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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 17:48
Premier café sur le banc

Quel nom étrange pour un post de vigneronne !

En fait, il signifie que pour la première fois de l’année, nous avons pu prendre un café dehors sur le banc en bois qui se trouve devant la maison.

On est encore en hiver mais le printemps est bien là, quelque part sans s’afficher totalement mais en faisant part de sa présence.

Le café sur le banc, c’est un rituel pour Jean-Michel et moi lorsque nous sommes sur le domaine.

On y prend le temps de discuter, de penser à l’avenir de la propriété, de voir nos vignes avec la bienveillance de parents et aussi de regarder la nature autour de nous.

Ce banc en bois, il fait aussi le lien avec les générations passées car il était déjà là du temps des grands-parents.
Eux-aussi, souvent s’y asseyaient le soir pour regarder le soleil se coucher et la nature s’endormir pour la nuit.

Parfois quand nous sommes heureux tous les deux dans ce bonheur simple de l’instant, Jean-Michel me rappelle que souvent son grand-père disait à sa femme « on est bien sur ce banc ».

Effectivement, c’était un endroit modeste dans une ferme modeste mais c’était des gens qui avaient vécu des moments difficiles avec le déracinement d’Italie, la vie misérable d’ouvriers agricoles dans l’entre-deux guerres, les moqueries et les brimades d’être italiens durant l’occupation. Puis pouvoir acheter un jour une ferme fut une consécration dans leur vie.

Ils n’ont jamais eu de loisirs et peu de moments à eux. Mais les instants sur le banc le soir, furent de ceux-là.


Deux générations en quelques décennies plus tard, nous vivons les mêmes instants privilégiés, d’être avec celui que l’on aime avec la nature autour de soi.


En parlant de nature, il suffisait de bouger les yeux pour en voir toute la beauté printanière.

Les jonquilles, les pommiers du japon en fleur donnaient un avant-goût de cette explosion de vie qui se prépare.

On peut aussi parler de ce couple de perdreaux qui a élu domicile autour de la maison.

Ils étaient à quelques mètres de nous, ayant compris que nous n’étions pas leurs ennemis !

Ils ne viennent pas encore sur le banc comme nous mais eux-aussi semblent heureux d’être ensemble.

C’était peut-être l’effet du banc tout proche…

Premier café sur le banc
Premier café sur le banc
7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 11:31

En début de semaine, j’ai fait un voyage semi-express en Belgique à Bruxelles.

Il s’agissait de faire une « Master-class », c’est-à-dire une petite conférence suivie d’une dégustation de mes vins.

Pour être tout à fait honnête, quand on m’a proposé cette prestation, je ne savais pas du tout ce qui se cachait derrière ce terme bizarre.

Heureusement, les explications qui m’ont été données ont dissipé mes craintes.

Je devais exposer ma vie de vigneronne au quotidien.

Parler des réalités de mon travail, mes doutes et mes joies dans la production d’un vin de Bordeaux.

J’y suis allée « la fleur au fusil » car mon objectif n’était pas de vendre des bouteilles mais simplement raconter ce que je fais et exprimer ce que je pense de mon métier, sans tabou.

Dans la salle, les questions ont fusé ; preuve de l’intérêt suscité par un vécu.

J’ai répondu, je l’espère avec clarté mais toujours avec mon cœur grand ouvert.

La passion se dégage de mon propos et les gens le ressentent.


En marge de l’évènement, j’ai pu aussi découvrir la ville de nuit et de jour et déguster des spécialités culinaires locales à commencer par les frites.

Ce n’est pas la première fois que je me rends dans ce pays voisin ; il est même un marché historique pour moi. Mais à chaque nouveau voyage, je mesure un peu mieux les liens affectifs qui me lient avec ses habitants.

Ce sont des vrais connaisseurs, passionnés par le vin.

Surtout, ils ont un cœur gros comme ça et c’est une qualité qui n’a pas de prix !

