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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 10:23

Après le bilan de campagne, il y a deux jours, voici le bilan bla-bla, plus communément appelé Bilan Carbone.

Si on laisse de côté la crise, le bilan carbone est la star de cette fin d’année.

Il a détrôné le couple présidentiel dans les sujets d’actualité majeurs. Plus personne ne se sent indifférent au problème des gaz à effet de serre.

Le CIVB, ne voulant pas être en reste sur le sujet, à même mandaté une grande étude aux frais du viticulteur Bordelais, de l’Ademe et de la région Aquitaine. C’est dire si c’est sérieux !!

Nous venons d’être mis au courant des premiers « résultats et perspectives ».

Le document, en papier glacé de la plus belle qualité, est marqué du grand et magnifique « B » majuscule, fruit d’une recherche marketing coûteuse et qui doit à lui seul sortir Bordeaux de la crise.

Heureusement, le papier est issu de forêts gérées durablement (???) Ce doit être la variante en sylviculture de l’agriculture raisonnée… Un gage de confiance !

Je passe sur les méthodes d’analyses pour me consacrer aux « pistes d’amélioration ». C’est là que ça devient très fort.

On nous propose de réduire le poids des bouteilles et d’améliorer les process de fabrication du verre. Alors que tous nos concurrents nous dament déjà  le pion au niveau des présentations des bouteilles, il faut prendre des bouteilles légères…et moches.

Concernant les process de fabrication, je pense que les verriers n’y avaient pas encore pensé. Et puis, quand on a vu comment ces gens là sont capables de générer une pénurie pour faire flamber les prix, je nous vois mal partis pour leur demander des comptes.

La suite est grandiose. Il faut développer le fret maritime en partance de Bordeaux, privilégier le train, faire de l’éco-conduite pour les transporteurs. 

Comme si on était capable avec 10 ha à Sainte-Foy d’imposer la moindre loi à un transporteur. C’est déjà bien quand ils acceptent de venir. Tous ne le font pas.

Surtout dans un pays où la moindre commande qui part risque d’être bloquée par une grève des trains, des dockers, des aiguilleurs du ciel,(…) le recours au camion reste encore une sécurité enviable. Certes, on participe à un dérèglement climatique potentiel, mais on peut continuer à faire vivre nos entreprises en pouvant payer nos salariés, fournisseurs et aussi impôts.

Récemment, un conteneur contenant une de mes palettes est resté bloqué dans un port français pendant des semaines, les dockers étant en grève. Il est finalement parti de Hollande. Heureusement, qu’il y a eu des camions pour faire le transfert !

Une autre grande idée est la mutualisation des engins agricoles et des machines. C’est encore une grande volonté des responsables agricoles que de vouloir collectiviser le matériel. Ils y a des aides pour l’achat en commun. Dans le pays qui a fait cela avant nous, on a vu ce que ça a donné...

On ne suggère pas aux viticulteurs d’avoir du matériel tout simplement adapté à la taille du vignoble, ni de s’abstenir de le changer chaque fois que son voisin s’apprête à renouveler un matériel récent et surdimensionné.

Pour la réduction des pesticides et des engrais, c’est pas encore gagné…

Il y a aussi la préférence pour l’utilisation de métaux recyclés ( ???). La personne qui a fait le compte-rendu devait savoir de quoi elle parlait… Moi non.

Bref, quand on a fini de lire le document, on se demande vraiment à quoi a pu servir une telle étude.

Heureusement, c’est « une stratégie à long terme ». Donc, on est rassuré de faire du surplace en gesticulant.

On regrette aussi les chèques de cotisations professionnelles faits à chaque instant de la chaîne de production, de conditionnement et d’expédition de vin.

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 10:35

Avec les vendanges et les vinifications qui ont suivi, le vigneron a achevé une année qu’il appelle culturale. Maintenant, c’est l’année 2008 elle-même qui est en passe de se terminer.

