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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 10:44

Il y a quelques mois, en rangeant des vieux torchons venus des grands parents de Jean-Michel, je suis tombée sur un spécimen aux couleurs vives et…démodées. J'ai tout de suite situé l'époque de sa création, c'est-à-dire les années 70. Ce qui est pratique avec les modes très marquées comme celle là, c'est qu'on peut la situer sans avoir recours à la datation au carbone 14!

Donc, face de telles couleurs, j'ai pensé jeter le morceau de tissu sans autre forme de procès. Mais, par curiosité, j'ai eu l'idée de déplier le torchon. Ce n'était pas un torchon ordinaire, mais un calendrier en tissu datant de 1974.

J'ai appelé Jean-Michel pour lui demander s'il pouvait me donner quelques explications sur cet objet insolite.
Dans son enfance, l'agent local des tracteurs Ford donnait en fin d'année un calendrier en tissu ventant les engins de la marque.
Mais une année, le concepteur avait dérogé à la règle en créant un "calendrier d'anticipation".

Au-delà, du caractère folklorique de ce morceau de tissu, il y a l'idée que l'on se faisait de l'an 2000, un quart de siècle avant l'échéance.
Chacun peut faire sa propre analyse du dessin. Plusieurs choses m'interpellent. Il y a d'abord, l'électronique qui semble prendre une grande importance avec des automatismes capables de faire évoluer un engin seul, sans pilote, au moins, sans chauffeur embarqué.
Sur ce point, c'est partiellement vrai car certes l'électronique prend une part non-négligeable dans notre vie d'agriculteur mais on est encore loin d'avoir des robots évoluant seuls dans les champs.

On pourrait penser que le souci de préserver les sols contre le compactage soit à l'origine de cette disposition de roues multiples pour un tassement minimal. Il me semble plus probable que l'auteur s'est inspiré des engins lunaires qui étaient d'actualité dans les années 70.
Un autre élément intéressant est l'intensification de la production avec des champs à perte de vue et un seul engin pour de grandes surfaces. Là aussi, on n'est pas loin de la réalité.

L'architecture est très épurée. On ne sait pas s'il s'agit de bâtiments de stockage de grains ou d'immeubles d'habitation. Zones de culture et urbanisme cohabitent donc avec harmonie… dans le meilleur des mondes.

L'hélicoptère semble avoir pris une place importante dans les transports au détriment de la voiture. De ce côté-là, l'auteur n'avait pas complètement bien évalué l'avenir.

Finalement, à quelques détails près, ou plutôt quelques années prés, les prévisions de ce calendrier étaient assez lucides.
Cette vision montre une foi inébranlable dans l'agriculture intensive. C'est là que mon jugement devient plus réservé. Ce système de pensée nie totalement l'existence du sol en tant que milieu vivant qu'il faut protéger. Le fait de piloter les engins depuis un bureau  montre une aversion vis-à-vis de la terre elle-même, celle qui colle aux bottes ; car souvent en agriculture, il faut porter des bottes. Ce n'est pas loin des rapports à la terre qui sont enseignés aux futurs agriculteurs, sinon viticulteurs!

Cette agriculture uniformise les paysages et n'envisage pas l'hétérogénéité du sol. Les productions sont décidées en fonction des prix des produits et même aussi souvent des aides allouées et pas en tenant compte de l'adaptation de chaque zone à une production plutôt qu'une autre.

Enfin, je n'aime pas l'agriculture qui dépense plus d'énergie fossile qu'elle n'en produit dans ses récoltes.

Ringarde, vous avez dit ringarde ?

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Corinne Comme - dans Divers
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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 07:36

Nos amis irlandais viennent de dire non au traité européen, au grand désarroi de nos politiques ; qui voudraient même leur faire changer d’avis.

Nous avions fait la même chose avant qu’on nous resserve le plat mais par procuration en utilisant simplement les services du parlement.

On demande donc de revoter jusqu'à obtenir le fameux "oui". Quelle leçon de démocratie et de respect des populations!!!

 

Je ne suis pas capable de dire si ce « non » irlandais est une bonne chose ou pas pour nous.

Par contre, il me semble évident qu’il y a un problème entre les citoyens européens et l’Europe.

L’idée de nos politiques, à la sortie de la deuxième guerre mondiale, était d’éviter un nouveau conflit entre nos nations. De ce point de vue là, on peut dire que c’est un succès.

 

Par contre, on a voulu créer les « Etats-Unis d’Europe »  à l’instar des "Etats-Unis d’Amérique". La tache est ardue. Tout d’abord, nos amis d’outre-atlantique ont plus de 2 siècles d’avance sur nous. Ce n’est pas rien.
Par ailleurs, leur unité s’est créée sur une guerre d’indépendance qui a fédéré les forces sous une même bannière. Chez nous, on a construit cette unité sur les ruines encore fumantes de la guerre en unissant les anciens ennemis.

L’hymne américain rappelle ce passé de résistance et participe à la cohésion des individus dans l’intérêt collectif. L’hymne européen, imposé par les politiques met en avant les valeurs de générosité mais ne donne pas à un citoyen polonais, français ou irlandais le sentiment d’appartenir à une grande nation unitaire.


Cette construction européenne à marche forcée n’est pas comprise dans la réalité quotidienne.

On nous a rajouté une couche de découpage administratif au dessus d’un nombre déjà pléthorique de niveaux : commune, communauté de commune (j’en parlerai un jour), canton, département, région, état. Je pourrais ajouter le « secteur » des impôts qui n’est pas le même entre Margueron et Pauillac, tout en étant dans le même département. Il en existe sûrement d’autres.

