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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 07:25

Lorsque la période des vinifications arrive, mes mains changent de couleur. Je ne sais pas si mon vin procure une quelconque thérapie pour ma peau.


Mais une chose est sûre, mes mains ne ressemblent pas à celles des stars plus ou moins fraiches qui vantent les bienfaits de telle ou telle substance rajeunissante.


Lorsque je m'évade du cuvier pour réapprovisionner le réfrigérateur, les caissières me regardent parfois avec un air de dédain mêlé à un sentiment de méfiance.

Je pense aussi aux cernes de 3 semaines sous les yeux qui doivent donner une harmonie à l'ensemble.



J'avoue avoir moi-même un peu honte du spectacle offert surtout lorsque je pense à ma belle-sœur, Sophie, qui travaillant dans le tertiaire, est toujours impeccablement élégante, bien coiffée et habillée au dernier cri.

 

Mais voyez-vous, je ne peux pas dissimuler la fatigue des vendanges. Je ne peux pas non plus travailler avec des gants lorsque je touche mon vin. C'est une période où tous les sens doivent être en éveil pour capter les moindres signes que nous envoie le vin et qui peuvent nous aider à affiner la vinification.

La cuve de Petit-Verdot, noire comme du Petit-Verdot et remontée à la main au seau, amène une forte contribution dans la couleur de mes mains !

 

Je garderai mes mains noires tant que les vinifications ne seront pas finies. Puis la couleur partira toute seule, avec le temps et les lavages.

 

Et puis, finalement ces soins naturels et bio pour ma peau, je les vaux bien !!!

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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 09:34

Les vendanges terminées, je peux me consacrer à un des moments les plus passionnants de l’année : les vinifications.

 

Jusqu’à la récolte, les raisins appartiennent à la vigne. Pour que cette séparation se fasse avec le plus de douceur possible, je récolte tout à la main en cagettes. On ne tape pas sur une mère entrain d’accoucher !

 

Puis le devenir des raisins va en partie dépendre de mon travail. C’est à la fois très excitant et aussi une lourde responsabilité.

Une fois en cuve, je laisse mes raisins « s’acclimater » à leur nouvelle destinée. Comme je n’utilise pas de levures exogènes « sélectionnées », souvent OGM, la fermentation se décide toute seule.

Moi de mon coté, je guette les signes qui sont les prémices de cette transformation.

 

Tous les sens sont utiles : l’odorat, lorsque j’ouvre la cuve pour prendre la température, la vue lorsque les raisins changent de couleur et aussi l’ouïe. Même dans mon lit, j’entends les premiers « gloups » qui montent des entrailles de la cuve car ma tête et mes cuves ne sont séparées que par un mur. Je suis aussi persuadée que le toucher du marc ou du vin a aussi son importance pour me guider de façon intuitive dans ce travail.

Mais c’est quand même lors de la dégustation que l’on sollicite le plus les sens. 

Deux fois par jour, je goûte le vin de chaque cuve une fois refroidi et dégazé dans un verre et c’est cette dégustation qui détermine la conduite à tenir pour la demi-journée.

 


Je n’utilise aucun artifice que l’œnologie moderne met au service ( ?) du viticulteur.

Il me semble que l’équilibre naturel est toujours le plus élégant.

 

Chaque matin, je suis impatiente de prendre des nouvelles des cuves. Je suis comme un enfant qui attend le matin de Noël pour connaître ses cadeaux !

 

Je n’ai aucune recette pour mener les vinifications, ce sont chaque cuve, chaque terroir, chaque millésime qui dictent ma conduite.

 

Comme à la vigne, j’ai banni toute action violente dans le chai. On a le temps. On a attendu ce moment toute l’année, pas question de le gâcher.

 

Je fais donc une vinification « sensitive » pour que le vin dégage une certaine sensualité.

 

Est-ce que j’y parviendrai ? Je l’espère.

 

Et lorsque je détecte un éclair d’émotion dans le regard des consommateurs, les efforts et les peines sont alors instantanément effacés.

 

 

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 09:37

Cette année, les vendangeurs étaient déchainés. Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir une équipe efficace et resserrée ou l’air du moment, mais je pense avoir passé en 2008 mes vendanges les plus joyeuses avec eux.

J’ai pris quelques clichés des voitures des uns décorées par les autres, à leur insu.