Il est donc temps de tirer les bilans de la campagne pour essayer d’être meilleur l’an prochain.

Avons-nous été bons ou pas dans un contexte climatique difficile ? C’est toute la question.

Et comme toujours dans la vie, il n’y a pas de réponse tranchée. 

Il y a eu la gelée, la coulure et la pluie. C’est beaucoup pour une seule saison.

Je commence par les critiques !

J’en avais déjà parlé précédemment, on a atteint la limite du trio pluie/traitements/travail du sol.

Malgré le passage très tardif des charrues, les engins ont été très gênés par la portance de nos sols argilo-calcaires lorsqu’il pleuvait souvent. Avec des sols labourés régulièrement, la terre est plus meuble donc…plus apte faire des ornières lorsqu’on passe après une pluie.

Nous avons réussi à diminuer la vigueur des parcelles au point de ne pas avoir à maintenir un enherbement permanent. Maintenant, pour garder de l’herbe, il nous faudrait utiliser des engrais pour compenser la présence d’un couvert végétal. Pas très logique…

Donc, on sait qu’en année humide, nous sommes plus exposés en faisant ainsi. C’est particulièrement vrai avec les vignes à 10000 pieds par ha pour lesquelles le passage de l’enjambeur a souvent été problématique.

Avec des vignes larges, enherbées et désherbées chimiquement sous le rang, c’est tout de suite plus simple. Ce n’est pas l’option que nous avons choisie.

Je ne vais pas vous redire ce que je pense des vignes hautes et larges car cela risquerait de donner de l’urticaire à certains…

La pluie nous a aussi contraints à modifier quelque peu notre vision des opérations en vert. Est-ce grave ? Oui et non, mais on se fait un programme « idéal » dans sa tête pendant l’hiver et on ne peut pas totalement le respecter à cause du temps. Il faut donc attendre l’année suivante pour espérer le mettre en œuvre.

C’est la vie du paysan qui fait avec les saisons et les conditions de l’année.

Heureusement, il n’y a pas que des côtés noirs dans cette saison qui se termine.

Un  peu plus cette année, on a vu la vigne réagir aux « sollicitations » que nous lui donnons.

Nous avons compris sa logique et elle est rassurée quant à la douceur de nos actions la concernant.

Elle a gagné en sérénité et moi aussi. Cela fera sûrement sourire les viticulteurs modernes qui liront mes propos mais je le pense vraiment.

Les vendangeurs ont redonné à la vendange manuelle toute sa noblesse en me faisant oublier beaucoup des frustrations des années précédentes.

Malgré les conditions de l’été, j’ai récolté des grappes dans un état sanitaire parfait.

Les vinifications ont tout de suite montré un niveau qualitatif très élevé. Les vins ressemblent de plus en plus à leur terroir. Jean-Michel dit souvent qu’ils sont « de moins en moins Jean-Michel et de plus en plus Corinne ; ce qui est très bien ».

Je ne me prononcerai pas sur ce dernier point, mais il est sûr qu’au fur et à mesure que les années passent, je suis de plus en plus tentée de vinifier selon ma propre sensibilité.

Même si je suis très proche de mon mari, l’image du vin idéal diffère entre lui et moi. Nous y mettons les mêmes moyens, c'est-à-dire des interventions épurées à tous les niveaux,  mais mon approche est plus sensible et intuitive en essayant de privilégier un côté aérien dans les vins.


Finalement, ce bilan de campagne risque d’être aussi long que mon bilan comptable.

La différence entre les deux ? Dans un cas je prends du plaisir à le faire, dans l’autre, beaucoup moins.

Vous avez trouvé lequel ?

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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 08:32

 

Il y a quelques mois, j’écrivais quelques lignes sur mon dossier PAC (politique agricole commune) à remplir.

Ne recevant aucune aide, je ne comprenais pas vraiment pourquoi tant d’énergie dépensée pour remplir le questionnaire.

