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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 07:27

Mon but n'est pas de choquer les viticulteurs en vignes hautes et larges que je prends plutôt pour des victimes mais de vous faire partager mon point de vue.

Ces vignes sont nées à une époque différente après les gelées des années 50. Les vignobles ont commencé à être restructurés d'abord en arrachant un rang sur 2 et en augmentant la hauteur de la souche sans forcément changer le palissage. La mécanisation était plus facile. Effectivement, les coûts de production ont fortement baissé et la résistance au gel était bien meilleure.

A l'époque la question de la qualité des vins était secondaire et la concurrence d'autres pays n'existait pas.

 

Depuis, les choses ont beaucoup évolué. Le marché du vin est devenu mondial par la production et la consommation. Le niveau de qualité requis est très haut. Les consommateurs sont plus exigeants, boivent moins et meilleur.

C'est là que les vignes larges se trouvent inadaptées.

L'interprofession a trompé les producteurs en favorisant cette viticulture.

Le niveau de concentration des vins est plus faible. Ses défenseurs attestent qu'avec un rendement moindre, elles sont capables de générer des vins concentrés.

Mais quel est l'intérêt d'une vigne "économique" à cultiver si elle ne doit produire qu'une demi-récolte.

Pour une production normale, le nombre de bourgeons nécessaire est tellement important qu'il n'y a pas la place pour tout le monde le long du fil de fer.

On a donc conseillé pendant des années les pliages en arcure en partie pour limiter l'entassement. Dans ce cas, il n'y a plus assez de feuilles pour produire des sucres.

 

A la lumière de ces constatations, les "techniciens" préconisent maintenant des "pliages à plat". Effectivement, il y a plus de feuilles mais toujours pas assez de place sur le fil pour recevoir tous les bourgeons donc des entassements importants. Il y a bien la possibilité d'avoir moins de bourgeons mais à ce moment là, il n'y aura pas assez de vin.

 

Dans un contexte de recherche de qualité, les vignes larges cherchent donc à résoudre la quadrature du cercle. C'est pour tout cela que je ne les aime pas.

 

Ces vignes n'ont pas été prévues pour le travail du sol mais pour l'usage du désherbant chimique.
La tendance actuelle de retour aux labours n'est pas aussi facile dans ces vignes dont les rangs très éloignés les uns des autres rendent ce travail fastidieux.

Enfin, les ceps de ces vignes larges ne vieillissent pas car les vigueurs sont importantes et génèrent donc des maladies.

 

Progressivement, elles devraient disparaitre du paysage viticole bordelais. Beaucoup de viticulteurs replantent maintenant avec des densités plus importantes.

 

J'ai cependant toujours un pincement au cœur en pensant à toutes ces parcelles sacrifiées il y a quelques décennies sur l'autel du modernisme et qui après un passage par les vignes larges se retrouvent à nouveau avec des rangs plus étroits. Leurs jeunes ceps nécessiteront plusieurs décennies pour produire de nouveau des vrais vins concentrés. Quelle perte de temps et de capital viticole.


Vous ne pensez pas qu'il y a du gâchis dans l'air et qu'il ne faudrait pas toujours suivre les conseils des conseillers!

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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 09:25

Effectivement, sûrement pour la première fois depuis la pousse active de la vigne, nous avons pu traiter sans avoir les roues chargées de boue et la menace constante de ne pas pouvoir atteindre le bout du rang.

Certes, le sol était encore particulièrement humide pour la saison et la terre collait toujours aux roues. Mais, lorsqu’on s’est habitué à bien pire, on profite à fond de tout évènement positif …ou moins négatif.

Comme toujours, dans ces cas là, on pense que le beau temps ne peut pas nous quitter et qu’il va durer jusqu’aux vendanges (incluses) avec juste les petites pluies nécessaires à la vigne au bon moment, mais pas plus.

Et bien non, les tracteurs étaient à peine refroidis que de nouveaux nuages chargés de pluies arrivaient. Le pluviomètre a encore collecté 16 mm. Il devrait faire valoir ses droits pour une retraite anticipée car il est particulièrement sollicité ces temps-ci !!

