le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

Vendredi 16 mai 2008

Suite au très bel article « château du Champ des Treilles : au bonheur des vignes » de notre ami Eric sur son  blog (www.boiremanger.canalblog.com) certains d’entre vous qui m’ont questionnée sur la recette du velouté d’orties.

 

Il y a quelques jours, je vous parlais de la récolte de ces plantes.

Je voudrais leur rendre un vibrant hommage car elles sont de véritables bienfaitrices pour notre santé et pour celle de la vigne.

 

Au sortir de l’hiver, la consommation d’orties, qui sortent juste de terre, est une cure de jouvence.

 

Pour 4 personnes :

Il faut choisir les pointes avant qu’elles ne fleurissent et les récolter plutôt un jour fleur (pour les initiés) si on veut profiter pleinement des actions bénéfiques, ou n’importe quel jour si c’est la gourmandise qui nous guide. J’en récolte l’équivalent d’une passoire.

 

Je les rince en éliminant les tiges dures puis les essore avant de les mettre à fondre dans du beurre.

J’ajoute 4 belles pommes de terre pelées et coupées en morceaux. Je couvre d’eau à hauteur et je laisse cuire à feu doux.

 

Je mixe avec deux cuillerées à soupe de crème fraîche. C’est très facile à réaliser et ne coûte pas grand-chose.

 

Les plus curieux pourront essayer de goûter quelques feuilles crues : il faut les rouler en gardant le coté « poilu » à l’intérieur. Il est alors intéressant de noter la texture extrêmement sèche……on en reparlera lors de la réalisation des tisanes que l’on pulvérise sur la vigne.

 

Bon appétit et bonne santé !

par Corinne Comme publié dans : Cuisine du Champ des Treilles
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Jeudi 15 mai 2008

Je suis honorée de voir un billet consacré à mon travail (lien). J'aurais préféré, pour être tout à fait honnête, qu'il s'agisse plutôt de félicitations et d'un encouragement à continuer dans cette voie.

Vous remarquerez tout d'abord que je ne vous appelle pas camarade et que j'ai des difficultés à tutoyer les gens que je ne connais pas. Cela vous montrera donc que je n'appartiens ni à un groupuscule d'extrême-gauche, ni même à une quelconque communauté post soixante-huitarde en rupture avec la société libérale et ses multinationales.

 

Effectivement nous ne pratiquons pas la même viticulture et c'est tant mieux car chacun doit pouvoir vivre sa passion à sa manière avec ses propres convictions.
Je ne vais pas me livrer une fois de plus à une comparaison entre mes pratiques et la lutte "conventionnelle".

Je fais de mon mieux selon mes convictions et dans l'intérêt de mes parcelles.

 

Je dois vous signaler que votre viticulture, Jean-Michel l'a pratiquée pendant des années, avant dévoluer vers une vision plus fine de son métier. En ce qui me concerne, je la connais pour la subir tous les jours car mon logement médocain est entouré de parcelles cultivées avec ce type de lutte conventionnelle ou "bio-technique" selon votre expression. Le mot, très à propos pour une bonne conscience de façade ou pire de conviction, révèle une vraie volonté de partage car pour ne pas en profiter, je suis obligée de rentrer mon linge et fermer mes volets à chaque arrivée de pulvérisateur ; piètres solutions pour me protéger de substances qui ne sont ni bio ni techniques.

 

Chez moi, je n'utilise pas la confusion sexuelle mais là aussi je la subis autour de chez moi. Contrairement à vos suppositions, je suis opposée à cette technique qui vise à répandre dans l'environnement des litres d'une substance, de surcroit de synthèse, alors qu'elle est active à une valeur de l'ordre du milliardième de gramme. Je ne suis pas sûre que l'on maîtrise son devenir dans la nature!