Cette semaine, j’ai reçu la réponse, je ne toucherai pas d’aides que je n'avais d'ailleurs pas demandées.

 

Mais même là, ils ne peuvent pas arriver à la dire simplement :

« Au vu des éléments de votre déclaration de surfaces 2008, je vous informe que vous ne percevrez pas d’aide du premier pilier couplée à la surface au titre de cette campagne. »

 

Pour ceux qui ne comprennent pas bien, il y a un document d’explications de 4 pages. Malheureusement, il a sûrement été écrit par la même personne donc c’est encore incompréhensible !

 

Une fois de plus, il y a aussi la fameuse lettre du Ministre de l’Agriculture. Une chose est sûre, au ministère, ils n’ont toujours pas changé de photocopieuse depuis le printemps dernier.

C’est donc rassurant de voir que les finances publiques sont gérées au plus juste.

Le contenu de la lettre ? Une suite d’idées toutes aussi éloignées de la terre et des paysans les unes que les autres. Je pense que les seuls capables de décrypter ces phrases sont les syndicalistes agricoles qui participent au côté du ministre au « pilotage » (dans le brouillard) de l’agriculture française.

 

Comme de nombreux petits viticulteurs, ces dossiers divers et variés ne rendront pas le quotidien plus simple ou plus compliqué. Ils seront bien rangés dans un classeur comme il nous l’est demandé expressément. Puis, ils seront oubliés avant d’être remplacés par d’autres dossiers tout aussi fondamentaux pour l’avenir de notre agriculture.

 

Bon nombre de mes pieds de vigne sont en place depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Ils en ont donc vu défiler des ministres, des plans agricoles, des crises, des joies et des pleurs.

La Politique Agricole Commune ne semble pas beaucoup les perturber, même si maintenant il y a en plus un Droit à Paiement Unique !

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 09:58

 Couple de vignerons en bio et biodynamie s’est perdu dans les halls du salon Vinitech à Bordeaux dans la journée du 4 décembre 2008.

 

Ils ont d’abord été vus dans le hall « machinisme ». Ils ont cherché en vain des équipements correspondant à leur philosophie de respect de la vigne et des sols. Mais ils n’ont trouvé que des machines énormes uniquement conçues autour de la notion de productivité.

Ils ont éprouvé une certaine oppression physique en pensant aux vignes « mises au pas » par des mécanismes tous plus agressifs les uns que les autres ; mais aussi en voyant des engins tellement lourds qu’ils donnent au mot compactage toute sa dimension.

Ils n’ont pas non plus compris comment on peut oser parler de respect de l’environnement sans rougir en affichant des puissances de plus en plus énormes et disproportionnées avec les besoins réels.


 


Ils ont donc fui côte à côte dans le grand hall renfermant les équipements de chai et les produits œnologiques.

Là non plus, ils n’ont pas compris les motivations de ceux qui conçoivent des machines complexes et agressives souvent pour simplement corriger des erreurs au vignoble.

Ils se sont donc déplacés d’allée en allée, cherchant à retrouver un peu de la philosophie qui les anime.

 

Malheureusement, ils n’y sont pas parvenus. Les toasts et verres de vin offerts ça et là par des fournisseurs n’ont pas réussi à  les retenir dans ce monde de modernité et d’efficacité.

 

Ils ont donc été vus retournant vers leur véhicule stationné à l’extérieur sous une pluie battante et continue.

 

Avant de sortir du bâtiment, ils ont dû retraverser le hall des machines agricoles pris d’assaut par des viticulteurs tellement subjugués par la mécanique qu’ils oublient souvent que les machines ont un prix et qu’il faut rembourser le Crédit Agricole tous les mois ; même ceux où on ne vend pas de vin.


 

Finalement, notre couple de vignerons bio a disparu de ce salon tant attendu sans comprendre vraiment ce qu’il était venu y faire ni plus généralement ce qui le rattache à ce monde de puissance et d’agressivité viticole.