Il y a eu aussi les traditionnelles boîtes de conserve accrochées sous les véhicules.

Les plus sournois restaient quand même les fagots de branches eux-aussi tractés par les vendangeurs insouciants. Cette dernière version à l’avantage de ne pas faire de bruit, donc le conducteur ne s’en rend compte que bien plus tard. Si la corde est assez courte, il ne voit rien aux rétroviseurs. Sourire garanti pour les personnes croisées par ce cortège.

Malheureusement, avec le travail de nettoyage des machines, je n’ai pas pris le temps de photographier ces équipages. Et puis, je me voyais mal arriver avec mon appareil photo devant la personne en partance. Cette dernière aurait sûrement pressenti un « problème ».

Voyez, il n’y a rien pour prétendre à un quelconque prix Nobel, mais on peut vivre ainsi quelques instants sympathiques.

Après cela, les vendangeurs n’ont qu’une hâte : être très vite aux prochaines vendanges.

Mais pour moi, il y a encore du temps à passer avec les cuves pleines…et surtout beaucoup de repos pour rendre mes muscles et mes articulations moins douloureux et guérir les multiples contusions grosses ou petites qui constellent mes jambes et mes bras.




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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 06:51

Depuis quelques jours, je vous parle de mes vendanges à la main. Mais aujourd’hui, je souhaite vous donner quelques explications sur la façon dont elles sont organisées. Une sorte de côté « face » après le côté « pile » traditionnel et bucolique.

Pour moi, la récolte à la main est un choix de respect pour mes vignes avant même d’être envisagée comme un moyen de produire de meilleurs vins. En effet, tout au long du cycle végétatif, j’ai été attentive à ne pas brutaliser les ceps, alors il serait malvenu de mettre une "raclée" aux pieds sur le point « d’enfanter » !

Par contre, c’est aussi un sacrifice financier évident. Le bonheur de nos vignes s’est toujours en partie fait au détriment du train de vie de ma famille.

Depuis plusieurs années, mon équipe est composée d’un « noyau dur » de personnes locales qui reviennent d’une année sur l’autre. Par contre, les vendangeurs supplémentaires sont recrutés par le « bouche-à-oreille » ou l’ANPE.

Si la première catégorie est constituée de travailleurs fiables et rapides, la deuxième révèle souvent de mauvaises surprises.

Il y a d’abord les annonces ANPE passées au niveau national qui nous amènent des candidats parfois venus de l’autre côté du pays. C’est totalement aberrant de penser proposer à des personnes un emploi saisonnier de 10 jours à 1000 km du domicile sans logement ni nourriture.

Une autre catégorie ainsi recrutée est celle de personnes, qui ayant refusé plusieurs postes, sont « contraintes » de travailler sous peine de perdre leur allocation ASSEDIC. Leur manque de motivation est souvent évident et l’ambiance de l’équipe peut très vite être détériorée.

Parfois il s’agit même de ressortissants de nations qui n’ont pas le droit de travailler en France et que nous ne pouvons donc pas embaucher.

Dans cette population de vendangeurs, l’absentéisme est aussi très important. Il est fréquent d’avoir 3 à 4 absents pour un total de 15-20 vendangeurs. Chacun a bien entendu une bonne raison, au moins pour lui. Il est évidemment superflu de prévenir de son absence, le travail étant à la carte.

En fait, en plus du nombre nécessaire je dois donc disposer de vendangeurs qui sont de simples remplaçants pour éviter de déséquilibrer les groupes coupeurs/porteur.

Le matin, avant de partir à la vigne, j’attends  quelques minutes de plus les absents en passant qu’ils sont simplement en retard ; comme si le retard était une chose normale.

L’an dernier, ce fût encore plus ridicule. Un chômeur faisant les vendanges chez moi a été convoqué par les services officiels pour un stage d’informatique pendant les vendanges.

Cette personne avait sûrement 355 jours libres dans l’année ; il a fallu que le stage tombe dans les 10 jours où il était chez moi ! Il n’y a pas eu de dérogation possible sous peine de bloquer les rouages bien huilés de cette magnifique machine administrative.

