutirages et ajustements avant le moment fatidique.

 

Je sais que tous les ans c’est pareil, mais j’ai toujours le sentiment qu’une page de ma vie se tourne avec la mise en bouteilles annuelle.

 

Les vins en questions, nous les avons d’abord préparés dans la vigne durant de longs mois. C’est un peu comme une grossesse. On prend garde au bébé à venir et on imagine comment il pourra être, quel sera son caractère.

Puis lorsqu’il se décide à venir, on est là. Notre présence est d’abord de tous les instants, jour et nuit.

Certaines années tout est facile, presque trop simple. Parfois, c’est le contraire comme lors d’une grossesse mal engagée ou d’un accouchement difficile.

Mais finalement, on aime toujours le vin que l’on vient d’enfanter.

 

Puis les choses deviennent plus calmes, mais il faut toujours l’accompagner.

Le vin devient ensuite adolescent avec une autonomie toujours plus grande malgré la présence indispensable de ses parents.

 

Puis un jour, arrive la mise en bouteilles avec l’échéance du départ programmé. C’est là qu’on se dit que ce vin que l’on a porté ne nous appartiendra plus vraiment.

Il partira bientôt dans des lieux et chez des gens que nous ne connaissons pas.

 

J’espère seulement qu’il fera honneur à sa famille et à ses parents qui, quoi qu’il arrive seront toujours fiers de lui.

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Mercredi 2 juillet 2008

 Malheureusement, je ne vais pas vous parler de dégustations de Latour 61 ou Mouton 45 car ces vins là, je ne les ai pas dégustés et je pense ne jamais avoir l'occasion de le faire.

 

Si je vous parle dégustation aujourd'hui, c'est pour tout autre chose.

Depuis quelques semaines, j'avais prévu d'écrire ce billet, mais le temps passe trop vite et la vigne nous a demandé tellement d'attention que je n'ai pas pris les quelques minutes nécessaires à la réalisation de ce texte.

 

En effet, depuis quelques années, nous avons pris l'habitude de déguster des fleurs de vigne. Etrange pratique me direz-vous. Mais c'est tout à fait sérieux.

 

Nous avions entendu parler de cette technique mais nous la jugions folklorique, voire farfelue. Puis, lors de notre évolution vers cette viticulture du "ressenti" nous avons éprouvé le besoin d'essayer.

Et là, ce fut une véritable révélation pour nous. Le terroir s'exprime vraiment dans les fleurs.

Finalement, c'est assez logique.

Au-delà de la simple constatation, nous avons cherché quel bénéfice nous pourrions tirer de cette découverte, ou plutôt de cette constatation.

Nous avons donc procédé scientifiquement. D'abord, nous avons vérifié la corrélation entre les impressions olfactives de grappes de diverses zones du vignoble et les caractéristiques gustatives des vins qui y sont produits.

Nous avons constaté que la "noblesse" du terroir s'exprime à la fois dans l'intensité et la complexité aromatique des fleurs et dans la qualité du vin.

 

A partir de là, on avait donc une technique très fine de zonage de notre terroir.

 

Effectivement, on est très loin de la carte pédologique qui trône souvent en bonne place dans les salles de dégustation de domaines viticoles et qui ne sert à rien ou presque car personne ne sait vraiment la lire et le lien entre les informations qu'elle contient et la qualité du vin est parfois difficile à faire.

 

Nous nous intéressons avant tout à la réalité concrète du terroir.

Malheureusement, pour pouvoir apprécier les caractéristiques gustatives générées par chaque micro-zone grâce à une vinification, il faut un volume de vendange minimal pour remplir une cuve.

Les micro-vinifications ne sont jamais à comparer avec une vinification en taille réelle car les extractions ne sont pas les mêmes ou la maitrise des températures n'est pas aussi bonne.

Chez nous, il est possible de vinifier dans des très petites cuves de 20, 10 et même 6 hl. Mais, même dans ces conditions, c'est encore trop important pour pouvoir se faire une idée du niveau qualitatif d'une zone de quelques dizaines de m2.


Avec la dégustation de fleurs, cela devient possible. On peut même "descendre" au niveau du pied de vigne si on le souhaite.

 

Certes, on ne redécouvre pas tout chaque année. On garde l'expérience acquise mais on tente de l'améliorer par des dégustations supplémentaires.