 

Rien n'est jamais dangereux, mais le taux de cancer a doublé en 25 ans dans notre pays. Il n'y a bientôt plus de poissons males dans les rivières par la faute des hormones destinées aux femmes et qui ont eu la mauvaise idée de franchir la barrière des espèces. La fertilité des agriculteurs n'a jamais été aussi basse et ils ont, semble-t-il, la fâcheuse tendance à mourir dune tumeur du cerveau qui ne touche que cette profession .

Quant à moi, je suis partie une nuit  de 2006 en ambulance avec des vertiges qui me faisaient penser que jallais mourir. Jai eu des séquelles pendant 2 mois.  Je nai jamais ressenti ces maux avant cette date et plus jamais depuis.

Ma seule faute était de me trouver chez moi alors que mes voisins traitaient.

La liste est longue, très longue, trop longue.

 

Nous sommes géographiquement distants de près de 1000 km. Mais la distance qui nous sépare au niveau des idées est encore plus importante, il me semble.

Contrairement à vous, je pense qu'une substance chimique véhiculée dans la sève ne peut pas être sans conséquence sur la santé fine du végétal, ni ce qui est plus grave, sur la santé des personnes qui consomment ces produits végétaux.

Je pense aussi que les substances chimiques répandues sur le sol ne sont pas sans conséquence sur les micro-organismes quil contient et qui le rendent unique.

 

Certes, ma viticulture est plus exigeante. On doit regarder le ciel fréquemment en essayant de comprendre son évolution pour traiter au bon moment. Parfois, il faut passer et repasser presque aussitôt sans avoir à se "caler" sur un programme de traitement défini depuis le premier janvier de chaque année et qui permet de ne passer que tous les 14 jours même en cas de pluie et en y intégrant aussi les jours fériés.

 

Il faut aussi passer des heures dans le tracteur à toute petite vitesse, à surveiller des charrues qui ont parfois la mauvaise idée d'accrocher on ne sait pourquoi, un cep qui n'a pas fait parler de lui depuis 30 ans et qui un jour va vouloir se mettre en travers au point d'être arraché.

Et quand on sait que  je cultive des parcelles au lieu-dit « Terres grasses », on comprend que le sol y est parfois collant, nécessite des efforts et beaucoup dabnégation.


Il est aussi plus confortable d'avoir une double récolte sur pied puis de faire tomber l'excédant lorsque les risques divers sont passés plutôt que de viser naturellement le niveau de rendement souhaité en ayant accepté l'idée que parfois les choses ne se déroulent pas comme prévu.

 

Je n'ai ni fortune personnelle, ni gloire. Mes prix de vente, tout le monde peut les connaître sur notre site internet et voir qu'ils ne sont pas en relation avec les engagements que nous avons pour notre petit domaine.

Jean-Michel et moi sacrifions beaucoup pour cette passion. Mais la vigne et le vin nous le rendent à leur façon. C'est du moins ce que nous ressentons.

 

Je n'ai jamais cherché à imposer mes idées aux autres. Peut-être vous ai-je choqué? Ce n'était pas mon objectif.

Chacun est libre de la viticulture qu'il souhaite pour son vignoble. Je ne critiquerai pas ceux qui désherbent chimiquement ou qui vendangent mécaniquement pour des problèmes de rentabilité.

J'ai fait un autre choix qui me coûte en énergie, en fatigue et en tracas.

 

Il y a au moins une chose qui peut ressembler des amoureux du vin comme nous le sommes tous, c'est une bonne bouteille, bio ou pas, à partager avec sérénité et convivialité.

C'est pour cette raison, cher Eric, que j'aurai toujours plaisir à vous rencontrer.

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Mercredi 14 mai 2008

En ce jour gris et pluvieux, j'ai choisi de vous faire partager quelques photos de fleurs prises dans nos vignes.
Pour une fois, je ne dirai rien d'autre.

















C'est quand même beau la nature...quand elle est respectée.
par Corinne Comme publié dans : Divers
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Mardi 13 mai 2008

Avec le printemps bien installé, c'est pour nous le moment de la récolte des orties destinées aux traitements de l'année mais aussi du début de l'année prochaine. Le meilleur moment pour la récolte est en effet au début mai alors que les tiges sont suffisamment hautes pour avoir un bon rendement mais aussi avant la floraison.