Enfin, toujours l’an dernier, avant les vendanges j’ai été contacté par une personne de la « cellule vendange » de l’ANPE pour faire le point sur mon offre. Je passe sur les détails qui une fois de plus montrent le décalage qu’il y a entre ces gens là et la vraie vie.
Mais le plus extraordinaire vient de sa demande formulée dans la conversation téléphonique : « que proposez-vous pour rendre votre annonce plus attractive ? »

J’avoue que sur le moment, je n’ai pas su quoi répondre de pertinent. Alors que le vignoble bordelais est vendangé à 90% à la machine, et que dans ma petite région, on doit bien atteindre 99,9%, je résiste en continuant à vendanger à la main, fournissant de ce fait 2 semaines de travail à 15-20  personnes. J’ai donc énuméré une fois de plus que je paye les heures au tarif légal sans nourrir ni loger.

A posteriori, j’ai pensé que j’aurais dû  proposer une voiture de fonction pour chaque poste ou même des séances de remise en forme chez Serge Blanco.

Est-ce moi qui suis décalée ou les agents de l’administration qui vivent dans un monde parallèle ?

Ne vous méprenez pas, je n’en veux pas à ces personnes, sincères dans leurs actions mais qui ont été formatées dans la logique d’un système de pensée qui n’a plus rien à voir avec toute efficacité économique.

Pour en revenir aux vendanges, ce sont toujours les mêmes coupeurs qui terminent leur rang en premier et qui vont aider les derniers qui sont… toujours les mêmes.

J’ai aussi eu des spécialistes de sauts de pieds de vignes, c'est-à-dire des vendangeuses qui de temps en temps laissaient un cep non vendangé (voire beaucoup plus) pour ne pas se retrouver trop distancées. C’est selon moi le degré ultime de la malhonnêteté.

Pourtant, à la fin de la journée, ils auront tous gagné la même somme. Il y a là une vraie injustice.

Après de telles constatations, j’ai décidé pour cette année de me passer de l’aide des « services officiels ». J’ai réduit mon équipe au noyau dur. Finalement, l’avancement n’en est que très peu altéré ; pour un coût bien moindre et une ambiance détendue (voir le reportage de Yannick : ICI )

Mais surtout, je n’ai pas la hantise des absences du matin, des grappes laissées sur les pieds, des vendangeurs qu’il faut aller aider,…

Pour l’instant, je n’ai pas craqué en faisant venir la machine. Mais combien de domaines ont franchi le pas simplement pour ne pas avoir à subir tous ces tracas ?

Le chômage a fortement augmenté le mois dernier nous dit-on en haut lieu. A ce régime là, on n’est pas parti pour qu’il baisse.

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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 09:00

Les meilleures choses ont une fin et la récolte de Merlot est déjà terminée après une petite semaine au rythme du "clac-clac" des sécateurs, des récits de chasse des porteurs, des recettes de cuisine et autres commérages.

En fait, je suis quand même contente que le cépage majoritaire soit en cuve car je commence à sentir les vendanges dans mes muscles et mes articulations. Je "tiens mon rang" la plupart du temps avec les vendangeurs, c'est-à-dire que je vendange avec eux, mais en plus, il y a le tri 2 fois par jour, le nettoyage, la vinification,...


On peut ajouter les commandes de caisses à préparer (heureusement) car l'argent qui rentre repart aussitôt pour payer les factures qui continuent d'arriver à la même vitesse que les grappes sur la table de tri!
Comme dans beaucoup de domaines, les rendements du Merlot sont particulièrement bas cette année.


Heureusement, on peut penser avoir un très bon vin. Il est encore trop tôt pour se faire une idée précise mais avec les premières fermentations qui commencent on peut être optimiste.


Cette année, j'ai franchi un pas de plus vers la viticulture basée sur le ressenti car je n'ai pas fait de contrôle de maturité sur les cépages rouges. Je me fie uniquement à mes sens pour déterminer le moment idéal de vendange.
J'espère que cette façon de faire simple et logique ne m'amènera pas en prison avec la réforme de AOC dans laquelle les analyses multiples et diverses ont une place de choix et même une position incontournable.

Aujourd'hui, je commence à vendanger le Cabernet-Franc. Puis, il y aura le peu de Cabernet-Sauvignon que nous avons.

Enfin, la parcelle de Petit-Verdot viendra conclure cette récolte 2008. Cette année, je fonde de très grands espoirs dans ce cépage si particulier et capricieux. La récolte est magnifique à en avoir les larmes aux yeux quand on la regarde!

