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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 07:22

Dans mon billet précédent, je vous parlais de la complantation.

 J'ai ramené quelques clichés pour ceux qui n'ont jamais vu comment faire.

 Les ceps morts dans l'année sont coupés et brulés. Puis à l'automne, nous réalisons un trou à l'aide d'une tarière attelée au tracteur. Le but est double. Il s'agit avant tout d'ameublir la terre pour favoriser la pousse du futur plant de vigne. On en profite aussi pour enlever le plus possible des racines de la souche morte, qui pourraient être des refuges à champignons ou autres organismes agresseurs de la vigne. A cette époque, mes journées sont déjà particulièrement remplies car les vinifications battent leur plein. Il me faut donc l'aide de mon beau-père qui ne consent à venir que lorsque les palombes ne passent pas.

Pour faire un petit aparté, cette chasse est une véritable tradition locale. Chez nous, les palombières sont de véritables maisons dans les arbres et au sol. Les installations les plus sophistiquées bénéficient d'ascenseurs et de tout le confort moderne ou presque. Je présume qu'il y a même une sorte d'émulation entre les "paloumayres" (à prononcer en articulant bien pour retrouver l'accent patois local...) qui rivalisent d'ingéniosité et d'audace pour améliorer leurs jouets. La constante d'une palombière à l'autre et sûrement la quantité impressionnante d'entrecôtes englouties et de bouteilles vidées...
Par contre, les trophées de chasse sont présents uniquement dans l'esprit échauffé des chasseurs lorsqu'ils parlent avec passion des différents vols qu'ils ont posés ou pas. Ainsi, j'attends encore de voir mon beau-père revenir avec une palombe.
A la saison, si les cuves me laissent un peu de répit, j'essayerai de faire quelques photos.

 Pour en revenir à la complantation, la terre préparée se tasse dans l'hiver sous l'action de la pluie.

 Au printemps, il suffit de placer le petit piquet, appelé marquant. Il doit être aligné dans les deux sens ; dans le sens du rang pour ne pas augmenter les risques d'accrocher le plant avec les charrues et dans le sens transversal afin que chaque cep adulte bénéficie de la même longueur de palissage.

 

Puis on effectue la plantation avec un outil approprié.

 

Enfin, l'opération finale consiste à attacher le plant au marquant pour le rendre plus solide lors du passage des charrues.

Il est possible d'utiliser des liens synthétiques qui ont l'avantage de résister longtemps, parfois plus longtemps que la souche elle-même... Ensuite, ils resteront dans le sol pendant quelques décennies ou même quelques siècles comme de véritables héritages pour les générations futures!!!
 

Vous l'avez compris, nous utilisons du raphia naturel qui disparaitra en une saison et qu'il faudra remplacer plusieurs fois le temps que le jeune pied devienne assez fort pour se battre seul contre les charrues. C'est plus long mais bien plus satisfaisant! 

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 07:30

Un rapide tour de vignes vient de montrer des dégâts de gel. Il n'aura fallu que quelques heures d'une seule nuit pour mettre à mal une partie de la récolte et de nos espoirs. Certains s'en sortiront sans encombre, d'autres comme nous sont partiellement atteints. Les reportages à la télé semblent montrer qu'il y a bien pire que nous car des arboriculteurs ont tout perdu ou presque. Beaucoup avaient déjà des situations financières précaires ; ce gel ne va pas les arranger.

 

Nos souches au ras du sol ne constituent pas les meilleures assurances contre le gel. Mais c'est là que le vin est le meilleur.

La présence d'herbe sur le sol est aussi un facteur favorisant le gel. Nos vignes n'ont pas d'herbe semée mais seulement le couvert végétal normal et naturel de fin d'hiver, quelques semaines avant les labours. L'alternative à cette présence végétale aurait été le désherbage chimique, mais c'est évidement une solution incompatible avec notre philosophie.