Dans la mesure du possible, on choisit un jour "fleur" pour effectuer la récolte. Pourquoi un jour fleur ? Je ne le sais pas très bien. Il est supposé être le meilleur. La terre ne s'arrête pas de tourner si on ne récolte pas dans cette configuration mais le fait de refuser exprès la récolte en jour fleur serait une forme d'intégrisme aussi grave qu'une "récolte en jour fleur sinon rien".

Comme je n'ai pas l'impression de maîtriser les subtilités du vivant, je mets toutes les chances de mon côté lorsque c'est possible.

Bien qu'il existe beaucoup d'orties notamment sur les bords de la Dordogne, nous avons la chance d'en avoir des quantités phénoménales juste à côté de chez nous dans les plantations de peupliers des marais de Pontet-Canet.


Il y en a tellement qu'on pourrait alimenter tout Pauillac en orties car nos prélèvements sont insignifiants et ceux de Pontet-Canet à peine visibles.

Malheureusement, il ne semble pas y avoir d'autres candidats à l'utilisation des orties…
 

Le marais est en endroit à part. A quelques mètres des vignes et environ 200 m de notre domicile, on a l'impression d'être dans un autre monde. Il faut dire que les peupliers, maintenant âgés de 10 ans amplifient ce sentiment d'isolement car ils suppriment  l'horizon.

Dans le marais tout est vert et disproportionné. Lorsqu'on parle de forces de vie, on visualise bien de quoi il peut s'agir en regardant comment les plantes s'y développent.

 

Pour le chantier de récolte, le souci n'est pas de trouver les orties mais plutôt les endroits les plus fournis en orties "propres" c'est-à-dire sans autres végétaux.

Dans quelques semaines, le liseron des marais se sera développé et recouvrera complètement les tiges d'orties. Toute récolte sera donc impossible pour nous.

J'attrape une poignée d'orties que je coupe à la faucille. Je ne suis pas sensible à leurs piqûres sur les mains.

Par contre, c'est tout à fait le contraire dans le cas de Jean-Michel. Il est équipé de gants et de manches longues. Malgré ces précautions, il se fait piquer au niveau des poignés à l'endroit où manches et gants ne se chevauchent pas.

Les tiges sont mises dans de grands sacs jusqu'à la maison. Là, elles sont étendues sur le sol et brassées régulièrement jusqu'à leur séchage complet.

Elles sont alors de couleur très foncée et peuvent être utilisées dans les tisanes.

 

A chaque traitement, nous utilisons l'équivalent d'un kilo d'orties fraiches par ha, soit 100g d'orties séchées. Il est tout à fait possible de prendre des tiges vertes mais comme nous constituons des solutions concentrées de tisane (environ 2-3 litres par ha), il faudrait trop d'orties par rapport à la quantité d'eau. Lorsque les tiges sont sèches, elles semblent absorber l'eau au fur et à mesure qu'on les trempe dans l'eau bouillante. Nous y ajoutons d'autres plantes en fonction des besoins.

Après filtration, cette solution concentrée est ensuite diluée dans le volume d'eau nécessaire au traitement pour le nombre d'hectare, puis dynamisée.

A ce stade, la mise en œuvre est aussi facile qu'avec une boite de pesticide. La seule différence vient de l'odeur qui n'est pas la même (…ni la protection de l'utilisateur).

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Lundi 12 mai 2008

Une fois de plus, ce nouveau pont du mois de mai n’aura été chez nous que théorique. La quantité de choses à faire ne permet pas de transiger pour s’octroyer un quelconque répit.

Jean-Michel avait beaucoup de petite mécanique ou plutôt de la maintenance sur le matériel.

Même si l’essentiel des travaux est manuel chez nous, les tracteurs comptent néanmoins toutes les heures et de temps en temps, il faut bien vidanger, graisser,…

Mais il y avait aussi le dessus de la boite à vitesse de l’enjambeur à remonter après une petite panne qui nécessitait 5 minutes de réparation pour 1 bonne heure de démontage du pulvérisateur pour accéder à la pièce à changer. Puis, remontage évidemment !