Voici donc mon programme à venir. Je l'ai pensé, évalué depuis des jours en regardant le ciel entre deux coups de sécateurs et en croquant à pleines dents dans les raisins.

C'est donc comme cela que je vais procéder, sauf si...

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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 06:58

La 2cv fête ses 60 ans. Tout comme le vin, les fromages, la baguette et le béret, elle appartient au patrimoine national.

Dans ma jeunesse, ma famille n'a jamais eu de 2cv et maintenant que vous me connaissez un peu mieux, vous ne serez pas surpris si je vous dis que cette voiture n'éveille pas en moi des souvenirs de périples dans le désert ou autres sorties hasardeuses entre copains.

Ce véhicule, je l'ai côtoyé  pendant quelques années à travers la cousine Dyane de mon beau-père. C'était une 3 cv, mais l'esprit restait le même.

Pour moi, cette voiture est à tout jamais associée à des moments importants de ma vie.

Il y a tout d'abord l'époque où Jean-Michel venait me retrouver avec la Dyane alors que j'habitais encore avec mes parents. Grace au siège unique à l'avant et à des ceintures de sécurité rudimentaires, je pouvais sans peine me coller à mon amoureux lorsqu'il conduisait.

C'était une période heureuse car je commençais à prendre ma vie en main, tout en ayant encore auprès de moi mon papa et ma maman en bonne santé. 

Puis, quelques années après, alors que j'étais enceinte et en "stage prise de poids" chez mes beaux-parents, j'ai pu conduire la Dyane à de nombreuses reprises. J'ai alors découvert le fameux levier de vitesse au mauvais endroit et autres subtilités de la famille 2cv.
Là aussi, j'ai vécu des moments heureux entourée de plusieurs générations dans l'attente du jour où on allait ouvrir un nouveau chapitre dans l'histoire familiale.

C’est encore la Dyane qui m’a transportée lorsque j’ai commencé à avoir des contractions avant la naissance de ma fille.

Depuis, la Dyane s'en est allée, victime d'une Jupette (ou d'une Baladurette, je ne sais plus trop). Des êtres chers sont aussi partis.

Loin de représenter l'évasion, cette voiture emblématique restera donc pour moi le témoin de la fin de mon adolescence et du début de ma vie d'adulte, c'est-à-dire une période de bonheur simple avec ceux que j'aime à tout jamais.

Bon anniversaire la deudeuche.

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Corinne Comme - dans Divers
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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 07:22

Lors d'une récente édition du journal de 20 heures de TF1 (5/10/08), un reportage a attiré mon attention. Il montrait une formation en maraichage bio dans laquelle beaucoup de participants (selon le journaliste) étaient issus de branches professionnelles très diverses et aspiraient à changer de vie en devenant producteurs de légumes bio.

Bien entendu, il y avait aussi l'incontournable cheval de trait, véritable valeur ajoutée à la réussite du projet.

On ne peut que souhaiter bonne chance à tous ces apprentis agriculteurs, mais je pense que le raccourci est un peu rapide.

Entre les objectifs de ces personnes et mon parcours, il y a des points communs; c'est pour cela que je me permets avec modestie de faire part de mon sentiment.

Lorsque je me suis installée viticultrice, je ne partais pas complètement de zéro puisqu'il y avait déjà un petit domaine en activité mais par rapport à ce qu'il fallait de moyens financiers et d'efforts pour s'en sortir, on peut maintenant estimer que notre projet partait pratiquement d'une feuille blanche.

Jean-Michel n'a jamais abandonné son travail à Pontet-Canet et heureusement. Sans cela, on n'aurait pas pu avancer, ni même commencer.

Aussi, faire penser qu'il est possible de quitter le confort douillet d'une vie citadine certes stressante pour se retrouver du jour au lendemain devant un champ de légumes bio, s'apparente à un doux rêve.

De la période du retour à la terre des années 70, qu'en est-il resté? Combien s'en sont sortis? On ne le saura jamais. Chaque fois que j'évoque ce sujet j'ai en mémoire les images du film "Les Babacools".

Je pense aussi que depuis cette époque, les conditions nécessaires au succès du projet se sont durcies.

Devenir producteur de légumes ne s'improvise pas. C'est un vrai métier.

Si on ajoute en plus le souci d'être en bio, on rend les choses plus compliquées encore.