Les conditions pluvieuses n'ont pas permis de pouvoir entrer dans les parcelles pour les labourer. On pensait aussi épandre du soufre (poudrage ou pulvérisation) qui par la feu intérieur qu'il contient peut constituer une petite aide. Mais il pleuvait en permanence. Quand on sait que des parcelles sont sur le lieu-dit "terre grasse", on comprend bien que c'est collant quand il pleut...

 

C'est un coup dur que l'on reçoit dans le ventre et qui fait baisser notre motivation...avant de faire baisser notre porte-monnaie dans un an ou deux.

 

Pourtant, la vigne est là et a encore besoin de nous, peut-être plus qu'avant.

Les projets et les prévisions prennent une saveur amère.

 

Nous avons cependant pris nos outils pour aller complanter les parcelles, c'est-à-dire mettre en terre de jeunes plants pour remplacer les morts de l'année.

Dans une météo passant du franc soleil à une ambiance d'apocalypse, raidis dans nos imperméables, l'estomac noué, nous avons travaillé pour assurer l'avenir de notre domaine alors que la récolte prochaine est hypothéquée.

 

C'était une situation surréaliste et pathétique.

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 07:33

Il y a quelques jours alors que Jean-Michel et moi étions occupés à préparer une commande de bouteilles, mon regard s'est posé sur un objet présent dans le bâtiment de stockage de bouteilles mais que nous ne remarquons plus depuis plusieurs années.

Pourtant, il nous a accompagnés durant quelques temps...

Il s'agit d'une étiqueteuse à bouteilles, autocollante, en bois et entièrement manuelle!

 

Pendant les premières années de notre installation, nos moyens financiers étaient si faibles qu'il était impossible de nous équiper de matériel pour travailler confortablement et efficacement.

Le domaine n'avait jamais produit de vin en bouteilles avant nous. Les premières mises ont été faites en "4 opé" par un prestataire, c'est-à-dire jusqu'à l'habillage, la mise en caisses et la palettisation. Ainsi, on pouvait présenter des bouteilles parfaitement préparées.

Mais, par souci d'économie, certains lots ont été mis en bouteilles en "tiré-bouché" et stockés dans des casiers prêtés par un ami.

L'habillage devait être fait par nos soins. C'est là que l'étiqueteuse manuelle est entrée en action…

Mais avant cela, il fallait accéder aux bouteilles stockées difficilement dans un endroit inapproprié. La première chose à faire était d'enrouler partiellement la bâche plastique qui protégeait notre précieuse récolte des gouttières, d'une toiture plus que centenaire et jamais vraiment réparée.

Puis avec une échelle, Thomas et Laure, alors jeunes enfants, montaient dans les casiers pour remplir des seaux avec 6 à 8 bouteilles. Il y avait souvent des disputes entre eux pour savoir qui devait aller dans le casier. C'était une place très prisée…

A mi-hauteur sur l'échelle, Jean-Michel faisait le transfert des seaux que je récupérais au sol avant de les vider à proximité de l'étiqueteuse.

Il nous est arrivé de vider en une fois, un casier de 600 bouteilles de cette façon!

Puis, les bouteilles couvertes de poussière devaient être lavées. La capsuleuse était elle aussi prêtée.

Enfin, l'opération d'étiquetage nécessitait un certain doigté de la part de Jean-Michel car il fallait tourner la manivelle à vitesse constante puis arrêter à un moment bien précis pour ne pas coller une deuxième étiquette sur la même bouteille.

Parfois, lorsque les conditions étaient humides, les étiquettes se décollaient aussitôt. Une compression avec la paume de la main pendant quelques secondes était nécessaire pour les fixer aux bouteilles.
Une fois les palettes préparées et filmées, il n'y avait pas de surface lisse et bétonnée pour les déplacer.

Le chariot élévateur n'existait que dans nos rêves et c'est le tracteur qui était mis à contribution.
C'est comme cela que nous avons commencé.

Il reste des souvenirs mais pas d'amertume car l'amour de notre métier et la foi dans le projet ont permis de déplacer des montagnes.

