Jeudi 3 juillet 2008

Et bien oui, j’ai envie de devenir Grand Cru Classé de Saint-Émilion. Vous pensez que c’est une blague, mais pas du tout.

Après l’annulation de la révision du dernier classement, je pense avoir toutes mes chances.

Je n’ai pas d’idée sur les responsabilités respectives des uns et des autres sur ce sujet qui prend des allures de fiasco ou de gâchis.
Mais comme tout le monde je m’intéresse avant tout à mon propre cas.

 

Quel pourrait être pour moi l’intérêt d’être Grand Cru Classé de Margueron? S’il devait un jour y avoir un tel classement dans la commune, je pense très franchement pouvoir prétendre au titre suprême de Premier Cru.

 

Mon ambition est toute autre. Rassurez-vous, ce n’est pas pour l’argent mais pour la reconnaissance de mon travail…

 

Certes, Saint-Émilion et Margueron sont éloignés de quelques dizaines de kilomètres.

Reconnaissez avec moi qu'à l’échelle du pays, ce n’est rien.


Puis, avec un bon avocat et un géologue de renom, je pourrais sans problème montrer qu’il a une veine de terre qui, partant de Saint-Émilion, se prolonge en profondeur pour ressortir à Margueron, ou plus exactement au lieu-dit « Le Champ des Treilles ». Malheureusement pour les autres vignobles entre Saint-Émilion et moi, la veine y est trop profonde pour être efficace et donner des vins de qualité suffisante pour prétendre au sésame.

 

Ensuite, j’ai des arguments techniques pour devenir Cru Classé de Saint-Émilion. En premier lieu, mon encépagement est à dominante Merlot. C’est déjà bon signe.


J’ai des parcelles à 10000 pieds par ha, c'est-à-dire plus que dans la plupart des domaines de Saint-Émilion. Pour un plus grand respect du raisin, je vendange à la main en cagettes et j’ai toujours des petits rendements. Je suis en bio, donc je laboure mes vignes.

 

Un point négatif pour moi vient du fait que je n’ai pas encore 10 millésimes à proposer à la dégustation du jury.

Mais je pense qu’avec un autre bon avocat, spécialisé dans l’égalité des chances, on devrait pouvoir plaider le fait qu’on ne peut pas pénaliser quelqu’un pour sa jeunesse au profit d’un plus ancien.

 

Bref, reconnaissez avec moi que j’ai toutes mes chances.

 

Dans un élan de générosité, je pourrais même faire valoir que la veine de terre se prolonge  vers le Sud-Est avec des « affleurements" chez mes amis Cosse-Maisonneuve à Cahors, pour finir à Vingrau chez Hervé Bizeul, ou là, le cirque de Vingrau la stoppe tout net.

 

A ce stade, ma principale préoccupation est de savoir si je dois viser « Grand Cru Classé » ou « Premier Grand Cru Classé ».

 

Malheureusement, cela n’est valable que pour le rouge et ne concerne pas le blanc, qui constitue quand même 1/3 de mon vignoble.


Sans penser une seconde à l’argent, je devrais donc quand même m’intéresser à la Champagne au cas où une veine de terre…

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Vendredi 27 juin 2008

Ce jour est un jour particulier pour nous car c’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort de ma belle-mère, Marie-Claire, morte il y 11 ans la veille de son anniversaire.

Ce billet n’est pas empreint de deuil et de pleurnicherie car elle aurait détesté cela mais plutôt de nostalgie.

 

Dans mon esprit, Marie-Claire reste la personne pleine de vie, de volonté (parfois trop) ; une mère et une grand-mère exemplaire.

 

Elle n’a jamais possédé la moindre parcelle de vigne car tout appartenait encore au grand-père lorsqu’elle est tombée malade. Sa première parcelle à elle devait être plantée en 1997.

Alors qu’elle était en phase terminale à l’hôpital et qu’elle se savait condamnée, nos discutions journalières au pied de son lit portaient sur la hauteur des marquants, la préparation du sol et le réglage de tous les détails.

Ce n’était pas de l’inconscience de sa part car elle savait que la force de vie est gigantesque et que la vigne pousserait après elle avec ses enfants et petits enfants qui continueraient cette aventure.
Vivre à la campagne, c’est voir au quotidien la formidable croissance d’une graine, les kilos de matières vivantes que deux cellules engendrent, la chaleur et les bruits d’ébullition  dégagés des cuves en fermentation .

 

La parcelle a été plantée après sa mort et fut tout naturellement appelée « plante de Marie-Claire ».

 

Cette parcelle est devenue la seule vigne à 10000 pieds par hectare dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres.

Marie-Claire aurait sûrement beaucoup apprécié cela car elle était à la fois une viticultrice passionnée dotée d’une sensibilité réelle vis-à-vis de la vigne mais aussi critique acerbe des vignes hautes et larges. Elle est partie avec une gerbe de rameaux de vignes de la maison sur son cercueil.