 

La finalité de l'opération est de connaître le plus précisément possible à quel endroit de la parcelle le terroir change au point de changer le vin. Bien-sûr, on en a déjà une idée mais notre connaissance reste approximative quand elle ne se base par exemple, que sur un changement de couleur ou de texture du sol.


Pour procéder, il y a quand même une règle fondamentale : centraliser toutes les grappes au même endroit. Je ne suis pas capable de mémoriser une senteur à un endroit puis me rendre dans un autre lieu et me souvenir parfaitement de l'odeur pour la comparer avec une autre.

 

Donc, comme dans le cas de contrôle de maturité, j'utilise des sacs congélation. Je mets 3 ou 4 grappes d'une même zone dans un sac.

 

Lorsque j'ai collecté des grappes dans toutes les zones, je les place devant moi. Puis je sens chaque lot et le compare aux autres, comme dans le cas d'une dégustation de vins.

A ce moment là, on peut noter de grandes différences entre certaines origines. Deux lots identiques ou très voisins nous font penser que les terroirs sont très proches qualitativement.

Dans le cas contraire, on en déduit qu'il est préférable de séparer la vendange des différentes zones.

 

Grace à cette technique toute simple, gratuite et finalement très logique, j'ai pu augmenter la précision de la connaissance de mes différents terroirs.

Cela explique pourquoi je demande aux vendangeurs de commencer à tel pied dans le rang ou de laisser de côté tel autre rang de la parcelle.


En faisant cela, je n'ai pas l'impression de tout savoir sur mon vignoble. J'ai le sentiment d'avoir progressé, mais je me dis aussi qu'il y a sûrement encore beaucoup de choses à découvrir.

 

Steiner disait qu'il faut être "clair sentant".

 

Je m'y emploie un peu plus tous les jours avec force et modestie.

 

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Jeudi 26 juin 2008

Pour la deuxième fois en quelques mois, je viens d'avoir une expertise de mes bâtiments neufs.

Tous ceux qui ont un jour fait construire savent de quoi je parle. Il est rare que tout soit parfait.

Certes, le toit est étanche et les murs ne laissent pas passer le jour. Mais les petites malfaçons sont nombreuses. Il s'agit surtout de petits détails qui auraient pu avoir été traités correctement pour le même prix et le même effort.

Les défauts les  plus visibles viennent des enduits d'un mur qui tombent.

Lors de la première expertise, les experts avaient conclu qu'il s'agissait uniquement d'un problème esthétique et qu'il n'y avait donc pas matière à poursuivre les réclamations.

J'ai été un peu choquée par un tel comportement car l'esthétique de mon bâtiment, je l'ai payé!!

 

Lors de la définition du projet, Jean-Michel et moi avions voulu des bâtiments rappelant les constructions locales traditionnelles, c'est-à-dire des colombages et des poteaux bois comme les maisons de Sainte-Foy la Grande issues du moyen-âge mais aussi des bardages bois à l'image de hangar à tabac que l'on peut encore voir en grand nombre non-loin de chez nous, dans la vallée de la Dordogne et celle de la Garonne.

Nous avions confié la demande à Christophe Massie, architecte bien connu sur Bordeaux et qui intervient dans de nombreux Châteaux viticoles prestigieux.

Comme toutes les personnes brillantes, il a tout de suite répondu à nos attentes en trouvant les bonnes idées mais sans lourdeur dans les rappels des détails souhaités.

 

Malheureusement, la nécessité de tenir un budget serré ne nous a pas permis de lui demander d'assurer la coordination du chantier. C'est bien dommage.

Lorsqu'on est pauvre, c'est toujours plus difficile. Autrement dit, il vaut toujours mieux être riche. Je m'en souviendrai la prochaine fois...

 

Pour en revenir aux bâtiments, c'est surtout au niveau des colombages que l'entreprise chargée des enduits n'a pas pris la pleine mesure de la difficulté. Comme tout matériau naturel, le bois sèche et se rétracte en permanence. Et donc dans les zones très fournies en bois, l'enduit n'a pas résisté aux pressions fréquentes. Une fois de plus, il aurait fallu agir de façon plus fine pour éviter tout problème.

 

Pour rajouter une couche à la complexité du dossier, l'entreprise sous-traitante pour les enduits à maintenant disparu.

Heureusement, mon contrat d'assurance prévoit l'assistance juridique pour mes problèmes.