Depuis, les choses se sont améliorées. Des bâtiments ont été construits en 2003. Un transpalette neuf et un gerbeur électrique se déplacent à volonté sur une surface aussi lisse qu'un billard et peuvent même aller à l'extérieur dans la cour bétonnée pour charger les camions.

L'étiqueteuse en inox est gérée par un automate pour capsuler étiqueter et contre-étiqueter.
Il n'y a pas de gouttières à redouter pour les cartons.

Bref, rien de bien spectaculaire mais tellement satisfaisant pour nous.En ayant connu des moments difficiles, on peut savourer les améliorations.

L'étiqueteuse en bois restera gravée dans nos mémoires sans rancœur pour les moments difficiles mais sans nostalgie non plus.



Elle représente tout simplement un moment de notre histoire.

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 10:04

Tout le monde connait l'expression : "l'herbe est plus verte ailleurs".

Mais tout le monde a entendu Francis Cabrel chanter : "il a fait tout le tour de la terre, il n'a pas trouvé mieux".

 

Ainsi, après quelques jours dans son nouveau poste, notre désormais ancien salarié, Jean-Louis (voir billet du 2 avril), vient de nous faire part de son envie pressente de revenir travailler au Champ des Treilles.

 

C'est une nouvelle que nous prenons avec une certaine fierté car elle montre que les conditions de travail que nous offrons ne sont finalement pas si mauvaises que cela.

 

Il faut cependant rester prudent car les raisons qu'il a invoquées pour motiver son départ son encore présente dans mon esprit.


De plus, les déboires conjugaux de notre Président de la République semblent nous rappeler qu'il est très difficile de repartir dans une nouvelle aventure commune après une séparation!...

 

Donc, il faut tout envisager mais garder la tête froide et une vision objective de cette situation inédite.

Pour l'instant, il a toujours un travail et n'est pas à la rue. C'est le principal.

 

Pour le reste, on fera au mieux,...comme d'habitude.

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 07:20

Effectivement, étant viticultrice bio et biodynamique, il semble évident que je sois contre les OGM ; on n'en attendrait pas moins de moi.

 

En fait, ma conviction est beaucoup plus profonde. On veut essayer de nous faire accepter les OGM comme des réponses respectueuses de la nature aux problèmes de la sauvegarde des récoltes ou même de la santé humaine.

 

J'ai des difficultés à imaginer comment un champ de maïs transgénique cultivé au milieu de la campagne peut participer à l'amélioration de la santé humaine...

 

Je passe aussi sous silence les OGM de Monsanto dont la finalité est de rendre les plantes résistantes au Roundup... de Monsanto. Dans ce cas, il est clair que le but est de pouvoir diffuser à la fois les plantes et le désherbant qui va avec. On est donc loin, très loin du respect de l'environnement.

 

Généralement, lorsque les gens ont la pudeur de ne pas mettre en avant des gains potentiels pour la recherche sur la santé humaine, ils font l'apologie du seul maïs OGM homologué qui permet de "lutter" contre un ravageur appelé la pyrale du maïs.

Effectivement, en quelques années les populations de cet insecte ont été multipliées dans des proportions vertigineuses dans les domaines en production intensive.

L'OGM est donc présenté comme "la" solution écologique au problème.

 

Un des travers de notre société moderne est de constater les choses, d'essayer d'y remédier souvent avec des mauvaises solutions. Mais jamais on ne se pose les vraies questions.

 

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

 

Qu'avons-nous changé dans notre façon de faire pour obtenir de tels résultats ?

 

Ma façon d'aborder mon métier et la vie en général m'amène depuis plusieurs années à essayer d'analyser les problèmes depuis leur base.

Ainsi, si certains en sont rendus à souhaiter avec sincérité, utiliser les OGM c'est parce que, souvent sans le savoir, ils ne respectent aucune règle agronomique de base !

 

Nos ancêtres ont mis des siècles à comprendre l'intérêt de la rotation des cultures; c'est-à-dire de ne pas cultiver toujours la même plante au même endroit, mais plutôt d'alterner les cultures. De ce fait, le cycle du ravageur est cassé et la pression agressive qu'il peut exercer est donc fortement réduite.

