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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 07:39

A un moment où on s'apprête à commémorer le quarantième anniversaire de mai 68, il est de bon ton de faire une petite allusion à cette époque troublée et aux slogans célèbres qui sont restés dans l'histoire.

Certes, je n'ai malheureusement pas l'ambition que le mien soit promis à la postérité, mais il reflète pourtant la situation actuelle dans mon vignoble.

L'an dernier, on avait chaud, tout était sec et on promettait un été 2003 bis. En fait, la réalité a été très différente…

Cette année, c'est un peu le contraire. On regarde le pluviomètre régulièrement pour essayer de mettre des chiffres sur la pluie qui tombe sans trop s'arrêter.

 

La suite du chantier de complantation est difficile tant les sols sont détrempés. La brouette roule difficilement pour distribuer les marquants et enlever ceux qui sont cassés. La roue est engorgée de terre. Elle roule avec difficulté et il faut beaucoup d'énergie à Jean-Michel pour la pousser.

Régulièrement, il faut racler la terre avec un vieux piquet pour retrouver des conditions presque normales… pendant quelques minutes. Il est vrai que dans les vignes labourées et sur nos sols argilo-calcaires, toute pluie rend la terre "amoureuse", c'est-à-dire collante.

 Bien-sûr, on pourrait faire comme beaucoup et désherber chimiquement (voir photo ci-dessous). Là, on peut accéder aux parcelles toute l'année quelque soit les conditions. Il n'y a même pas besoin de bottes.

 

Nous avons choisi un autre chemin. Celui du respect de la nature et de la vérité des terroirs. Il faut donc l'assumer et nous le faisons. C'est même ce qui peut nous aider à surmonter des difficultés telles qu'une brouette qui ne veut plus avancer!

 

On arrive aux environs du 1er mai et aucun travail du sol n'est possible. Heureusement dans notre malheur, l'herbe ne s'est pas trop développée. J'ai l'impression depuis plusieurs années en comparant mes vignes à celles des voisins que plus on essaie de détruire les "mauvaises herbes" plus les vignes se salissent vite.

Les labours traditionnels que nous faisons permettent de garder la vigne assez propre avec peu de passages d'outils. C'est magique. Non c'est logique! En respectant les sols, ils nous le rendent à leur façon.

Autour de nous, très peu de gens labourent leurs vignes. C'est donc dans la région de Saint-Emilion que l'on peut se faire une vraie idée de l'avancement du travail du sol. Un rapide coup d'œil semble indiquer que les gens en sont au même stade que moi ou presque. C'est rassurant!!

Il y a aussi les traitements qui vont arriver. Il est inenvisageable de penser rouler dans les parcelles avec le tracteur pour le moment.

Que pouvons-nous faire à part attendre?

Le plus sage est surtout de rien faire qui aille à l'encontre du sol et de la vigne. Avec beaucoup d'énergie et de volonté, on peut encore faire quelques travaux manuels.

Pour le reste, on attendra. Après avoir commencé avec des sentences célèbres, on peut finir avec une autre qui a le mérite de nous arranger et de nous tranquilliser : après la pluie vient le beau temps.

C'est toujours le cas, depuis des millénaires. Ce sera encore vrai cette fois… du moins je l'espère!

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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 07:22

Dans mon billet précédent, je vous parlais de la complantation.

 J'ai ramené quelques clichés pour ceux qui n'ont jamais vu comment faire.

 Les ceps morts dans l'année sont coupés et brulés. Puis à l'automne, nous réalisons un trou à l'aide d'une tarière attelée au tracteur. Le but est double. Il s'agit avant tout d'ameublir la terre pour favoriser la pousse du futur plant de vigne. On en profite aussi pour enlever le plus possible des racines de la souche morte, qui pourraient être des refuges à champignons ou autres organismes agresseurs de la vigne. A cette époque, mes journées sont déjà particulièrement remplies car les vinifications battent leur plein. Il me faut donc l'aide de mon beau-père qui ne consent à venir que lorsque les palombes ne passent pas.