 

Mais, il faut encore partir dans des procédures, des devis et factures à retrouver, à photocopier, à envoyer à l'avocat, l'expert,...

Bref, beaucoup de temps à passer et du tracas à venir.

 

Courage Corinne...

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Mercredi 18 juin 2008

Depuis quelques jours, nous avons la chance de pouvoir déguster quelques fraises des bois qui ont la bonne idée de pousser sur un talus entre deux parcelles de nos vignes.


Tous les ans, nous nous réjouissons à l’idée de mettre en bouche quelques uns de ces petits fruits aux milles parfums.

La fraise des bois possède l’un des meilleurs arômes qui existe. Leur taille minuscule cache donc une puissance aromatique exceptionnelle.

Heureusement, la culture bio permet de pouvoir apprécier ces mets de choix qui ne sont qu’à quelques mètres de premiers rangs.

Malheureusement, les quantités récoltées sont en rapport avec la taille des fruits et c’est uniquement une satisfaction gustative plus qu’un moyen de se rassasier.

Lorsqu’on a trouvé 10 fraises chacun, on est content. Mais l’intérêt n’est pas là. Et même si les enfants ne sont plus de jeunes enfants, on a toujours du plaisir à leur laisser notre part.

 

Il y a deux ou trois ans, nous avions pu faire un pot de confiture ; en épargnant bien évidemment toute la récolte ou presque. Dans ce cas, la confiture avait été réservée à des occasions exceptionnelles !

 

Malheureusement, cette année les conditions météo des derniers mois ont rendu la récolte plus faible que d’habitude. Les fraises sont difficilement colorées et leur douceur est toute relative.

 

On peut donc se rendre compte que les fraises des bois ne trichent pas avec leur millésime et leur terroir. Lorsque les conditions sont plus difficiles, elles en pâtissent et nous aussi.

 

C’est un peu le contraire avec les fraises de culture qui sont des sélections génétiques issues de la recherche. Leur arôme est très puissant mais elles n’ont aucune saveur ; un peu comme les vins fermentés avec des levures aromatiques.

Si on ajoute à cela un élevage sur substrat synthétique, c'est-à-dire sans sol et avec des apports d’eau et de fertilisant directement aux racines, on obtient la plus pure expression de la négation du terroir.

Lorsque je vois les producteurs de fraises s’extasier sur leur production alors que celle-ci est produite sous serre et hors-sol, j’ai du mal à comprendre où se trouve la supériorité de leur zone de production par rapport à d’autres dans des régions à salaires moins élevés.

 

Avec les mêmes plants de fraisiers, les mêmes engrais, le même polystyrène (pour servir de support aux racines) et éventuellement les mêmes serres, on peut penser pouvoir produire les mêmes fraises partout dans le monde.

 

C’est un peu ce qui guette la viticulture de demain si on laisse faire les partisans de l’irrigation et de la modification génétique.

 

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Lundi 16 juin 2008

Lorsqu’on parle de vigne en fleur, on imagine souvent le viticulteur humant ça et là les fleurs de ses vignes dans une débauche d’odeurs toutes plus agréables les unes que les autres.

La réalité est toute autre, et surtout cette année. Je reviendrai sur les fleurs de vigne dans un prochain billet.

Chaque jour qui passe voit un nouveau record de pluie. Certes, il y a toujours pire que nous, mais avec 65 mm en 2 semaines de juin, on peut dire que le mois est déjà arrosé, surtout en suivant mai, avril et mars eux aussi très humides.

Mes idées et mes propos m’amènent à rejeter tout vocabulaire martial dans les relations que j’entretiens avec mes vignes. Ce discours là, je ne le renie pas, cependant, les conditions climatiques m’amènent à tempérer mes propos tant l’année est particulière et demande à être vigilant.

Donc, si on veut prendre des références guerrières, on peut dire que sur le front du mildiou, c’est un peu la Bataille d’Angleterre. C'est-à-dire qu’il faut être mobilisé en permanence et ne pas se relâcher. De ce fait, on peut à peu près maîtriser la situation. Certes, tout n’est pas parfait, mais on tient le choc la tête haute.

 

En ce qui concerne les labours et la gestion de l’herbe, on serait plutôt dans le cas de la ligne Maginot. On attend, on est prêt mais on ne se sent pas très efficace…

 

Finalement, on verra bien ce qui se passera. On fait au mieux et c’est bien là l’essentiel.

