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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 07:35

Comme d'habitude, c'est dans les vignes et les chais que nous avons passé le 14 juillet et le reste de ce week-end de 3 jours.

Il faut dire qu'avec le retour du beau temps, il y a du travail dans toutes les directions.

 

J'ai aussi des commandes qui doivent partir dans les jours prochains. C'est toujours une bonne chose de voir des palettes de caisses bien rangées avec le nom de leur destinataire. Parfois, on se prend à rêver de suivre le vin jusque chez le consommateur final. Qui consomme mon vin, dans quelle maison, avec quel mobilier, à quelle occasion, avec quel plat,...

On revient très vite à la dure réalité avec l'aide du rouleau d'étiquettes qui se termine ou la machine qui connait des ratés.

Il y a un autre avantage à faire partir du vin. Je libère ainsi des casiers métalliques de 600 bouteilles dont j'aurai besoin dans quelques jours pour la future mise en bouteilles.

Ces casiers coûtent assez cher et de plus en plus cher. Je dispose donc de la quantité nécessaire sans plus.

Les derniers départs de vin de cette saison participent donc à diminuer mon angoisse d'avant mise. Il y aura largement assez de casiers vides; donc j'ai déjà un problème de moins.

Rassurez-vous, il y a de nombreuses autres occasions pour moi d'être angoissée pour la mise en bouteilles. Par exemple, je compte et recompte les commandes de bouchons en comparant avec le volume de vin à embouteiller. Je finis par tout mélanger dans ma tête et donc chaque recomptage me rassure.

 

J'ai aussi les vins blancs à finir de soutirer pour une filtration dans la semaine.
Les rouges quant à eux ne seront filtrés qu'au moment de la mise. Pour la première fois, ils ne seront pas collés. Ce n'est pas un choix de notre part mais une décision du vin lui-même si on peut dire. Après essais de collage, il nous est apparu que les témoins étaient meilleurs que les essais collés. On a donc respecté la volonté du vin!

 

Jean-Michel ne m'a pas beaucoup aidé car il est resté pratiquement tout le week-end avec son enjambeur. D'abord pour décavaillonner (enfin), puis pour traiter. Il a juste pris le temps de dépanner un problème électrique de l'étiqueteuse.

Le rognage a été l'œuvre de notre fils Thomas ; sous l'œil attentif de son père néanmoins.

 

Jean-Michel n'a jamais vraiment de repos. Après sa semaine à Pontet-Canet, il fait une autre semaine (en deux jours) dans notre domaine. Souvent, je suis inquiète pour lui mais il ne se plaint jamais. Il faut dire que la vigne est sa passion et sa vraie raison de vivre.
Souvent, il dit que la sève de la vigne circule dans ses veines et que son sang se mêle à la sève de la vigne. C'est sûrement en partie vrai, surtout quand on a connu 2007…

 

En positivant, on peut penser que le fait d'avoir une vraie expérience de terrain constitue un avantage dans son travail de régisseur. Rares sont les responsables de grands domaines qui savent décavaillonner, traiter en le faisant réellement, ou qui ont déjà passé des journées à tailler sous la pluie. Tant qu'on ne l'a pas fait, on ne peut pas savoir ce que c'est.

 

Ce fut donc pour nous un week-end ordinaire de travail. Ce qui ne l'est plus tout à fait, c'est d'avoir eu les enfants avec nous pendant 3 jours.

Pour Thomas, les semaines sont maintenant comptées avant son départ à Tarbes pour 5 ans mais surtout pour commencer à vivre sa vie sans nous.

Laure est plus jeune, mais elle a l'âge où on commence à moins rechercher la présence de ses parents pour préférer celle des copains.

 

Finalement, le bonheur est peut-être tout simplement là en étant avec ses enfants, même s'il y a entre nous une palette de caisses à monter ou un tracteur et sa rogneuse.

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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 09:10

Récemment, je vous ai peut-être étonné en vous parlant de dégustations de fleurs de vigne.

Mais je pense que là, vous allez plutôt me prendre pour une folle.

 

Pourtant, c'est tout à fait sérieux. Je vais vous parler de dégustation de …feuilles de vigne.