24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 10:08

Avec les pierres, je m’attendais d’une certaine façon au choc que j’allais recevoir en voyant leur scintillement me brûler la rétine au point de déranger tout mon cerveau.

Ensuite, ce fut la visite des ateliers de montres. J’y ai découvert un monde nouveau pour moi, extraordinaire, incroyable.

Je ne m’étais jamais vraiment intéressé à ces objets. Et là, j’ai pu toucher du doigt à quel point le génie de l’homme est mis à contribution pour les réaliser.

Là aussi, mon métier n’est jamais très loin et les parallèles avec le vin sont nombreux.

Beaucoup de montres ne donnent que l’heure. Beaucoup de vin ne sont que de simples boissons.

Mais certaines montres savent faire des choses en plus grâce à des « complications », c’est-à-dire des mécanismes spécifiques pour une fonction autre que le simple affichage de l’heure. Le génie de ces montres est de concentrer dans quelques mm2, des mécanismes complexes parfois très nombreux.

On peut avoir le temps universel en intégrant un siècle des variations des mouvements de le Terre. Ou alors l’aiguille des secondes qui stoppe pour bien marquer chaque seconde au lieu de filer sans s’arrêter. Il y a aussi la carte du ciel, valable à un endroit donné du globe que l’on définit soi-même. Ainsi, il existe des dizaines de complications différentes. Chacun de ces petits mécanismes supplémentaires rend la montre un peu plus exclusive.

Pour le vin, c’est aussi une accumulation de détails parfois subtils qui le fait passer du rang de simple boisson à celui d’œuvre d’art.

Beaucoup de vins peuvent être profonds, fin ou frais ; plus ces qualités cohabitent en même temps, plus le nombre de vins concernés est faible.

Finalement rares sont les vins qui concentrent toutes les qualités.

L’horloge raconte le temps ; c’est sa fonction première. Avec la course des planètes, c’est l’horloge qui matérialise le mieux le temps qui passe. Chaque seconde du temps qui passe est ainsi matérialisé dans le mouvement d’une aiguille.

Le vin raconte lui-aussi le temps.

Par sa qualité, son équilibre, il raconte le millésime et le cycle de la vigne dans ce millésime. La vigne suit aussi et interprète le parcours de chaque planète et de chaque étoile de l’univers.

Mais un vin c’est aussi le temps dans sa dimension historique. Une bouteille nous raconte un temps passé avec les gens qui l’ont fait vivre, la vie d’un domaine, d’une région ou d’un pays.

Les vignerons ne se souviennent-ils pas d’évènements au travers du cycle de leur vigne ou de leur vin ?

A la maison, j’ai accouché de ma fille alors que Jean-Michel aidait ses parents à planter une parcelle. C’était quelques années avant que nous reprenions le domaine. Ce matin du 22 mai, ma belle-mère était allée chercher Jean-Michel dans la plantation pour qu’il m’amène à la maternité.
Depuis, cette parcelle et le vin qu’elle produit tous les ans sont liés pour toujours à notre fille et à sa naissance.

Le vin raconte aussi le temps géologique. Les caractéristiques fines du vin (sa génétique en quelque sorte) sont issues du sous-sol sur lequel la vigne a poussé. Avec la dégustation du vin, on peut ainsi remonter le temps jusqu’aux ères géologiques qui ont donné ces couches du sol qui constituent le terroir.

J’ai souvent dit, ici-même et ailleurs, que la vigne est un animal. Elle a dépassé depuis longtemps le simple stade de végétal.

De la même façon, on peut aussi dire que ces montres sont des êtres vivants et ont dépassé le simple stade de machines.

Et pour ceux qui connaissent un peu les fondements de la biodynamie, elles semblent animées des forces de vie, les Ethers dont parle Steiner.

L’Ether de Chaleur, lié au temps, c’est par le ressort qu’il s’exprime. Grâce à lui, le mécanisme robuste et fiable peut assurer son rôle durant des années. Les hommes peuvent passer mais la montre reste, imperturbable aux dommages du temps.