Enfin, il y avait les charrues à finir de préparer pour les labours qui n’ont pas vraiment commencé. Tout le monde est impatient de pouvoir s’y mettre enfin car l’herbe ne connaît pas de jour férié dans sa pousse.

Nous utilisons des appareils très simples et traditionnels. Nous avons une défiance pour les appareils modernes de travail du sol qui sont à la fois gourmands en énergie et très peu respectueux des sols eux-mêmes. Ce n’est pas leur faute car ils ont été conçus pour laisser la terre fine et lisse après leur passage mais en aucune façon pour participer à rendre le sol plus vivant.

 

Jean-Michel a fait quelques essais dans les vignes à 1m, mais il a du se rendre à l’évidence : le sol est encore trop humide pour un travail parfait.

Il faudra encore attendre un peu. Pour nous, le fait de nous plier aux exigences de la terre ou la vigne est un élément très fort de notre engagement dans cette viticulture du respect que nous avons choisie.

Bien-sûr, nos tracteurs peuvent travailler en conditions difficiles, mais au bout du compte, c’est le sol qui subit les conséquences de cette volonté de domination de la nature.

Sur les quelques rangs décavaillonnés, nous avons pu tirer les cavaillons, c'est-à-dire finir d’enlever à la bêche, les pieds d’herbe laissés par la charrue autour des souches.

 

J’avais aussi des commandes à préparer pour l’export. Il y avait une palette pour les USA et une autre pour le Maroc. Souvent, les gens sourient ou sont étonnés lorsque j’annonce que j’exporte au Maroc depuis des années. Mon importateur local qui est aussi producteur a bâti pour mon vin une très jolie distribution dans ce pays. C’est le plus important !

 

L’an dernier, j’ai exporté environ 80% de ma production dans différents pays. Chaque fois que je reçois une nouvelle commande, petite ou grosse, j’en suis très heureuse, mais très vite dans ma tête je fais la liste de toutes les formalités nécessaires pour exporter.

Le plus terrible est que c’est souvent au niveau même de notre pays que les choses sont les plus compliquées. J’ai le sentiment désagréable que l’on se tire une balle dans le pied.

On a l’impression d’un protectionnisme à l’envers.

J’en suis arrivée à me dire que mon vin est tellement bon que l’état ne souhaite pas le laisser partir chez d’autres. Je rêve ?

 

Il faut ajouter un traitement du vignoble à ce programme. J’ai toujours beaucoup de plaisir à préparer la tisane de plantes car l’odeur dégagée est extraordinaire. Comme souvent, j’ai une soudaine envie de bulots et autres bigorneaux. C’est principalement le fenouil et le laurier qui en sont responsables.

 

Bref, encore un week-end bien chargé. Comme de plus en plus souvent, il manquait notre fils Thomas, resté à Pauillac officiellement pour réviser. Est-ce pour le bac ou les beaux yeux de Charlotte qu’il a fait ce choix ? Mystère.

Pour Jean-Michel et moi, il faut apprendre à se passer de cette aide bien pratique et que tous les paysans connaissent.

On ne sait pas si les enfants choisiront notre métier. Il ne faut pas les influencer et les orienter contre leur volonté ce serait la meilleure façon de conduire à l’échec.

Et puis, ils ont le temps de comprendre que la viticulture est le plus beau métier du monde…

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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Vendredi 9 mai 2008

Récemment et pour la millième fois depuis notre passage en bio, on vient de nous demander ce que nous utilisons pour les traitements.

Chaque fois et toujours avec la même conviction, on énumère le cuivre, en petite quantité, le soufre et les plantes. Et là, c'est toujours la même question : l'ortie : c'est contre quoi ?

Dans ce cas là, il faut rester calme et positif pour éviter de faire fuir l'interlocuteur surtout lorsqu'il a des intentions sincères et pacifiques; ce qui n'est pas toujours le cas.