 

La tradition veut que des rosiers soient plantés en bout de rangs, d’une part parce que c’est joli, mais surtout, cette plante est très sensible à l’oïdium et est donc un bon indicateur de la présence de cette maladie.

 

Dans notre cas, c’est pour respecter la vision des choses et la mémoire de Marie-Claire que nous avons planté à son décès des boutures de roses en bout de chaque rang. Nous entretenons ces rosiers avec amour car nous savons ce qu’ils représentent.

 

Jean-Michel qui n’a jamais accepté la mort de sa mère, n’a toujours pas trouvé la force de se rendre sur sa tombe. C’est donc à travers les rosiers qui lui sont dédiés qu’il honore sa mémoire.

Etant lié à lui par bien plus qu’un simple lien de mariage, je participe moi aussi à cette douleur.

 

Et cette année encore, je ferai de nouvelles boutures de ces rosiers.

 

Les générations futures ne sauront peut-être pas pourquoi ils sont là, mais ce n’est pas grave, ils continueront à fleurir.

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Mardi 10 juin 2008

Nous essayons de pratiquer une vraie biodynamie sincère en fonction de notre passé, de nos idées et de notre esprit d'analyse.

Jean-Michel et moi y avons trouvé à la fois un bon sens paysan et aussi quelques "recettes" qui semblent changer les vins dans un sens qui nous plait.

Il ne faut jamais oublier que la biodynamie c'est avant tout ce bon sens paysan retrouvé. Certes, il n'y pas besoin de la biodynamie pour travailler avec bon sens. Mais, en regardant autour de nous, on comprend très vite que toute la culture paysanne s'est perdue. En 1924, Steiner estimait déjà que la culture paysanne s'était perdue en grande partie; je vous laisse imaginer le chemin parcouru depuis...

Ensuite, il y a les fameuses "recettes" qui font tant parler. Notre opinion a été partagée sur ce point au début. Mais, en voyant quelques grands vignerons pratiquer la biodynamie avec des résultats spectaculaires sur les vins, on peut aussi penser qu'ils ne sont pas tous idiots ou sectaires et que dans le lot, il y en a bien qui ont la tête bien faite et que s'ils ont choisi cette voie, ce n'est pas par hasard.

Nous avons donc décidé de tenter l'expérience parallèlement à la lecture de nombreux ouvrages, pas forcément de biodynamie mais qui pouvaient nous aider à avancer dans la réflexion.

Petit à petit les choses sont devenues plus claires pour nous.

 

Faut-il pour autant penser à la chanson de Brassens qui disait :

 

Mettez vous à genou

Priez et implorez

Faites semblant de croire

Et bientôt vous croirez.

 

Je ne le pense pas. Jean-Michel et moi avons une formation supérieure scientifique et nous la revendiquons complètement en parlant de la biodynamie.


Je suis à l'aise de dynamiser les préparas ou les tisanes car j'ai le sentiment non pas de comprendre tout ce qui se passe mais au moins d'en avoir une idée. Je ne pense pas interpeller Mars ou Saturne, ni même l'ange Gabriel en dynamisant. Mais plutôt de constituer, par exemple, des liaisons de faible énergie entre l'eau et les substances incorporées. L'oxygène doit y avoir un rôle prépondérant.

Suis-je dans le vrai? Peut-être pas.

Mais une chose est sure : tout est explicable dans la biodynamie.

L'eau est un produit complexe qu'il ne faut pas réduire à la simple molécule que tout le monde connait. On a oublié qu'elle se régénère, seule ou aidée par l'homme. Mais il y a 2000 ans, les romains le savaient. On a simplement tout perdu.

C'est cela qui nous fait défaut dans la compréhension.


Nous croyons qu'il existe des forces que nous ne connaissons pas mais qui interviennent au quotidien dans notre vie. Là aussi, nous avons perdu leur compréhension ou tout simplement les clés de lecture. Pourquoi les animaux sont-ils capables de fuir le tsunami plusieurs heures avant alors que les plus gros ordinateurs ne sont pas capables de détecter la moindre anomalie?

C'est bien le signe qu'il existe des choses inconnues de nous.

Je ne demande pas de croire à tout mais tout simplement d'envisager que cela peut exister; ce qui permet alors d'être plus réceptif ou à l'écoute.

Certes le calendrier de Maria Thun n'est pas parfait. Il donne des indications quant aux jours les plus favorables. Là aussi, vaut-il mieux ne pas traiter du tout plutôt que de ne pas traiter en jour fruit? Comme tout le monde, nous faisons au mieux. On vise le jour fruit mais parfois, c'est plus difficile à atteindre donc on tape à côté si possible en jour fleur. La différence ?

Personne ne la connait vraiment. Il faudrait faire des expérimentations. C'est ce que fait Maria Thun depuis 50 ans. Les résultats qu'elle obtient sont très significatifs et semblent confirmer l'intérêt de la biodynamie mais aussi des jours spécifiques à chaque culture.