L’Ether de lumière permet à la forme d’exister. Il s’exprime dans l’esthétique spécifique de chaque montre. La forme est le résultat d’une recherche esthétique poussée parmi toutes les contraintes mécaniques.

L’Ether de chimie est le moteur des réactions métaboliques dans le vivant « classiques » en présence d’eau. Dans les montres, c’est par des rubis lubrifiés, véritables roulements microscopiques que cette force permet au mécanisme de se mettre en mouvement. Comme dans des fonctions métaboliques, les actions de chaque composant s’enchainent dans un ordre précis pour obtenir à la fin le résultat souhaité. On ne transforme pas du sucre en alcool par une succession de réactions chimiques mais par exemple on transforme la détente d’un ressort pour donner à la fin d’un processus une indication de l’heure.

Enfin, l’Ether de vie agit en synchronisant toutes les fonctions entre elles pour créer une harmonie globale à l’ensemble. Tout fonctionne en même temps sans se gêner.

Le vivant, c’est aussi le rythme. Le respect de ce rythme est un paramètre fondamental dans le bon équilibre du vivant. Quelle chose est plus appropriée qu’un mécanisme horloger pour donner le rythme ?

Vous l’avez compris, je regarde maintenant différemment et avec un œil admiratif les mécanismes horlogers après cette visite qui fut une vraie révélation !


j’invite le lecteur à se pencher sur ces merveilles, expressions parmi les plus abouties du génie humain, mis au service du beau et du bon.

Un grand merci à ceux qui ont permis à cette visite d’avoir lieu…

19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 20:49

Récemment, j’ai eu la chance et le bonheur de visiter les ateliers de haute joaillerie et de haute horlogerie.

Toute ma vie, j’ai eu de l’admiration pour les pierres précieuses et avant tout pour les diamants.

Aussi, de voir devant soi des parures de haute joaillerie n’est pas un spectacle qui laisse indifférent.

Mais mon métier de vigneronne m’incite à tout ramener au terroir et au vin. La pierre précieuse, c’est un peu comme un grand terroir ; c’est très rare. C’est aussi l’expression de la terre.

Comme un terroir, c’est un potentiel que peuvent décrypter certains initiés alors que d’autres passeront totalement à côté sans en percevoir le génie.


Puis, pour transformer la pierre en bijou, ou transformer le grand terroir en grand vin, c’est d’abord l’expertise de l’homme qui est sollicitée. Le rôle de l’homme dans le terroir, à la fois minime et indispensable. Il faut étudier l’objet, y passer du temps pour espérer le comprendre, en déterminer toutes les subtilités. Je pense aussi qu’il est indispensable de l’aimer.

Enfin, c’est la main de l’homme qui va permettre la naissance du joyau ; par la « simple » mise en valeur du potentiel issu de la terre.


Si le caillou n’a pas de valeur ou si le terroir est médiocre, la main la plus experte n’en tirera au mieux qu’un résultat moyen, à la hauteur des faibles potentialités initiales.


Au contraire, entre de mauvaises mains, le plus grand potentiel sera dégradé. C’est malheureusement souvent le cas de grand terroir laissés aux mains d’incompétents. Il devrait y avoir un permis pour diriger des grands crus avec comme première condition, un amour sincère pour la terre !

J’espère au contraire que les pierres précieuses ne sont laissés qu’à des gens qui savent mettre en valeur plutôt que dégrader ! Contrairement au terroir, la pierre précieuse dégradée n’est plus rattrapable.

Dans le cas des pierres taillées et des grands vins, au final, il y a l’émotion. L’émotion qui laisse sans voix et qui fait qu’on ne peut pas commenter tellement la globalité est organisée dans un ensemble parfait et harmonieux.

Je laisserai le mot de la fin à Saint-Exupéry qui disait : « il semble que la perfection soit atteinte, non quand il n’y a rien à ajouter, mais quand il n’y a rien à retrancher »

Suite au prochain numéro…

13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 19:19

Depuis le début de la semaine, nous avons eu des matinées gelées avec parfois des températures assez basses (pour la région).