Pour faire un petit aparté, cette chasse est une véritable tradition locale. Chez nous, les palombières sont de véritables maisons dans les arbres et au sol. Les installations les plus sophistiquées bénéficient d'ascenseurs et de tout le confort moderne ou presque. Je présume qu'il y a même une sorte d'émulation entre les "paloumayres" (à prononcer en articulant bien pour retrouver l'accent patois local...) qui rivalisent d'ingéniosité et d'audace pour améliorer leurs jouets. La constante d'une palombière à l'autre et sûrement la quantité impressionnante d'entrecôtes englouties et de bouteilles vidées...
Par contre, les trophées de chasse sont présents uniquement dans l'esprit échauffé des chasseurs lorsqu'ils parlent avec passion des différents vols qu'ils ont posés ou pas. Ainsi, j'attends encore de voir mon beau-père revenir avec une palombe.
A la saison, si les cuves me laissent un peu de répit, j'essayerai de faire quelques photos.

 Pour en revenir à la complantation, la terre préparée se tasse dans l'hiver sous l'action de la pluie.

 Au printemps, il suffit de placer le petit piquet, appelé marquant. Il doit être aligné dans les deux sens ; dans le sens du rang pour ne pas augmenter les risques d'accrocher le plant avec les charrues et dans le sens transversal afin que chaque cep adulte bénéficie de la même longueur de palissage.

 

Puis on effectue la plantation avec un outil approprié.

 

Enfin, l'opération finale consiste à attacher le plant au marquant pour le rendre plus solide lors du passage des charrues.

Il est possible d'utiliser des liens synthétiques qui ont l'avantage de résister longtemps, parfois plus longtemps que la souche elle-même... Ensuite, ils resteront dans le sol pendant quelques décennies ou même quelques siècles comme de véritables héritages pour les générations futures!!!
 

Vous l'avez compris, nous utilisons du raphia naturel qui disparaitra en une saison et qu'il faudra remplacer plusieurs fois le temps que le jeune pied devienne assez fort pour se battre seul contre les charrues. C'est plus long mais bien plus satisfaisant! 

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 07:30

Un rapide tour de vignes vient de montrer des dégâts de gel. Il n'aura fallu que quelques heures d'une seule nuit pour mettre à mal une partie de la récolte et de nos espoirs. Certains s'en sortiront sans encombre, d'autres comme nous sont partiellement atteints. Les reportages à la télé semblent montrer qu'il y a bien pire que nous car des arboriculteurs ont tout perdu ou presque. Beaucoup avaient déjà des situations financières précaires ; ce gel ne va pas les arranger.

 

Nos souches au ras du sol ne constituent pas les meilleures assurances contre le gel. Mais c'est là que le vin est le meilleur.

La présence d'herbe sur le sol est aussi un facteur favorisant le gel. Nos vignes n'ont pas d'herbe semée mais seulement le couvert végétal normal et naturel de fin d'hiver, quelques semaines avant les labours. L'alternative à cette présence végétale aurait été le désherbage chimique, mais c'est évidement une solution incompatible avec notre philosophie.

Les conditions pluvieuses n'ont pas permis de pouvoir entrer dans les parcelles pour les labourer. On pensait aussi épandre du soufre (poudrage ou pulvérisation) qui par la feu intérieur qu'il contient peut constituer une petite aide. Mais il pleuvait en permanence. Quand on sait que des parcelles sont sur le lieu-dit "terre grasse", on comprend bien que c'est collant quand il pleut...

 

C'est un coup dur que l'on reçoit dans le ventre et qui fait baisser notre motivation...avant de faire baisser notre porte-monnaie dans un an ou deux.

 

Pourtant, la vigne est là et a encore besoin de nous, peut-être plus qu'avant.

Les projets et les prévisions prennent une saveur amère.