 

Si vous les rencontrez, dites leur bien qu’ils ne sont malgré tout pas seul à penser cela et qu’ils sont quand même plus dans le vrai que s’ils étaient sur un tracteur de 200cv à pulvériser des pesticides pour le monde entier.

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Corinne Comme - dans Divers
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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 10:30

Après un week-end particulièrement triste et pluvieux, j’ai eu envie de retrouver un peu de soleil en regardant des photos ensoleillées. Mais comme chez nous, les vacances sont surtout dans le vignes, j’ai repris avec plaisir des photos des vendanges 2008.

 

Je vous propose donc de feuilleter avec moi une partie de cet album.

 

Lui c’est Jean-Louis notre salarié permanent, parti puis revenu 6 mois après…

 

 

Là, c’est moi.

 

 

Et le groupe.

 

 

Je me suis aussi essayée au portage de cagettes pour remplacer un porteur absent. Mais ma corpulence me limite pour certains travaux.

 

Scènes de vendanges.

 

 

 

 

Pour couper, Jean-Louis adopte une position surprenante, il vendange à genoux ! Surprenant non ?

 

Il préfère nettement porter les cagettes.

 

Le tri est maintenant une organisation bien rodée.

 

 

Et comme je l’avais déjà dit dans mes messages « live » des vendanges, le casse-croûte du matin reste un moment privilégié que tout le monde attend avec impatience chaque matin.

 

En regardant ces quelques instants de vie, je me reprends à sourire. Certes, il y a des moments durs et l’éloignement de ma famille, mais pendant quelques jours, j’ai pu vivre avec les vendangeurs quelques moments forts et sincères.

 

J’espère que le vin pourra retranscrire cette bonne humeur.

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 11:06

Lorsque je consulte l’évolution du cahier des charges de l’appellation Bordeaux après la réforme des AOC, je ne peux m’empêcher de me dire que les gens qui ont pondu ces textes doivent avoir un sens aigu de l’auto-persuasion.

Depuis des années, il est apparu que les vignes hautes et larges expliquaient à elles seules une partie du manque de qualité moyenne des vins de bordeaux en appellations génériques. Il y a quelques mois, j’en avais fait un billet au titre évocateur de « je n’aime pas les vignes hautes et larges ».

Donc, l’INAO a cherché à imposer un minimum de 4000 pieds par hectare pour les nouvelles plantations et un délai plus que confortable pour supprimer les parcelles ayant les rangs les plus larges.

Là, face à la levée de bouclier des viticulteurs, l’INAO n’a pas pu faire passer son projet en l’état.
Le temps des dérogations est venu…

Donc, dans le nouveau cahier des charges, on retrouve toujours les 4000 pieds par hectare minimum, avec cependant la possibilité de dérogations à 3300 pieds sous certaines conditions.
On revient donc à la case départ. Plus précisément, on reste sur la case départ car rien n’a changé. On a toujours les mêmes vignes, celles qui rendent les bordeaux pas bons.

Mais, là où ça devient cocasse, c’est quand on regarde les fameuses conditions. Il faut 1,5 m de hauteur de feuillage dans le cas de vignes à 3 m d’écartement. Dans les autres cas, on retiendra une hauteur de feuillage égale à 0,55 fois la largueur du rang.

Comment peut-on penser pourvoir faire appliquer ces ratios ? Celui qui est à 0,53 au lieu de 0,55 sera-t-il recalé et sa récolte déclassée en vin de table. Certainement pas.

On entre un peu plus dans le « Soviétisme » avec des règles complexes et donc inapplicables.
Mais on fait bonne figure avec des opérations de communications.

Le nombre de grappes par pied est « réduit » à …20 pour les rouges et 24 pour les blancs.

Vous imaginez ce que ça représente 20 grappes pour un pauvre pied de vigne !