Mais le mot "contre" est tout à fait caractéristique de notre société. On va essayer, sans succès, de lutter contre une maladie ou un ravageur. On sort son attirail guerrier, bien rangé derrière son habit de viticulteur.

On a alors une vision agressive de notre métier, avec des rapports de force qui dépendent en partie de la puissance de notre armement.

 

Nous, nous voulons plutôt, être "pour" nos vignes. Pour les aider lorsqu'elles en ont besoin. Pour être à leur côtés et essayer de les avoir robustes par elles-mêmes. Dans cette vision des choses, il n'y a aucun sentiment martial, mais au contraire de l'affection et même de l'amour.

 

Certains diront que c'est bien théorique ou même folklorique. Je ne le pense pas. A-t-on déjà vu des parents ne pas donner le meilleur à leurs enfants? A-t-on déjà vu des parents administrer à leurs enfants des substances qu'ils savaient être néfastes pour la santé.

Sûrement pas.

 

Pour la vigne c'est la même chose. Si nous sommes à côté d'elle, c'est pour lui donner le meilleur, proscrire ce qui pourrait l'empoisonner, afin qu'elle puisse s'épanouir seule en donnant en retour le meilleur d'elle-même.

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Jeudi 8 mai 2008

Il y a un peu plus d'un mois que je tente de vous faire partager mon quotidien et mes états d’âme. Je ne prétends pas avoir, loin s’en faut, le talent de Jean-Luc Thunevin ou Hervé Bizeul dans ce domaine.

 

Dans la tenue d’un blog, il y a quelques contraintes comme l’obligation de mettre régulièrement en forme les sujets qui me passent par la tête.

Mais il y a surtout les joies procurées par cette ouverture à l’extérieur.

 

Jean-Michel et moi ne sommes pas des caractères « expansifs » et nous n’allons pas aisément vers l’autre. C’est sûrement un handicap pour faire du commerce…

Grâce au blog, nous avons pu rencontrer des fous de vin, de véritables passionnés qui partagent le même plaisir que nous de cultiver la vigne ou de déguster du vin.

 

Parmi eux, il en est un qui force mon admiration. Tous les jours, il tient gratuitement un blog (lien) qui n’a rien à envier aux magazines dédiés à la cuisine et au vin. C’est un vrai travail de professionnel au seul service des plaisirs gustatifs.

 

Parfois, on se sent seul dans son coin avec ses problèmes. Et le fait de recevoir un message de l’autre bout de la France d’une personne qui compatit simplement  par pure amitié alors qu’on ne la connaît pas, c’est très réconfortant.

 

Enfin, il y a les pros des forums dédiés au vin et dont certains « animateurs » sacrifient leur temps libre à la découverte de vignobles et à la dégustation. Nous avons pu en  recevoir certains (lien) avec qui nous avons passé des heures de vrai plaisir autour d’une table et de quelques bouteilles...

 

Bref, tenir un blog, c’est du pur bonheur !

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Mercredi 7 mai 2008

Lors d'une promenade, mon regard a été attiré par une plantation nouvelle dans laquelle le sol m'a paru particulièrement propre. C'était louche...

En m'approchant, j'ai très vite compris que la parcelle a été désherbée chimiquement dès que les plants ont été mis en place. Depuis, avec l'arrivée du printemps, ces ceps de vigne en devenir tentent de pousser mais ils sont contaminés par le poison qui a été répandu pour leur rendre les abords plus "propres" sans effort.

J'ai donc pu en faire quelques clichés.

 

 



J'en conviens, on a mal pour eux.

En comparaison, les plants mis en terre cette année chez nous respirent la bonne santé. La différence entre les deux vient avant tout d'un manque d'amour dans la vigne et dans ce métier si particulier.


 


En voyant ces pauvres pieds pollués; je me suis souvenue des premières plantations faites après la reprise de notre domaine.