Entre sa région qui se situe au nord de l'Allemagne et la notre, beaucoup de choses changent. Les climats sont très différents et donc il faut en tenir compte. Mais rien n'a encore été étudié sans à priori sur le sujet.

A sa modeste échelle, Jean-Michel a entrepris il y a presque 2 ans de noter systématiquement les éléments climatiques quotidiens pour la zone qui le concerne dans son travail, c'est-à-dire Pontet-Canet.

Certaines choses se dessinent mais il faudrait un traitement statistique et surtout plusieurs années de relevés. Il faut donc du temps et beaucoup de volonté.

 

Progressivement, une certitude s'est imposée à nous. Nous avons la conviction que Steiner n'a rien inventé et qu'il n'a fait que collecter et mettre en forme un savoir acquis par l'humanité depuis que l'homme est devenu agriculteur pour subsister. Au mieux, il aura rendu plus pratiques à mettre en œuvre certaines recettes. Il nous manque les premiers chapitres, ceux de la mise en forme et les derniers car il est mort rapidement après ses fameux cours aux agriculteurs.

Convenez avec moi qu'il est difficile de pouvoir bien comprendre un film s'il manque le début et la fin!

 

Voilà synthétisées nos réflexions sur ce sujet sensible qu'est la biodynamie. Je ne cherche pas à évangéliser les gens mais simplement à faire partager mon expérience et tenter de dissiper certains malentendus.

Le plus terrible reste le rejet systématique de l'autre. Ce n'est que dans la discussion sereine et dépassionnée que l'on peut trouver un débouché commun.

Finalement, et contrairement à ce que pourrait suggérer le titre, j'ai des amis biodynamistes. Il s'agit de viticulteurs qui comme moi ont la même phobie de ces extrémistes qui ont fait tant de mal à ces idées géniales et respectueuses de la vie.

 

Enfin, il faut aussi noter que la biodynamie, comme le bio d'ailleurs, laisse de côté tous ces pesticides qui nous tuent un peu tous les jours. Au-delà de la qualité des vins, il y a aussi et surtout un problème de santé pour les intervenants de la viticulture, mais aussi les voisins et peut-être même les consommateurs.

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Lundi 9 juin 2008
Vous l'aurez compris, le titre fait suite aux interventions de notre ami Hervé Bizeul.

Il ne s'agit pas d'une réponse, vous vous en rendrez compte, mais de ma vision des choses. Effectivement, la biodynamie a des dérives sectaires ou religieuses de la part de certains agriculteurs. Est-ce la faute à cette technique ? Sûrement pas. Je n'ai pas une grande culture musicale, loin s'en faut, mais j'ai eu l'occasion de "croiser" Wagner dans ma vie. Rassurez-vous, ce n'était pas dans l'au-delà, mais tout simplement par des ouvrages le concernant ainsi que par certaines de ces œuvres. C'était un homme détestable par certains aspects, génial pour d'autres. Finalement, c'était tout simplement un homme. Les nazis ont aussi utilisé certains de ses propos pour promouvoir leurs idées nauséabondes. Faut-il pour autant brûler les opéras de Wagner? Pour la biodynamie, c'est un peu la même chose par certains aspects. Steiner était-il un homme génial ou un fou furieux. Je ne le sais pas et je m'en fiche. Je retiens de lui les choses qui me semblent avoir un sens. Je ne suis pas prête à donner un blanc-seing à n'importe quelle idée farfelue dont la seule qualité viendrait justement de son caractère décalé. La seule force de la pensée n'est pas capable de combattre toutes les adversités qui s'abattent sur nos cultures.

On m'a un jour suggéré à la dégustation de mes vins qu'il manquait de l'oxygène dans mon sol. C'est déjà compliqué, mais quand on sait que ce n'est pas l'oxygène normal qui fait défaut mais un autre oxygène que je ne connais pas, on ne peut que s'interroger. Cette biodynamie là, je ne l'aime pas. En fait ce que je n'aime pas, c'est plutôt les biodynamistes qui ont ce genre de discours. S'ils sont connus, c'est déjà terrible, mais s'ils sont inconnus c'est encore pire car ils n'ont même pas la caution morale de la renommée de leur vin pour leur donner un peu de crédibilité. La biodynamie s'adresse avant tout aux paysans qui sont supposés l'appliquer. Si les discours ne sont compréhensibles que par BHL (Bernard-Henri Lévy pour ceux qui ne sont pas des intimes) et autres, c'est inutile. Ces gens là, enfermés dans leur tour de verre ou plutôt de papier recyclé et surtout dans leurs certitudes refusent toute autre idée que celles de leurs dogmes.

