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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 14:40

Je suis de plus en plus effrayée de voir comment la vigne est traitée dans la vision « moderne » de la viticulture. Autour de moi, je vois des parcelles être arrachées alors qu’elles ont à peine 20 ans. Elles sont remplacées par de nouvelles plantations en laissant le sol nu seulement quelques jours entre les deux générations de vigne.

Pourtant, 20 ans ce n’est même pas l’âge d’une vigne adulte. Elle est arrachée et aussitôt remplacée par de nouveaux plants qui eux-aussi dureront une ou deux décennies au maximum avant de passer à autre chose ; nouveau cépage pour s’adapter à une mode aussi improbable qu’éphémère, nouveau porte-greffe supposé doper la qualité, densité de plantation plus en rapport avec les préoccupations du moment mais par forcément de la qualité,… Autant de bonnes raisons de sacrifier une parcelle en fin d’adolescence.

Souvent, le système de conduite est totalement dans la logique de cette faible durée de vie. Est-ce lui qui génère des vignes qu’il faut renouveler souvent ou la rotation rapide qui rend possible un système de conduite aux antipodes du respect du vivant ? Sûrement un peu des deux ou les deux à la fois comme les deux faces d’une même pièce où chacune ne trouve sa justification que dans l’existence de l’autre. Sans face, pile n’existe pas et inversement.

Ainsi, la vigne devient une sorte de céréale qu’on cultive le temps qu’il faut et qu’on supprime pour refaire une autre vigne en lieu et place de la première.

Pendant son temps de vie, elle n’aura pas été respectée. On lui aura fait subir tous les traumatismes et toutes les humiliations en ne respectant aucune des règles les plus élémentaires du vivant.

La dimension symbolique qu’ont la vigne et le vin dans notre civilisation a été oubliée et enterrée depuis longtemps. La symbolique du vin, c’est trop loin des gros tracteurs et des dernières technologies.

La vigne est devenue un produit jetable.

Cerises sur le gâteau, je suppose que les plantations ont dû être réalisées à l’époque avec des aides publiques et que maintenant, les arrachages et les replantations se font aussi avec des aides publiques.

Il faut bien utiliser les crédits ; dirait un de mes proches, sinon ils iront dans la poche de quelqu’un d’autre qui n’en aura pas plus besoin que nous.

Evidemment, vu sous cet angle…

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commentaires

Guy Meunier 02/06/2013 12:25

Votre indignation est mienne. Certains viticulteurs (Pas tous !) comme d'autres exploitants agricoles confondent : besoin et plaisir avec fric et domination (C'est vite dit il est vrai). Les sirènes du libéralisme et de la finance font certainement rêver les esprits ''simples'' et ''égocentriques'' tuant peu à peu l'Humanité qui fait le propre de l'Homme... Du moins, je le pense. Vive le BON vin... Par bonheur on en trouve !

Alexis Peyvergès 25/05/2013 08:30

On fait aussi de la vigne comme on ferai de l'ensilage avec les vins sans IG à 150 hl/ha

ardoneo 24/05/2013 15:53

même s'il y a des aides, ça doit coûter une fortune, sans compter les 1eres années sans récolte. Je ne comprends même pas la logique économique...

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En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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