 

Nous avons cependant pris nos outils pour aller complanter les parcelles, c'est-à-dire mettre en terre de jeunes plants pour remplacer les morts de l'année.

Dans une météo passant du franc soleil à une ambiance d'apocalypse, raidis dans nos imperméables, l'estomac noué, nous avons travaillé pour assurer l'avenir de notre domaine alors que la récolte prochaine est hypothéquée.

 

C'était une situation surréaliste et pathétique.

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 07:33

Il y a quelques jours alors que Jean-Michel et moi étions occupés à préparer une commande de bouteilles, mon regard s'est posé sur un objet présent dans le bâtiment de stockage de bouteilles mais que nous ne remarquons plus depuis plusieurs années.

Pourtant, il nous a accompagnés durant quelques temps...

Il s'agit d'une étiqueteuse à bouteilles, autocollante, en bois et entièrement manuelle!

 

Pendant les premières années de notre installation, nos moyens financiers étaient si faibles qu'il était impossible de nous équiper de matériel pour travailler confortablement et efficacement.

Le domaine n'avait jamais produit de vin en bouteilles avant nous. Les premières mises ont été faites en "4 opé" par un prestataire, c'est-à-dire jusqu'à l'habillage, la mise en caisses et la palettisation. Ainsi, on pouvait présenter des bouteilles parfaitement préparées.

Mais, par souci d'économie, certains lots ont été mis en bouteilles en "tiré-bouché" et stockés dans des casiers prêtés par un ami.

L'habillage devait être fait par nos soins. C'est là que l'étiqueteuse manuelle est entrée en action…

Mais avant cela, il fallait accéder aux bouteilles stockées difficilement dans un endroit inapproprié. La première chose à faire était d'enrouler partiellement la bâche plastique qui protégeait notre précieuse récolte des gouttières, d'une toiture plus que centenaire et jamais vraiment réparée.

Puis avec une échelle, Thomas et Laure, alors jeunes enfants, montaient dans les casiers pour remplir des seaux avec 6 à 8 bouteilles. Il y avait souvent des disputes entre eux pour savoir qui devait aller dans le casier. C'était une place très prisée…

A mi-hauteur sur l'échelle, Jean-Michel faisait le transfert des seaux que je récupérais au sol avant de les vider à proximité de l'étiqueteuse.

Il nous est arrivé de vider en une fois, un casier de 600 bouteilles de cette façon!

Puis, les bouteilles couvertes de poussière devaient être lavées. La capsuleuse était elle aussi prêtée.

Enfin, l'opération d'étiquetage nécessitait un certain doigté de la part de Jean-Michel car il fallait tourner la manivelle à vitesse constante puis arrêter à un moment bien précis pour ne pas coller une deuxième étiquette sur la même bouteille.

Parfois, lorsque les conditions étaient humides, les étiquettes se décollaient aussitôt. Une compression avec la paume de la main pendant quelques secondes était nécessaire pour les fixer aux bouteilles.
Une fois les palettes préparées et filmées, il n'y avait pas de surface lisse et bétonnée pour les déplacer.

Le chariot élévateur n'existait que dans nos rêves et c'est le tracteur qui était mis à contribution.
C'est comme cela que nous avons commencé.

Il reste des souvenirs mais pas d'amertume car l'amour de notre métier et la foi dans le projet ont permis de déplacer des montagnes.

Depuis, les choses se sont améliorées. Des bâtiments ont été construits en 2003. Un transpalette neuf et un gerbeur électrique se déplacent à volonté sur une surface aussi lisse qu'un billard et peuvent même aller à l'extérieur dans la cour bétonnée pour charger les camions.

L'étiqueteuse en inox est gérée par un automate pour capsuler étiqueter et contre-étiqueter.
Il n'y a pas de gouttières à redouter pour les cartons.

Bref, rien de bien spectaculaire mais tellement satisfaisant pour nous.En ayant connu des moments difficiles, on peut savourer les améliorations.