Les domaines de compétence de l’Europe sont de plus en plus vastes mais de moins en moins liés aux réalités du terrain. L’Europe impose des textes aux états membres mais n’est pas capable d’en faire appliquer certains autres tels que l’autorisation des huiles végétales comme carburants.

Par contre, il faut l’autorisation de l’Europe pour que les restaurateurs puissent avoir le même taux de TVA que les Mac Do. Cela prend des années de tractations et de combines entre états.

 

Dans notre domaine, on nous demande de justifier tout écart, même minime, entre les superficies théoriques et celles plantées alors que dans les pays du Sud, on plante à tour de bras sans contrôle et sans sanction.

 

Au nom des susceptibilités nationales, on place chez Airbus deux personnes par poste au détriment de toute efficacité économique. On saupoudre la production des avions dans l’Europe entière puis on achemine les morceaux à grands renforts de milliards.

 

Toujours au nom de cette susceptibilité nationale, on conserve toutes les langues lors des débats. Il faut donc payer à l’année des milliers de traducteurs, qui je suppose doivent avoir les protections sociales parmi les meilleures du monde.

D’un autre côté, quand on entendait Jacques Delors parler anglais alors qu’il était président de la commission européenne, on pouvait comprendre l’intérêt des traducteurs !

 

Enfin, toujours au nom de cette susceptibilité nationale, ou des enjeux financiers, on maintient 2 parlements, un à Bruxelles et un à Strasbourg ; ce dernier n’est utilisé que quelques jours par mois. A chaque « transhumance » d’un parlement à l’autre, ce sont des milliers de personnes qu’il faut transporter avec tous leurs dossiers, donc beaucoup ne doivent que contenir leur prochain projet de vacances. On chauffe, entretient, agrandit des milliers de mètres carrés de bureaux à Strasbourg alors que Bruxelles pourrait largement suffire.

On paye des milliers de chambres d’hôtel à tout ce petit monde affairé.


Pour des raisons de géopolitique qui nous dépassent, on cherche à faire entrer en Europe de nombreux pays, même ceux qui objectivement ne sont pas de culture européenne. On entame un processus d’adhésion alors que le peuple européen est ouvertement contre et on fait donc croire au pays en question qu’il a ses chances. C’est idiot car au bout du compte, il y aura au moins un trahi et le sentiment de défiance sera long à dissiper.

 

Les exemples sont nombreux et pourraient remplir des pages au point de bloquer les ordinateurs des lecteurs de ce modeste article.

 

Non, cette Europe là, je ne l’aime pas et je ne suis pas la seule. Ce n'est pas l'Europe dont je rêve!

Les Européens veulent une Europe qui leur simplifie la vie et rende leur existence plus sure et plus douce.


C’est génial de pouvoir utiliser l’Euro, mais bientôt, il faudra 1 euro où il fallait 1 franc auparavant.

 

Avant d’aller plus loin, les responsables politiques européens devraient analyser les raisons de ces échecs au lieu de s’entêter à faire passer leurs textes par des voies plus « sûres ».

 

On ne fonde jamais rien de bon sur le mensonge et l’adultère.

C’est pourtant ce qu’essaient de faire nos élus avec l’Europe.

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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 08:55

Depuis quelques jours, nous avons la chance de pouvoir déguster quelques fraises des bois qui ont la bonne idée de pousser sur un talus entre deux parcelles de nos vignes.


Tous les ans, nous nous réjouissons à l’idée de mettre en bouche quelques uns de ces petits fruits aux milles parfums.

La fraise des bois possède l’un des meilleurs arômes qui existe. Leur taille minuscule cache donc une puissance aromatique exceptionnelle.

Heureusement, la culture bio permet de pouvoir apprécier ces mets de choix qui ne sont qu’à quelques mètres de premiers rangs.

Malheureusement, les quantités récoltées sont en rapport avec la taille des fruits et c’est uniquement une satisfaction gustative plus qu’un moyen de se rassasier.

Lorsqu’on a trouvé 10 fraises chacun, on est content. Mais l’intérêt n’est pas là. Et même si les enfants ne sont plus de jeunes enfants, on a toujours du plaisir à leur laisser notre part.

 

Il y a deux ou trois ans, nous avions pu faire un pot de confiture ; en épargnant bien évidemment toute la récolte ou presque. Dans ce cas, la confiture avait été réservée à des occasions exceptionnelles !

 

Malheureusement, cette année les conditions météo des derniers mois ont rendu la récolte plus faible que d’habitude. Les fraises sont difficilement colorées et leur douceur est toute relative.

 

On peut donc se rendre compte que les fraises des bois ne trichent pas avec leur millésime et leur terroir. Lorsque les conditions sont plus difficiles, elles en pâtissent et nous aussi.

 

C’est un peu le contraire avec les fraises de culture qui sont des sélections génétiques issues de la recherche. Leur arôme est très puissant mais elles n’ont aucune saveur ; un peu comme les vins fermentés avec des levures aromatiques.

Si on ajoute à cela un élevage sur substrat synthétique, c'est-à-dire sans sol et avec des apports d’eau et de fertilisant directement aux racines, on obtient la plus pure expression de la négation du terroir.

Lorsque je vois les producteurs de fraises s’extasier sur leur production alors que celle-ci est produite sous serre et hors-sol, j’ai du mal à comprendre où se trouve la supériorité de leur zone de production par rapport à d’autres dans des régions à salaires moins élevés.

 

Avec les mêmes plants de fraisiers, les mêmes engrais, le même polystyrène (pour servir de support aux racines) et éventuellement les mêmes serres, on peut penser pouvoir produire les mêmes fraises partout dans le monde.