Pourtant l’après-midi, c’est une toute autre ambiance qui s’offrait à nous. La douceur des températures et la présence du soleil faisait penser que le printemps était presque là.

Tous les ans, c’est la même admiration de ma part pour le caractère merveilleux de la nature.

Subtilement, elle nous fait passer d’une saison à l’autre progressivement, parfois même sans s’en rendre compte.

Le matin on se réveille en hiver alors que l’après-midi, elle nous fait goûter à la douceur du printemps.

Depuis la veille, rien n’a vraiment changé mais finalement quelque chose a quand même basculé et on « sent le printemps ».

C’est comme un peintre qui d’un seul coup de pinceau va éclairer un tableau qui jusque-là était triste et sombre. Ensuite, on ne voit plus que ce trait de lumière qui efface tout le reste.


Les plantes et les animaux sont capables de ressentir facilement les messages de la nature. Mais nous, pauvres humains avons perdu cette qualité du ressenti au profit de la conscience.

La conscience nous a permis de bâtir des civilisations, faire de grandes choses et parfois aussi des atrocités.
Mais nous savons difficilement écouter la nature, savoir que la prochaine saison arrive, qu’un tremblement de terre se prépare, que l’hiver sera froid ou doux,…

Heureusement, pour l’arrivée du printemps, il y a les fleurs qui nous aident en nous soufflant l’information du haut de leurs pétales colorés !

9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 10:19
La taille est finie

Nouvelle importante dans la vie du vigneron, la taille est finie. A peine commencée, déjà finie pourrais-je dire.

Il est vrai que depuis qu’elle avait débuté à la fin de l’année 2014, de nombreuses semaines sont passées, parfois sous le froid soleil d’hiver mais parfois aussi sous une pluie intense rendant le travail difficile.

Mais malgré tout, quand on se tourne vers le passé, on se dit « déjà ! ».

Le temps semble se dérouler de plus en plus vite.


Chez nous, ce fut aussi une année charnière. Nous avons pris conscience des erreurs de taille qu’il ne faut plus commettre pour diminuer les dégâts des maladies du bois. De ce fait, nous avons débuté une nouvelle « stratégie » qu’il faudra généraliser l’an prochain. Les habitudes ont la vie dure...

J’y reviendrai plus longuement dans un autre post car c’est un sujet à part entière.

Maintenant, il reste encore beaucoup de travail à faire : pliage, piquets à changer, fils à réparer,...

Puis viendront les activités de printemps telles que le travail du sol, les complantations,…

Heureusement, notre fils Thomas a une implication très forte et beaucoup de volonté. Il faut en profiter car il termine ses études cet été et l’an prochain il sera sûrement parti vers d’autres paysages.

Cette aide providentielle est une bonne chose pour nous car avec la fin de la taille et la mi-février qui pointe son nez, c’est déjà un peu le début du printemps qui arrive.

Les feuilles de jonquilles sont sorties de terre et mesurent déjà une dizaine de centimètres.

Il semble donc que le ralenti de l’hiver ne soit plus tout à fait le même ralenti qu’au mois de décembre ou janvier.

Le mois de mars n’est plus une échéance lointaine…

6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 08:31

Les choses et les gens changent. La vie est ainsi faite. Si quelqu’un m’avait dit dans ma jeunesse qu’un jour je serais vigneronne, je ne l’aurais pas cru. Puis, les hasards de la vie ont fait que cette profession est devenue une réalité quotidienne pour moi. Ensuite, l’arrivée de la biodynamie dans nos têtes et nos parcelles a changé mes relations avec cette vigne. Je me suis mise à vraiment l’aimer en la regardant différemment. Le cep, le raisin et le vin sont devenus comme des prolongements de mon corps et de mon esprit. J’ai atteint un épanouissement personnel dans une profession qui ne m’était pas destinée.

