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19 mai 2008 1 19 /05 /mai /2008 08:28

On pourrait dire qu'il manque aussi le guide du routard dans la poche pour être un vrai baba-cool ; du moins selon la chanson de Renaud.

Pourtant, lorsque je vois l'herbe pousser dans les vignes sans possibilité de labourer, ni même de traiter, je me dis que les gens doivent vraiment nous prendre pour des écologistes première génération. Vous savez, ceux que l'on rencontre dans toutes les communes ou presque et qui servent d'exemple à ne pas suivre tant leurs parcelles sont sales et leurs récoltes hypothétiques.

 

 

Après le dernier traitement du week-end dernier, il a plu dès lundi et mardi. Les 21 mm associés à des températures assez basses n'ont pas permis de pouvoir repasser traiter avant la prochaine pluie du vendredi; soit 14 mm supplémentaires. Le cuivre de la dernière fois était lessivé depuis longtemps avec l'impossibilité de repasser.

Je ne parle même pas des labours…

D'une semaine à l'autre, Jean-Michel affine les réglages de ses décavaillonneuses, du moins sous le hangar. Il ne reste plus qu'à pouvoir effectuer le plein de carburant en 8 secondes et on pourra les comparer à des formule 1. Si certaines années, les tracteurs et le matériel sont sollicités en laissant l'entretien de côté, ce n'est pas cette année.

 

Au-delà de ces tracas, on touche aux limites du bio avec ces conditions difficiles. Rassurez-vous (ou ne vous réjouissez pas selon les cas) je ne suis pas en train de vous dire que la lutte chimique est la solution idéale.

Mais des épisodes pluvieux comme ceux que nous subissons depuis plusieurs semaines, et même depuis plusieurs mois, rendent les passages de tracteurs plus difficiles.

Il faut aussi garder son sang-froid et espérer un petit coup de pouce de la chance…

 

Le samedi a vu 8 nouveaux millimètres venir remplir un peu plus le pluviomètre.

 

Heureusement dimanche, c'était jour fruit, et en général il ne pleut pas les jours fruit!

Statistiquement, c'est une réalité. J'invite même les gens qui ne font pas de biodynamie à se faire leur propre expérience pour tenir compte de ces informations afin de planifier leurs passages.

Les jours fruit sans pluie sont une bénédiction pour les viticulteurs car les traitements biodynamiques spécifiques se font justement en jour fruit. C'est au moins un avantage.

 

Jean-Michel a pris la décision de traiter, ou du moins d'essayer de traiter, après avoir laissé les terres se ressuyer quelques heures. Le temps instable ne permettait pas d'attendre encore.
Dans ces cas là, il faut ranger (provisoirement) au placard les grandes idées sur le respect des sols car un passage en conditions très humides n'est jamais bon. L'essentiel est pour le moment la récolte, pour le reste on verra.

Le traitement s'est fait sans trop de dégâts. Il a fallu toute la technicité de mon beau-père, Yves, pour ne pas perdre le tracteur dans un grand talus que surplombe la vigne.

 

Une chose est sûre cependant, après la pluie, le beau temps revient toujours! Le problème est de savoir quand…

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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 08:46

Suite au très bel article « château du Champ des Treilles : au bonheur des vignes » de notre ami Eric sur son  blog (www.boiremanger.canalblog.com) certains d’entre vous qui m’ont questionnée sur la recette du velouté d’orties.

 

Il y a quelques jours, je vous parlais de la récolte de ces plantes.

Je voudrais leur rendre un vibrant hommage car elles sont de véritables bienfaitrices pour notre santé et pour celle de la vigne.

 

Au sortir de l’hiver, la consommation d’orties, qui sortent juste de terre, est une cure de jouvence.

 

Pour 4 personnes :

Il faut choisir les pointes avant qu’elles ne fleurissent et les récolter plutôt un jour fleur (pour les initiés) si on veut profiter pleinement des actions bénéfiques, ou n’importe quel jour si c’est la gourmandise qui nous guide. J’en récolte l’équivalent d’une passoire.