 

C’est un peu ce qui guette la viticulture de demain si on laisse faire les partisans de l’irrigation et de la modification génétique.

 

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17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 07:36

Parmi toutes les traditions, il y a les repas de chasse organisés dans chaque commune au presque.

Parfois, les rivalités entre chasseurs vont au-delà des simples oppositions sur la question d’un sanglier tiré dans une commune et mort dans l’autre.

Chez nous, ces conflits s’exercent aussi sur la table ou plutôt sur la carte du menu lors du traditionnel repas de chasse.


Ni Jean-Michel ni moi ne sommes chasseurs. Par contre, mon beau-père Yves possède ce gène particulier depuis toujours.

Donc, d’une commune à l’autre, il y a une sorte de surenchère quant au nombre de plats lors de ces manifestations.


Yves, pacifiste et amis de tous, est toujours invité. A Margueron, bien-sûr car c’est sa commune, mais aussi par les autres sociétes de chasse locales sans oublier celle de Dordogne où il passe tous ses dimanches d’hiver.

Ce week-end, c’était au tour de Ligueux d’organiser son repas. Ligueux est une petite commune de moins de 150 habitants située à côté de la grande commune de Margueron (400 âmes).

Bien que Ligueux soit équipée d’une salle des fêtes toute neuve et largement surdimensionnée, le repas de chasse a été organisé à…Margueron ! La hache de guerre est enterrée pour cette fois.

Pourquoi ce revirement ? Je ne sais pas, mais quand on sait combien de personnes ces évènements attirent, on peut penser qu’il fallait bien la salle de Margueron (200 pers. assises) pour recevoir tant de monde !

Grâce à Yves, j’ai une fois de plus pu avoir un détail du menu.

 

Il faut être présent dès midi car c’est là que tout commence avec l’apéritif.

Il y avait ensuite une soupe de campagne (épaisse dixit Yves) avec jarret et légumes.
Puis est arrivée la traditionnelle assiette de poisson invariablement accompagnée de mayonnaise. Quand c’est « fait maison, ça ne peut pas faire de mal ».

Puis, on est entré dans le vif du sujet avec les brochettes de chevreuil.


Ensuite, il y avait des côtelettes de sanglier cuites sur la braise.


Vous remarquerez que je n’ai jamais fait mention des légumes. C’est normal car Yves ne m’en a pas parlé. Ce n’est pas là l’important pour lui ni pour la majorité des convives.

Enfin, le fromage.

Et pour finir, une crème brûlée.


Là, il est déjà 18 heures, c'est-à-dire pour certains pratiquement...l’heure du dîner.

 

Ce n’était pas mal, mais même si Ligueux n’a pas démérité, il manquait quand même un plat de viande tel qu’un rôti de biche ou de cerf entre les côtelettes et le fromage.

La dernière fois, Margueron était au dessus. Il faut dire que Ligueux jouait à l'extérieur, ce qui est toujours une handicap.

 

A quand la revanche ?

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Corinne Comme - dans Divers
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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 07:31

Lorsqu’on parle de vigne en fleur, on imagine souvent le viticulteur humant ça et là les fleurs de ses vignes dans une débauche d’odeurs toutes plus agréables les unes que les autres.

La réalité est toute autre, et surtout cette année. Je reviendrai sur les fleurs de vigne dans un prochain billet.

Chaque jour qui passe voit un nouveau record de pluie. Certes, il y a toujours pire que nous, mais avec 65 mm en 2 semaines de juin, on peut dire que le mois est déjà arrosé, surtout en suivant mai, avril et mars eux aussi très humides.

Mes idées et mes propos m’amènent à rejeter tout vocabulaire martial dans les relations que j’entretiens avec mes vignes. Ce discours là, je ne le renie pas, cependant, les conditions climatiques m’amènent à tempérer mes propos tant l’année est particulière et demande à être vigilant.

Donc, si on veut prendre des références guerrières, on peut dire que sur le front du mildiou, c’est un peu la Bataille d’Angleterre. C'est-à-dire qu’il faut être mobilisé en permanence et ne pas se relâcher. De ce fait, on peut à peu près maîtriser la situation. Certes, tout n’est pas parfait, mais on tient le choc la tête haute.

 

En ce qui concerne les labours et la gestion de l’herbe, on serait plutôt dans le cas de la ligne Maginot. On attend, on est prêt mais on ne se sent pas très efficace…

 

Finalement, on verra bien ce qui se passera. On fait au mieux et c’est bien là l’essentiel.

 

Si j’ai pris des exemples guerriers c’est aussi par le fait que Jean-Michel est passionné d’histoire et que depuis 2 ou 3 ans, il s’est spécialisé dans la guerre du Pacifique. Etrange me direz-vous. Je suis d’accord avec vous mais il a l’air ravi d’approfondir ce pan de l’histoire de la seconde guerre mondiale.  Un jour, il a décidé d’améliorer son niveau en anglais en ne lisant que des livres dans cette langue. Etant passionné d’histoire, il lit des ouvrages sur des sujets que personne ne connaît ici. D’ailleurs, il doit être le seul client en France. Actuellement, il lit la biographie du présidant américain Truman ! 1000 pages !

 

Pour en revenir à nos vignes, il faut toujours viser le bon jour pour traiter, sachant qu’il pleut à peu près tous les jours.

Lors du dernier traitement, mon beau père, pourtant chauffeur confirmé de tracteur a vu son pulvérisateur basculer pendant une manœuvre.

