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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 07:20

Effectivement, étant viticultrice bio et biodynamique, il semble évident que je sois contre les OGM ; on n'en attendrait pas moins de moi.

 

En fait, ma conviction est beaucoup plus profonde. On veut essayer de nous faire accepter les OGM comme des réponses respectueuses de la nature aux problèmes de la sauvegarde des récoltes ou même de la santé humaine.

 

J'ai des difficultés à imaginer comment un champ de maïs transgénique cultivé au milieu de la campagne peut participer à l'amélioration de la santé humaine...

 

Je passe aussi sous silence les OGM de Monsanto dont la finalité est de rendre les plantes résistantes au Roundup... de Monsanto. Dans ce cas, il est clair que le but est de pouvoir diffuser à la fois les plantes et le désherbant qui va avec. On est donc loin, très loin du respect de l'environnement.

 

Généralement, lorsque les gens ont la pudeur de ne pas mettre en avant des gains potentiels pour la recherche sur la santé humaine, ils font l'apologie du seul maïs OGM homologué qui permet de "lutter" contre un ravageur appelé la pyrale du maïs.

Effectivement, en quelques années les populations de cet insecte ont été multipliées dans des proportions vertigineuses dans les domaines en production intensive.

L'OGM est donc présenté comme "la" solution écologique au problème.

 

Un des travers de notre société moderne est de constater les choses, d'essayer d'y remédier souvent avec des mauvaises solutions. Mais jamais on ne se pose les vraies questions.

 

Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?

 

Qu'avons-nous changé dans notre façon de faire pour obtenir de tels résultats ?

 

Ma façon d'aborder mon métier et la vie en général m'amène depuis plusieurs années à essayer d'analyser les problèmes depuis leur base.

Ainsi, si certains en sont rendus à souhaiter avec sincérité, utiliser les OGM c'est parce que, souvent sans le savoir, ils ne respectent aucune règle agronomique de base !

 

Nos ancêtres ont mis des siècles à comprendre l'intérêt de la rotation des cultures; c'est-à-dire de ne pas cultiver toujours la même plante au même endroit, mais plutôt d'alterner les cultures. De ce fait, le cycle du ravageur est cassé et la pression agressive qu'il peut exercer est donc fortement réduite.

Planter un blé après un maïs est parfaitement judicieux.

Dans certaines régions de France, on cultive le maïs sur les mêmes parcelles, sans interruption depuis 30 ans! Dans ces conditions, comment peut-on penser ne pas avoir de problème?

 

Le mot "jachère" est resté dans le vocabulaire courant car il est maintenant attaché à des primes de la fameuse PAC (politique agricole commune dont on reparlera très bientôt). La jachère est une parcelle en repos, sans culture. Mais dans cette vision « PAC-isée » de l'agriculture, ce sont toujours les mêmes parcelles de l'exploitation qui sont en jachère, en général les plus difficiles à cultiver ou les moins accessibles. Les autres parcelles conservent la culture intensive et ne sont jamais en repos. C'est un peu comme si le chauffeur de remplacement d'un bus était toujours en repos et le chauffeur principal toujours derrière son volant jusqu'à destination. J'en conviens, c'est stupide,...mais bien réel.

 

Avant, la jachère était en fait un investissement pour l'avenir. On renonçait à une année de récolte de temps en temps pour une parcelle mais ensuite les cultures suivantes étaient en meilleure santé avec de  meilleurs rendements.

Maintenant, on ne voit que la perte de récolte engendrée par le repos du sol.

 

Pour la vigne c'est la même chose. Avant, on replantait une parcelle arrachée après 5 à 10 ans de jachère et plusieurs cultures herbacées (luzerne, avoine,...) appelées « engrais verts » et destinées à restructurer le sol. Les pathogènes du sol pour la vigne s'éteignaient d'eux-mêmes faute de nourriture.

La nouvelle plantation de vigne se développait avec harmonie et pour longtemps.

Maintenant, grâce au miracle de la chimie, certains replantent au printemps après un arrachage à l'automne précédent. Pour cela, ils "désinfectent" le sol et tuent sans discernement tout ce qui s'y trouve (bon ou mauvais). C'est magique !!!

La vigne est replantée rapidement et entre donc en production en un temps record. Certes, elle ne vieillira pas et donnera des vins au mieux quelconques sinon déséquilibrés, mais quelle importance...

Le jour où la vigne pourra être plantée sur polystyrène, on gèrera la fertilisation et la pluviométrie depuis un bureau et on pourra enfin aller dans les parcelles en chaussures de ville. Quel bonheur pour les vignerons à cravate !

 

Pour en revenir à la pyrale, il y a encore plus évident ! Les formes hivernantes passent d'une année à l'autre cachées dans les canes de maïs laissées au sol après la récolte. Il suffirait d'enfouir ces débris végétaux avant l'hiver pour que l'humidité de cette saison détruisent les œufs et permettent d'avoir moins d'attaques de l'insecte l'année suivante.

C'est tellement simple que l'on s'entête à faire autrement au nom de la rentabilité (…à très court terme).

 

Je ne parle pas des fertilisations "performantes" qui engendrent des déséquilibres tels que la plante ne peut pas rester en bonne santé.

 

L'agriculture est malade. Elle s'est progressivement appauvrie. Mais cet appauvrissement est avant tout intellectuel et c'est encore pire car il engendre obligatoirement un appauvrissement financier en ayant laissé derrière lui un paysage détruit et des ressources pillées ou polluées pour plusieurs générations.

 

Au nom de cette vision moderne de l'agriculture, on a inculqué des méthodes sans avenir en balayant d'un revers de la main dédaigneux, l'expérience de générations d'agriculteurs qui intuitivement avaient tout compris des subtilités de la vie.

 

Maintenant, on demande à des scientifiques de donner leur avis sur les OGM. Certes, mais même des jeunes enfants comprendraient la stupidité de la situation qui nous a amené au stade où se trouve l'agriculture et pourraient conclure à l'inutilité des OGM.

 

Malheureusement, il y a fort à parier que les OGM feront rapidement leur entrée officielle dans nos assiettes car grâce à des études scientifiques, on aura montré l'absence de risque de ces plantes modifiées. Evidemment, les études officielles ne porteront que sur quelques critères et sur un temps très court. Puis, les scientifiques concluront qu'il n'y a pas de risque.

Ils le feront avec la même fermeté et la même sincérité qui avaient été celles de leurs prédécesseurs lorsqu'ils vantaient les mérites du DDT, du désherbant à bananiers aux Antilles,  et autres ratés mémorables et dramatiques de la communauté scientifique…

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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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