Cependant, c’est totalement normal car moins il y a de pieds par hectare, plus il y a de grappes pour les pieds qui restent. Sinon, la parcelle se retrouve avec une production très faible et ce n’est pas le but.

Il y a quelques années, j’ai financé le doublement de la densité de plantation à 10000 pieds pour des  parcelles de vignes en place avec l’argent du ménage. Je n’ai pas pu bénéficier de primes à la restructuration car ce cas ne figurait pas dans la liste des actions subventionnées. Ma volonté de plaider mon cas auprès de l’ONIVINS a reçu une fin de non recevoir.

Mais, au même moment, certains touchaient de l’argent pour « restructuration qualitative » en arrachant des vignes à 3300 pieds pour les remplacer pour des vignes à 3300 pieds !

C’est quand même bien les dérogations !

Je ne pourrais pas refermer ce chapitre de cahier des charges sans parler de l’analyse de sol obligatoire avant toute plantation.

C’est donc fait, le bon sens paysan et la nécessaire observation des parcelles sont morts. Maintenant, il faut être scientifique. Donc, il faut faire des analyses physico-chimiques. C’est impersonnel, ça ne prend pas en compte que les problèmes d’eau par exemple, ni l’hétérogénéité du sol d’une parcelle. On laisse de côté l’historique du lieu.

Mais on a un beau rapport d’analyse avec plein de chiffres.

Je pense que vous êtes maintenant convaincus qu’il est temps d’investir sur les vins de Bordeaux car avec de telles initiatives, il y a fort à parier que dans quelques années, la qualité va bondir en flèche et que par effet domino les prix vont flamber.

 

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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 11:40

Quelques jours après la fin des fermentations alcooliques, c’est maintenant le dernier décuvage de la saison.

Il y a un peu plus d’un mois que les vendanges ont pris fin. Depuis, on avait décuvé les Merlots et les Cabernets. Il manquait LA cuve de Petit-Verdot. C’est maintenant chose faite.

Pourquoi attendre si longtemps par rapport aux autres cuves ? Tout simplement parce que le vin nous le demandait.

Depuis que nous avons repris le domaine, nous n’avons jamais cédé à la dictature du Merlot. Le Petit-Verdot s’est imposé à nous comme une alternative crédible. Certes, il ne faut pas que du Petit-Verdot, mais avec une certaine proportion, on peut gagner en complexité aromatique et en longueur en bouche dans les assemblages.

Cependant, dans nos terroirs argilo-calcaires, il faut beaucoup de précautions à tous les instants pour ne pas tomber dans l’austérité avec ce cépage qui est naturellement très tannique. Dans le vignoble, le Petit-Verdot est planté avec une densité de 10000 pieds par hectare pour une faible vigueur.

Durant la vinification, j’agis avec une infinie douceur, particulièrement avec le Petit-Verdot.

Celui-ci dispose d’une vinification pratiquement manuelle.

La petite taille de la cuve (20 hl) aide aussi pour avoir ces relations presque affectives avec le vin.

Avec les autres cépages, je déguste les cuves 2 fois par jour. Pour le Petit-Verdot, il faut parfois augmenter fortement la fréquence des analyses sensorielles. Les grains de raisins sont tellement petits (donc concentrés en tanins) que la moindre erreur dans l’extraction peut devenir fatale.

Puis, pendant les dernières semaines, alors que la fermentation alcoolique était achevée, j’ai changé plusieurs fois la température du vin pour coller en permanence aux messages que le vin m’envoyait. Pour lui, un ou deux degrés de plus ou de moins font une différence à la fin.

Puis comme toutes les bonnes choses ont une fin, on a décuvé le Petit-Verdot lorsque c’était le « bon moment ».

La cuve, achetée d’occasion au début de notre aventure, n’a pas vraiment été conçue pour les vinifications. Tout y est donc un peu plus fastidieux.

Mais, ce n’est pas grave, on le fait toujours avec bonne humeur car dans tous les cas, on a connu bien pire et on est sûr de faire du bien au vin avec notre méthode manuelle.