Si vous pensez à la spécialité grecque des feuilles de vigne farcies, vous n'y êtes pas du tout.

 

Il s'agit bien de feuilles natures et crues.

 

Le but n'est pas de faire un repas gastronomique mais d'un vrai exercice destiné à mieux comprendre les différents cépages.

 

Avant toute chose, je dois préciser qu'il est indispensable d'être en bio avant de mettre des feuilles dans sa bouche. Pour une fois, les adeptes de la chimie lourde (ou de sa version édulcorée qu'est la lutte raisonnée), seront d'accord avec moi sur le fait qu'il existe bien une différence entre les deux viticultures. Dans l'une on peut manger les feuilles, pas dans l'autre.

 

Il est cependant souhaitable de les laver si elles ont été traitées.

Les jeunes feuilles sont préférables aux vieilles, plus dures.

 

En fait, on ne mange pas les feuilles, on les mâche avant de les recracher ; comme pour le vin en dégustation.

 

Assez de bla-bla, je me lance.

 

Le petit-verdot est sec et acide. C'est une surprise car la forme arrondie des feuilles fait plutôt penser à l'eau. Les tiges sons cassantes et paraissent très aqueuses. Hors, les feuilles semblent ne pas contenir beaucoup d'eau.

Cela peut expliquer en partie la faible réceptivité de ce cépage au mildiou.

 

Le merlot quand à lui est charnu. Il a une forte acidité en finale. Là aussi, en goutant la feuille, on comprend bien pourquoi avec ce caractère charnu, le merlot est si sensible au mildiou.

 

Avec la muscadelle, on découvre un autre profil. La feuille est sèche, comme celle du petit-verdot ; cela confirme sa faible appétence pour le mildiou. Il n'est cependant pas du tout acide, ce qui tranche avec les autres cépages.

Par contre, elle est poivrée. Même si on est loin des notes fleuries présentes dans les vins, on ressent que c'est un cépage particulier avec son caractère propre!

 

Le Sémillon est lui aussi sec et acide. Il est très typé par des notes de condiments que je ne sais pas nommer mais que l'on retrouve dans une préparation du commerce appelée "Savora".

 

Pour finir, le Sauvignon. Il n'est pas sec comme nos autres cépages blancs. Il est cependant acide. Il est très marqué par des notes  d'écorces d'agrumes, citrons ou oranges confits. Il est aussi fin et floral avec un retour aromatique marqué en finale. On n'est pas loin des termes employés pour les vins issus de ce cépages.

 

Voilà résumées quelques unes de mes appréciations gustatives sur la dégustation de feuilles.

J'aurais pu tester aussi les cabernets; ce sera pour la prochaine fois.

 

Que peut-on tirer comme conclusion de tels exercices?

Premièrement, on comprend un peu mieux les différents cépages ; avec un éclairage différent.

 

Il faudrait cependant renouveler l'expérience avec différents terroirs pour détecter l'influence du sol sur les appréciations gustatives des feuilles.

En faisant cela, on a simplement l'impression d'avoir ouvert une porte vers plus de connaissance de nos vignes.

 

Finalement, on se rend compte qu'on ne connait pas grand-chose à notre métier et qu'il existe de nombreuses choses à découvrir. Une seule vie ne suffirait pas.

 

Une fois de plus, la nature nous donne une leçon d'humilité.

 

L'essentiel du travail reste donc à faire…

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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 07:06

Je ne sais pas si vous avez la même impression que moi, mais j’ai le sentiment que le temps s’accélère de plus en plus.

Les jours, les semaines, les mois et même les années passent à un rythme effréné.

 

Notre fils Thomas vient de passer le bac avec succès. Entre nous, c’est déjà un souci de moins. J’ai revécu mon bac comme si c’était hier. J’ai éprouvé de nouveau la même angoisse au moment des examens et lors de la longue attente des résultats.

Le problème est que je l’ai passé il y a 25 ans…A l’époque, nous étions jeunes et Jean-Michel avait une chevelure un peu plus fournie, surtout sur le devant et pas un cheveu blanc. Depuis, les choses ont bien changé ; on pourrait dire pudiquement qu’il a gagné en sagesse…

Heureusement qu’il ne tient pas un blog pour porter les mêmes jugements sur moi !