Planter un blé après un maïs est parfaitement judicieux.

Dans certaines régions de France, on cultive le maïs sur les mêmes parcelles, sans interruption depuis 30 ans! Dans ces conditions, comment peut-on penser ne pas avoir de problème?

 

Le mot "jachère" est resté dans le vocabulaire courant car il est maintenant attaché à des primes de la fameuse PAC (politique agricole commune dont on reparlera très bientôt). La jachère est une parcelle en repos, sans culture. Mais dans cette vision « PAC-isée » de l'agriculture, ce sont toujours les mêmes parcelles de l'exploitation qui sont en jachère, en général les plus difficiles à cultiver ou les moins accessibles. Les autres parcelles conservent la culture intensive et ne sont jamais en repos. C'est un peu comme si le chauffeur de remplacement d'un bus était toujours en repos et le chauffeur principal toujours derrière son volant jusqu'à destination. J'en conviens, c'est stupide,...mais bien réel.

 

Avant, la jachère était en fait un investissement pour l'avenir. On renonçait à une année de récolte de temps en temps pour une parcelle mais ensuite les cultures suivantes étaient en meilleure santé avec de  meilleurs rendements.

Maintenant, on ne voit que la perte de récolte engendrée par le repos du sol.

 

Pour la vigne c'est la même chose. Avant, on replantait une parcelle arrachée après 5 à 10 ans de jachère et plusieurs cultures herbacées (luzerne, avoine,...) appelées « engrais verts » et destinées à restructurer le sol. Les pathogènes du sol pour la vigne s'éteignaient d'eux-mêmes faute de nourriture.

La nouvelle plantation de vigne se développait avec harmonie et pour longtemps.

Maintenant, grâce au miracle de la chimie, certains replantent au printemps après un arrachage à l'automne précédent. Pour cela, ils "désinfectent" le sol et tuent sans discernement tout ce qui s'y trouve (bon ou mauvais). C'est magique !!!

La vigne est replantée rapidement et entre donc en production en un temps record. Certes, elle ne vieillira pas et donnera des vins au mieux quelconques sinon déséquilibrés, mais quelle importance...

Le jour où la vigne pourra être plantée sur polystyrène, on gèrera la fertilisation et la pluviométrie depuis un bureau et on pourra enfin aller dans les parcelles en chaussures de ville. Quel bonheur pour les vignerons à cravate !

 

Pour en revenir à la pyrale, il y a encore plus évident ! Les formes hivernantes passent d'une année à l'autre cachées dans les canes de maïs laissées au sol après la récolte. Il suffirait d'enfouir ces débris végétaux avant l'hiver pour que l'humidité de cette saison détruisent les œufs et permettent d'avoir moins d'attaques de l'insecte l'année suivante.

C'est tellement simple que l'on s'entête à faire autrement au nom de la rentabilité (…à très court terme).

 

Je ne parle pas des fertilisations "performantes" qui engendrent des déséquilibres tels que la plante ne peut pas rester en bonne santé.

 

L'agriculture est malade. Elle s'est progressivement appauvrie. Mais cet appauvrissement est avant tout intellectuel et c'est encore pire car il engendre obligatoirement un appauvrissement financier en ayant laissé derrière lui un paysage détruit et des ressources pillées ou polluées pour plusieurs générations.

 

Au nom de cette vision moderne de l'agriculture, on a inculqué des méthodes sans avenir en balayant d'un revers de la main dédaigneux, l'expérience de générations d'agriculteurs qui intuitivement avaient tout compris des subtilités de la vie.

 

Maintenant, on demande à des scientifiques de donner leur avis sur les OGM. Certes, mais même des jeunes enfants comprendraient la stupidité de la situation qui nous a amené au stade où se trouve l'agriculture et pourraient conclure à l'inutilité des OGM.

 

Malheureusement, il y a fort à parier que les OGM feront rapidement leur entrée officielle dans nos assiettes car grâce à des études scientifiques, on aura montré l'absence de risque de ces plantes modifiées. Evidemment, les études officielles ne porteront que sur quelques critères et sur un temps très court. Puis, les scientifiques concluront qu'il n'y a pas de risque.