 

Je les rince en éliminant les tiges dures puis les essore avant de les mettre à fondre dans du beurre.

J’ajoute 4 belles pommes de terre pelées et coupées en morceaux. Je couvre d’eau à hauteur et je laisse cuire à feu doux.

 

Je mixe avec deux cuillerées à soupe de crème fraîche. C’est très facile à réaliser et ne coûte pas grand-chose.

 

Les plus curieux pourront essayer de goûter quelques feuilles crues : il faut les rouler en gardant le coté « poilu » à l’intérieur. Il est alors intéressant de noter la texture extrêmement sèche……on en reparlera lors de la réalisation des tisanes que l’on pulvérise sur la vigne.

 

Bon appétit et bonne santé !

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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 06:55

Je suis honorée de voir un billet consacré à mon travail (lien). J'aurais préféré, pour être tout à fait honnête, qu'il s'agisse plutôt de félicitations et d'un encouragement à continuer dans cette voie.

Vous remarquerez tout d'abord que je ne vous appelle pas camarade et que j'ai des difficultés à tutoyer les gens que je ne connais pas. Cela vous montrera donc que je n'appartiens ni à un groupuscule d'extrême-gauche, ni même à une quelconque communauté post soixante-huitarde en rupture avec la société libérale et ses multinationales.

 

Effectivement nous ne pratiquons pas la même viticulture et c'est tant mieux car chacun doit pouvoir vivre sa passion à sa manière avec ses propres convictions.
Je ne vais pas me livrer une fois de plus à une comparaison entre mes pratiques et la lutte "conventionnelle".

Je fais de mon mieux selon mes convictions et dans l'intérêt de mes parcelles.

 

Je dois vous signaler que votre viticulture, Jean-Michel l'a pratiquée pendant des années, avant dévoluer vers une vision plus fine de son métier. En ce qui me concerne, je la connais pour la subir tous les jours car mon logement médocain est entouré de parcelles cultivées avec ce type de lutte conventionnelle ou "bio-technique" selon votre expression. Le mot, très à propos pour une bonne conscience de façade ou pire de conviction, révèle une vraie volonté de partage car pour ne pas en profiter, je suis obligée de rentrer mon linge et fermer mes volets à chaque arrivée de pulvérisateur ; piètres solutions pour me protéger de substances qui ne sont ni bio ni techniques.

 

Chez moi, je n'utilise pas la confusion sexuelle mais là aussi je la subis autour de chez moi. Contrairement à vos suppositions, je suis opposée à cette technique qui vise à répandre dans l'environnement des litres d'une substance, de surcroit de synthèse, alors qu'elle est active à une valeur de l'ordre du milliardième de gramme. Je ne suis pas sûre que l'on maîtrise son devenir dans la nature!

 

Rien n'est jamais dangereux, mais le taux de cancer a doublé en 25 ans dans notre pays. Il n'y a bientôt plus de poissons males dans les rivières par la faute des hormones destinées aux femmes et qui ont eu la mauvaise idée de franchir la barrière des espèces. La fertilité des agriculteurs n'a jamais été aussi basse et ils ont, semble-t-il, la fâcheuse tendance à mourir dune tumeur du cerveau qui ne touche que cette profession .

Quant à moi, je suis partie une nuit  de 2006 en ambulance avec des vertiges qui me faisaient penser que jallais mourir. Jai eu des séquelles pendant 2 mois.  Je nai jamais ressenti ces maux avant cette date et plus jamais depuis.

Ma seule faute était de me trouver chez moi alors que mes voisins traitaient.

La liste est longue, très longue, trop longue.

 

Nous sommes géographiquement distants de près de 1000 km. Mais la distance qui nous sépare au niveau des idées est encore plus importante, il me semble.

Contrairement à vous, je pense qu'une substance chimique véhiculée dans la sève ne peut pas être sans conséquence sur la santé fine du végétal, ni ce qui est plus grave, sur la santé des personnes qui consomment ces produits végétaux.