 

Il faut donc se mettre en quête d’une chambre d’étudiant dans la ville où il va aller l’an prochain, c'est-à-dire Tarbes.

Même s’il ne se destine pas à la viticulture, je lui souhaite bon courage avec tout mon amour de mère !

A peine les résultats était-il publiés, que la majorité des chambres étaient déjà retenues. Il faut donc, faire des démarches pour en trouver une, pas trop loin de son école.

Il n’a pas trop le temps de s’en occuper seul car il a trouvé un boulot d’été dans un Château voisin…Pontet-Canet. Mais, déformation familiale, il n’envisageait pas vraiment d’aller travailler ailleurs que dans un vignoble en bio. Puisque Pontet-Canet est le seul exemple local dans ce cas…

 

Comme tous les jeunes de son age, il a commencé par du petit travail manuel.

Puis, après un jour, Jean-Michel en manque de chauffeurs de tracteur à cette saison lui a demandé de conduire un enjambeur. C’est ce qu’il fait depuis. Après le rognage, il a été placé au décavaillonnage. C’est au moins un des avantages d’être fils de paysan, on sait faire plein de choses et donc conduire les tracteurs. Je suis à la fois fière de lui et inquiète quand j’aperçois le gyrophare de son engin depuis ma maison. Entre nous, il est beaucoup plus doué que moi dans ce domaine.

 

Après les locations à trouver, je dois aussi préparer mes mises en bouteilles. Le fait d’avoir rouge, blanc sec et liquoreux multiplie les références, les matières sèches et… donc les risques d’erreurs.

Tous les ans, je passe mes commandes et planifie les opérations avec fébrilité car j’ai toujours peur de faire des erreurs. Il faut que tout s’enchaîne avec perfection pour que la mise se passe bien.

 

Il y a aussi des commandes à préparer pour différents pays avec tous les tracas administratifs que cela représente.


Je dois ajouter à cette liste, les formalités mensuelles auprès des services officiels chargés de nous contrôler, les factures à émettre et celles à payer, la comptabilité à mette à jour,…

 

Et la vigne dans tout ça ? C’est bien là la question qui me taraude. Je n’ai pas l’impression de lui consacrer le temps qu’elle mérite. Elle est toujours dans mon cœur et dans mes préoccupations mais je n’ai pas assez de temps à lui consacrer.

Je la vis un peu trop par procuration.

Heureusement, il y a des moments d’intimité par exemple lorsque je décavaillonne car le tracteur roule lentement. Je peux alors ressentir complètement mes vignes.

 

Depuis quelques semaines, nous venons d’entrer dans la période de diminution de la durée du jour. Le mois de juillet est presque à moitié écoulé, on pense déjà au mois d’août et même aux vendanges.

 

Il faut tout arrêter et pouvoir choisir un temps qui passe moins vite car je n’y arrive plus.

Si vous avez le même sentiment que moi nous pourrions faire une pétition.

 

Mais, à qui l’envoyer ???


 

 

 

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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 08:06

J’ai enfin trouvé la bonne idée pour devenir célèbre.

C’était là tout près de moi et je n’y pensais pas. Heureusement, mieux vaut tard que jamais.

En plus, c’est une idée qui va rendre service à l’humanité entière.

 

J’ai enfin trouvé comment faire venir la pluie. Eh bien, c’est très simple, cela tient en un seul mot : décavaillonneuse.

 

Je m’explique. Depuis plus d’un an, chaque fois que je souhaite installer les décavaillonneuses pour labourer mes vignes, il se met à pleuvoir. Ca marche à tous les coups.

Déjà l’an dernier, dès que je les ai sorties, il s’est mis à pleuvoir peu après, et ce pendant 4 mois. Nous nous sommes contraints à les utiliser mais l’herbe n’est jamais vraiment morte. Lorsque le beau temps est revenu, on était trop proche des vendanges. Il a fallu abandonner et récolter avec des herbes dans les rangs.

 

Cette année, c’est encore pire. Il suffit de prononcer le mot pour que la pluie arrive. 

Ce week-end en fut encore un magnifique exemple.

 

Cela fait maintenant des mois que nous attendons de pouvoir décavaillonner les vignes. J’en ai parlé souvent sur ce blog.