Toujours par manque de moyen, les chantiers ont été réalisés par nous, surtout Jean-Michel et moi pendant des week-ends de folie car Jean-Michel était occupé la semaine à Pontet-Canet.

Il me faut pas oublier que les plantations sont faites à une période où la vigne pousse et nécessite une attention de tous les instants. Il fallait tout faire en peu de temps; deux jours voire trois jours, arrosage compris. Au début, on plantait en pots car les prix étaient légèrement inférieurs et chaque sou économisé était pour moi une bénédiction avant d'être une nécessité, même si par la suite il y avait beaucoup plus de travail avec ce type de plant. Notre travail manuel n'était pas payant, donc le choix était vite fait...

A l'arrivée du pépiniériste, le hangar et la vieille grange se transformaient en prairie verte avec les milliers de petits pots et leur petite tige. Chaque plant était chouchouté, manipulé avec une infinie précaution car il représentait pour nous de l'argent et aussi la base de tous nos espoirs.

Le transport des caisses à l'intérieur de la parcelle était en partie fait par Thomas et Laure, alors jeunes enfants. Eux aussi, ressentaient à travers nous, l'importance de leur mission et la nécessité de soins.

Puis après la plantation, il fallait arroser. Là aussi, le sérieux était de mise. Avec mon tuyau à la main derrière la cuve d'eau, j'avais l'impression de faire du bien à chaque plant. Mais, je devais être généreuse de la même façon avec tous, pour ne pas risquer d'en affaiblir certains en manquant d'attention pendant quelques secondes.

Vers, la fin du week-end, on regardait nos montres pour évaluer s'il y avait encore assez de temps pour parfaire l'arrosage surtout dans les zones les plus caillouteuses. J'inspectais au pas de course les rangs avec l'angoisse de me trouver confrontée à une feuille flétrie, premier signe d'une agonie rapide. Certes, ici tout allait bien, mais était-ce la même chose dix mètres plus loin ?

Puis, sales et courbatus après ces quelques jours de travail qui restent marqués à jamais dans nos corps, nous repartions satisfaits du travail accompli, mais aussi l'angoisse au ventre.

Il nous tardait une chose, revenir le plus vite possible pour vérifier que tout allait bien. Parfois, un plant n'avait pas supporté sa nouvelle vie et était mort en quelques jours.

Cela constituait une déchirure pour moi ou plutôt une aiguille dans le cœur.

Enfin, lorsque ça et là, de nouvelles feuilles commençaient à apparaître, la tension baissait un peu. La plantation était "prise".

Pour en revenir aux photos, vous comprenez donc, que même si ce n'est pas chez moi, j'ai toujours mal pour les pauvres petits plants qui ne connaitront que les pesticides toute leur vie. Comment pourraient-ils transmettre la subtilité d'un terroir avec un tel régime? Le besoin de produire moins cher doit-il toujours primer au point de tremper les plants dans les désherbants?

Pour moi les réponses sont claires, pour d'autres, c'est moins sûr...

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Mardi 6 mai 2008

Et aussi bravo à Alfred et Gérard Tesseron.

Pour une fois, je ne vais pas parler de ma vie au Champ des Treilles, mais plutôt de la satisfaction que j’ai à voir les efforts de Pontet-Canet récompensés dans un millésime très difficile comme a pu l’être 2007 par Robert Parker ; mais aussi par la plupart des critiques en vin.

 

Jean-Michel donne une part importante de son énergie pour ce cru qu’il dirige depuis près de 20 ans ; même si souvent je suis jalouse du temps qu’il consacre à Pontet-Canet qui est une maîtresse séduisante s’il en est.

Les orientations extrêmes de ce domaine sont intimement liées aux évolutions que Jean-Michel et moi connaissons depuis quelques années.

 

Le millésime 2007 fut difficile pour lui. La pression des maladies et la méchanceté de certains l’ont beaucoup affecté. Mais il faut ajouter aussi un sentiment de culpabilité vis-à-vis des propriétaires qu’il a amené dans cette voie si logique mais si différente.