 

Si j’ai pris des exemples guerriers c’est aussi par le fait que Jean-Michel est passionné d’histoire et que depuis 2 ou 3 ans, il s’est spécialisé dans la guerre du Pacifique. Etrange me direz-vous. Je suis d’accord avec vous mais il a l’air ravi d’approfondir ce pan de l’histoire de la seconde guerre mondiale.  Un jour, il a décidé d’améliorer son niveau en anglais en ne lisant que des livres dans cette langue. Etant passionné d’histoire, il lit des ouvrages sur des sujets que personne ne connaît ici. D’ailleurs, il doit être le seul client en France. Actuellement, il lit la biographie du présidant américain Truman ! 1000 pages !

 

Pour en revenir à nos vignes, il faut toujours viser le bon jour pour traiter, sachant qu’il pleut à peu près tous les jours.

Lors du dernier traitement, mon beau père, pourtant chauffeur confirmé de tracteur a vu son pulvérisateur basculer pendant une manœuvre.

Heureusement, avec l’aide de Jean-Michel, ils ont pu remettre l’engin sur ses roues.

 

La fleur, c’est aussi le moment du poudrage au soufre fleur.  Cette pratique ancienne rapproche les viticulteurs « classiques » de leurs homologues biodynamistes car l’action du soufre semble bien apporter une « impulsion » de chaleur si favorable durant cette phase critique du cycle de la vigne.

Nous avons mélangé soufre et talc. Ce dernier, très proche de celui des bébés, laisse les mains douces et lisses après l’avoir touché.


Nous n’avons qu’une seule poudreuse pour nos 2 types de viticulture. Il faut donc monter et démonter à chaque utilisation.

Heureusement, depuis que nous avons un gerbeur, notre vie a changé. Il n’y a plus besoin de faire des acrobaties pour monter la poudreuse sur le pulvérisateur de l’enjambeur à plus de 2 mètres de haut.

 

Jusqu’à présent, vous pouvez vous dire qu’il y a surtout du travail de conduite et que finalement ce n’est pas très compliqué. Mais à cette saison, le passage des engins dans les vignes est souvent gêné par la vigne elle-même qui pousse parfois de façon hirsute. Il faut donc relever en hâte pour casser le minimum de branches avec les tracteurs.


C’est là que tout devient compliqué.

Chez nous, les choses sont aussi plus difficiles car nous essayons de « gérer » la pousse des ceps en fonction de ce que l’on souhaite, c'est-à-dire une viticulture épurée de toute action agressive. Voyez que je reviens à ma vision pacifiée des relations homme / vigne.

Nous abordons la viticulture comme l’éducation d’un enfant. On ne peut pas laisser tout faire au pied de vigne. On lui donne des règles mais on le laisse aussi s’exprimer. Les règles, c’est par exemple l’épamprage qui évite de le laisser dégénérer vers un buisson. Par contre, on le laisse ensuite sans effeuillage ou rognage. Pour cela, il faut lui donner cette éducation indispensable à la bonne réalisation de nos objectifs.

Bref, rien n’est simple et tout est subtil, intuitif.

 

Enfin, je voudrais conclure ce billet par un clin d’œil. Nous avons pu voir passer devant la maison une centaine de 2CV en excursion. Dans le lot, il y avait bien quelques intrus, mais les 2CV étaient très largement majoritaires.

Cette voiture est tellement inscrite dans notre patrimoine culturel français, que l’on ne peut pas en voir passer une sans penser au symbole qu’elle représente. Alors quand il y en a 100…

Parfois, c’est même un peu pesant car quand les étrangers n’ont de la France que cette image un peu vieillie, on aimerait pouvoir tourner la page.


Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la faute de le 2CV qui reste une voiture sympathique. Elle me rappelle aussi que quand nous étions jeunes, Jean-Michel ne draguait avec la Dyane 6 de son père (reconvertie en Dyane 9 en inversant le 6).

 

Cela m’amène à me souvenir qu’il y a 18 ans aujourd’hui que nous sommes mariés. 18 années de mariage sur 25 années d’un amour sans faille qui nous a permis de surmonter bien des difficultés et partager ensemble la plus belle des aventures, celle de devenir parents de 2 enfants beaux, solides et intelligents (du moins quand ils sont gentils).