Avec le retour du beau temps depuis quelques jours, j’ai cru que le moment était enfin venu de pouvoir redonner aux vignes un air de propre en faisant un sort définitif aux herbes en tous genres qui s’y sont développées.

 

Nous avons donc attelé nos outils. Jean-Michel et l’enjambeur pour les vignes à 1 mètre, moi et le tracteur interligne pour les vignes à 2 mètres.

Nous en rêvons depuis des mois. Notre désir est devenu réalité. Après quelques réglages, les charrues ont enfin pu retourner des milliers de pieds d’herbe.

Le sol était parfait, ni trop sec, ni trop humide. Rang après rangs, on commençait à voir les vignes devenir propres.

 

Samedi soir, un grand élan d’optimisme avait envahi le Champ des Treilles.

Les prévisions d’avancement étaient déjà faites pour le lendemain et les jours suivants.

Malheureusement, dans la nuit, un gros orage est venu contrarier nos projets.

24 mm de pluie qui s’ajoutent à ceux déjà tombés.

On n’avait pas besoin d’eux pour que le mildiou se sente en confiance. La situation déjà difficile ne va pas s’arranger.

Mais en plus, il va y en avoir pour plusieurs jours avant de retrouver des conditions de sol correctes pour pouvoir envisager de labourer.

D’ici là, un nouvel orage aura peut-être redonné suffisamment d’humidité au sol pour repousser les travaux.

L’herbe, elle ne connaît pas de répit.

 

La parade à cet état de fait est d’atteler les charrues sans en avoir parlé au préalable pour prendre la pluie de vitesse.

 

Mais à contrario dans les pays arides, on peut envisager de mettre bien en évidence des décavaillonneuses pour faire venir l’eau du ciel. On pourrait ainsi multiplier les récoltes et sauver des milliers ou même des millions de personnes.

Mon nom serait donc cité dans les livres d’histoire pour avoir rendu la fertilité à des zones arides depuis des lustres.


Avant ce futur glorieux, il me reste quand même à finir de labourer mes vignes. J’en arrive à me demander si nous y arriverons cette année.

 

Les seules véritables gagnantes de cette situation particulière sont sans aucun doute les limaces qui profitent de l’humidité du sol et de températures douces pour se balader avec sérénité.

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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 07:20

Nous avons partagé une partie de nos jours et même de nos nuits depuis pratiquement 1 ou 2 ans et c’est déjà bientôt l’heure de se quitter.

 

Certes, ce n’est pas un départ immédiat ; il y aura bien une période transitoire mais ce ne sera plus tout à fait pareil.

 

Vous vous demandez sûrement qui peut bien partir au point de me rendre triste ?

 

Je veux parler des vins, rouge 2006 et blanc 2007, qui vont être mis en bouteilles dans les semaines à venir.

Pour cela, il faut les préparer à cette étape essentielle de leur vie.

Je suis donc en train de procéder aux derniers soutirages et ajustements avant le moment fatidique.

 

Je sais que tous les ans c’est pareil, mais j’ai toujours le sentiment qu’une page de ma vie se tourne avec la mise en bouteilles annuelle.

 

Les vins en questions, nous les avons d’abord préparés dans la vigne durant de longs mois. C’est un peu comme une grossesse. On prend garde au bébé à venir et on imagine comment il pourra être, quel sera son caractère.

Puis lorsqu’il se décide à venir, on est là. Notre présence est d’abord de tous les instants, jour et nuit.

Certaines années tout est facile, presque trop simple. Parfois, c’est le contraire comme lors d’une grossesse mal engagée ou d’un accouchement difficile.

Mais finalement, on aime toujours le vin que l’on vient d’enfanter.

 

Puis les choses deviennent plus calmes, mais il faut toujours l’accompagner.

Le vin devient ensuite adolescent avec une autonomie toujours plus grande malgré la présence indispensable de ses parents.

 

Puis un jour, arrive la mise en bouteilles avec l’échéance du départ programmé. C’est là qu’on se dit que ce vin que l’on a porté ne nous appartiendra plus vraiment.

Il partira bientôt dans des lieux et chez des gens que nous ne connaissons pas.