Ils le feront avec la même fermeté et la même sincérité qui avaient été celles de leurs prédécesseurs lorsqu'ils vantaient les mérites du DDT, du désherbant à bananiers aux Antilles,  et autres ratés mémorables et dramatiques de la communauté scientifique…

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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 13:00
Je pense qu'il n'y a pas besoin de commentaire...

Rassurez-vous, tous les clichés viennent du même endroit.





Pour conclure, tous ceux qui aiment la vigne vont souffrir en pensant aux pauvres raisins à venir...
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Corinne Comme - dans Divers
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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 07:31

Lorsque j'ai écrit le billet précédent, je pensais en avoir fini avec la période des primeurs. Mais, à la réflexion j'éprouve le besoin d'énoncer quelques idées que la convenance occulte trop souvent.


Ces dégustations m'ont donné l'occasion unique de déguster de nombreux vins du millésime 2007. Parmi eux, beaucoup proviennent de Grands Crus Classés. Sans vouloir jouer l'experte mondiale en dégustation, ni me livrer à une critique gratuite, il semble évident que de certains vins sont indignes de leur classement. C'est du reste un avis que partagent beaucoup des personnes avec qui j'ai pu en discuter.

 

Je pense qu'il faut aussi arriver à le dire, sinon comment peut-on espérer que les choses s'améliorent.

Certes, le millésime 2007 était difficile mais il existe de belles réussites, toujours les mêmes. A l'opposé, il existe des choses "peu-glorieuses", toujours les mêmes.

Comment est-il possible de voir encore présentés à notre époque, des vins végétaux, dilués ou même les deux à la fois?

 

Ce cri du cœur est celui d'une amoureuse de la vigne et du vin. Les crus classés sont des domaines magiques qui peuvent produire des véritables chef-d'œuvres, des vins d'exceptions capables de procurer de vrais émotions chez ceux qui les dégustent. Leurs noms sont mondialement connus et leur commercialisation est d'une facilité déconcertante comparée à celle de la masse des autres vins.

 

Dans ce contexte si privilégié, certains sont capables de dégrader leur joyau au point de ne pouvoir proposer que des vins fantômes, véritables ombres de ce qu'ils pourraient être sans bien plus d'effort ni de moyens financiers.

C'est pour cela que les propriétaires de Crus Classés devraient être convaincus du fait qu'un Cru Classé se mérite.

 

Tous les jours ils devraient se souvenir de la chance qu'ils ont d'en posséder un et donc tout faire pour en être dignes.

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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 17:59

La semaine intensive de dégustations "primeur 2007" s'achève à Bordeaux.

Comme prévu, elle a été pour moi l'occasion de rencontres avec des clients déjà convaincus et aussi d'autres que j'espère avoir convaincus.

 

Tant que la commande n'est pas signée, on n'est jamais sûr de rien! Cependant comme cela a été le cas par deux fois ces jours-ci, lorsque c'est la personne qui fait elle-même la démarche vers vous, les chances de succès sont bien plus fortes! On verra bien...

 

J'ai aussi profité de quelques temps libres pour aller déguster quelques vins de collègues en biodynamie dont le syndicat (Biodyvin) organisait une dégustation chez notre ami Alain Moueix au Château Fonroque à Saint-Emilion.

Lors de mon passage en biodynamie, j'avais envisagé d'adhérer à ce syndicat dont je me sens très proche. J'ai même subi les contrôles annuels qui sont effectués par Ecocert pour le compte de Biodyvin. Mais le prix de la cotisation annuelle m'a paru très élevé, en comparaison de la taille de mon domaine et du prix de mes vins.

Il y a déjà la facture obligatoire à régler à Ecocert dans le cadre de la lutte biologique.

Le passage en bio n'est pas du tout un acte gratuit. Et le prix à payer peut en rebuter certains. Maintenant le législateur compense une partie du coût par des subventions. La logique serait plutôt de moins taxer pour ne pas ensuite avoir à subventionner!