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Lundi 2 juin 2008

Effectivement, sûrement pour la première fois depuis la pousse active de la vigne, nous avons pu traiter sans avoir les roues chargées de boue et la menace constante de ne pas pouvoir atteindre le bout du rang.

Certes, le sol était encore particulièrement humide pour la saison et la terre collait toujours aux roues. Mais, lorsqu’on s’est habitué à bien pire, on profite à fond de tout évènement positif …ou moins négatif.

Comme toujours, dans ces cas là, on pense que le beau temps ne peut pas nous quitter et qu’il va durer jusqu’aux vendanges (incluses) avec juste les petites pluies nécessaires à la vigne au bon moment, mais pas plus.

Et bien non, les tracteurs étaient à peine refroidis que de nouveaux nuages chargés de pluies arrivaient. Le pluviomètre a encore collecté 16 mm. Il devrait faire valoir ses droits pour une retraite anticipée car il est particulièrement sollicité ces temps-ci !!

 

Une fois de plus, il a fallu regarder la pluie tomber en espérant qu’il ne s’agisse que de pluie et que les précipitations soient « normales ».

Dans les reportages télévisés, on comprend que dans notre malheur, il y a toujours bien pire. Ceux qui ont subi 300 mm en 1 heure sont en fait bien plus à plaindre que nous.

Dans une moindre mesure, Saint-Émilion a du aussi supporter dans précipitations hors normes.

Certains mettront facilement en avant le réchauffement climatique. Je ne pense pas qu’il s’agisse de la vraie raison. Un jour prochain, j’aborderai ce sujet délicat et qui génère les divagations les plus extrêmes.

Heureusement, cette fois-ci, je n’ai pas entendu parler de vignobles touchés par la grêle.

 

Les jours de pluie ont au moins un avantage. Ils permettent de recevoir des invités sans avoir à regarder sa montre (ou la vieille comtoise car je n’ai jamais de montre).

Un visiteur passionné de biodynamie avait pris rendez-vous pour voir comment nous mettons en œuvre cette technique, ou système de pensée. Comme chaque fois, la discussion a duré longtemps, très longtemps…

Notre invité a semblé satisfait de constater que notre conception de la biodynamie s’apparente avant tout à du bon sens et que les grandes tirades ésotériques n’ont rien à faire chez nous.

Pour accompagner nos propos, nous avons choisi un Petit-Champ blanc 2005 qui extériorise parfaitement les changements intervenus dans nos vins depuis notre « basculement » dans la biodynamie.

Certains diront que nos interlocuteurs sont avant tout convaincus. Mais j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de consommateurs sensibilisés à notre mode de pensée, c'est-à-dire celui qui privilégie le respect de la vie et des équilibres petits ou grands.

 

Après quelques années de pratique, on commence à ressentir les changements, dans le vin bien sûr, mais aussi et surtout dans la vigne. Effectivement, les parcelles sont différentes maintenant. Il se produit beaucoup de petits changements, des changements subtils qu’il faut apprendre à percevoir. C’est toute une éducation ou rééducation de nos sens qu’il faut pratiquer.

J’ai cependant l’impression que les messages à recevoir sont bien plus nombreux que ceux déjà perçus. En ce sens, c’est une véritable leçon d’humilité.

 

Pour en revenir à la vigne, elle résiste particulièrement bien aux conditions climatiques défavorables. La gelée de début avril ne parait plus. Les feuilles sont superbes et respirent la bonne santé. La présence de mildiou est limitée au strict minimum. En cherchant bien on finit par trouver une tache ; c’est juste pour nous montrer que quand il y en a, on est capable de les trouver, même en très faible quantité.

En étant tout à fait honnête, c’est presque inespéré car les orages et les sols détrempés nous ont contraint à quelques « impasses » dans la protection il y a quelques semaines.

Que se passera-t-il dans l’avenir ? Je n’en sais rien. Pour l’instant, je savoure la vision de ce vignoble certes humide mais qui respire la santé et la bonne humeur qu’il me la communique.

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Jeudi 22 mai 2008

C’est avec grand plaisir que je viens de recevoir un négociant, nouveau pour nous, accompagné de l’un de ses acheteurs danois.

Chez nous, les visites sont avant tout des moments de vrai convivialité car maison et salle de dégustation ne font qu’un. C’est un choix personnel car nous avons notre authenticité à proposer en plus de la qualité des vins.