Heureusement, avec l’aide de Jean-Michel, ils ont pu remettre l’engin sur ses roues.

 

La fleur, c’est aussi le moment du poudrage au soufre fleur.  Cette pratique ancienne rapproche les viticulteurs « classiques » de leurs homologues biodynamistes car l’action du soufre semble bien apporter une « impulsion » de chaleur si favorable durant cette phase critique du cycle de la vigne.

Nous avons mélangé soufre et talc. Ce dernier, très proche de celui des bébés, laisse les mains douces et lisses après l’avoir touché.


Nous n’avons qu’une seule poudreuse pour nos 2 types de viticulture. Il faut donc monter et démonter à chaque utilisation.

Heureusement, depuis que nous avons un gerbeur, notre vie a changé. Il n’y a plus besoin de faire des acrobaties pour monter la poudreuse sur le pulvérisateur de l’enjambeur à plus de 2 mètres de haut.

 

Jusqu’à présent, vous pouvez vous dire qu’il y a surtout du travail de conduite et que finalement ce n’est pas très compliqué. Mais à cette saison, le passage des engins dans les vignes est souvent gêné par la vigne elle-même qui pousse parfois de façon hirsute. Il faut donc relever en hâte pour casser le minimum de branches avec les tracteurs.


C’est là que tout devient compliqué.

Chez nous, les choses sont aussi plus difficiles car nous essayons de « gérer » la pousse des ceps en fonction de ce que l’on souhaite, c'est-à-dire une viticulture épurée de toute action agressive. Voyez que je reviens à ma vision pacifiée des relations homme / vigne.

Nous abordons la viticulture comme l’éducation d’un enfant. On ne peut pas laisser tout faire au pied de vigne. On lui donne des règles mais on le laisse aussi s’exprimer. Les règles, c’est par exemple l’épamprage qui évite de le laisser dégénérer vers un buisson. Par contre, on le laisse ensuite sans effeuillage ou rognage. Pour cela, il faut lui donner cette éducation indispensable à la bonne réalisation de nos objectifs.

Bref, rien n’est simple et tout est subtil, intuitif.

 

Enfin, je voudrais conclure ce billet par un clin d’œil. Nous avons pu voir passer devant la maison une centaine de 2CV en excursion. Dans le lot, il y avait bien quelques intrus, mais les 2CV étaient très largement majoritaires.

Cette voiture est tellement inscrite dans notre patrimoine culturel français, que l’on ne peut pas en voir passer une sans penser au symbole qu’elle représente. Alors quand il y en a 100…

Parfois, c’est même un peu pesant car quand les étrangers n’ont de la France que cette image un peu vieillie, on aimerait pouvoir tourner la page.


Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la faute de le 2CV qui reste une voiture sympathique. Elle me rappelle aussi que quand nous étions jeunes, Jean-Michel ne draguait avec la Dyane 6 de son père (reconvertie en Dyane 9 en inversant le 6).

 

Cela m’amène à me souvenir qu’il y a 18 ans aujourd’hui que nous sommes mariés. 18 années de mariage sur 25 années d’un amour sans faille qui nous a permis de surmonter bien des difficultés et partager ensemble la plus belle des aventures, celle de devenir parents de 2 enfants beaux, solides et intelligents (du moins quand ils sont gentils).

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13 juin 2008 5 13 /06 /juin /2008 07:41

Régulièrement, nous recevons des cahiers techniques de la part du CIVB, organisme avant tout collecteur de taxes à tous les stades de la production. Au moins, avec ces publications magnifiques, on sait où va une partie des sommes collectées sur notre dos!

Leur but est de donner aux viticulteurs les indications de "bonnes pratiques".

Lorsque je les survole, je suis partagée entre stupeur et amusement.

En fait, elles mêlent des pratiques de bon-sens le plus élémentaire comme le sulfitage ou l'adaptation de la charge au pied à des pratiques "modernes" plus techniques comme les analyses de maturité phénolique.

On peut se demander s'il existe un lien entre celui qui ne sait même pas qu'il faut sulfiter ses vins et celui qui fait des analyses phénoliques "Glories".

Par ailleurs, on se demande quel vin peuvent bien produire ceux qui ne connaissent même pas les fondements de leur métier de vigneron ou de vinificateur. Au moins de ce côté-là, les coopératives ont un avantage, car elles permettent de produire des vins corrects, sans vertu mais surtout sans vice à partir de la vendange de gens qui seraient incapables de vinifier leur production.

 

Mais en lisant les recommandations, j'ai la douloureuse impression de ne pas faire partie des bons vignerons. Dans de nombreux cas, je ne corresponds pas aux "bonnes pratiques" et encore moins au "plus qualitatif". J'en suis  peinée…

Ainsi, je ne fais pas de traitement anti-botrytis, étant d'une part en bio mais surtout gérant mon vignoble dans sa globalité et donc n'ayant pas de problème de botrytis, ni sur la muscadelle ni sur le petit verdot.

La fertilisation est inexistante chez moi car les sols sont suffisamment riches mais surtout je cherche à connaître les déséquilibres potentiels avant tout par l'observation et l'"écoute" des signes que nous envoie la vigne.

Je ne m'intéresse pas à la maturité phénolique par les analyses. Les analyses "Glories" sont sûrement de grandes découvertes mais je ne pense pas en avoir besoin.  J'ai choisi une voie beaucoup plus simple et pragmatique. Je fais marcher mes sens pour savoir quand c'est mûr; je goute, je sens,…

Le document n'envisage même pas l'utilisation de levures indigènes tellement il est ringard et risqué de se passer des dernières générations de levures sélectionnées, et maintenant aussi de bactéries lactiques.