 

J’espère seulement qu’il fera honneur à sa famille et à ses parents qui, quoi qu’il arrive seront toujours fiers de lui.

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3 juillet 2008 4 03 /07 /juillet /2008 07:23

Et bien oui, j’ai envie de devenir Grand Cru Classé de Saint-Émilion. Vous pensez que c’est une blague, mais pas du tout.

Après l’annulation de la révision du dernier classement, je pense avoir toutes mes chances.

Je n’ai pas d’idée sur les responsabilités respectives des uns et des autres sur ce sujet qui prend des allures de fiasco ou de gâchis.
Mais comme tout le monde je m’intéresse avant tout à mon propre cas.

 

Quel pourrait être pour moi l’intérêt d’être Grand Cru Classé de Margueron? S’il devait un jour y avoir un tel classement dans la commune, je pense très franchement pouvoir prétendre au titre suprême de Premier Cru.

 

Mon ambition est toute autre. Rassurez-vous, ce n’est pas pour l’argent mais pour la reconnaissance de mon travail…

 

Certes, Saint-Émilion et Margueron sont éloignés de quelques dizaines de kilomètres.

Reconnaissez avec moi qu'à l’échelle du pays, ce n’est rien.


Puis, avec un bon avocat et un géologue de renom, je pourrais sans problème montrer qu’il a une veine de terre qui, partant de Saint-Émilion, se prolonge en profondeur pour ressortir à Margueron, ou plus exactement au lieu-dit « Le Champ des Treilles ». Malheureusement pour les autres vignobles entre Saint-Émilion et moi, la veine y est trop profonde pour être efficace et donner des vins de qualité suffisante pour prétendre au sésame.

 

Ensuite, j’ai des arguments techniques pour devenir Cru Classé de Saint-Émilion. En premier lieu, mon encépagement est à dominante Merlot. C’est déjà bon signe.


J’ai des parcelles à 10000 pieds par ha, c'est-à-dire plus que dans la plupart des domaines de Saint-Émilion. Pour un plus grand respect du raisin, je vendange à la main en cagettes et j’ai toujours des petits rendements. Je suis en bio, donc je laboure mes vignes.

 

Un point négatif pour moi vient du fait que je n’ai pas encore 10 millésimes à proposer à la dégustation du jury.

Mais je pense qu’avec un autre bon avocat, spécialisé dans l’égalité des chances, on devrait pouvoir plaider le fait qu’on ne peut pas pénaliser quelqu’un pour sa jeunesse au profit d’un plus ancien.

 

Bref, reconnaissez avec moi que j’ai toutes mes chances.

 

Dans un élan de générosité, je pourrais même faire valoir que la veine de terre se prolonge  vers le Sud-Est avec des « affleurements" chez mes amis Cosse-Maisonneuve à Cahors, pour finir à Vingrau chez Hervé Bizeul, ou là, le cirque de Vingrau la stoppe tout net.

 

A ce stade, ma principale préoccupation est de savoir si je dois viser « Grand Cru Classé » ou « Premier Grand Cru Classé ».

 

Malheureusement, cela n’est valable que pour le rouge et ne concerne pas le blanc, qui constitue quand même 1/3 de mon vignoble.


Sans penser une seconde à l’argent, je devrais donc quand même m’intéresser à la Champagne au cas où une veine de terre…

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2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 07:51

 Malheureusement, je ne vais pas vous parler de dégustations de Latour 61 ou Mouton 45 car ces vins là, je ne les ai pas dégustés et je pense ne jamais avoir l'occasion de le faire.

 

Si je vous parle dégustation aujourd'hui, c'est pour tout autre chose.

Depuis quelques semaines, j'avais prévu d'écrire ce billet, mais le temps passe trop vite et la vigne nous a demandé tellement d'attention que je n'ai pas pris les quelques minutes nécessaires à la réalisation de ce texte.

 

En effet, depuis quelques années, nous avons pris l'habitude de déguster des fleurs de vigne. Etrange pratique me direz-vous. Mais c'est tout à fait sérieux.

 

Nous avions entendu parler de cette technique mais nous la jugions folklorique, voire farfelue. Puis, lors de notre évolution vers cette viticulture du "ressenti" nous avons éprouvé le besoin d'essayer.