 

Arrivés en fin de matinée les invités se sont tout de suite sentis en confiance en découvrant leur drapeau national déployé pour eux, dans ce petit bout de bordelais loin des fastes des grands crus.

 

Après la traditionnelle visite du vignoble qui est pour nous un passage obligé et la visite des chais, nous avons commencé la dégustation des vins, confortablement installés dans les canapés du salon.

C’était un moment à la fois professionnel mais aussi familial car le client était venu en famille.

Avant chaque visite, j’ai toujours l’appréhension de la rencontre avec des personnes inconnues qui pourraient s’attendre à trouver un cru prestigieux au lieu d’un modeste domaine.

Tout le monde était très détendu et le déjeuner qui a suivi fut agréable et amical.

Le client qui avait déjà dégusté la gamme avec le négociant a redécouvert certains vins au moment du repas. Il a donc retenu une commande complète.

Ceci me ravit car je cherche avant tout à faire, non des vins de concours mais des vins à boire …si possible jusqu’à la dernière goutte.

 

Le client orienté exclusivement vers les vins biodynamiques a vu sa vie bouleversée il y a quelques années par une émission télé consacrée à la différence entre les aliments « conventionnels » et les aliments biodynamiques. Ce fut une révélation pour lui. Instantanément, il a vidé ses placards et son frigo tous les aliments jugés « nocifs » à la santé.

A la suite de cela, il a changé de vie et de métier pour se consacrer aux vins biodynamiques.

 

Les premières commandes étaient pour des vins biodynamiques …mais de piètre qualité. La distribution était du vrai bricolage.
Depuis les choses se sont améliorées ; les vins biodynamiques aussi !

 

Même si notre orientation vers le bio et la biodynamie s’est faite avant tout pour des questions de sensibilité, il faut reconnaître que pour un domaine tel que le notre, le fait de proposer des vins bio constitue malgré tout une avantage commercial de plus en plus évident au fur et à mesure que le temps passe.

 

Bien sûr, il faut avant tout que les vins soient bons et d’un bon rapport qualité-prix ; ce qui semble être le cas pour nos vins.

 

Mais étant bordelais de fait et de cœur, nous vivons avec une certaine amertume le fait que très peu de maisons de négoce locales s’intéressent à de petits châteaux comme les nôtres.

 

Notre distribution passe très rarement par la « place bordelaise ».

 

D’une certaine façon, je le comprends car vendre du Champ des Treilles nécessite avant tout de croire au projet mais aussi de faire beaucoup d’investissement de promotion pour une marque inconnue, des volumes faibles et des prix bas. Il faut donc aller chercher le client, le convaincre.

Il est beaucoup plus intéressant pour eux d’essayer d’avoir des allocations de Grands Crus qui sont des vins connus dans le monde entier, qui sont très demandés et qui ont de prix élevés donc des marges dans le même sens.

 

Mais lorsqu’on fait ce métier, on ne vend pas un produit comme un autre et le fait de résumer son activité à de simples marges est très restrictif.


De plus, rares sont les négociants qui sont capables de ressentir l’âme et la passion qu’il y a dans nos vins. Je ne parle même pas de la sensibilité bio et encore moins biodynamique car ces philosophies ne font pas (encore) partie du paysage local.

 

Bref, il faut se retrousser les manches pour promouvoir nous-mêmes nos vins. D’un autre côté, qui mieux que nous peut parler de nos vins avec autant de passion ?

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Mercredi 21 mai 2008

Dans un vignoble, il y a toujours quelque chose à faire,...du moins si on le souhaite.

On nous a appris à voir la mécanisation comme la solution à tous les problèmes. C'est peut-être vrai chez certains mais nous voyons avant tout notre métier comme une succession de gestes manuels, précis qui font la différence à la fin par rapport à une approche industrielle des choses.

Fréquemment, dans nos terres argileuses, l'eau creuse dans les sentiers des sillons qu'il convient de supprimer.


La dernière chose à faire est d'utiliser un engin de terrassement qui en supprimant l'herbe, laisse la terre nue donc très exposée au ravinement.

C'est l'herbe qui "tient" le sentier.

Quand je vois encore très souvent des "tournières" de vignes entièrement désherbées chimiquement, je ne peux pas m'empêcher de penser à la misère intellectuelle qui s'est emparée des nouvelles générations de viticulteurs.