Je rougis en baissant les yeux lorsque je pense au fait que tous mes vins sont fermentés avec les levures arrivés de mes parcelles sur les raisins.

 

Les analyses des vins ? Certes, j'en fais mais de moins en moins. Le plus important reste l'équilibre en bouche à la dégustation. Les valeurs d'acidité, je m'en moque car elles ne me disent rien ou presque. Et puis, la nature est généreuse car lorsqu'on la respecte, elle nous donne des vins équilibrés. Toute correction déséquilibre l'édifice car un vin est avant tout un équilibre subtil entre de nombreux paramètres dont beaucoup nous échappent.

Les suivis microbiologiques sont eux aussi une étape supplémentaire montrant que nous n'avons pas compris la globalité des choses. Quand on respecte les règles d'hygiène de base, il n'y a pas de raison de voir un vin s'altérer. Un vin "instable" vient d'un raisin qui avait lui aussi un problème dans sa composition fine. Ce défaut vient d'un déséquilibre du pied de vigne et donc du sol qui porte ce cep. C'est toujours comme dans la médecine orientale, la maladie est moins importante que le patient à soigner. Il faut le comprendre et l'écouter pour pourvoir le guérir.

La vision officielle de l'agriculture éloigne un peu plus les gens du terrain. On se cache derrière des analyses, des produits chimiques,… pour ne pas affronter la réalité. On n'a pas l'image du gratte-papier submergé derrière son bureau par des tonnes de document. L'époque moderne nous a amené l'ordinateur qui évite cette image d'Epinal mais le résultat est le même. Le viticulteur n'est plus dans sa vigne, le vinificateur n'a jamais le verre à la main dans son chai. Tout est fait par procuration. La santé du sol est donnée par l'analyse, la santé du vin par une autre analyse. On ne cherche plus à regarder les différentes teintes de vert qu'il peut y avoir sur les feuilles ou bien la présence d'autres couleurs, signes probables d'un déséquilibre. On détruit les "mauvaises herbes" sans chercher à savoir pourquoi elles sont là et ce que cela veut dire.

Dans le chai, c'est la même chose, on ne cherche plus à percevoir les subtilités de chaque terroir par la simple dégustation mais on interprète des analyses qui donneront la ligne de conduite.

 

Enfin, la dernière remarque concerne une fois de plus le fossé qui existe entre les "officiels" et toute idée de lutte biologique. Jamais dans le document, on ne fait allusion à ce mode de culture. Je ne parle même pas de la biodynamie!

Avant de persuader les viticulteurs de passer en bio, il faudrait persuader d'abord les responsables de l'interprofession et du ministère de l'intérêt de la lutte biologique et du fait que l'on peut quand même récolter en faisant du bio.

 

Pour conclure, mon sentiment est malgré tout amer car cet exemple préfigure bien que ce devrait être l'avenir de la viticulture française après la réforme des AOC, pardon des ODG, c'est neuf et plus moderne.

Certaines de ces "bonnes pratiques" devraient faire partie dans l'avenir des obligations légales.

Une fois de plus, on se tire une balle dans le pied.

On a d'abord été l'exemple à suivre pour la viticulture mondiale. Nos nouveaux concurrents ont très vite appris et corrigent  leurs erreurs de jeunesse. Et bien, nous, nous faisons le contraire, on cherche à copier ce qu'ils font de mal. Alors qu'ils découvrent la notion de terroir, on simplifie et nivelle nos subtilités. Alors qu'ils découvrent l'avantage de l'assemblage des cépages, on commence à vouloir vendre du vin de cépage.

Les premières plantations du "nouveau monde" étaient hautes et larges mais sont à plus haute densité maintenant. Chez nous, on se bat pied à pied pour maintenir ce système de rangs larges qui n'existait pas avant.

Nos concurrents font du bio en masse et nous, nous tentons d'interdire l'ortie dans la protection des plantes (mais pas dans l'alimentation humaine).

 

Finalement, on s'en sort quand même assez bien malgré tous ces handicaps!

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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 07:23

Souvent, notre quotidien est tellement "quotidien" que l'on ne s'aperçoit pas des imperfections qui nous entourent. Mais un jour, on ne sait pourquoi, elles nous apparaissent comme des évidences.

Ainsi, en allant dans les vignes, j'ai constaté que les bandes blanches n'étaient absolument pas droites dans une portion de route pourtant parfaitement rectiligne. Je n'ai pas le souvenir de les avoir vues peintes de frais.

 

Finalement, le vin de la région ne doit pas être si mauvais que ça…


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Corinne Comme - dans Divers
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10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 08:54

Nous essayons de pratiquer une vraie biodynamie sincère en fonction de notre passé, de nos idées et de notre esprit d'analyse.

Jean-Michel et moi y avons trouvé à la fois un bon sens paysan et aussi quelques "recettes" qui semblent changer les vins dans un sens qui nous plait.

Il ne faut jamais oublier que la biodynamie c'est avant tout ce bon sens paysan retrouvé. Certes, il n'y pas besoin de la biodynamie pour travailler avec bon sens. Mais, en regardant autour de nous, on comprend très vite que toute la culture paysanne s'est perdue. En 1924, Steiner estimait déjà que la culture paysanne s'était perdue en grande partie; je vous laisse imaginer le chemin parcouru depuis...