Je pense aussi que les substances chimiques répandues sur le sol ne sont pas sans conséquence sur les micro-organismes quil contient et qui le rendent unique.

 

Certes, ma viticulture est plus exigeante. On doit regarder le ciel fréquemment en essayant de comprendre son évolution pour traiter au bon moment. Parfois, il faut passer et repasser presque aussitôt sans avoir à se "caler" sur un programme de traitement défini depuis le premier janvier de chaque année et qui permet de ne passer que tous les 14 jours même en cas de pluie et en y intégrant aussi les jours fériés.

 

Il faut aussi passer des heures dans le tracteur à toute petite vitesse, à surveiller des charrues qui ont parfois la mauvaise idée d'accrocher on ne sait pourquoi, un cep qui n'a pas fait parler de lui depuis 30 ans et qui un jour va vouloir se mettre en travers au point d'être arraché.

Et quand on sait que  je cultive des parcelles au lieu-dit « Terres grasses », on comprend que le sol y est parfois collant, nécessite des efforts et beaucoup dabnégation.


Il est aussi plus confortable d'avoir une double récolte sur pied puis de faire tomber l'excédant lorsque les risques divers sont passés plutôt que de viser naturellement le niveau de rendement souhaité en ayant accepté l'idée que parfois les choses ne se déroulent pas comme prévu.

 

Je n'ai ni fortune personnelle, ni gloire. Mes prix de vente, tout le monde peut les connaître sur notre site internet et voir qu'ils ne sont pas en relation avec les engagements que nous avons pour notre petit domaine.

Jean-Michel et moi sacrifions beaucoup pour cette passion. Mais la vigne et le vin nous le rendent à leur façon. C'est du moins ce que nous ressentons.

 

Je n'ai jamais cherché à imposer mes idées aux autres. Peut-être vous ai-je choqué? Ce n'était pas mon objectif.

Chacun est libre de la viticulture qu'il souhaite pour son vignoble. Je ne critiquerai pas ceux qui désherbent chimiquement ou qui vendangent mécaniquement pour des problèmes de rentabilité.

J'ai fait un autre choix qui me coûte en énergie, en fatigue et en tracas.

 

Il y a au moins une chose qui peut ressembler des amoureux du vin comme nous le sommes tous, c'est une bonne bouteille, bio ou pas, à partager avec sérénité et convivialité.

C'est pour cette raison, cher Eric, que j'aurai toujours plaisir à vous rencontrer.

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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 07:07

En ce jour gris et pluvieux, j'ai choisi de vous faire partager quelques photos de fleurs prises dans nos vignes.
Pour une fois, je ne dirai rien d'autre.

















C'est quand même beau la nature...quand elle est respectée.
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Corinne Comme - dans Divers
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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 07:06

Avec le printemps bien installé, c'est pour nous le moment de la récolte des orties destinées aux traitements de l'année mais aussi du début de l'année prochaine. Le meilleur moment pour la récolte est en effet au début mai alors que les tiges sont suffisamment hautes pour avoir un bon rendement mais aussi avant la floraison.

Dans la mesure du possible, on choisit un jour "fleur" pour effectuer la récolte. Pourquoi un jour fleur ? Je ne le sais pas très bien. Il est supposé être le meilleur. La terre ne s'arrête pas de tourner si on ne récolte pas dans cette configuration mais le fait de refuser exprès la récolte en jour fleur serait une forme d'intégrisme aussi grave qu'une "récolte en jour fleur sinon rien".

Comme je n'ai pas l'impression de maîtriser les subtilités du vivant, je mets toutes les chances de mon côté lorsque c'est possible.

Bien qu'il existe beaucoup d'orties notamment sur les bords de la Dordogne, nous avons la chance d'en avoir des quantités phénoménales juste à côté de chez nous dans les plantations de peupliers des marais de Pontet-Canet.


Il y en a tellement qu'on pourrait alimenter tout Pauillac en orties car nos prélèvements sont insignifiants et ceux de Pontet-Canet à peine visibles.