Depuis que nous sommes devenus des vignerons biodynamistes, il a fallu répondre à toute sorte de critiques de la part de ceux que l'on croyait être de "notre camp" : le matériel de pulvérisation qui avait déjà servi dans une autre viticulture, le modèle de la pompe, l'utilisation même d'un tracteur en lieu et place du pulvérisateur à dos du grand-père, la taille du dynamiseur, son matériau, le fait qu'il soit automatique au lieu d'être manuel (au sens propre du terme). Tout a été sujet à critique. Nous avons même subi des revers de la main dédaigneux pour ne pas suivre les préceptes dans toute la rigueur que ressentent ces intégristes de la biodynamie. De par la taille du domaine qu'il dirige, Jean-Michel a aussi reçu une fin de non-recevoir car les préparas doivent être épandus presque à la minute près, en visant bien la lumière et non pas le végétal! Tout cela ce n'est que de l'interprétation restrictive de la biodynamie. Steiner n'a rien dit sur beaucoup de points contestés. Faut-il pour autant se donner tellement de contraintes qu'il est alors impossible d'avancer? Traiter 80 ha en 6 heures au lieu de 10 minutes est-il une condition suffisante pour ne pas commencer? Qui a dit qu'il fallait traiter à la minute près, et une fonction de quels fondements ou essais concrets et fiables. Steiner était sûrement plus fin dans ses convictions car souvent, il prend la peine de demander aux gens de lui faire confiance lorsqu'il énonce une idée sortant du lieu commun. C'est donc qu'il sait où se trouvent les usages "traditionnels" par rapport à ce qu'il préconise. Vous remarquerez que les intégristes de la biodynamie ne prennent jamais cette peine et qu'au contraire, plus c'est décalé, plus c'est catégorique. De ce fait, tout le monde part en courant!
Suite au prochain numéro…
PS : pardon cher Hervé de copier ta mise en page mais avec des épisodes, le suspens est maintenu…
par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Vendredi 6 juin 2008

 Depuis quelques mois, j’ai pris l’habitude de me confier sur ce modeste blog. Mais peu de lecteurs me connaissent. Aussi, je voudrais vous donner quelques précisions sur mon parcours et ce qui explique pourquoi j’ai si mal finie………en devenant vigneronne.

 

Je suis issue d’un drôle de mélange puisque mon père était pied-noir et que ma mère est bretonne. Je suis née à Oran, en Algérie en 1965, car mon père, qui était le meilleur des hommes avait pu rester en Algérie après l’indépendance. Il dirigeait une société de transport à travers le Sahara (la Transsaharienne).

 Il m’a souvent parlé de l’épopée que constituait  alors la traversée du désert, sans GPS, sans assistance avec seulement un sens inné de l’orientation pour les chauffeurs et le génie du mécanicien qui l’accompagnait toujours. Sans ces qualités, c’était une mort certaine qui guettait à chaque trajet. Quelle rigolade le Paris-Dakar avec ses «aventuriers» surprotégés !

 

Sa bonté, son respect envers ses salariés lui avaient sauvé la vie lors des rafles de 62 et le gouvernement algérien, en manque de cadres, lui avait demandé de rester après l’indépendance.

Ne pouvant envisager d’autre terre que la terre rouge d’Algérie, il avait accepté. Ma naissance et la pression de ma maman lui firent quitter ses racines pour gagner d’abord Bordeaux puis Sainte Foy la Grande.

Je n’ai aucun souvenir de l’Algérie puisque mes parents sont rentrés en France alors que j’avais 15 jours, mais je pense avoir vécu par « procuration », une grande partie de ma vie le déracinement et le manque de la terre de mes ancêtres.

C’est peut-être aussi pourquoi je voue actuellement autant d’amour à la terre qui a bien voulu m’adopter, celle de Margueron.

 

Cet attachement est aussi le reflet de mon amour pour Jean-Michel, que j’ai connu au lycée de Sainte Foy, mon amour de jeunesse, qui a été mon soutien  tout au long de ma vie.

 

Après mes études supérieures en agro-alimentaire, toute pleine de mon récent « savoir » et pleine d’illusion, j’ai connu plusieurs expériences professionnelles en France, dans le domaine de la viande et de la biscuiterie industrielle. Puis, un jour, réalisant que je risquais la prison pour les pratiques douteuses que je mettais en oeuvre, j’ai démissionné. Ce fut ma première prise de conscience douloureuse sur le fait que ce que j’avais appris à l’école avait des limites au moins morales et que si la technique permettait beaucoup de choses, le respect en interdisait d’autres.

 

Depuis toute petite, mon rêve était de produire et j’aurais été très malheureuse de travailler dans le secteur tertiaire (je me sens toujours punie quand je dois saisir la compta).

Je trouve qu’il y a quelque chose de magique dans le fait de se retourner le soir et de voir le travail accompli.

D’ailleurs Jean-Michel et moi avions le rêve de nous installer un jour comme vignerons en appellation Corbières (à Cucugnan dans l’Aude dont nous étions tombés amoureux).

 

Mes rapports avec le vignoble ont tout d’abord été ambigus ; en effet, la vigne était souvent ma rivale dans le cœur de Jean-Michel et j’ai souvent pesté quand, lors des brefs week-ends que nous passions ensemble, il était obligé d’aller aider ses parents sur l’exploitation familiale.