L'étiqueteuse en bois restera gravée dans nos mémoires sans rancœur pour les moments difficiles mais sans nostalgie non plus.



Elle représente tout simplement un moment de notre histoire.

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 10:04

Tout le monde connait l'expression : "l'herbe est plus verte ailleurs".

Mais tout le monde a entendu Francis Cabrel chanter : "il a fait tout le tour de la terre, il n'a pas trouvé mieux".

 

Ainsi, après quelques jours dans son nouveau poste, notre désormais ancien salarié, Jean-Louis (voir billet du 2 avril), vient de nous faire part de son envie pressente de revenir travailler au Champ des Treilles.

 

C'est une nouvelle que nous prenons avec une certaine fierté car elle montre que les conditions de travail que nous offrons ne sont finalement pas si mauvaises que cela.

 

Il faut cependant rester prudent car les raisons qu'il a invoquées pour motiver son départ son encore présente dans mon esprit.


De plus, les déboires conjugaux de notre Président de la République semblent nous rappeler qu'il est très difficile de repartir dans une nouvelle aventure commune après une séparation!...

 

Donc, il faut tout envisager mais garder la tête froide et une vision objective de cette situation inédite.

Pour l'instant, il a toujours un travail et n'est pas à la rue. C'est le principal.

 

Pour le reste, on fera au mieux,...comme d'habitude.

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 07:20

Après plus de 6 ans de présence sur le domaine, Jean-Louis notre vigneron a décidé de tenter une nouvelle aventure dans un grand vignoble local.

Il est très honnête et sérieux dans son travail et je lui souhaite bonne chance dans sa nouvelle vie.

Son départ a été motivé par la petite taille des souches de nos vignes à forte densité et aussi le fait que chez nous les travaux sont surtout manuels car notre viticulture se détache de plus en plus de la mécanisation.

Il quitte notre petit vignoble en bio, labouré et à faible écartement pour un grand domaine constitué de vignes hautes et larges, en lutte chimique (raisonnée) et désherbage chimique.

 

Je respecte totalement ce choix que j'ai des difficultés à comprendre car j'ai toujours tendance à penser que les gens ont la même passion que Jean-Michel et moi pour la vigne. Lorsque je suis dans mes parcelles j'ai le sentiment qu'elles "irradient" du bonheur aux personnes qui s'y trouvent. J'ai l'impression que ma vigne est reconnaissante de toutes les attentions que je lui porte.

 

Tous les ans, je suis la seule à vendanger intégralement à la main dans la région. Je suis donc amenée à employer une quinzaine de personnes de tous les horizons. C'est une équipe suffisant grande pour avoir un éventail de notre société mais elle est encore assez petite pour observer assez finement les gens et leur comportement vis-à-vis de la vigne.

Ainsi, certains vendangent uniquement pour gagner de l'argent et pourraient travailler dans n'importe quel secteur d'activité.

Par contre d'autres perçoivent la magie qu'il y a avec les ceps au raz du sol dans les vignes à forte densité, les parcelles labourées comme autrefois, les grappes bien disposées sur les souches et le confort de travail dans des parcelles en lutte biologique.

Parmi tous les vendangeurs que j'ai pu voir, une dame mérite une attention particulière. Elle s'appelle Nadia et travaille le reste de l'année "aux petites façons" chez un entrepreneur de travaux agricoles. Tout comme moi, elle semble être en communion avec la vigne. Et lorsqu'elle vendange, naturellement et sans vraiment s'en rendre compte, elle est pleine d'attention pour mes vignes qu'elle ne voit qu'une fois par an. Si une branche dépasse du palissage, elle la passe entre les fils de fer avec un geste proche de la caresse. Elle va redresser un jeune plant "bousculé" par le tracteur lors des derniers traitements...


Elle n'est pas payée pour le faire et personne ne lui demande. Mais elle le fait parce que tout simplement, elle aime la vigne!