Au bout du chemin, il y a un vin, certes en plus faible quantité, mais d’une exceptionnelle qualité que j’ai du plaisir à déguster pendant des moments de calme le soir avant le repas.

 

Souvent il s’est senti seul. On s’est beaucoup questionné sur le fait de savoir si la voie choisie était la bonne tellement elle est exigente. Il est sûr qu’il est peu confortable de se poser des questions sur tous les gestes, tous les détails, mais quand on vit réellement dans les vignes, comment faire autrement ?

Il est réconfortant qu’une personne qui ignore toutes ces péripéties ait ressenti dans le vin quelque chose d’exceptionnel à l’image d’une viticulture pour laquelle nous militons.

 

Plus que cela, je pense que Jean-Michel est un artiste dans son domaine. Il a de la sève dans les veines et c’est son sang qui coule dans les ceps des vignes. Que cette symbiose soit récompensée n’est que pure justice.

 

En fait, bien avant les dégustateurs, c’est la vigne qui a remercié Jean-Michel pour l’amour qu’il lui porte.

 

Pour peu que le bonheur survienne,

Il est rare qu’on se souvienne

Des épisodes du chemin.

G. Brassens.

 

par Corinne Comme publié dans : Etats d'âme
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Lundi 5 mai 2008

Comme prévu, nous avons préparé notre omelette à l'aillet du 1er mai.

Mais, cette année pour la première fois, les enfants n'étaient pas avec nous. Entrant dans une période de post adolescence, ils ont préféré occuper les 4 jours du week-end à rallonge avec leurs amis à Pauillac; en nous laissant aussi seuls avec notre travai!. Donc, pour la première fois depuis longtemps, Jean-Michel et moi étions seuls pour manger  l'omelette à l'aillet du 1er mai. Seuls, enfin pas tout à fait puisque mon beau-père, Yves de son prénom, gros mangeur devant l'éternel, passait par là lorsque l'ail a commencé à rissoler dans la poêle.  En insistant (un peu), il a accepté de partager avec nous ce petit déjeuner anti-fièvres.

Comme prévu, nous avons accompagné l'omelette d'une des dernières bouteilles de Liquoreux vieilles vignes qui nous restait. C'est fou car il suffit de ne plus avoir d'un vin en stock pour que tout le monde en veuille. Depuis que j'ai arrêté la commercialisation du millésime 2002, je n'arrête pas d'avoir des demandes pour ce vin.

 

 



Après nous avoir quittés, Yves allait finir de préparer le vin pour le repas omelette dans la salle des fêtes de Margueron. Beaucoup des participants sont des viticulteurs actifs ou retraités mais les vins servis sont rarement à classer parmi des monuments de l'œnologie. Mais en fait, ce n'est pas le plus important.

Pour une commune comptant environ 400 habitants, il y avait quand même 112 inscrits à l'omelette. Ce n'est pas mal, même si les repas de chasse rassemblent souvent pratiquement 200 convives!

Pour Yves, le repas commencé à midi a du se terminer vers 18 heures car il est arrivé chez nous vers 18 heures 30 pour nous dire qu'il "était obligé d'y retourner pour finir les restes". Quelle endurance!!! Lorsque je le vois de profil, j'ai l'impression que son ventre est sur le point d'exploser!


En ce qui nous concerne, Jean-Michel et moi, protégés des fièvres après l'omelette, sommes allés travailler dans la vigne une grande partie de la journée.

En fin d'après midi, Jean-Michel a entrepris la réparation de l'enjambeur dont une chaîne de transmission aux roues était cassée. Très chères chaînes dont le prix atteint des sommets : 700 € HT pour les deux roues. C'est cher, très cher.

Ayant redouté cette opération, j'ai été réconforté par la tournure positive des évènements. Jean-Michel s'en est sorti brillamment alors qu'il ne l'avait jamais fait. Comme souvent dans ces cas là, j'avais le rôle d'assistante.