Chez nous, la solution passe par la disposition de pierres dans les rigoles. Heureusement, la nature nous offre à profusion ces pierres dures qui se trouvent à même le sol dans les vignes et les champs.

Autrefois, elles constituaient le matériau de construction. Notre maison et nos bâtiments anciens sont uniquement réalisés avec ces moellons assemblés avec de la terre locale. Dans les forêts alentours, des trous creusés semblent être des zones d'extraction de cette argile. Je suppose que toutes les terres ne se valaient pas pour ce travail et tout comme pour la vigne, il devait y avoir des "terroirs" privilégiés pour la construction.

Il existe à  l'état naturel toutes les tailles et toutes les formes de pierres. En général elles sont directement utilisables pour constituer des murs en moellons. Il suffit de les ramasser.

De ce fait, dans le passé, les maisons ressemblaient à leur région car issues de la région elle-même. On ne voyait donc pas du style basque ou provençal ailleurs que dans ces zones.

Malheureusement  pour notre époque, malgré les contraintes légales, on peut "admirer" des choses surprenantes...

Pour en revenir à nos sentiers, il convient de choisir les "cailloux" avec attention. Les formes plates sont particulièrement adaptées; c'est une chance car il y a surtout des formes plates.

Nous utilisons un stock de pierres ramassées par mes beaux-parents il y a quelques années après une plantation.

Puis on les dispose au bon endroit, dans le sens qui convient, une par une pour combler le trou sans faire un monticule à la place. On constitue donc une sorte de dallage.

Puis, à l'aide d'une masse, on casse les moellons en morceaux plus petits afin de les marier plus finement à la terre.


A la prochaine pluie, l'eau déposera des sédiments entre les cailloux et consolidera de ce fait la zone.


L'eau est donc un outil que l'on va utiliser pour la combattre. C'est magique!

Cela reste avant tout un vrai travail de fourmis qu'il faudra renouveler dans un ou deux ans en fonction des pluies et du nombre de passage de tracteur en conditions humides.

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Lundi 19 mai 2008

On pourrait dire qu'il manque aussi le guide du routard dans la poche pour être un vrai baba-cool ; du moins selon la chanson de Renaud.

Pourtant, lorsque je vois l'herbe pousser dans les vignes sans possibilité de labourer, ni même de traiter, je me dis que les gens doivent vraiment nous prendre pour des écologistes première génération. Vous savez, ceux que l'on rencontre dans toutes les communes ou presque et qui servent d'exemple à ne pas suivre tant leurs parcelles sont sales et leurs récoltes hypothétiques.

 

 

Après le dernier traitement du week-end dernier, il a plu dès lundi et mardi. Les 21 mm associés à des températures assez basses n'ont pas permis de pouvoir repasser traiter avant la prochaine pluie du vendredi; soit 14 mm supplémentaires. Le cuivre de la dernière fois était lessivé depuis longtemps avec l'impossibilité de repasser.

Je ne parle même pas des labours…

D'une semaine à l'autre, Jean-Michel affine les réglages de ses décavaillonneuses, du moins sous le hangar. Il ne reste plus qu'à pouvoir effectuer le plein de carburant en 8 secondes et on pourra les comparer à des formule 1. Si certaines années, les tracteurs et le matériel sont sollicités en laissant l'entretien de côté, ce n'est pas cette année.

 

Au-delà de ces tracas, on touche aux limites du bio avec ces conditions difficiles. Rassurez-vous (ou ne vous réjouissez pas selon les cas) je ne suis pas en train de vous dire que la lutte chimique est la solution idéale.

Mais des épisodes pluvieux comme ceux que nous subissons depuis plusieurs semaines, et même depuis plusieurs mois, rendent les passages de tracteurs plus difficiles.

Il faut aussi garder son sang-froid et espérer un petit coup de pouce de la chance…

 

Le samedi a vu 8 nouveaux millimètres venir remplir un peu plus le pluviomètre.

 

Heureusement dimanche, c'était jour fruit, et en général il ne pleut pas les jours fruit!

Statistiquement, c'est une réalité. J'invite même les gens qui ne font pas de biodynamie à se faire leur propre expérience pour tenir compte de ces informations afin de planifier leurs passages.

Les jours fruit sans pluie sont une bénédiction pour les viticulteurs car les traitements biodynamiques spécifiques se font justement en jour fruit. C'est au moins un avantage.