Il est illusoire de vouloir aller dans la cuve tellement la cuve et la porte sont petites. Lorsque les enfants étaient plus jeunes, donc plus petits, c’était eux qui entraient dans les cuves de 20 hl pour en extraire le marc.

Maintenant, ils sont pratiquement des adultes, donc mis à part moi, personne ne peut plus y aller car lorsqu’il y a du marc, on ne peut pratiquement pas bouger.

C’est donc, depuis l’extérieur que l’on tire le marc. D’abord à la main, puis avec un trident.

Il tombe dans la hotte situé sous la porte de la cuve. La hotte est ensuite hissée sur le dos de Jean-Michel jusqu’au pressoir.

Là aussi, on pourrait faire beaucoup plus simple en utilisant la pompe à vendange qui est aussi une pompe à marc. Mais le travail ne serait pas le même car facilité et qualité ne font jamais bon ménage.

C’est donc fini, la dernière cuve est décuvée. Maintenant, il faut se concentrer sur le vin nouveau en se disant que le temps passe tellement vite que les prochains décuvages arriveront très vite.

Un an, c’est si vite passé !

 

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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 11:08

En levant les yeux dans mon jardin médocain, j’ai découvert ça :

 

Un oiseau n’a rien trouvé d’autre que du raphia synthétique pour faire son nid.

Au début, ma première réaction fut de sourire face à cette étrange construction. Mais, à la réflexion, j’ai changé d’attitude.

Une fois de plus, je me suis rendue compte de l’état de délabrement de notre pauvre terre.

Imaginez donc : au milieu de vignobles prestigieux, un oiseau trouve plus facilement des morceaux de plastique que des brindilles pour faire son nid !

Si on calcule bien, le plastique cela fait quoi, 20-25 ans qu’on l’utilise dans la région. Il va durer 200-300 ans dans le sol. Donc, à ce régime là, dans quelques décennies, on ne verra plus la terre sous les pieds de vigne. Le sol sera recouvert de plastique. Si comme sur la photo, il a la bonne idée d’être vert, on pourra même faire croire qu’il s’agit d’herbe et on demandera une certification d’agriculture raisonnée.

Il n’y aura alors plus de problèmes de désherbage chimique ou de travail de sol car les herbes ne pousseront plus.

Les technocrates de la vigne pourront enfin aller dans les vignes car ils n’auront plus de risque de se salir leurs belles chaussures avec la terre mouillée. Ce sera le bonheur, l’agriculture sans la boue.

Pour en revenir à notre petit oiseau. Il a encore la possibilité d’améliorer le confort de son habitation en l’isolant avec de l’amiante qui ne pas manque d’encombrer les décharges sauvages. Ainsi, il aura un nid douillet pour faire grandir ses petits qui ne risqueront pas de maladies car le plastique et les quelques brindilles sont déjà imbibés de pesticides.

Finalement, il en a de la chance notre petit oiseau d’être né en 2008.

 

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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 10:35

Il y a presque deux mois, je vous annonçais le début des vendanges en blanc.

Aujourd’hui, si je vous parle de cette période, c’est pour dire que les fermentations en blanc sont sur le point de s’achever.

Après plus d’un mois et demi de fermentation, les levures viennent enfin d’achever leur mission. Comme tous les ans, elles ont fait leur travail avec persévérance et sérénité.

 

Très souvent, les fermentations durent beaucoup plus longtemps, parfois même jusque dans la nouvelle année.

Le vin est alors maintenu à température pendant toute la période. Et comme le compteur électrique est un petit compteur, il faut choisir entre le chauffage de la maison et le chauffage du vin.

Bien-sûr, nous choisissons toujours le vin. Heureusement le vieux poêle Gaudin est là ! Mais nous avons aussi des habits chauds et des couvertures épaisses sur les lits.

Chez nous, c’est le vin qui commande.