Pourtant nos enfants qui sont nés et ont grandi dans les vignes partagés entre Pauillac et Margueron, ont fait le chemin inverse. Probablement, dans leurs têtes d’enfants puis d’adolescents, le prix que nous avions accepté de payer pour la vie de notre domaine était trop important. Trop de sacrifices pour quelques pieds de vigne et son nom inscrit en bas d’une bouteille de vin.


Ils sont partis dans une autre direction pour un autre métier, jurant bien de ne jamais toucher à la vigne.

Puis, les années passants, les stages dans le secteur viti-vinicole se succédant, on a commencé à revoir leurs verres se tendre vers les bouteilles que nous ouvrons.

Puis notre fils Thomas a souhaité apprendre à tailler et a demandé des « cours particuliers » à son père.

Sa soif d’apprendre le concret du quotidien l’amène à faire le travail comme un véritable viticulteur.

Dans leur jeunesse, Thomas et Laure nous ont beaucoup aidé mais sans avoir forcément la connaissance des actions qu’ils réalisaient. Ils étaient des « petites mains », au sens figuré comme au sens propre.

Donc, dans sa formation pratique, après la théorie et un peu de pratique derrière la maison, Thomas est passé à une autre étape, celle du rang que l’on commence pour aller jusqu’au bout et retour dans le rang d’à côté.

Il y a une grosse différence entre appréhender un travail sur des dessins avec de souches académiques ou alors sur quelques ceps choisis et faire tous les pieds d’un rang, même et surtout ceux qui demandent une vraie réflexion.

Thomas a donc fini de tailler notre parcelle de Cabernet. Jean-Michel m’a alors dit qu’il en avait enfoncé les grands piquets à la masse l’année qui a suivi la plantation, il y a plus de 30 ans, avec son frère et sous le contrôle du grand-père ; le soir après le lycée et le mercredi.

J’ai trouvé cette information émouvante car ayant Thomas avec son sécateur dans mon champ de vision, j’ai réalisé qu’il est la quatrième génération à se succéder pour servir les mêmes ceps de vigne.

Effectivement quand on parle de vigne il faut raisonner en générations et là c’est le cas.

Quelle sera la suite de cette histoire ? Je ne le sais pas et c’est mieux ainsi.

Jean-Michel a l’habitude de dire que la sève de la vigne coule dans ses veines. C’est sûrement vrai et c’est un caractère qui lui a été légué. A son tour, il a transmis cet amour de la vigne après lui.

Dans mon cas, c’est peut-être une contamination de passion viticole par mon mari. Ou alors ai-je dans mes aïeux de grands vignerons ? Du côté breton, sûrement pas. Du côté italien pied-noir, qui sait ?

Mais ma petite histoire personnelle se perd dans les méandres de la grande Histoire, celle qui m’a coupée de mes racines.

Mais c’est une autre histoire…

2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 18:48

Avec l’hiver, c’est une période propice pour la sédimentation des lies et autres dépôts dans les cuves.

Je vis cette saison avec difficulté car le froid est attaché à mon corps. Peut-être cela vient-il du fait que je n’ai pas de graisse pour me protéger ?

Pourtant, c’est toujours avec bonheur que je vois ce même froid entrer dans mon chai. Quand c’est possible, j’ouvre même les portes pour lui faciliter la tâche.

J’ai l’impression sincère de faire du bien au vin. Il a besoin du froid pour son élevage et chaque saison qui passe l’éloigne un peu plus de l’enfance pour l’amener vers l’âge adulte.

Nous en avons donc profité pour soutirer tous les lots.

Evidemment, dans ces conditions tous les mouvements des mains deviennent un peu moins sûrs. Les doigts sont engourdis par le froid et les raccords des tuyaux ne font qu’amplifier les choses.

Dans le chai, je ne sais pas travailler avec les gants donc le froid, on l’a en prise directe !

Et lorsque la pompe travaille, il y a peu de choses à faire donc il faut souvent attendre sans bouger et donc avoir encore plus froid !