Malheureusement, il ne semble pas y avoir d'autres candidats à l'utilisation des orties…
 

Le marais est en endroit à part. A quelques mètres des vignes et environ 200 m de notre domicile, on a l'impression d'être dans un autre monde. Il faut dire que les peupliers, maintenant âgés de 10 ans amplifient ce sentiment d'isolement car ils suppriment  l'horizon.

Dans le marais tout est vert et disproportionné. Lorsqu'on parle de forces de vie, on visualise bien de quoi il peut s'agir en regardant comment les plantes s'y développent.

 

Pour le chantier de récolte, le souci n'est pas de trouver les orties mais plutôt les endroits les plus fournis en orties "propres" c'est-à-dire sans autres végétaux.

Dans quelques semaines, le liseron des marais se sera développé et recouvrera complètement les tiges d'orties. Toute récolte sera donc impossible pour nous.

J'attrape une poignée d'orties que je coupe à la faucille. Je ne suis pas sensible à leurs piqûres sur les mains.

Par contre, c'est tout à fait le contraire dans le cas de Jean-Michel. Il est équipé de gants et de manches longues. Malgré ces précautions, il se fait piquer au niveau des poignés à l'endroit où manches et gants ne se chevauchent pas.

Les tiges sont mises dans de grands sacs jusqu'à la maison. Là, elles sont étendues sur le sol et brassées régulièrement jusqu'à leur séchage complet.

Elles sont alors de couleur très foncée et peuvent être utilisées dans les tisanes.

 

A chaque traitement, nous utilisons l'équivalent d'un kilo d'orties fraiches par ha, soit 100g d'orties séchées. Il est tout à fait possible de prendre des tiges vertes mais comme nous constituons des solutions concentrées de tisane (environ 2-3 litres par ha), il faudrait trop d'orties par rapport à la quantité d'eau. Lorsque les tiges sont sèches, elles semblent absorber l'eau au fur et à mesure qu'on les trempe dans l'eau bouillante. Nous y ajoutons d'autres plantes en fonction des besoins.

Après filtration, cette solution concentrée est ensuite diluée dans le volume d'eau nécessaire au traitement pour le nombre d'hectare, puis dynamisée.

A ce stade, la mise en œuvre est aussi facile qu'avec une boite de pesticide. La seule différence vient de l'odeur qui n'est pas la même (…ni la protection de l'utilisateur).

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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 08:21

Une fois de plus, ce nouveau pont du mois de mai n’aura été chez nous que théorique. La quantité de choses à faire ne permet pas de transiger pour s’octroyer un quelconque répit.

Jean-Michel avait beaucoup de petite mécanique ou plutôt de la maintenance sur le matériel.

Même si l’essentiel des travaux est manuel chez nous, les tracteurs comptent néanmoins toutes les heures et de temps en temps, il faut bien vidanger, graisser,…

Mais il y avait aussi le dessus de la boite à vitesse de l’enjambeur à remonter après une petite panne qui nécessitait 5 minutes de réparation pour 1 bonne heure de démontage du pulvérisateur pour accéder à la pièce à changer. Puis, remontage évidemment !

Enfin, il y avait les charrues à finir de préparer pour les labours qui n’ont pas vraiment commencé. Tout le monde est impatient de pouvoir s’y mettre enfin car l’herbe ne connaît pas de jour férié dans sa pousse.

Nous utilisons des appareils très simples et traditionnels. Nous avons une défiance pour les appareils modernes de travail du sol qui sont à la fois gourmands en énergie et très peu respectueux des sols eux-mêmes. Ce n’est pas leur faute car ils ont été conçus pour laisser la terre fine et lisse après leur passage mais en aucune façon pour participer à rendre le sol plus vivant.

 

Jean-Michel a fait quelques essais dans les vignes à 1m, mais il a du se rendre à l’évidence : le sol est encore trop humide pour un travail parfait.

Il faudra encore attendre un peu. Pour nous, le fait de nous plier aux exigences de la terre ou la vigne est un élément très fort de notre engagement dans cette viticulture du respect que nous avons choisie.