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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 08:04

Lorsqu'on apprend une nouvelle technique, il est d'usage de commencer par des cas d'école, c'est-à-dire des choses simples. Par la suite, on se confronte à des situations plus complexes.
C'est un peu ce qui nous arrive avec la biodynamie.
On a appris à faire les traitements biodynamiques en jour "fruit". C'est assez pratique car, en général, il ne pleut pas en jour "fruit".
Ainsi, depuis quelques jours, nous avions planifié notre traitement "bouse de corne" (=500) de débourrement pour le week-end dernier ; les deux jours étant en jour fruit.

Cependant, les pluies des jours précédents ne nous ont laissé que peu de chance de pouvoir passer dans les parcelles ; de façon sure le samedi les sols étaient encore trop humides.
Puis, le dimanche, sans se désespérer, Jean-Michel est allé faire un tour des vignes pour apprécier la situation. Il est revenu relativement optimiste car mis à part quelques flaques d'eau, il était possible de passer.

 

Les vignes à 1 mètre ont ainsi pu être traitées, même si la pluie est arrivée dans les derniers passages.
Par contre, les autres vignes n'ont pas pu bénéficier de ce traitement. Le tracteur prêt à partir est resté dans le garage.
C'était sûrement le dernier jour fruit "utilisable" avant le débourrement. Les prochains seront-ils secs ou ressembleront-ils à celui-là ? C'est évidement un mystère.

Au-delà de cette question, d'autres plus fondamentales me viennent à l'esprit.

Faut-il systématiquement respecter les jours "fruit" au risque de ne pas pouvoir passer ce jour là? Doit-on privilégier les conditions de portance des sols plutôt que les jours "académiquement" favorables?
Jusqu'à quel niveau d'humidité des sols peut-on décider d'effectuer ces traitements biodynamiques, donc "non-indispensables" à la survie de la plante ou de la récolte? Ainsi, un passage en conditions trop humides n'est-il pas plus préjudiciable (par les ornières et le tassement générés) que l'effet positif espéré du traitement lui-même (meilleure expression du terroir) ?

 Toutes ces questions, on se les pose tout le temps. Heureusement, il n'existe pas de vérité absolue. L'essentiel n'est-il pas tout simplement de justement ne pas avoir de certitude?

 Au moins, de son traitement partiel du vignoble, Jean-Michel a ramené quelques clichés qui feront de vous un chauffeur d'enjambeur en action.

Il y a d'abord la vision de l'avant depuis la poste de conduite.


Puis, la surveillance des jets à l'arrière avec les indispensables rétroviseurs.

Enfin quelques semaines avant de début des labours, la position haute permet de détecter les plus gros cailloux, remontés l'an dernier et qui ne manqueront pas de faire parler d'eux lors du passage de la décavailloneuse...

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 15:32

Actuellement, le Bordeaux viticole est en effervescence avant les dégustations "Primeur" de la semaine prochaine.

Pour ceux qui ne seraient pas au fait de cette tradition, il s'agit de présenter aux professionnels le vin de la dernière récolte, cette année le 2007, alors qu'il est encore en élevage pour plusieurs mois.

Il est évident que ces dégustations concernent avant tout les grands noms de la viticulture bordelaise, pour qui la vente en primeur est une tradition séculaire.

Mais depuis quelques années, la médiatisation aidant, la présentation des vins en primeur à Bordeaux est devenue une grande messe qui attire des milliers de visiteurs professionnels du monde entiers.

Comme dans le cas du festival d'Avignon, à côté des dégustations "officielles" initiées par l'Union des Grands Crus par exemple, il existe des dizaines des dégustations "off", ne regroupant souvent que quelques producteurs, locaux ou non, qui comptent bien profiter de cet afflux pour faire la promotion de leurs vins.

Les revues spécialisées font aussi un panorama complet de la production annuelle de la région à cette occasion.

 

A notre modeste niveau, cette période est un bon moment pour montrer les derniers nés de nos millésimes et éventuellement être cité dans des magazines.