Heureusement, j’ai toujours un peu de nettoyage à faire ce qui me permet de rester active pour me réchauffer.

L’idée de faire du bien au vin me donne la motivation pour supporter ces températures dans lesquelles je ne suis pas à mon aise.

Beaucoup de gens de l’extérieur voient le travail du chai avec poésie. Mais les périodes « poétiques » sont peu nombreuses. Je crois que c’est pareil partout. Quand on voit un virtuose du violon exercer son art, on est sous le charme. Par contre, on ne voit pas les années de travail acharné, l’entrainement incessant, la douleur dans les doigts.

Sans compter que le chai, c’est plus de la moitié du temps avec un tuyau d’eau à la main pour laver les cuves.

Quand il fait froid, effectivement c’est encore plus compliqué avec les habits de pluie dans les cuves et l’eau glacée qui coule sur le visage, refroidissant encore un peu plus le corps.

Heureusement, le bien-être du vin est plus important que tout. On supporte donc les doigts engourdis et les joues fraiches en sachant que le vin nous remerciera de toutes les attentions qu’on lui témoigne !

12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 13:48

Si les vins semblent s’épanouir un peu plus chaque année sous l’action de la biodynamie, on peut aussi s’attarder sur la culture de la vigne elle-même.

Un des arguments principaux des détracteurs de la culture bio, c’est justement le caractère aléatoire des rendements.

Depuis plus de 10 ans que mes vignes sont cultivées de cette façon-là, avec contrôle Ecocert. J’ai toujours fait du vin, tous les ans. Seuls les accidents climatiques ont impactés sur la production ; ce fut le cas en 2010 avec un orage de grêle mémorable. Il y a eu aussi quelques dégâts ponctuels de gel.

Mais la protection du vignoble n’a jamais hypothéqué les résultats. Il ne faut jamais dire que tout est parfait et le sera toujours ; mais plus de 10 ans, c’est quand même significatif.

Durant cette période, notre connaissance s’est aussi significativement améliorée. La biodynamie est devenue l’élément central et constant de notre raisonnement.

Dans les premiers temps, dans les têtes et dans les faits, c’était une « excroissance » de la culture bio. Puis, les choses se sont décantées et l’évidence de la globalité de l’approche s’est imposée à nous.

Cette intégration dans « le tout » nous a rendus plus performants et plus sûrs.

Certes, il ne faut jamais dire qu’on n’aura jamais de problème, mais il faut reconnaitre que les difficultés paraissent maintenant plus faciles à franchir.

La vigne est devenue plus forte et nous sommes aussi plus compétents. Quelle est la part de l’un et de l’autre, il est difficile de trancher. L’histoire de la vigne forte revient très régulièrement dans la bouche des visiteurs. C’est vrai mais je pense aussi que sans le savoir-faire du vigneron, il est hasardeux de ne faire confiance qu’à la meilleure santé de la vigne. La vigne est comme un enfant. Il peut être en bonne santé mais le parent va toujours veiller à ce qu’il soit dans des conditions lui permettant de maintenir cette bonne santé. Le parent doit anticiper les situations à risque et aussi parfois protéger son enfant pour qu’il conserve cette bonne santé. Effectivement, si l’enfant est d’une « bonne constitution », il sera d’autant plus « résistant » naturellement.

Donc, pour la vigne c’est la même chose. Il faut anticiper les épisodes difficiles et la préparer préventivement à les affronter.

Pourtant, nos consommations de cuivre ont fortement régressé. C’est aussi une des critiques récurrentes que reçoit la viticulture bio ; le cuivre. Même en année difficile, nous pouvons dorénavant afficher des doses consommées dont on n’aurait même pas rêvé, à nos débuts, pour des situations faciles.

Cela peut se faire grâce à l’utilisation de plus en plus intégrée de tisanes de plantes et préparâts biodynamiques.

Pourtant les marges de progression sont encore très importantes car un objectif réaliste reste la suppression de tout apport de cuivre.