Il faut dire que son grand-père, patriarche italien et ma belle-mère qui s’occupait alors de l’exploitation avaient tous deux des « caractères forts ».A posteriori, je comprends maintenant que les compromis sont difficiles avec la nature et que sur beaucoup de points, ils avaient raison même si sur la forme, ils avaient du mal à accepter l’aide d’une « fille de la ville ».

 

Les naissances de Thomas en 90 et de Laure en 92 n’ont donné l’occasion de me rapprocher de cette vie. En effet, ayant du mal à prendre du poids, le médecin m’avait envoyé en fin de grossesse en « stage de prise de poids » dans ma belle-famille. Les soupes de poules farcies de mamie, les confits de ma belle-mère m’avaient effectivement permis de me remplumer et de mettre au monde de splendides bébés (tout le monde pense avoir les plus beaux bébés du monde).

Parmi les plaisirs simples de cette époque, il y a la crème Jock que ma belle-mère me préparait dans un plat très large pour avoir beaucoup de « peau ». J’adore la peau de la crème Jock !!!!

J’ai aussi pu connaître le marché du lundi de Miramont de Guyenne où il vaut mieux avoir une bonne connaissance de l’italien pour s’y sentir bien.

En même temps, je vivais au rythme de l’exploitation. Je comprenais alors les contraintes de cette vie, ses incertitudes mais aussi la joie de voir arriver les récoltes et le bonheur de consommer des fruits et légumes tout juste cueillis, des poulets ou des lapins nourris sainement,…

 

Après quelques années d’un bonheur simple pour profiter d’une famille agrandie d’une génération, est arrivée 1997, l’année maudite.

Il y a  eu surtout le décès prématuré de ma belle-mère, suite à un cancer. Puis l’annonce que mon beau père aussi était atteint…..

Toute la famille était en grande dépression, sans repère. Mais la vigne poussait. J’ai alors trouvé un exutoire à toute cette tristesse en la reprenant en main. 1997 furent mes premières vendanges, seule dans un chai, qui était très précaire….

J’aurai certes mille fois préféré que cette transition se fasse en douceur mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

 

Comme les autres héritiers n’étaient pas intéressés par la vigne, Jean-Michel et moi avons choisi de reprendre cette exploitation, fruit d’une vie de dur labeur pour les grands parents.

Les premières années furent plus que difficiles financièrement et j’ai appris alors à compter tous les sous et à travailler dur physiquement.

Enfin est arrivée la plus grande récompense : mon nom sur la première bouteille (un blanc sec 1998). Jean-Michel et moi avons beaucoup pleuré, sachant les sacrifices et le bonheur que cela représentait pour nous et les générations passées. Depuis chaque première bouteille sortie des chaînes est conservée en mémoire des personnes disparues.

 

En même temps, et en vieillissant, nous avons évolué intellectuellement. Nous nous sommes rendus compte que tout était bien plus subtil et complexe que ce que nous avions appris et que tout était lié. Je vous parlerai un jour de la toile d’araignée…..

 

La biodynamie s’est alors imposée à nous. Puisque enfin nous étions chez nous, autant suivre ce qui nous semblait le plus épanouissant ! La transition était facile car Papy, qui avait eu toujours son mot à dire, était à la fois radin et doté de la sensibilité vis-à-vis des choses de la nature. Aussi, les désherbants et produits chimiques de synthèse étaient proscrits à Margueron.

 

Notre travail quotidien est avant tout en hommage à ceux qui nous ont précédés. J’espère que nous serons dignes de cet héritage. Le chemin parcouru est immense pour nous, marqué par des plantations, la construction de nouveaux bâtiments, le doublement des densités… Je souhaite surtout que notre mode de vie à part n’a pas trop pesé sur nos enfants, qui jusqu’à maintenant nous ont suivis tous les week-ends et toutes les vacances dans cette aventure prenante mais excitante.

 

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Vendredi 30 mai 2008

Pourquoi un tel titre me direz-vous?

Vous vous souvenez sûrement de ce film dans lequel il était question de risquer la vie de plusieurs soldats pour aller en sauver un.

J'avoue que la logique élémentaire devrait permettre de ne pas avoir à aller sauver des abeilles tant ces insectes sont indispensables. Pourtant, la réalité est toute autre...

 

J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour ces insectes travailleurs qui, avec la nature, arrivent à fabriquer milles choses dont le miel n'est que la partie la plus connue mais pas forcément la plus intéressante.

 

Je n'ai jamais vraiment envisagé de posséder une ruche sur le domaine. Cependant, cette idée traine dans l'esprit de Jean-Michel depuis plusieurs années.

Je pense qu'un jour, il franchira le pas. Il a déjà lu un livre sur ce sujet; la mise en pratique n'en serait donc que la stricte continuité.

Il semble tenir ce gène de son grand-père qui en a toujours eu. Mais un jour, dans les années 70, la ruche a été renversée et la colonie est morte. Un chercheur de champignon ou un chasseur avait du s'approcher trop près au point de se faire piquer. Fort intelligemment, il a renversé la ruche pour se venger. Depuis, il n'y a plus eu de ruche au Champ des Treilles.

