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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 08:31

Les choses et les gens changent. La vie est ainsi faite. Si quelqu’un m’avait dit dans ma jeunesse qu’un jour je serais vigneronne, je ne l’aurais pas cru. Puis, les hasards de la vie ont fait que cette profession est devenue une réalité quotidienne pour moi. Ensuite, l’arrivée de la biodynamie dans nos têtes et nos parcelles a changé mes relations avec cette vigne. Je me suis mise à vraiment l’aimer en la regardant différemment. Le cep, le raisin et le vin sont devenus comme des prolongements de mon corps et de mon esprit. J’ai atteint un épanouissement personnel dans une profession qui ne m’était pas destinée.

Pourtant nos enfants qui sont nés et ont grandi dans les vignes partagés entre Pauillac et Margueron, ont fait le chemin inverse. Probablement, dans leurs têtes d’enfants puis d’adolescents, le prix que nous avions accepté de payer pour la vie de notre domaine était trop important. Trop de sacrifices pour quelques pieds de vigne et son nom inscrit en bas d’une bouteille de vin.


Ils sont partis dans une autre direction pour un autre métier, jurant bien de ne jamais toucher à la vigne.

Puis, les années passants, les stages dans le secteur viti-vinicole se succédant, on a commencé à revoir leurs verres se tendre vers les bouteilles que nous ouvrons.

Puis notre fils Thomas a souhaité apprendre à tailler et a demandé des « cours particuliers » à son père.

Sa soif d’apprendre le concret du quotidien l’amène à faire le travail comme un véritable viticulteur.

Dans leur jeunesse, Thomas et Laure nous ont beaucoup aidé mais sans avoir forcément la connaissance des actions qu’ils réalisaient. Ils étaient des « petites mains », au sens figuré comme au sens propre.

Donc, dans sa formation pratique, après la théorie et un peu de pratique derrière la maison, Thomas est passé à une autre étape, celle du rang que l’on commence pour aller jusqu’au bout et retour dans le rang d’à côté.

Il y a une grosse différence entre appréhender un travail sur des dessins avec de souches académiques ou alors sur quelques ceps choisis et faire tous les pieds d’un rang, même et surtout ceux qui demandent une vraie réflexion.

Thomas a donc fini de tailler notre parcelle de Cabernet. Jean-Michel m’a alors dit qu’il en avait enfoncé les grands piquets à la masse l’année qui a suivi la plantation, il y a plus de 30 ans, avec son frère et sous le contrôle du grand-père ; le soir après le lycée et le mercredi.

J’ai trouvé cette information émouvante car ayant Thomas avec son sécateur dans mon champ de vision, j’ai réalisé qu’il est la quatrième génération à se succéder pour servir les mêmes ceps de vigne.

Effectivement quand on parle de vigne il faut raisonner en générations et là c’est le cas.

Quelle sera la suite de cette histoire ? Je ne le sais pas et c’est mieux ainsi.

Jean-Michel a l’habitude de dire que la sève de la vigne coule dans ses veines. C’est sûrement vrai et c’est un caractère qui lui a été légué. A son tour, il a transmis cet amour de la vigne après lui.

Dans mon cas, c’est peut-être une contamination de passion viticole par mon mari. Ou alors ai-je dans mes aïeux de grands vignerons ? Du côté breton, sûrement pas. Du côté italien pied-noir, qui sait ?

Mais ma petite histoire personnelle se perd dans les méandres de la grande Histoire, celle qui m’a coupée de mes racines.

Mais c’est une autre histoire…

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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