En ce qui concerne le travail du sol, nous cherchons à mettre l’accent sur l’équilibre juste entre « propreté » des rangs et dépense énergétique.

Effectivement, c’est une obligation morale pour nous que de mettre en symétrie la consommation de carburant.

Il est donc possible de maintenir des vignes en état de vignes, avec un nombre très limités de passages par an.

Dans ce cas aussi, on peut penser que l’avenir apportera de nombreuses avancées allant dans le sens d’une plus grande neutralité environnementale. En écrivant cela, je ne pense pas à des machines nouvelles ; pas du tout et bien au contraire !

Je rêve d’un monde sans machine…

Bref, les perspectives sont immenses et il faudrait révolutionner notre métier pour le meilleur ; c’est-à-dire pour des vins de plus grande qualité et un respect de la planète plus efficace.

Il y a du travail…

9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 16:25

Nous voici arrivés en 2015. Déjà, devrais-je dire car il me semble que le « Jour de l’An » précédent (2014), c’était hier ou avant-hier.

C’est le temps des bilans. Evidemment, il en est un que je n’aime pas rencontrer, c’est le bilan comptable. Non pas que je le redoute car la situation financière de mon domaine est saine. Ma petite entreprise, ne connait pas la crise…

Mais tout simplement, je pense aux longues heures de saisie qui m’attendent. C’est vraiment du travail inutile à mes yeux car sans rentabilité et sans plaisir. C’est une obligation légale ; c’est tout.

Ce qui m’intéresse plus, c’est le bilan viti-vinicole de l’année écoulée ; celui qui peut permettre de voir nos failles et nos forces dans les conditions particulières d’un millésime. Le but finale est de s’améliorer.

Avec l’hiver, les choses sont devenues plus calmes et propices à regarder vers l’arrière. Voir ce qui a marché et ce qui a moins bien marché.


Dans la vie, rien n’est totalement blanc ou noir et les plus grandes réussites ont toujours en symétrie des aspects moins glorieux. Et inversement pour les échecs.

Dans la vie d’une vigneronne, c’est la même chose !

Je ne vais pas vous faire le couplet sur les courbes des températures ou de précipitations pour vous expliquer le millésime. Il y a des spécialistes pour cela. Ceux qui après coup trouvent évident tout ce qui s’est passé mais n’en n’ont rien dit pendant ou avant…

Heureusement, 2014 aura été une année qui, après 2013, a permis de retrouver une certaine normalité. Ce fut une vraie bouffée d’oxygène pour tout le monde. Un 2013 bis aurait été un coup fatal pour beaucoup de domaines déjà au bord du gouffre.

La vigne nous a donné de beaux raisins dans les quantités espérées ; ni trop, ni trop peu.

Année après année, la biodynamie marque toujours un peu plus nos vins de son empreinte. Et grâce à des soins pensés pour chaque terroir et chaque cépage, le résultat qualitatif est de plus en plus satisfaisant. Il semble même que chaque lot de vin ne soit vraiment mis en valeur que lorsqu’il se trouve englobé dans un assemblage.

Et c’est logique car la biodynamie, c’est avant tout la notion d’organisme agricole ; c’est-à-dire le fait que la ferme est un « tout » autonome dans laquelle chaque constituant (céréale, animaux,…) participe à l’ensemble en permettant de rendre le système cohérent.

Cependant, ces constituants pris individuellement ne peuvent pas vivre seuls. Dans l’organisme humain, chaque organe (ou chaque membre) a sa fonction pour améliorer le fonctionnement de l’ensemble mais seul, un foie (ou un bras) n’est rien.

Pour mes vins, c’est la même chose et de façon plus affirmée année après année. Chaque lot a ses propres qualités mais ce n’est qu’en mélangeant tous les lots qu’on obtient le résultat le plus qualitatif et le plus évident.

L’évidence dans un vin, c’est justement quand on se dit après avoir dégusté qu’il n’y a rien de trop ou de pas assez et que tout dans le vin est à sa place.

Suite au prochain numéro…

le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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