Mais avant tout, c'est une formidable opportunité d'avoir dans la région tous nos clients éloignés, dont certains ne viennent en France qu'une fois par an.

 

Mon emploi du temps n'est pas celui d'un ministre, car je me limite à un, voire deux rendez-vous par jour. La plupart du temps c'est sur le domaine que je rencontre ces clients (actuels ou futurs). La visite commence évidemment dans le vignoble puis les chais. La dégustation a lieu dans la maison et se prolonge parfois plusieurs heures lorsque les interlocuteurs sont aussi passionnés (et bavards) que moi. Si possible, on termine par un bon repas (du moins j'espère qu'il est bon) à la maison avec les mets traditionnels de la région qui sont accompagnés par les vins de notre gamme. La seule "entorse" à cette règle vient du Cognac qui n'est bien-sûr par le nôtre. Mais comme il est cher à notre cœur puisqu'il s'agit d'un Cognac TESSERON, je pense être excusée...


Ainsi, je souhaite garder un caractère convivial à ces rencontres et faire ressentir aux invités, professionnels ou même particuliers, qu'au-delà des vins qu'ils dégustent, il y a notre âme que nous transmettons à ces vignes qui sont une partie de nous-mêmes.

 

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25 mars 2008 2 25 /03 /mars /2008 13:18

Depuis plusieurs années, Jean-Michel et moi sommes de plus en plus convaincus du contraire!

Ayant appris à les observer, nous sommes toujours en admiration devant leur sophistication.

Ainsi, beaucoup de fleurs se ferment avant une pluie pour protéger étamines et pistils.

En ce moment, c'est la période de pleine floraison des pissenlits. Nos vignes n'en contiennent que très peu car cette plante est un marqueur d'une forte vigueur. Même si la couleur est belle à regarder, il n'est jamais bon signe pour la qualité des vins de voir des vignes envahies de jaune à cette saison!

Photos-0231.jpgAutour de la maison, quelques fleurs fermées semblaient indiquer qu'il n'était pas judicieux d'aller dans les vignes,...du moins sans l'équipement imperméable approprié!

Nous sommes cependant partis partiellement protégés pour réparer les fils de fer et préparer ainsi le passage des charrues lorsque les conditions seront propices.

Malheureusement, les pissenlits ne s'étaient pas trompés et la pluie est venue, froide et violente ; nous obligeant à battre en retraite.

Puis, ce n'est qu'avec une tenue parfaitement adaptée que nous avons pu mener à bien notre travail.

Une fois de plus, c'est avec humilité qu'il a fallu reconnaître que notre société ne nous apprend pas l'indispensable ; l'observation et le bon-sens paysan.

Nous avons beaucoup à apprendre de la nature.

 

Le pissenlit est une des plantes majeures de la biodynamie. Il aide la vigne à parfaire la maturation des raisins en amenant un Feu bienfaisant qu'il extériorise entre autres dans sa couleur.

Lorsque les conditions le permettent, c'est-à-dire que l'on se trouve en "jour fleur", je récolte les fleurs de pissenlit.

Photos-0230.jpgAprès séchage et en fonction des caractéristiques de l'année, elles seront utilisées en saison. Nous les employons en tisanes qui sont ensuite dynamisées puis pulvérisées sur la vigne.

C'est toute la culture ancestrale des agriculteurs qu'il nous faut retrouver pour redonner à la nature sa vraie place.

Plus nous progressons, moins nous avons de certitudes sur ce qui nous a été appris à l'école.

La vie est bien plus complexe que cela. Les "anciens" ont mis des centaines ou des milliers d'années pour apprendre à force d'observations. Les dernières décennies de "modernisme" ont détruit tout ce savoir.

 

Cette fois-ci, la pluie a eu raison de notre motivation à collecter ces fleurs.

Cependant, étant amateurs de choses bonnes et saines, nous nous sommes rabattus sur les feuilles qui constituent des salades colorées, bio et...gratuites à une époque de l'année où les légumes verts frais sont rares.