Jean-Michel et moi pouvons en parler en connaissance de cause. Je ne regrette pas du tout de cultiver mes vignes en biodynamie mais on ne peut pas dire que les choses soient plus simples pour autant par rapport à des principes classiques. Il faut avant tout beaucoup de conviction dans la justesse de l'engagement pour pouvoir surmonter les difficultés.

Souvent Jean-Michel rappelle la nécessité d'avoir sève et sang mêlés; je suis complètement d'accord avec sa vision. C'est du moins comme cela que nous concevons notre travail.

 

Quant au cheval, l'idée est belle et séduisante mais elle mérite une réflexion sérieuse avant de s'engager.

Le monde du cheval m'est longtemps resté complètement étranger. Mais depuis que Pontet-Canet s'est orienté dans cette voie, le cheval de trait fait parti de mon quotidien, au moins par l'intermédiaire de Jean-Michel.

Je suis sûre que le maraichage est une niche qui peut permettre d'utiliser des chevaux de trait avec efficacité en 2008. Mais il convient de bien penser aux contraintes inhérentes au cheval lui-même (soins, horaires, nourriture,...) et que nous avons oubliées depuis plusieurs décennies.

Peut-être que de tous les participants à la formation "légumes bio", certains réussiront avec panache. C'est tout ce que je leur souhaite.

Par rapport à bien d'autres, au moins auront-ils ressenti le caractère magique qu'il y a dans la pousse des plantes qui va permettre de transformer une graine minuscule en une quantité impressionnante de tissus végétaux.
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Corinne Comme - dans Divers
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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 07:52

Après pratiquement une semaine d'interruption, les vendanges recommencent, pour les rouges cette fois.

Finalement, il me tardait d'y être. J'ai un besoin physique d'avoir des cuves en fermentation pour pouvoir mettre en pratique toutes les idées qui me sont venues depuis l'an dernier et pour espérer améliorer la qualité des vins.
Il ne s'agit bien sûr pas de refaire l'œnologie moderne mais tout simplement de tenir compte de toutes les observations faites pendant les dernières vinifications ou même de toutes les sensations que j'ai pu percevoir. Il y a aussi le ressenti que l'on a eu dans chaque parcelle à tous les moments de la saison et qui peut maintenant participer à la vision que l'on a de la vinification de chaque parcelle.

 

Connaitre un vignoble et y adapter une vinification, c'est un peu comme construire un mur. Chaque année est une brique qui va participer à l'élévation de l'édifice. Malheureusement pour nous, toutes les briques ne sont pas identiques. Il faut donc naviguer à vue en examinant bien la forme de la brique à placer en essayant de se souvenir de celles qui s'en rapprochaient, comment on les a placées et pour quel résultat. C'est plus de travail et de réflexion mais au moins, il n'y a pas la monotonie qu'on aurait en ayant toutes les "brique-millésimes" identiques.

Qu'est ce qu'ils doivent s'ennuyer ceux qui vinifient dans des régions où le soleil brille tous les jours depuis la pousse de la vigne jusqu'aux vendanges incluses; avec en plus l'irrigation pour réguler au millimètre le stress en eau !

 

Pour le moment, j'ai bien mon idée quant à la forme de la brique mais il faut maintenant vérifier ce qui était bien pensé et ce qui l'était moins.

Donc, j'ai mon propre schéma de vinification pour chaque terroir, mais je sais qu'il ne s'agit encore là que d'un raisonnement théorique qu'il faudra affiner.

La météo a encore un grand rôle à jouer et les jours à venir auront encore toute leur importance.

 

On dit souvent que tout peut encore basculer tant que la dernière cuve n'est pas pleine. Ce n'est pas tout à fait vrai car à la dernière cuve, on sait en général où on en est. Par contre, à l'avant dernière…

Il convient donc d'attendre en prenant les choses au fur et à mesure qu'elles arrivent.

 

Pour ce qui est des blancs, ils sont entrés en fermentation, seuls lorsqu'ils l'ont souhaité.

Par contre pour une partie de la récolte, j'ai souhaité fermenter ensemble les 3 cépages dans les proportions de la cuvée "Vin Passion".

Je crois beaucoup au mélange précoce des différentes "sensibilités" de mon vin. On est ainsi plus proche du produit final et on est donc capable d'affiner la vinification et l'élevage pour tendre vers ce que l'on souhaite; au moins dans la limite de la petite capacité d'action que nous laisse chaque terroir.