Ensuite, il y a les fameuses "recettes" qui font tant parler. Notre opinion a été partagée sur ce point au début. Mais, en voyant quelques grands vignerons pratiquer la biodynamie avec des résultats spectaculaires sur les vins, on peut aussi penser qu'ils ne sont pas tous idiots ou sectaires et que dans le lot, il y en a bien qui ont la tête bien faite et que s'ils ont choisi cette voie, ce n'est pas par hasard.

Nous avons donc décidé de tenter l'expérience parallèlement à la lecture de nombreux ouvrages, pas forcément de biodynamie mais qui pouvaient nous aider à avancer dans la réflexion.

Petit à petit les choses sont devenues plus claires pour nous.

 

Faut-il pour autant penser à la chanson de Brassens qui disait :

 

Mettez vous à genou

Priez et implorez

Faites semblant de croire

Et bientôt vous croirez.

 

Je ne le pense pas. Jean-Michel et moi avons une formation supérieure scientifique et nous la revendiquons complètement en parlant de la biodynamie.


Je suis à l'aise de dynamiser les préparas ou les tisanes car j'ai le sentiment non pas de comprendre tout ce qui se passe mais au moins d'en avoir une idée. Je ne pense pas interpeller Mars ou Saturne, ni même l'ange Gabriel en dynamisant. Mais plutôt de constituer, par exemple, des liaisons de faible énergie entre l'eau et les substances incorporées. L'oxygène doit y avoir un rôle prépondérant.

Suis-je dans le vrai? Peut-être pas.

Mais une chose est sure : tout est explicable dans la biodynamie.

L'eau est un produit complexe qu'il ne faut pas réduire à la simple molécule que tout le monde connait. On a oublié qu'elle se régénère, seule ou aidée par l'homme. Mais il y a 2000 ans, les romains le savaient. On a simplement tout perdu.

C'est cela qui nous fait défaut dans la compréhension.


Nous croyons qu'il existe des forces que nous ne connaissons pas mais qui interviennent au quotidien dans notre vie. Là aussi, nous avons perdu leur compréhension ou tout simplement les clés de lecture. Pourquoi les animaux sont-ils capables de fuir le tsunami plusieurs heures avant alors que les plus gros ordinateurs ne sont pas capables de détecter la moindre anomalie?

C'est bien le signe qu'il existe des choses inconnues de nous.

Je ne demande pas de croire à tout mais tout simplement d'envisager que cela peut exister; ce qui permet alors d'être plus réceptif ou à l'écoute.

Certes le calendrier de Maria Thun n'est pas parfait. Il donne des indications quant aux jours les plus favorables. Là aussi, vaut-il mieux ne pas traiter du tout plutôt que de ne pas traiter en jour fruit? Comme tout le monde, nous faisons au mieux. On vise le jour fruit mais parfois, c'est plus difficile à atteindre donc on tape à côté si possible en jour fleur. La différence ?

Personne ne la connait vraiment. Il faudrait faire des expérimentations. C'est ce que fait Maria Thun depuis 50 ans. Les résultats qu'elle obtient sont très significatifs et semblent confirmer l'intérêt de la biodynamie mais aussi des jours spécifiques à chaque culture.

Entre sa région qui se situe au nord de l'Allemagne et la notre, beaucoup de choses changent. Les climats sont très différents et donc il faut en tenir compte. Mais rien n'a encore été étudié sans à priori sur le sujet.

A sa modeste échelle, Jean-Michel a entrepris il y a presque 2 ans de noter systématiquement les éléments climatiques quotidiens pour la zone qui le concerne dans son travail, c'est-à-dire Pontet-Canet.

Certaines choses se dessinent mais il faudrait un traitement statistique et surtout plusieurs années de relevés. Il faut donc du temps et beaucoup de volonté.

 

Progressivement, une certitude s'est imposée à nous. Nous avons la conviction que Steiner n'a rien inventé et qu'il n'a fait que collecter et mettre en forme un savoir acquis par l'humanité depuis que l'homme est devenu agriculteur pour subsister. Au mieux, il aura rendu plus pratiques à mettre en œuvre certaines recettes. Il nous manque les premiers chapitres, ceux de la mise en forme et les derniers car il est mort rapidement après ses fameux cours aux agriculteurs.

Convenez avec moi qu'il est difficile de pouvoir bien comprendre un film s'il manque le début et la fin!

 

Voilà synthétisées nos réflexions sur ce sujet sensible qu'est la biodynamie. Je ne cherche pas à évangéliser les gens mais simplement à faire partager mon expérience et tenter de dissiper certains malentendus.

Le plus terrible reste le rejet systématique de l'autre. Ce n'est que dans la discussion sereine et dépassionnée que l'on peut trouver un débouché commun.

Finalement, et contrairement à ce que pourrait suggérer le titre, j'ai des amis biodynamistes. Il s'agit de viticulteurs qui comme moi ont la même phobie de ces extrémistes qui ont fait tant de mal à ces idées géniales et respectueuses de la vie.

 

Enfin, il faut aussi noter que la biodynamie, comme le bio d'ailleurs, laisse de côté tous ces pesticides qui nous tuent un peu tous les jours. Au-delà de la qualité des vins, il y a aussi et surtout un problème de santé pour les intervenants de la viticulture, mais aussi les voisins et peut-être même les consommateurs.

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 08:53
Vous l'aurez compris, le titre fait suite aux interventions de notre ami Hervé Bizeul.