Bien-sûr, nos tracteurs peuvent travailler en conditions difficiles, mais au bout du compte, c’est le sol qui subit les conséquences de cette volonté de domination de la nature.

Sur les quelques rangs décavaillonnés, nous avons pu tirer les cavaillons, c'est-à-dire finir d’enlever à la bêche, les pieds d’herbe laissés par la charrue autour des souches.

 

J’avais aussi des commandes à préparer pour l’export. Il y avait une palette pour les USA et une autre pour le Maroc. Souvent, les gens sourient ou sont étonnés lorsque j’annonce que j’exporte au Maroc depuis des années. Mon importateur local qui est aussi producteur a bâti pour mon vin une très jolie distribution dans ce pays. C’est le plus important !

 

L’an dernier, j’ai exporté environ 80% de ma production dans différents pays. Chaque fois que je reçois une nouvelle commande, petite ou grosse, j’en suis très heureuse, mais très vite dans ma tête je fais la liste de toutes les formalités nécessaires pour exporter.

Le plus terrible est que c’est souvent au niveau même de notre pays que les choses sont les plus compliquées. J’ai le sentiment désagréable que l’on se tire une balle dans le pied.

On a l’impression d’un protectionnisme à l’envers.

J’en suis arrivée à me dire que mon vin est tellement bon que l’état ne souhaite pas le laisser partir chez d’autres. Je rêve ?

 

Il faut ajouter un traitement du vignoble à ce programme. J’ai toujours beaucoup de plaisir à préparer la tisane de plantes car l’odeur dégagée est extraordinaire. Comme souvent, j’ai une soudaine envie de bulots et autres bigorneaux. C’est principalement le fenouil et le laurier qui en sont responsables.

 

Bref, encore un week-end bien chargé. Comme de plus en plus souvent, il manquait notre fils Thomas, resté à Pauillac officiellement pour réviser. Est-ce pour le bac ou les beaux yeux de Charlotte qu’il a fait ce choix ? Mystère.

Pour Jean-Michel et moi, il faut apprendre à se passer de cette aide bien pratique et que tous les paysans connaissent.

On ne sait pas si les enfants choisiront notre métier. Il ne faut pas les influencer et les orienter contre leur volonté ce serait la meilleure façon de conduire à l’échec.

Et puis, ils ont le temps de comprendre que la viticulture est le plus beau métier du monde…

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 07:10

Récemment et pour la millième fois depuis notre passage en bio, on vient de nous demander ce que nous utilisons pour les traitements.

Chaque fois et toujours avec la même conviction, on énumère le cuivre, en petite quantité, le soufre et les plantes. Et là, c'est toujours la même question : l'ortie : c'est contre quoi ?

Dans ce cas là, il faut rester calme et positif pour éviter de faire fuir l'interlocuteur surtout lorsqu'il a des intentions sincères et pacifiques; ce qui n'est pas toujours le cas.

Mais le mot "contre" est tout à fait caractéristique de notre société. On va essayer, sans succès, de lutter contre une maladie ou un ravageur. On sort son attirail guerrier, bien rangé derrière son habit de viticulteur.

On a alors une vision agressive de notre métier, avec des rapports de force qui dépendent en partie de la puissance de notre armement.

 

Nous, nous voulons plutôt, être "pour" nos vignes. Pour les aider lorsqu'elles en ont besoin. Pour être à leur côtés et essayer de les avoir robustes par elles-mêmes. Dans cette vision des choses, il n'y a aucun sentiment martial, mais au contraire de l'affection et même de l'amour.

 

Certains diront que c'est bien théorique ou même folklorique. Je ne le pense pas. A-t-on déjà vu des parents ne pas donner le meilleur à leurs enfants? A-t-on déjà vu des parents administrer à leurs enfants des substances qu'ils savaient être néfastes pour la santé.

Sûrement pas.