Il me tarde donc de déguster le vin fini.

 

Mais pour le moment, je dois me contenter des odeurs qui envahissent le chai  et la maison et qui donnent une bonne confiance dans le potentiel aromatique du millésime.

 

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 07:08

Nous savons que l’agriculture moderne détruit les sols. Selon certains spécialistes, dans leur grande majorité, les sols agricoles sont morts ou en passe de l’être. C’est aussi vrai en viticulture alors que l’essence même d’un vin est de représenter son terroir.

C’est un constat terrible.

 

Il faut reconnaître que pour le grand public et même les agriculteurs eux-mêmes il est parfois difficile de visualiser ce qu’est un sol mort.

Effectivement, le sol est toujours là et en général il supporte des plantes qu’il nourrit …avec plus ou moins de bonheur.

 

Certaines parcelles sentent la mort.

Qu’est ce que cela veut dire ? C’est difficile à expliquer. Moi qui n’ai pas de culture viticole familiale, j’ai appris à avoir des relations quasi-affectives avec la vigne et  ce que je dis là, c’est du ressenti.

 

Par contre, on peut facilement voir les conséquences d’un sol mort. Tout le monde peut le faire. Pour améliorer ses chances, il faut trouver une parcelle en désherbage total. Vous savez celles qui sont « bien cultivées » car il n’y a pas une herbe vivante.

Là, vous trouverez des débris végétaux de l’année précédente, voire même plus âgés encore.

 

Pour illustrer mon propos, j’ai photographié des grappes trouvées sur le sol dans une de ces parcelles.


Elles ont un an. Pendant cette période, il n’y a pas eu assez de microbes pour les décomposer. Même la peau du raisin s’est momifiée alors qu’il y a un an, c’est justement une attaque de pourriture grise qui a amené le vendangeur à les jeter au sol. Là, elles ont été littéralement stérilisées.


Le seul élément positif vient du fait que des grappes d’années différentes peuvent ainsi se côtoyer. Quand on nous parle en permanence de l’intérêt de maintenir le dialogue entre les générations, on ne peut qu’être satisfait !

 

Plus sérieusement, c’est un constat alarmant car nous poussons la destruction des sols un peu plus loin tous les jours.

L’essentiel de nos grands vins français est encore produit à partir de vignes plantées avant les usages massifs de pesticides et de tracteurs « bodybuildés ».

Les vins du futur uniquement issus de vignes nourries « au progrès de la science » auront-ils la même qualité ?

Si on regarde l’évolution corporelle de nouvelles générations consommatrices de sodas et autres hamburgers, on ne peut qu’en douter !!

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Corinne Comme - dans Divers
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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 09:58

Pendant les vendanges, au Champ des Treilles, tous les jours vers 9 heures, c’est le casse-croûte.

C’est un moment qui n’est pas vraiment indispensable pour refaire le plein d’énergie car lorsque nous nous arrêtons, cela fait à peine une heure que les vendangeurs sont au travail.

Par contre, avec les températures matinales glaciales des derniers jours, on attend avec impatience l’heure du café chaud.


Mais, c’est avant tout la convivialité qui motive à conserver cette tradition.

Dans les rangs, on n’a pas le contact direct avec tout le monde. Certains coupeurs sont à plusieurs mètres, les porteurs ne sont là que par intermittence. Je ne parle même pas de Jean-Louis qui est seul sur la remorque toute la demi-journée à récupérer les cagettes.

A la pause, tout  le monde est regroupé. On prend plus le temps de discuter, de se confier parfois. On refait le monde, on critique les absents…


On se rappelle des années précédentes, le chaud soleil ou la pluie qui nous a mouillés jusqu’aux os, la première campagne il y a … 3-4 ans. 7 ans déjà ? Oh que le temps passe vite !


La subtilité du casse-croûte vient du fait qu’il faut non pas un, mais deux thermos de café, pour contenter ceux qui aiment le café peu sucré et ceux qui ne l’acceptent que très doux, véritable sirop parfumé au café.

Vous l’aurez compris, pour moi, c’est « moins il y a de sucre dans le café, mieux c’est ».

Lorsque je regarde tout autour et que je ne vois plus que des machines à vendanger, je suis fière de conserver ce pan de la tradition viticole que constituent la vendange manuelle et le casse-croûte qui va avec.

Du bonheur simple, mais du vrai bonheur.

 

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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