Et là, ce fut une véritable révélation pour nous. Le terroir s'exprime vraiment dans les fleurs.

Finalement, c'est assez logique.

Au-delà de la simple constatation, nous avons cherché quel bénéfice nous pourrions tirer de cette découverte, ou plutôt de cette constatation.

Nous avons donc procédé scientifiquement. D'abord, nous avons vérifié la corrélation entre les impressions olfactives de grappes de diverses zones du vignoble et les caractéristiques gustatives des vins qui y sont produits.

Nous avons constaté que la "noblesse" du terroir s'exprime à la fois dans l'intensité et la complexité aromatique des fleurs et dans la qualité du vin.

 

A partir de là, on avait donc une technique très fine de zonage de notre terroir.

 

Effectivement, on est très loin de la carte pédologique qui trône souvent en bonne place dans les salles de dégustation de domaines viticoles et qui ne sert à rien ou presque car personne ne sait vraiment la lire et le lien entre les informations qu'elle contient et la qualité du vin est parfois difficile à faire.

 

Nous nous intéressons avant tout à la réalité concrète du terroir.

Malheureusement, pour pouvoir apprécier les caractéristiques gustatives générées par chaque micro-zone grâce à une vinification, il faut un volume de vendange minimal pour remplir une cuve.

Les micro-vinifications ne sont jamais à comparer avec une vinification en taille réelle car les extractions ne sont pas les mêmes ou la maitrise des températures n'est pas aussi bonne.

Chez nous, il est possible de vinifier dans des très petites cuves de 20, 10 et même 6 hl. Mais, même dans ces conditions, c'est encore trop important pour pouvoir se faire une idée du niveau qualitatif d'une zone de quelques dizaines de m2.


Avec la dégustation de fleurs, cela devient possible. On peut même "descendre" au niveau du pied de vigne si on le souhaite.

 

Certes, on ne redécouvre pas tout chaque année. On garde l'expérience acquise mais on tente de l'améliorer par des dégustations supplémentaires.

 

La finalité de l'opération est de connaître le plus précisément possible à quel endroit de la parcelle le terroir change au point de changer le vin. Bien-sûr, on en a déjà une idée mais notre connaissance reste approximative quand elle ne se base par exemple, que sur un changement de couleur ou de texture du sol.


Pour procéder, il y a quand même une règle fondamentale : centraliser toutes les grappes au même endroit. Je ne suis pas capable de mémoriser une senteur à un endroit puis me rendre dans un autre lieu et me souvenir parfaitement de l'odeur pour la comparer avec une autre.

 

Donc, comme dans le cas de contrôle de maturité, j'utilise des sacs congélation. Je mets 3 ou 4 grappes d'une même zone dans un sac.

 

Lorsque j'ai collecté des grappes dans toutes les zones, je les place devant moi. Puis je sens chaque lot et le compare aux autres, comme dans le cas d'une dégustation de vins.

A ce moment là, on peut noter de grandes différences entre certaines origines. Deux lots identiques ou très voisins nous font penser que les terroirs sont très proches qualitativement.

Dans le cas contraire, on en déduit qu'il est préférable de séparer la vendange des différentes zones.

 

Grace à cette technique toute simple, gratuite et finalement très logique, j'ai pu augmenter la précision de la connaissance de mes différents terroirs.

Cela explique pourquoi je demande aux vendangeurs de commencer à tel pied dans le rang ou de laisser de côté tel autre rang de la parcelle.


En faisant cela, je n'ai pas l'impression de tout savoir sur mon vignoble. J'ai le sentiment d'avoir progressé, mais je me dis aussi qu'il y a sûrement encore beaucoup de choses à découvrir.

 

Steiner disait qu'il faut être "clair sentant".

 

Je m'y emploie un peu plus tous les jours avec force et modestie.

 

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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 11:12

Pour la deuxième fois cette année, je me suis rendue en Belgique. Ce week-end, c'était chez mes amis Mostade, cavistes mais surtout passionnés de vins.

Déjà l'an dernier j'étais allé les aider lors de leur portes-ouvertes annuelles. Pour moi, c'était le premier voyage en Belgique.