Dommage car j'adore le miel.

 

Si je vous parle aujourd'hui des abeilles, c'est pour une toute autre raison.


Les apiculteurs sont sinistrés par les dommages "collatéraux" de l'industrie chimique, ou plutôt de l'"agropharmacie" pour faire plus scientifique, plus moderne et donc plus respectable.

Donc, ils ont décidé de réagir et se sont organisés pour mieux faire connaître leur métier et ses spécificités. http://www.unaf-apiculture.info

 

Il a donc été créée une charte appelée "Abeille sentinelle de l'environnement" pour sensibiliser les gens à la destruction des populations par les activités humaines. http://www.abeillesentinelle.net/

 

On envisage de positionner des ruches dans des endroits "écologiquement" sensibles pour apprécier la dégradation de l'environnement à travers les abeilles. Je ne sais pas comment va fonctionner l'étude. Va-t-on enregistrer périodiquement la mortalité des insectes pour conclure à un moment donné à une dégradation de la nature? Va-t-on mesurer dans le miel les pesticides utilisés localement pour décider à partir de quel moment le miel devient réellement impropre à la consommation?

Il semble que les abeilles soient beaucoup plus heureuses et plus productives dans le centre de Paris que dans nos vertes campagnes. C'est effrayant pour l'état de nos campagnes.

 

Je ne suis pas en charge de ce dossier à laisser aux scientifiques mais j'ai envie de poser une question à tous les intervenants autres que les apiculteurs car ces derniers ne font que subir les pollutions depuis des années.

Pourquoi ne pas arrêter de dégrader l'environnement au lieu de mesurer comment et à quelle vitesse on le détruit?

J'ai l'impression qu'un enfant de 5 ans se poserait cette question anodine sans qu'on ait besoin de la lui souffler.

 

Rappelez-vous du produit tueur d'abeilles. Pendant des années les apiculteurs l'ont dénoncé sans succès. Ces pauvres gens, qui subissent des centaines de pesticides divers et variés n'ont pas pu accuser ce produit sans raison. Au bout de quelques temps, il a changé de nom et de marque. Là, miraculeusement il est devenu blanc et au dessus de toute critique. Qui pourrait croire cela?

Concernant la santé humaine, que faut-il en penser? C'est un produit qui a été appliqué sur les graines de semence. Lorsque la plante a poussé, les abeilles qui butinent le pollen en meurent ! Et on nous dit qu'il n'y a pas de risque pour notre santé lorsque les graines ont été pressées pour un extraire de l'huile.

C'est impressionnant car à force de le dire, ils doivent même finir par le croire!

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Jeudi 29 mai 2008

Hier soir, j'ai appris par Jean-Michel la mort subite d'un des deux propriétaires de Pontet-Canet, Monsieur Gérard Tesseron.

 

J'ai bien-sûr eu l'occasion de le côtoyer quelques fois car c'était un homme très discret.

Je ne tiens pas à faire une apologie funèbre et convenue suite à sa mort.

 

Je voulais simplement dire que c'était un vrai homme gentil, accessible et simple malgré l'importance de son patrimoine.  Il ne connaissait pas la méchanceté.

 

Je voudrais humblement faire part de mes condoléances à sa famille et plus particulièrement à sa belle-mère Madame Guy Tesseron qui l'a élevé comme son propre fils et qui connait aujourd'hui le drame injuste de la perte d'un être aussi cher et plus jeune que soi.

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Mercredi 28 mai 2008

Je viens de recevoir un caviste, client  de longue date venu refaire son stock des différentes références que je propose. Lors de la discussion qui ne manque pas d'arriver lorsque ce passionné vient chez nous, il a été question de l'image des Bordeaux dans sa région, en l'occurrence la vallée de la Loire.

Vous pouvez vous en douter, elle n'est pas très bonne. Certes, on peut dire que c'est aussi une région productrice et qu'il y a une sorte de chauvinisme local bien compréhensible.

Malheureusement, je ne pense pas qu'il s'agisse de la principale cause du désintérêt pour les vins de Bordeaux dans notre pays.

Chaque fois que je sors, je fais la même constatation en écoutant ou en observant les gens. Beaucoup évitent Bordeaux quand ils ne critiquent pas ouvertement.

Les qualificatifs qui reviennent très souvent sont "cher" et "pas bon".


Je précise toutefois que la clientèle en question est celle visée par les "petits Bordeaux" et pas celle des grands crus.

Bien-sûr, il y a les habitués, ceux qui consomment une marque et qui lui font pleinement confiance. Heureusement, il y en a et finalement ils sont assez nombreux.

 

Mais je parle de l'approche que les gens ont vis-à-vis des vins de la région. Très souvent, lors de dégustations, j'ai vu les consommateurs se détourner des Bordeaux et passer du Côtes du Rhône aux vins du Sud-ouest ou du Roussillon, pourtant plus chers, en "sautant" le Bordeaux. Parfois, les gens sollicités pour un Bordeaux le refusent carrément.