Il ne s'agit pas d'une réponse, vous vous en rendrez compte, mais de ma vision des choses. Effectivement, la biodynamie a des dérives sectaires ou religieuses de la part de certains agriculteurs. Est-ce la faute à cette technique ? Sûrement pas. Je n'ai pas une grande culture musicale, loin s'en faut, mais j'ai eu l'occasion de "croiser" Wagner dans ma vie. Rassurez-vous, ce n'était pas dans l'au-delà, mais tout simplement par des ouvrages le concernant ainsi que par certaines de ces œuvres. C'était un homme détestable par certains aspects, génial pour d'autres. Finalement, c'était tout simplement un homme. Les nazis ont aussi utilisé certains de ses propos pour promouvoir leurs idées nauséabondes. Faut-il pour autant brûler les opéras de Wagner? Pour la biodynamie, c'est un peu la même chose par certains aspects. Steiner était-il un homme génial ou un fou furieux. Je ne le sais pas et je m'en fiche. Je retiens de lui les choses qui me semblent avoir un sens. Je ne suis pas prête à donner un blanc-seing à n'importe quelle idée farfelue dont la seule qualité viendrait justement de son caractère décalé. La seule force de la pensée n'est pas capable de combattre toutes les adversités qui s'abattent sur nos cultures.

On m'a un jour suggéré à la dégustation de mes vins qu'il manquait de l'oxygène dans mon sol. C'est déjà compliqué, mais quand on sait que ce n'est pas l'oxygène normal qui fait défaut mais un autre oxygène que je ne connais pas, on ne peut que s'interroger. Cette biodynamie là, je ne l'aime pas. En fait ce que je n'aime pas, c'est plutôt les biodynamistes qui ont ce genre de discours. S'ils sont connus, c'est déjà terrible, mais s'ils sont inconnus c'est encore pire car ils n'ont même pas la caution morale de la renommée de leur vin pour leur donner un peu de crédibilité. La biodynamie s'adresse avant tout aux paysans qui sont supposés l'appliquer. Si les discours ne sont compréhensibles que par BHL (Bernard-Henri Lévy pour ceux qui ne sont pas des intimes) et autres, c'est inutile. Ces gens là, enfermés dans leur tour de verre ou plutôt de papier recyclé et surtout dans leurs certitudes refusent toute autre idée que celles de leurs dogmes.

Depuis que nous sommes devenus des vignerons biodynamistes, il a fallu répondre à toute sorte de critiques de la part de ceux que l'on croyait être de "notre camp" : le matériel de pulvérisation qui avait déjà servi dans une autre viticulture, le modèle de la pompe, l'utilisation même d'un tracteur en lieu et place du pulvérisateur à dos du grand-père, la taille du dynamiseur, son matériau, le fait qu'il soit automatique au lieu d'être manuel (au sens propre du terme). Tout a été sujet à critique. Nous avons même subi des revers de la main dédaigneux pour ne pas suivre les préceptes dans toute la rigueur que ressentent ces intégristes de la biodynamie. De par la taille du domaine qu'il dirige, Jean-Michel a aussi reçu une fin de non-recevoir car les préparas doivent être épandus presque à la minute près, en visant bien la lumière et non pas le végétal! Tout cela ce n'est que de l'interprétation restrictive de la biodynamie. Steiner n'a rien dit sur beaucoup de points contestés. Faut-il pour autant se donner tellement de contraintes qu'il est alors impossible d'avancer? Traiter 80 ha en 6 heures au lieu de 10 minutes est-il une condition suffisante pour ne pas commencer? Qui a dit qu'il fallait traiter à la minute près, et une fonction de quels fondements ou essais concrets et fiables. Steiner était sûrement plus fin dans ses convictions car souvent, il prend la peine de demander aux gens de lui faire confiance lorsqu'il énonce une idée sortant du lieu commun. C'est donc qu'il sait où se trouvent les usages "traditionnels" par rapport à ce qu'il préconise. Vous remarquerez que les intégristes de la biodynamie ne prennent jamais cette peine et qu'au contraire, plus c'est décalé, plus c'est catégorique. De ce fait, tout le monde part en courant!
Suite au prochain numéro…
PS : pardon cher Hervé de copier ta mise en page mais avec des épisodes, le suspens est maintenu…
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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 07:26

 Depuis quelques mois, j’ai pris l’habitude de me confier sur ce modeste blog. Mais peu de lecteurs me connaissent. Aussi, je voudrais vous donner quelques précisions sur mon parcours et ce qui explique pourquoi j’ai si mal finie………en devenant vigneronne.

 

Je suis issue d’un drôle de mélange puisque mon père était pied-noir et que ma mère est bretonne. Je suis née à Oran, en Algérie en 1965, car mon père, qui était le meilleur des hommes avait pu rester en Algérie après l’indépendance. Il dirigeait une société de transport à travers le Sahara (la Transsaharienne).

 Il m’a souvent parlé de l’épopée que constituait  alors la traversée du désert, sans GPS, sans assistance avec seulement un sens inné de l’orientation pour les chauffeurs et le génie du mécanicien qui l’accompagnait toujours. Sans ces qualités, c’était une mort certaine qui guettait à chaque trajet. Quelle rigolade le Paris-Dakar avec ses «aventuriers» surprotégés !

 

Sa bonté, son respect envers ses salariés lui avaient sauvé la vie lors des rafles de 62 et le gouvernement algérien, en manque de cadres, lui avait demandé de rester après l’indépendance.

Ne pouvant envisager d’autre terre que la terre rouge d’Algérie, il avait accepté. Ma naissance et la pression de ma maman lui firent quitter ses racines pour gagner d’abord Bordeaux puis Sainte Foy la Grande.

Je n’ai aucun souvenir de l’Algérie puisque mes parents sont rentrés en France alors que j’avais 15 jours, mais je pense avoir vécu par « procuration », une grande partie de ma vie le déracinement et le manque de la terre de mes ancêtres.