 

J'aime beaucoup les habitants de ce pays pour leur gentillesse et leur hospitalité.

 

Les Mostade avaient été aiguillés vers nous par des amis communs, biodynamistes et surtout grands vignerons.

Ils étaient donc passés à Margueron il y a 3 ans, juste avant les vendanges alors que Jean-Michel était affairé à préparer le matériel de récolte et vinification pour m'éviter tout problème mécanique alors qu'il est "bloqué" à Pontet-Canet pendant plusieurs semaines.

Nous avions partagé un déjeuner paysan dans la maison.

 

En général, ils se déplacent en Camping-car bourré de bouteilles. Ils rendent ainsi visite à tous leurs amis viticulteurs. Il y a quelques siècles, la cour en déplacement apportait avec elle tous ses meubles.

Les Mostade, eux se déplacent avec leurs bouteilles, celles qu'ils aiment pour le vin qu'elles contiennent mais aussi pour les vignerons qui les ont produites.

 

L'an dernier, ils sont passés à Margueron pendant les vendanges. N'ayant jamais le frigo très plein dans cette période, ils m'avaient proposé de diner avec eux dans le camping-car. Pour dire la vérité, c'était pour moi une très bonne nouvelle. Mais pour eux, le diner ne se concevant pas sans une quantité impressionnante de bouteilles à gouter, nous sommes restés fort tard. Le lendemain, ou plutôt peu d'heures après le jour même, il a fallu recommencer le travail de chai…avec un gros mal de tête.

Vous savez comment c'est. On pense que la tête va exploser chaque fois qu'on se baisse pour brancher un tuyau sur la pompe…

 

Pour en revenir au week-end en Belgique, il y a la vente de vin qui est impressionnante par le nombre de personnes que draine cet évènement. L'endroit semble peu peuplé et peu indiqué, pourtant les gens arrivent de partout et nulle part. C'est magique.

L’organisation est quasi-militaire. Elle recrute les 10 petits enfants qui assurent leur tache ardemment et avec le sourire.

 

Mais, pour les vignerons présents, le plus impressionnant intervient après la fermeture pendant le diner organisé à la maison Mostade. Il y a une grande tablée d'invités et j'ai l'impression que plus il y a de monde, plus ils sont heureux de partager leur toit.

C’est vraiment la maison du bon dieu.

La nourriture est bonne et abondante mais surtout, on a l'occasion de déguster une très grande quantité de bouteilles de toutes origines, et souvent de grandes origines.

 

Bref, ce sont des gens adorables avec le cœur sur la main et qui sont maintenant un peu de ma famille.

 

Même si le parcours en train est un peu long entre Pauillac et Maubeuge, c'est toujours avec beaucoup de plaisir que je les retrouve.

 

Vivement l'an prochain!

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Corinne Comme - dans Divers
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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 07:09

Ce jour est un jour particulier pour nous car c’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort de ma belle-mère, Marie-Claire, morte il y 11 ans la veille de son anniversaire.

Ce billet n’est pas empreint de deuil et de pleurnicherie car elle aurait détesté cela mais plutôt de nostalgie.

 

Dans mon esprit, Marie-Claire reste la personne pleine de vie, de volonté (parfois trop) ; une mère et une grand-mère exemplaire.

 

Elle n’a jamais possédé la moindre parcelle de vigne car tout appartenait encore au grand-père lorsqu’elle est tombée malade. Sa première parcelle à elle devait être plantée en 1997.

Alors qu’elle était en phase terminale à l’hôpital et qu’elle se savait condamnée, nos discutions journalières au pied de son lit portaient sur la hauteur des marquants, la préparation du sol et le réglage de tous les détails.

Ce n’était pas de l’inconscience de sa part car elle savait que la force de vie est gigantesque et que la vigne pousserait après elle avec ses enfants et petits enfants qui continueraient cette aventure.
Vivre à la campagne, c’est voir au quotidien la formidable croissance d’une graine, les kilos de matières vivantes que deux cellules engendrent, la chaleur et les bruits d’ébullition  dégagés des cuves en fermentation .

 

La parcelle a été plantée après sa mort et fut tout naturellement appelée « plante de Marie-Claire ».