 

Pour la vigne c'est la même chose. Si nous sommes à côté d'elle, c'est pour lui donner le meilleur, proscrire ce qui pourrait l'empoisonner, afin qu'elle puisse s'épanouir seule en donnant en retour le meilleur d'elle-même.

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 06:50

Il y a un peu plus d'un mois que je tente de vous faire partager mon quotidien et mes états d’âme. Je ne prétends pas avoir, loin s’en faut, le talent de Jean-Luc Thunevin ou Hervé Bizeul dans ce domaine.

 

Dans la tenue d’un blog, il y a quelques contraintes comme l’obligation de mettre régulièrement en forme les sujets qui me passent par la tête.

Mais il y a surtout les joies procurées par cette ouverture à l’extérieur.

 

Jean-Michel et moi ne sommes pas des caractères « expansifs » et nous n’allons pas aisément vers l’autre. C’est sûrement un handicap pour faire du commerce…

Grâce au blog, nous avons pu rencontrer des fous de vin, de véritables passionnés qui partagent le même plaisir que nous de cultiver la vigne ou de déguster du vin.

 

Parmi eux, il en est un qui force mon admiration. Tous les jours, il tient gratuitement un blog (lien) qui n’a rien à envier aux magazines dédiés à la cuisine et au vin. C’est un vrai travail de professionnel au seul service des plaisirs gustatifs.

 

Parfois, on se sent seul dans son coin avec ses problèmes. Et le fait de recevoir un message de l’autre bout de la France d’une personne qui compatit simplement  par pure amitié alors qu’on ne la connaît pas, c’est très réconfortant.

 

Enfin, il y a les pros des forums dédiés au vin et dont certains « animateurs » sacrifient leur temps libre à la découverte de vignobles et à la dégustation. Nous avons pu en  recevoir certains (lien) avec qui nous avons passé des heures de vrai plaisir autour d’une table et de quelques bouteilles...

 

Bref, tenir un blog, c’est du pur bonheur !

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 07:15

Lors d'une promenade, mon regard a été attiré par une plantation nouvelle dans laquelle le sol m'a paru particulièrement propre. C'était louche...

En m'approchant, j'ai très vite compris que la parcelle a été désherbée chimiquement dès que les plants ont été mis en place. Depuis, avec l'arrivée du printemps, ces ceps de vigne en devenir tentent de pousser mais ils sont contaminés par le poison qui a été répandu pour leur rendre les abords plus "propres" sans effort.

J'ai donc pu en faire quelques clichés.

 

 



J'en conviens, on a mal pour eux.

En comparaison, les plants mis en terre cette année chez nous respirent la bonne santé. La différence entre les deux vient avant tout d'un manque d'amour dans la vigne et dans ce métier si particulier.


 


En voyant ces pauvres pieds pollués; je me suis souvenue des premières plantations faites après la reprise de notre domaine.

Toujours par manque de moyen, les chantiers ont été réalisés par nous, surtout Jean-Michel et moi pendant des week-ends de folie car Jean-Michel était occupé la semaine à Pontet-Canet.

Il me faut pas oublier que les plantations sont faites à une période où la vigne pousse et nécessite une attention de tous les instants. Il fallait tout faire en peu de temps; deux jours voire trois jours, arrosage compris. Au début, on plantait en pots car les prix étaient légèrement inférieurs et chaque sou économisé était pour moi une bénédiction avant d'être une nécessité, même si par la suite il y avait beaucoup plus de travail avec ce type de plant. Notre travail manuel n'était pas payant, donc le choix était vite fait...

A l'arrivée du pépiniériste, le hangar et la vieille grange se transformaient en prairie verte avec les milliers de petits pots et leur petite tige. Chaque plant était chouchouté, manipulé avec une infinie précaution car il représentait pour nous de l'argent et aussi la base de tous nos espoirs.

Le transport des caisses à l'intérieur de la parcelle était en partie fait par Thomas et Laure, alors jeunes enfants. Eux aussi, ressentaient à travers nous, l'importance de leur mission et la nécessité de soins.