Est-ce un effet de mode ? Peut-être.

Mais au-delà de l'autosatisfaction des responsables des appellations concernées, il y a un vrai problème.

Je pense que Bordeaux a tué la poule aux œufs d'or ; ou du moins la poule est tellement en mauvaise santé qu'elle ne peut plus pondre, pas même des œufs normaux.

Que faire pour redresser la situation ?

C'est difficile à dire. Sûrement se remettre en question et faire des efforts, des vrais. Mais Bordeaux, c'est un peu comme la France. On sait qu'il y a un problème mais on n'est pas d'accord pour que les efforts passent pas soi-même.

 

Dans mon coin, je n'ai pas l'impression de démériter car j'ai le sentiment que les amateurs de mon type de viticulture sont de plus en plus nombreux.
Il faut vaincre le courant contraire que nos appellations locales ont elles-mêmes généré. C'est un peu plus dur que dans l'eau parfaitement calme.

J'en arrive à me poser une question : est-ce l'appellation qui compte ou tout simplement la marque présente sur la bouteille ?
Pour ma part, j'opterais plutôt pour la seconde solution. C'est du moins comme cela que je positionne nos vins. Ils sont avant tout nos vins, certes issus de leur région, celle qui les a fait naitre, mais aussi et surtout de mon cœur, mon âme et ceux de Jean-Michel.

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Vendredi 23 mai 2008

Certes, le titre est un peu provocateur mais il reflète bien notre état d'esprit face au problème des maladies et particulièrement des maladies du bois, véritables cancers des ceps de vigne.

 

Il y a quelques jours, je vous parlais du chantier de complantation. Certes, remplacer les ceps morts dans l'année est une opération indispensable à la pérennité de la parcelle, mais on devrait se poser la question fondamentale du pourquoi d'une telle mortalité. J'ai pris un cliché d'une parcelle de vignes hautes et larges pour illustrer mon propos. Je n'ai pas la prétention de dire que c'est bien mieux chez moi. Mais dans l'exemple choisi, les jeunes plants sont protégés des désherbants chimiques par des manchons plastiques. Il est donc plus facile de se faire une idée de la situation que dans mes parcelles labourées qui n'ont pas ses appendices colorés.

 

Effectivement, on constate depuis quelques décennies que les maladies du bois sont en recrudescence. Donc, en grands scientifiques devant l'éternel, on tente de trouver le produit chimique qui va enfin éradiquer le champignon responsable. En fait, on s'est rendu compte assez vite que la situation n'est pas aussi simple et qu'il n'y a pas qu'un seul pathogène mais plusieurs qui se succèdent ou agissent ensemble ou séparément...

On aura payé des générations de chercheurs à ne faire que chercher et ne rien trouver de concret pour le viticulteur.

 

Vous l'avez compris, on ne sait pas grand-chose en vérité. Et puis, quelle importance?

 

Pour ça comme pour beaucoup d'autres choses, on a oublié l'essentiel c'est-à-dire se demander pourquoi on en est arrivé là. Qu'est-ce qui a changé dans notre viticulture pour en être rendu à se poser la question de la survie même de certains cépages?

C'est tellement logique que le formatage de notre pensée nous fait passer à côté de ce bon-sens élémentaire.

 

Evidement, je suis persuadée qu'il existe un lien étroit entre l'évolution des maladies du bois et les changements intervenus dans notre viticulture.  Si j'avais la réponse exacte, je pourrais prétendre au prix Nobel. Malheureusement, il nous reste de fortes présomptions. On peut citer pêle-mêle, les produits phytosanitaires, les désherbants, les engrais chimiques, les clones productifs,...

On peut aussi ajouter des raisons plus subtiles comme la volonté de voir certains cépages dans des zones où ils n'auraient jamais du se trouver, les techniques de taille propres et génératrices de grosses plaies inutiles,...

Comme toujours, rien n'est vraiment fondamental mais tout compte.

A la fin, il y a des ceps qui meurent tous les ans, des vignobles qui rajeunissent dangereusement. Bref, un vrai patrimoine qui s'en va...

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Jeudi 15 mai 2008

Je suis honorée de voir un billet consacré à mon travail (lien). J'aurais préféré, pour être tout à fait honnête, qu'il s'agisse plutôt de félicitations et d'un encouragement à continuer dans cette voie.

Vous remarquerez tout d'abord que je ne vous appelle pas camarade et que j'ai des difficultés à tutoyer les gens que je ne connais pas. Cela vous montrera donc que je n'appartiens ni à un groupuscule d'extrême-gauche, ni même à une quelconque communauté post soixante-huitarde en rupture avec la société libérale et ses multinationales.