C’est peut-être aussi pourquoi je voue actuellement autant d’amour à la terre qui a bien voulu m’adopter, celle de Margueron.

 

Cet attachement est aussi le reflet de mon amour pour Jean-Michel, que j’ai connu au lycée de Sainte Foy, mon amour de jeunesse, qui a été mon soutien  tout au long de ma vie.

 

Après mes études supérieures en agro-alimentaire, toute pleine de mon récent « savoir » et pleine d’illusion, j’ai connu plusieurs expériences professionnelles en France, dans le domaine de la viande et de la biscuiterie industrielle. Puis, un jour, réalisant que je risquais la prison pour les pratiques douteuses que je mettais en oeuvre, j’ai démissionné. Ce fut ma première prise de conscience douloureuse sur le fait que ce que j’avais appris à l’école avait des limites au moins morales et que si la technique permettait beaucoup de choses, le respect en interdisait d’autres.

 

Depuis toute petite, mon rêve était de produire et j’aurais été très malheureuse de travailler dans le secteur tertiaire (je me sens toujours punie quand je dois saisir la compta).

Je trouve qu’il y a quelque chose de magique dans le fait de se retourner le soir et de voir le travail accompli.

D’ailleurs Jean-Michel et moi avions le rêve de nous installer un jour comme vignerons en appellation Corbières (à Cucugnan dans l’Aude dont nous étions tombés amoureux).

 

Mes rapports avec le vignoble ont tout d’abord été ambigus ; en effet, la vigne était souvent ma rivale dans le cœur de Jean-Michel et j’ai souvent pesté quand, lors des brefs week-ends que nous passions ensemble, il était obligé d’aller aider ses parents sur l’exploitation familiale.

Il faut dire que son grand-père, patriarche italien et ma belle-mère qui s’occupait alors de l’exploitation avaient tous deux des « caractères forts ».A posteriori, je comprends maintenant que les compromis sont difficiles avec la nature et que sur beaucoup de points, ils avaient raison même si sur la forme, ils avaient du mal à accepter l’aide d’une « fille de la ville ».

 

Les naissances de Thomas en 90 et de Laure en 92 n’ont donné l’occasion de me rapprocher de cette vie. En effet, ayant du mal à prendre du poids, le médecin m’avait envoyé en fin de grossesse en « stage de prise de poids » dans ma belle-famille. Les soupes de poules farcies de mamie, les confits de ma belle-mère m’avaient effectivement permis de me remplumer et de mettre au monde de splendides bébés (tout le monde pense avoir les plus beaux bébés du monde).

Parmi les plaisirs simples de cette époque, il y a la crème Jock que ma belle-mère me préparait dans un plat très large pour avoir beaucoup de « peau ». J’adore la peau de la crème Jock !!!!

J’ai aussi pu connaître le marché du lundi de Miramont de Guyenne où il vaut mieux avoir une bonne connaissance de l’italien pour s’y sentir bien.

En même temps, je vivais au rythme de l’exploitation. Je comprenais alors les contraintes de cette vie, ses incertitudes mais aussi la joie de voir arriver les récoltes et le bonheur de consommer des fruits et légumes tout juste cueillis, des poulets ou des lapins nourris sainement,…

 

Après quelques années d’un bonheur simple pour profiter d’une famille agrandie d’une génération, est arrivée 1997, l’année maudite.

Il y a  eu surtout le décès prématuré de ma belle-mère, suite à un cancer. Puis l’annonce que mon beau père aussi était atteint…..

Toute la famille était en grande dépression, sans repère. Mais la vigne poussait. J’ai alors trouvé un exutoire à toute cette tristesse en la reprenant en main. 1997 furent mes premières vendanges, seule dans un chai, qui était très précaire….

J’aurai certes mille fois préféré que cette transition se fasse en douceur mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

 

Comme les autres héritiers n’étaient pas intéressés par la vigne, Jean-Michel et moi avons choisi de reprendre cette exploitation, fruit d’une vie de dur labeur pour les grands parents.

Les premières années furent plus que difficiles financièrement et j’ai appris alors à compter tous les sous et à travailler dur physiquement.

Enfin est arrivée la plus grande récompense : mon nom sur la première bouteille (un blanc sec 1998). Jean-Michel et moi avons beaucoup pleuré, sachant les sacrifices et le bonheur que cela représentait pour nous et les générations passées. Depuis chaque première bouteille sortie des chaînes est conservée en mémoire des personnes disparues.

 

En même temps, et en vieillissant, nous avons évolué intellectuellement. Nous nous sommes rendus compte que tout était bien plus subtil et complexe que ce que nous avions appris et que tout était lié. Je vous parlerai un jour de la toile d’araignée…..

 

La biodynamie s’est alors imposée à nous. Puisque enfin nous étions chez nous, autant suivre ce qui nous semblait le plus épanouissant ! La transition était facile car Papy, qui avait eu toujours son mot à dire, était à la fois radin et doté de la sensibilité vis-à-vis des choses de la nature. Aussi, les désherbants et produits chimiques de synthèse étaient proscrits à Margueron.

 

Notre travail quotidien est avant tout en hommage à ceux qui nous ont précédés. J’espère que nous serons dignes de cet héritage. Le chemin parcouru est immense pour nous, marqué par des plantations, la construction de nouveaux bâtiments, le doublement des densités… Je souhaite surtout que notre mode de vie à part n’a pas trop pesé sur nos enfants, qui jusqu’à maintenant nous ont suivis tous les week-ends et toutes les vacances dans cette aventure prenante mais excitante.

 

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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