Puis après la plantation, il fallait arroser. Là aussi, le sérieux était de mise. Avec mon tuyau à la main derrière la cuve d'eau, j'avais l'impression de faire du bien à chaque plant. Mais, je devais être généreuse de la même façon avec tous, pour ne pas risquer d'en affaiblir certains en manquant d'attention pendant quelques secondes.

Vers, la fin du week-end, on regardait nos montres pour évaluer s'il y avait encore assez de temps pour parfaire l'arrosage surtout dans les zones les plus caillouteuses. J'inspectais au pas de course les rangs avec l'angoisse de me trouver confrontée à une feuille flétrie, premier signe d'une agonie rapide. Certes, ici tout allait bien, mais était-ce la même chose dix mètres plus loin ?

Puis, sales et courbatus après ces quelques jours de travail qui restent marqués à jamais dans nos corps, nous repartions satisfaits du travail accompli, mais aussi l'angoisse au ventre.

Il nous tardait une chose, revenir le plus vite possible pour vérifier que tout allait bien. Parfois, un plant n'avait pas supporté sa nouvelle vie et était mort en quelques jours.

Cela constituait une déchirure pour moi ou plutôt une aiguille dans le cœur.

Enfin, lorsque ça et là, de nouvelles feuilles commençaient à apparaître, la tension baissait un peu. La plantation était "prise".

Pour en revenir aux photos, vous comprenez donc, que même si ce n'est pas chez moi, j'ai toujours mal pour les pauvres petits plants qui ne connaitront que les pesticides toute leur vie. Comment pourraient-ils transmettre la subtilité d'un terroir avec un tel régime? Le besoin de produire moins cher doit-il toujours primer au point de tremper les plants dans les désherbants?

Pour moi les réponses sont claires, pour d'autres, c'est moins sûr...

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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 06:29

Et aussi bravo à Alfred et Gérard Tesseron.

Pour une fois, je ne vais pas parler de ma vie au Champ des Treilles, mais plutôt de la satisfaction que j’ai à voir les efforts de Pontet-Canet récompensés dans un millésime très difficile comme a pu l’être 2007 par Robert Parker ; mais aussi par la plupart des critiques en vin.

 

Jean-Michel donne une part importante de son énergie pour ce cru qu’il dirige depuis près de 20 ans ; même si souvent je suis jalouse du temps qu’il consacre à Pontet-Canet qui est une maîtresse séduisante s’il en est.

Les orientations extrêmes de ce domaine sont intimement liées aux évolutions que Jean-Michel et moi connaissons depuis quelques années.

 

Le millésime 2007 fut difficile pour lui. La pression des maladies et la méchanceté de certains l’ont beaucoup affecté. Mais il faut ajouter aussi un sentiment de culpabilité vis-à-vis des propriétaires qu’il a amené dans cette voie si logique mais si différente.

Au bout du chemin, il y a un vin, certes en plus faible quantité, mais d’une exceptionnelle qualité que j’ai du plaisir à déguster pendant des moments de calme le soir avant le repas.

 

Souvent il s’est senti seul. On s’est beaucoup questionné sur le fait de savoir si la voie choisie était la bonne tellement elle est exigente. Il est sûr qu’il est peu confortable de se poser des questions sur tous les gestes, tous les détails, mais quand on vit réellement dans les vignes, comment faire autrement ?

Il est réconfortant qu’une personne qui ignore toutes ces péripéties ait ressenti dans le vin quelque chose d’exceptionnel à l’image d’une viticulture pour laquelle nous militons.

 

Plus que cela, je pense que Jean-Michel est un artiste dans son domaine. Il a de la sève dans les veines et c’est son sang qui coule dans les ceps des vignes. Que cette symbiose soit récompensée n’est que pure justice.

 

En fait, bien avant les dégustateurs, c’est la vigne qui a remercié Jean-Michel pour l’amour qu’il lui porte.

 

Pour peu que le bonheur survienne,

Il est rare qu’on se souvienne

Des épisodes du chemin.

G. Brassens.

 

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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