 

Cette parcelle est devenue la seule vigne à 10000 pieds par hectare dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres.

Marie-Claire aurait sûrement beaucoup apprécié cela car elle était à la fois une viticultrice passionnée dotée d’une sensibilité réelle vis-à-vis de la vigne mais aussi critique acerbe des vignes hautes et larges. Elle est partie avec une gerbe de rameaux de vignes de la maison sur son cercueil.

 

La tradition veut que des rosiers soient plantés en bout de rangs, d’une part parce que c’est joli, mais surtout, cette plante est très sensible à l’oïdium et est donc un bon indicateur de la présence de cette maladie.

 

Dans notre cas, c’est pour respecter la vision des choses et la mémoire de Marie-Claire que nous avons planté à son décès des boutures de roses en bout de chaque rang. Nous entretenons ces rosiers avec amour car nous savons ce qu’ils représentent.

 

Jean-Michel qui n’a jamais accepté la mort de sa mère, n’a toujours pas trouvé la force de se rendre sur sa tombe. C’est donc à travers les rosiers qui lui sont dédiés qu’il honore sa mémoire.

Etant lié à lui par bien plus qu’un simple lien de mariage, je participe moi aussi à cette douleur.

 

Et cette année encore, je ferai de nouvelles boutures de ces rosiers.

 

Les générations futures ne sauront peut-être pas pourquoi ils sont là, mais ce n’est pas grave, ils continueront à fleurir.

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 12:18

Pour la deuxième fois en quelques mois, je viens d'avoir une expertise de mes bâtiments neufs.

Tous ceux qui ont un jour fait construire savent de quoi je parle. Il est rare que tout soit parfait.

Certes, le toit est étanche et les murs ne laissent pas passer le jour. Mais les petites malfaçons sont nombreuses. Il s'agit surtout de petits détails qui auraient pu avoir été traités correctement pour le même prix et le même effort.

Les défauts les  plus visibles viennent des enduits d'un mur qui tombent.

Lors de la première expertise, les experts avaient conclu qu'il s'agissait uniquement d'un problème esthétique et qu'il n'y avait donc pas matière à poursuivre les réclamations.

J'ai été un peu choquée par un tel comportement car l'esthétique de mon bâtiment, je l'ai payé!!

 

Lors de la définition du projet, Jean-Michel et moi avions voulu des bâtiments rappelant les constructions locales traditionnelles, c'est-à-dire des colombages et des poteaux bois comme les maisons de Sainte-Foy la Grande issues du moyen-âge mais aussi des bardages bois à l'image de hangar à tabac que l'on peut encore voir en grand nombre non-loin de chez nous, dans la vallée de la Dordogne et celle de la Garonne.

Nous avions confié la demande à Christophe Massie, architecte bien connu sur Bordeaux et qui intervient dans de nombreux Châteaux viticoles prestigieux.

Comme toutes les personnes brillantes, il a tout de suite répondu à nos attentes en trouvant les bonnes idées mais sans lourdeur dans les rappels des détails souhaités.

 

Malheureusement, la nécessité de tenir un budget serré ne nous a pas permis de lui demander d'assurer la coordination du chantier. C'est bien dommage.

Lorsqu'on est pauvre, c'est toujours plus difficile. Autrement dit, il vaut toujours mieux être riche. Je m'en souviendrai la prochaine fois...

 

Pour en revenir aux bâtiments, c'est surtout au niveau des colombages que l'entreprise chargée des enduits n'a pas pris la pleine mesure de la difficulté. Comme tout matériau naturel, le bois sèche et se rétracte en permanence. Et donc dans les zones très fournies en bois, l'enduit n'a pas résisté aux pressions fréquentes. Une fois de plus, il aurait fallu agir de façon plus fine pour éviter tout problème.

 

Pour rajouter une couche à la complexité du dossier, l'entreprise sous-traitante pour les enduits à maintenant disparu.

Heureusement, mon contrat d'assurance prévoit l'assistance juridique pour mes problèmes.

 

Mais, il faut encore partir dans des procédures, des devis et factures à retrouver, à photocopier, à envoyer à l'avocat, l'expert,...

Bref, beaucoup de temps à passer et du tracas à venir.

 

Courage Corinne...

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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