 

Jean-Michel a pris la décision de traiter, ou du moins d'essayer de traiter, après avoir laissé les terres se ressuyer quelques heures. Le temps instable ne permettait pas d'attendre encore.
Dans ces cas là, il faut ranger (provisoirement) au placard les grandes idées sur le respect des sols car un passage en conditions très humides n'est jamais bon. L'essentiel est pour le moment la récolte, pour le reste on verra.

Le traitement s'est fait sans trop de dégâts. Il a fallu toute la technicité de mon beau-père, Yves, pour ne pas perdre le tracteur dans un grand talus que surplombe la vigne.

 

Une chose est sûre cependant, après la pluie, le beau temps revient toujours! Le problème est de savoir quand…

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Mardi 13 mai 2008

Avec le printemps bien installé, c'est pour nous le moment de la récolte des orties destinées aux traitements de l'année mais aussi du début de l'année prochaine. Le meilleur moment pour la récolte est en effet au début mai alors que les tiges sont suffisamment hautes pour avoir un bon rendement mais aussi avant la floraison.

Dans la mesure du possible, on choisit un jour "fleur" pour effectuer la récolte. Pourquoi un jour fleur ? Je ne le sais pas très bien. Il est supposé être le meilleur. La terre ne s'arrête pas de tourner si on ne récolte pas dans cette configuration mais le fait de refuser exprès la récolte en jour fleur serait une forme d'intégrisme aussi grave qu'une "récolte en jour fleur sinon rien".

Comme je n'ai pas l'impression de maîtriser les subtilités du vivant, je mets toutes les chances de mon côté lorsque c'est possible.

Bien qu'il existe beaucoup d'orties notamment sur les bords de la Dordogne, nous avons la chance d'en avoir des quantités phénoménales juste à côté de chez nous dans les plantations de peupliers des marais de Pontet-Canet.


Il y en a tellement qu'on pourrait alimenter tout Pauillac en orties car nos prélèvements sont insignifiants et ceux de Pontet-Canet à peine visibles.

Malheureusement, il ne semble pas y avoir d'autres candidats à l'utilisation des orties…
 

Le marais est en endroit à part. A quelques mètres des vignes et environ 200 m de notre domicile, on a l'impression d'être dans un autre monde. Il faut dire que les peupliers, maintenant âgés de 10 ans amplifient ce sentiment d'isolement car ils suppriment  l'horizon.

Dans le marais tout est vert et disproportionné. Lorsqu'on parle de forces de vie, on visualise bien de quoi il peut s'agir en regardant comment les plantes s'y développent.

 

Pour le chantier de récolte, le souci n'est pas de trouver les orties mais plutôt les endroits les plus fournis en orties "propres" c'est-à-dire sans autres végétaux.

Dans quelques semaines, le liseron des marais se sera développé et recouvrera complètement les tiges d'orties. Toute récolte sera donc impossible pour nous.

J'attrape une poignée d'orties que je coupe à la faucille. Je ne suis pas sensible à leurs piqûres sur les mains.

Par contre, c'est tout à fait le contraire dans le cas de Jean-Michel. Il est équipé de gants et de manches longues. Malgré ces précautions, il se fait piquer au niveau des poignés à l'endroit où manches et gants ne se chevauchent pas.

Les tiges sont mises dans de grands sacs jusqu'à la maison. Là, elles sont étendues sur le sol et brassées régulièrement jusqu'à leur séchage complet.

Elles sont alors de couleur très foncée et peuvent être utilisées dans les tisanes.

 

A chaque traitement, nous utilisons l'équivalent d'un kilo d'orties fraiches par ha, soit 100g d'orties séchées. Il est tout à fait possible de prendre des tiges vertes mais comme nous constituons des solutions concentrées de tisane (environ 2-3 litres par ha), il faudrait trop d'orties par rapport à la quantité d'eau. Lorsque les tiges sont sèches, elles semblent absorber l'eau au fur et à mesure qu'on les trempe dans l'eau bouillante. Nous y ajoutons d'autres plantes en fonction des besoins.

Après filtration, cette solution concentrée est ensuite diluée dans le volume d'eau nécessaire au traitement pour le nombre d'hectare, puis dynamisée.

A ce stade, la mise en œuvre est aussi facile qu'avec une boite de pesticide. La seule différence vient de l'odeur qui n'est pas la même (…ni la protection de l'utilisateur).

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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