Après tant d'années passées à ses côtés, je reste admirative devant l'adresse de mon mari. Son grand-père disait qu'il aurait pu faire tous les métiers (et qu'il avait choisi le pire). Au moins pour la première partie de la phrase, je suis totalement d'accord.

Il est un vigneron doté d'une grande intelligence sensible mais il aussi inventif et très adroit de ses mains. J'ai toujours beaucoup d'admiration pour lui et cela depuis la terminale au Lycée de Sainte-Foy !!!

Dans une autre vie, il aurait aimé être ébéniste, c'est dire.


Bref, grâce à lui, l'enjambeur a pu reprendre du service.

Les seuls bénéficiaires du retard pris pour les labours sont les animaux qui profitent de la vie dans nos vignes sans pesticide.

Les lièvres peuvent conserver leurs gîtes au pied des ceps entre deux touffes d'herbe (photo ci-dessous). Les chevreuils eux aussi y trouvent de la nourriture saine, à commencer par les boutons de roses supposés embellir les bouts des rangs.

J'ai aussi remarqué que les fleurs des quelques pieds de pissenlits sont mangées. Il reste la tige nue.

Il faut croire que cette fleur est aussi bonne pour le lièvre qu'elle l'est en tisane pour la vigne. Les animaux pourraient nous donner des leçons  sur beaucoup de choses!

Heureusement, nous avons pu faire à peu près tout ce que nous avions prévu pour les quatre jours du week-end. Les piquets sont distribués et enfoncés, le travail du sol a enfin pu commencer...

Nos tracteurs n'ont pas chômé eux non-plus ; Jean-Michel avec l'un, moi avec l'autre. Dans ce domaine, le gros du travail reste encore devant nous. C'est la prochaine étape.

Le premier traitement de la saison a lui-aussi été réalisé. Pour faire suite à l'un de mes commentaires précédents, j'ai pris en photo la lessiveuse qui sert à la préparation des tisanes. Après macération, le jus est filtré dans un tamis. Ce dernier connait deux vies dans une année. L'été, il est utilisé pour les tisanes et pendant les vinifications, il recueille les grains de raisins échappés des cuves pendant les remontages. C'est un des avantages du bio; la tisane pourrait tout aussi bien être administrée à un humain. Elle contient de l'ortie, bien-sûr mais aussi de l'osier, du fenouil, du laurier,... C'est un peu comme le pastis, il ne faut pas tout dévoiler!

 

Autour de nous, tous les paysans ont eux aussi profité du beau temps pour aller dans leurs parcelles de vigne, de prés ou de céréales. L'agriculture ne connait pas de jours fériés. C'est le travail et le temps qui commandent. Les gens de la terre ne s'en plaignent jamais.

Même si les journées sont souvent longues, on ne s'ennuie pas dans nos vignes. Au-delà des animaux, il y a toutes les plantes. J'ai pris quelques clichés pour un prochain billet (il y en a tellement que ce serait trop long).

Lorsqu'on a la chance de pouvoir labourer la terre, l'odeur reconnaissable entre toutes, nous donne un message d'espoir. Tout amateur de vin devrait au moins une fois dans sa vie suivre la charrue qui laboure une parcelle de vigne. Il se transmet des sensations qui ne se décrivent pas. Et puis, la vie est partout. Des dizaines, des centaines d'insectes différents qui participent au grand cycle de leur espèce mais aussi à l'équilibre de la parcelle.

Du moins, c'est valable chez nous, îlot isolé dans une situation moins favorable. Ainsi, depuis mon tracteur, je voyais un voisin finir de préparer ses terres pour un semis. Derrière lui, aucun oiseau pour profiter des insectes et autres vers mis à jour par la charrue. La raison ? Cela fait longtemps qu'il n'y a plus rien dans ce sol là. Je mentirai en disant qu'il n'y avait pas d'oiseau. En fait, un moment après le passage du tracteur, il y avait un corbeau noir, comme un présage de l'état de la nature à cet endroit...

par Corinne Comme publié dans : Vie du Domaine
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