Beaucoup choisissent les fermentations rapides par des levures sélectionnées et renforcées par des « activateurs de fermentation » nombreux et variés.

Nous faisons un autre choix car même si nos fermentations sont plus contraignantes et plus risquées, ce sont aussi celles qui donnent les meilleurs résultats.

A la sortie, les vins sont plus fins et plus complexes.

Cette année, j’en avais aussi parlé, j’avais choisi de fermenter ensemble nos 3 cépages blancs qui élaborent notre nouvelle cuvée « Le Vin Passion ».

Le résultat semble tellement satisfaisant qu’il y a quelques jours, j’ai déjà pris l’apéritif avec ce nouveau vin. Tout en lui n’est que finesse et harmonie avec un côté aérien.

J’en suis folle !!!

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 09:33

Comme je l’avais annoncé, je suis allé au Maroc pendant quelques jours et j’en suis revenu…malgré les grèves d’Air-France et les menaces d’annulations de vols.

 

La motivation de mon importateur, le groupe Ebertec, était de présenter à Casablanca tous les vins importés par ses soins. Pour le pays, il semble que c’était une première. Nous étions une cinquantaine de producteurs réunis sous un même toit.


 

Malgré les menaces de religieux opposés à la consommation d’alcool, la manifestation a pu avoir lieu.

Les premiers jours, les visiteurs étaient surtout des restaurateurs. Par contre le dernier jour, les personnes étaient des particuliers, amateurs locaux ou simples curieux soucieux de découvrir le vin.

 

Ils représentent la face « positive » de ce pays. Ces habitants ont de belles maisons et de belles voitures. Ils consomment et vivent à l’occidentale.

 

A l’opposé, il y a l’autre aspect du Maroc. Il est symbolisé par les mulets croisés dans la rue qui transportent des marchandises pour une population pauvre, qui vit dans des taudis et dont les femmes sont surtout voilées.

 

La coexistence de ces deux mondes entretient en moi un sentiment de malaise.

 

Cependant, nous avons été accueillis avec le sourire par des gens aux petits soins pour nous.

 

La dernière journée fut l’occasion de visiter les vignobles de mon importateur.

J’avais déjà eu l’occasion de déguster la gamme lors du dernier Vinexpo à Bordeaux. Cette fois-ci, j’ai été impressionnée par les vins de Syrah.

C’est une fois de plus la preuve qu’un cépage de région chaude est le plus adapté à un climat chaud.

Un repas couscous-méchoui a conclu cette journée dans un cadre idyllique.


 

La consommation d’alcool est interdite mais elle représente aussi une source non négligeable de taxes pour l’état. Mais bien avant le vin, ce sont surtout la bière et les alcools forts qui ont les faveurs de la population.

 

La dégustation du vin en est encore au stade de la préhistoire pour une majorité.

Une poignée de gens très motivés et passionnés tente de mettre en place des cours de dégustation pour faire découvrir le vin.

Alors les restaurants proposent des mets raffinés et riches en saveurs, les cartes des vins restent d’une tristesse déconcertante.

Les interdits religieux ne briseront-ils pas cet élan  de connaissance du vin ?

Je ne l’espère pas et je souhaite à tous les acteurs locaux une bonne chance.

 

Comme j’en avais fait le projet, j’ai pu prélever quelques grammes de cette terre rouge chère à mon père et que je déposerai sur sa tombe dans quelques jours.

Ce ne fut pas un moment facile pour moi et la présence d’une nouvelle amie marocaine m’a été très utile pour trouver la ressource nécessaire à la réalisation de ce geste symbolique.

Je ne pensais pas que de présence de terre dans ma main provoquerait autant de frissons et de larmes dans mon corps.

 

Maintenant que je suis rentrée sous la pluie de novembre pour traiter des factures en attente, je mesure la chance qui a été la mienne d’être reçue avec tant de chaleur sous le soleil marocain.

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Corinne Comme - dans Divers
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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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