 

Effectivement nous ne pratiquons pas la même viticulture et c'est tant mieux car chacun doit pouvoir vivre sa passion à sa manière avec ses propres convictions.
Je ne vais pas me livrer une fois de plus à une comparaison entre mes pratiques et la lutte "conventionnelle".

Je fais de mon mieux selon mes convictions et dans l'intérêt de mes parcelles.

 

Je dois vous signaler que votre viticulture, Jean-Michel l'a pratiquée pendant des années, avant dévoluer vers une vision plus fine de son métier. En ce qui me concerne, je la connais pour la subir tous les jours car mon logement médocain est entouré de parcelles cultivées avec ce type de lutte conventionnelle ou "bio-technique" selon votre expression. Le mot, très à propos pour une bonne conscience de façade ou pire de conviction, révèle une vraie volonté de partage car pour ne pas en profiter, je suis obligée de rentrer mon linge et fermer mes volets à chaque arrivée de pulvérisateur ; piètres solutions pour me protéger de substances qui ne sont ni bio ni techniques.

 

Chez moi, je n'utilise pas la confusion sexuelle mais là aussi je la subis autour de chez moi. Contrairement à vos suppositions, je suis opposée à cette technique qui vise à répandre dans l'environnement des litres d'une substance, de surcroit de synthèse, alors qu'elle est active à une valeur de l'ordre du milliardième de gramme. Je ne suis pas sûre que l'on maîtrise son devenir dans la nature!

 

Rien n'est jamais dangereux, mais le taux de cancer a doublé en 25 ans dans notre pays. Il n'y a bientôt plus de poissons males dans les rivières par la faute des hormones destinées aux femmes et qui ont eu la mauvaise idée de franchir la barrière des espèces. La fertilité des agriculteurs n'a jamais été aussi basse et ils ont, semble-t-il, la fâcheuse tendance à mourir dune tumeur du cerveau qui ne touche que cette profession .

Quant à moi, je suis partie une nuit  de 2006 en ambulance avec des vertiges qui me faisaient penser que jallais mourir. Jai eu des séquelles pendant 2 mois.  Je nai jamais ressenti ces maux avant cette date et plus jamais depuis.

Ma seule faute était de me trouver chez moi alors que mes voisins traitaient.

La liste est longue, très longue, trop longue.

 

Nous sommes géographiquement distants de près de 1000 km. Mais la distance qui nous sépare au niveau des idées est encore plus importante, il me semble.

Contrairement à vous, je pense qu'une substance chimique véhiculée dans la sève ne peut pas être sans conséquence sur la santé fine du végétal, ni ce qui est plus grave, sur la santé des personnes qui consomment ces produits végétaux.

Je pense aussi que les substances chimiques répandues sur le sol ne sont pas sans conséquence sur les micro-organismes quil contient et qui le rendent unique.

 

Certes, ma viticulture est plus exigeante. On doit regarder le ciel fréquemment en essayant de comprendre son évolution pour traiter au bon moment. Parfois, il faut passer et repasser presque aussitôt sans avoir à se "caler" sur un programme de traitement défini depuis le premier janvier de chaque année et qui permet de ne passer que tous les 14 jours même en cas de pluie et en y intégrant aussi les jours fériés.

 

Il faut aussi passer des heures dans le tracteur à toute petite vitesse, à surveiller des charrues qui ont parfois la mauvaise idée d'accrocher on ne sait pourquoi, un cep qui n'a pas fait parler de lui depuis 30 ans et qui un jour va vouloir se mettre en travers au point d'être arraché.

Et quand on sait que  je cultive des parcelles au lieu-dit « Terres grasses », on comprend que le sol y est parfois collant, nécessite des efforts et beaucoup dabnégation.


Il est aussi plus confortable d'avoir une double récolte sur pied puis de faire tomber l'excédant lorsque les risques divers sont passés plutôt que de viser naturellement le niveau de rendement souhaité en ayant accepté l'idée que parfois les choses ne se déroulent pas comme prévu.

 

Je n'ai ni fortune personnelle, ni gloire. Mes prix de vente, tout le monde peut les connaître sur notre site internet et voir qu'ils ne sont pas en relation avec les engagements que nous avons pour notre petit domaine.

Jean-Michel et moi sacrifions beaucoup pour cette passion. Mais la vigne et le vin nous le rendent à leur façon. C'est du moins ce que nous ressentons.

 

Je n'ai jamais cherché à imposer mes idées aux autres. Peut-être vous ai-je choqué? Ce n'était pas mon objectif.

Chacun est libre de la viticulture qu'il souhaite pour son vignoble. Je ne critiquerai pas ceux qui désherbent chimiquement ou qui vendangent mécaniquement pour des problèmes de rentabilité.

J'ai fait un autre choix qui me coûte en énergie, en fatigue et en tracas.

 

Il y a au moins une chose qui peut ressembler des amoureux du vin comme nous le sommes tous, c'est une bonne bouteille, bio ou pas, à partager avec sérénité et convivialité.

C'est pour cette raison, cher Eric, que j'aurai toujours plaisir à vous rencontrer.

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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