 

Photos-0238.jpgL'inconvénient des feuilles de pissenlit actuellement est leur amertume un peu prononcée.

La "parade" a été trouvée depuis longtemps puisque la grand-mère de Jean-Michel les assaisonnait avec une vinaigrette dont le vinaigre (de vin et  "auto-produit") avait été chauffé au préalable.

Les feuilles étant très épaisses, le vinaigre ne les cuit pas, du moins, s'il  n'est pas trop chaud.

 

Une option très appréciée par mon beau-père, et que je me refuse à mettre en pratique consiste à ajouter des lardons dans la vinaigrette!

Il paraît que c'est très bon, mais j'ai le sentiment que l'on perd alors quelque peu le caractère "sain" de ce plat.

 

Il est évident que tous les goûts sont dans la nature!!!
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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 15:55

"Taille tôt taille tard, rien ne vaut la taille de Mars".

C'est en pensant à ce vieil adage que nous avons entrepris de terminer la taille par le Cabernet-Sauvignon, les premiers jours du mois de Mars, qui avaient en plus la bonne idée d'être des jours "fruit", c'est-à-dire particulièrement recommandés pour la vigne.

La taille de ma vigne est un vrai bonheur. En plus d'agir sur la récolte suivante, on façonne la souche pour les années futures. Chaque cep est unique et demande une réflexion spécifique. Les recettes toutes faites, n'ont pas leur place. Il faut aimer sa vigne pour lui donner ce que l'on peut faire de mieux avec pour objectif de transmettre les ceps en bonne santé aux générations suivantes.

Tout juste taillées les souches commençaient à pleurer leur sève déjà remontée ; montrant ainsi que le printemps est en vue. Ces pleurs constituent la meilleure protection contre les maladies du bois. En effet, les courants de sève empêchent les spores de champignons de s'engouffrer dans les souches par les plaies de taille.

Par ailleurs, nous utilisons aussi le petit lait donné par un ami producteur de fromage. Les bactéries contenues dans ce liquide merveilleux colonisent les plaies et empêche tout développement des champignons. C'est un moyen de lutte naturel et surtout très logique. Le petit lait est alors associé à de l'argile et un compost biodynamique. L'ensemble, dynamisé avant épandage sur les souches et le sol, protège les souches des attaques de maladies et participe à la réactivation de la vie du sol. C'est merveilleux et efficace !!!

La présence épisodique d'une future maman-lièvre donnait un sentiment de bonheur parfait.

 

Plusieurs vols de grues en migration vers le nord ont confirmé l'approche de la nouvelle saison, en nous offrant un concert de cris stridents qui trahissaient leur présence alors que nous étions concentrés.

La vue de ces oiseaux majestueux parcourant ces longs déplacements depuis des temps éloignés nous prouve une fois de plus la complexité de notre monde et nous rappelle la place toute modeste que nous y occupons en vérité! 

 

Maintenant que la taille est finie, il reste un peu de temps pour effectuer des travaux accessoires avant la pousse de la vigne. Certains sont remis à plus tard d'une année sur l'autre par manque de temps.

Cette fois-ci, la bonne humeur aidant, nous avons entrepris de nettoyer quelques mètres d'une forêt en bordure d'une parcelle pour permettre aux premières souches des rangs de bénéficier du même ensoleillement que les autres. La colonisation par la forêt est très rapide et en deux ans, une zone dégagée retrouve pratiquement sont aspect d'origine. Dans quelques jours, les jeunes arbustes seront en végétation et il sera trop tard pour toute intervention cette année.

Il reste aussi des sentiers à empierrer localement dans les zones à forte pente, des piquets de bouts à réaligner,...

Bref, rien d'indispensable mais fortement recommandé si on veut avoir la conscience tranquille à l'aube de cette nouvelle saison culturale.

Pour le reste, on en reparlera...

 

 

 

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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