Finalement, après discussion je m'interroge. Le fait d'être affilié à un syndicat n'améliorerait pas mon engagement vers la biodynamie que je pratique avec sincérité et conviction. Mais, dans l'esprit des consommateurs, il existe tellement de domaines qui se réclament de la biodynamie sans réellement la pratiquer que l'appartenance à Biodyvin peut constituer un gage de bonne foi.

Ce n’est malgré tout pas très grave car dans la vie, il y a des problèmes plus épineux à résoudre…

 

J'ai donc dégusté de très beaux vins de la France entière. Mon attention a été cependant plus concentrée vers les vins d'Alsace car Jean-Michel et moi sommes en réflexion sur les vins blancs de notre vignoble.

Avec l'arrivée de la muscadelle, l'élevage en barriques a évolué vers une présence du boisé moins importante. Ce cépage, aux arômes fins et subtils, ne semble par vouloir partager la vedette avec le chêne !

Nos goûts vont de plus en plus vers les élevages en cuves et des bâtonnages très modérés.

Il faut dire qu'après plusieurs années de culture biodynamique, les vins ont changé et expriment beaucoup plus de minéralité, et cela de plus en plus tôt.

C'est du reste assez impressionnant de voir avec quelle facilité la vigne peut réagir positivement à des soins attentifs.

Nos goûts semblent donc nous attirer actuellement vers des relations directes et sans concession avec les cépages; une sorte de "mano-à-mano" selon le terme taurin.

Ce type d'élevage n'est-il pas tout simplement un simple retour en arrière vers des pratiques classiques à Bordeaux pour l'élaboration des vins blancs ; c'est-à-dire des vins aromatiques mais pas caricaturaux, des structures en bouche fraîches mais pleines et longues. En somme des vrais vins de soifs, au sens noble du terme, à consommer à table avec des mets élaborés.

 

Sur ce terrain, les vins d'Alsace de cette dégustation semblent être porteurs d'enseignements pour moi. Il ne faut pas oublier leurs producteurs qui par leur connaissance, mais aussi leur sagesse et les relations passionnées qu'ils ont avec leurs vignes, sont une source d'inspiration pour moi.

 

Après ce grand bol d'air à Fonroque, j'ai pu vérifier en traversant les régions viticoles prestigieuses, que les désherbants chimiques ont encore de beaux jours devants eux !

 

Je me suis aussi demandée comment des Grands Crus sont encore capables en 2008 de recevoir leurs clients ou les journalistes au milieu de parcelles de vignes qui font penser à des paysages lunaires dépourvus de toute vie.

La réponse m'a semblé évidente : le manque d'amour pour la vigne.

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 07:20

Après plus de 6 ans de présence sur le domaine, Jean-Louis notre vigneron a décidé de tenter une nouvelle aventure dans un grand vignoble local.

Il est très honnête et sérieux dans son travail et je lui souhaite bonne chance dans sa nouvelle vie.

Son départ a été motivé par la petite taille des souches de nos vignes à forte densité et aussi le fait que chez nous les travaux sont surtout manuels car notre viticulture se détache de plus en plus de la mécanisation.

Il quitte notre petit vignoble en bio, labouré et à faible écartement pour un grand domaine constitué de vignes hautes et larges, en lutte chimique (raisonnée) et désherbage chimique.

 

Je respecte totalement ce choix que j'ai des difficultés à comprendre car j'ai toujours tendance à penser que les gens ont la même passion que Jean-Michel et moi pour la vigne. Lorsque je suis dans mes parcelles j'ai le sentiment qu'elles "irradient" du bonheur aux personnes qui s'y trouvent. J'ai l'impression que ma vigne est reconnaissante de toutes les attentions que je lui porte.

 

Tous les ans, je suis la seule à vendanger intégralement à la main dans la région. Je suis donc amenée à employer une quinzaine de personnes de tous les horizons. C'est une équipe suffisant grande pour avoir un éventail de notre société mais elle est encore assez petite pour observer assez finement les gens et leur comportement vis-à-vis de la vigne.

Ainsi, certains vendangent uniquement pour gagner de l'argent et pourraient travailler dans n'importe quel secteur d'activité.

Par contre d'autres perçoivent la magie qu'il y a avec les ceps au raz du sol dans les vignes à forte densité, les parcelles labourées comme autrefois, les grappes bien disposées sur les souches et le confort de travail dans des parcelles en lutte biologique.

Parmi tous les vendangeurs que j'ai pu voir, une dame mérite une attention particulière. Elle s'appelle Nadia et travaille le reste de l'année "aux petites façons" chez un entrepreneur de travaux agricoles. Tout comme moi, elle semble être en communion avec la vigne. Et lorsqu'elle vendange, naturellement et sans vraiment s'en rendre compte, elle est pleine d'attention pour mes vignes qu'elle ne voit qu'une fois par an. Si une branche dépasse du palissage, elle la passe entre les fils de fer avec un geste proche de la caresse. Elle va redresser un jeune plant "bousculé" par le tracteur lors des derniers traitements...


Elle n'est pas payée pour le faire et personne ne lui demande. Mais elle le fait parce que tout simplement, elle aime la vigne!

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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 08:04

Lorsqu'on apprend une nouvelle technique, il est d'usage de commencer par des cas d'école, c'est-à-dire des choses simples. Par la suite, on se confronte à des situations plus complexes.
C'est un peu ce qui nous arrive avec la biodynamie.
On a appris à faire les traitements biodynamiques en jour "fruit". C'est assez pratique car, en général, il ne pleut pas en jour "fruit".
Ainsi, depuis quelques jours, nous avions planifié notre traitement "bouse de corne" (=500) de débourrement pour le week-end dernier ; les deux jours étant en jour fruit.

Cependant, les pluies des jours précédents ne nous ont laissé que peu de chance de pouvoir passer dans les parcelles ; de façon sure le samedi les sols étaient encore trop humides.
Puis, le dimanche, sans se désespérer, Jean-Michel est allé faire un tour des vignes pour apprécier la situation. Il est revenu relativement optimiste car mis à part quelques flaques d'eau, il était possible de passer.

 

Les vignes à 1 mètre ont ainsi pu être traitées, même si la pluie est arrivée dans les derniers passages.
Par contre, les autres vignes n'ont pas pu bénéficier de ce traitement. Le tracteur prêt à partir est resté dans le garage.
C'était sûrement le dernier jour fruit "utilisable" avant le débourrement. Les prochains seront-ils secs ou ressembleront-ils à celui-là ? C'est évidement un mystère.

Au-delà de cette question, d'autres plus fondamentales me viennent à l'esprit.

Faut-il systématiquement respecter les jours "fruit" au risque de ne pas pouvoir passer ce jour là? Doit-on privilégier les conditions de portance des sols plutôt que les jours "académiquement" favorables?
Jusqu'à quel niveau d'humidité des sols peut-on décider d'effectuer ces traitements biodynamiques, donc "non-indispensables" à la survie de la plante ou de la récolte? Ainsi, un passage en conditions trop humides n'est-il pas plus préjudiciable (par les ornières et le tassement générés) que l'effet positif espéré du traitement lui-même (meilleure expression du terroir) ?

 Toutes ces questions, on se les pose tout le temps. Heureusement, il n'existe pas de vérité absolue. L'essentiel n'est-il pas tout simplement de justement ne pas avoir de certitude?

 Au moins, de son traitement partiel du vignoble, Jean-Michel a ramené quelques clichés qui feront de vous un chauffeur d'enjambeur en action.

Il y a d'abord la vision de l'avant depuis la poste de conduite.


Puis, la surveillance des jets à l'arrière avec les indispensables rétroviseurs.

Enfin quelques semaines avant de début des labours, la position haute permet de détecter les plus gros cailloux, remontés l'an dernier et qui ne manqueront pas de faire parler d'eux lors du passage de la décavailloneuse...

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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