 

Une fois de plus, il a fallu regarder la pluie tomber en espérant qu’il ne s’agisse que de pluie et que les précipitations soient « normales ».

Dans les reportages télévisés, on comprend que dans notre malheur, il y a toujours bien pire. Ceux qui ont subi 300 mm en 1 heure sont en fait bien plus à plaindre que nous.

Dans une moindre mesure, Saint-Émilion a du aussi supporter dans précipitations hors normes.

Certains mettront facilement en avant le réchauffement climatique. Je ne pense pas qu’il s’agisse de la vraie raison. Un jour prochain, j’aborderai ce sujet délicat et qui génère les divagations les plus extrêmes.

Heureusement, cette fois-ci, je n’ai pas entendu parler de vignobles touchés par la grêle.

 

Les jours de pluie ont au moins un avantage. Ils permettent de recevoir des invités sans avoir à regarder sa montre (ou la vieille comtoise car je n’ai jamais de montre).

Un visiteur passionné de biodynamie avait pris rendez-vous pour voir comment nous mettons en œuvre cette technique, ou système de pensée. Comme chaque fois, la discussion a duré longtemps, très longtemps…

Notre invité a semblé satisfait de constater que notre conception de la biodynamie s’apparente avant tout à du bon sens et que les grandes tirades ésotériques n’ont rien à faire chez nous.

Pour accompagner nos propos, nous avons choisi un Petit-Champ blanc 2005 qui extériorise parfaitement les changements intervenus dans nos vins depuis notre « basculement » dans la biodynamie.

Certains diront que nos interlocuteurs sont avant tout convaincus. Mais j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de consommateurs sensibilisés à notre mode de pensée, c'est-à-dire celui qui privilégie le respect de la vie et des équilibres petits ou grands.

 

Après quelques années de pratique, on commence à ressentir les changements, dans le vin bien sûr, mais aussi et surtout dans la vigne. Effectivement, les parcelles sont différentes maintenant. Il se produit beaucoup de petits changements, des changements subtils qu’il faut apprendre à percevoir. C’est toute une éducation ou rééducation de nos sens qu’il faut pratiquer.

J’ai cependant l’impression que les messages à recevoir sont bien plus nombreux que ceux déjà perçus. En ce sens, c’est une véritable leçon d’humilité.

 

Pour en revenir à la vigne, elle résiste particulièrement bien aux conditions climatiques défavorables. La gelée de début avril ne parait plus. Les feuilles sont superbes et respirent la bonne santé. La présence de mildiou est limitée au strict minimum. En cherchant bien on finit par trouver une tache ; c’est juste pour nous montrer que quand il y en a, on est capable de les trouver, même en très faible quantité.

En étant tout à fait honnête, c’est presque inespéré car les orages et les sols détrempés nous ont contraint à quelques « impasses » dans la protection il y a quelques semaines.

Que se passera-t-il dans l’avenir ? Je n’en sais rien. Pour l’instant, je savoure la vision de ce vignoble certes humide mais qui respire la santé et la bonne humeur qu’il me la communique.

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 08:26

Pourquoi un tel titre me direz-vous?

Vous vous souvenez sûrement de ce film dans lequel il était question de risquer la vie de plusieurs soldats pour aller en sauver un.

J'avoue que la logique élémentaire devrait permettre de ne pas avoir à aller sauver des abeilles tant ces insectes sont indispensables. Pourtant, la réalité est toute autre...

 

J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour ces insectes travailleurs qui, avec la nature, arrivent à fabriquer milles choses dont le miel n'est que la partie la plus connue mais pas forcément la plus intéressante.

 

Je n'ai jamais vraiment envisagé de posséder une ruche sur le domaine. Cependant, cette idée traine dans l'esprit de Jean-Michel depuis plusieurs années.

Je pense qu'un jour, il franchira le pas. Il a déjà lu un livre sur ce sujet; la mise en pratique n'en serait donc que la stricte continuité.

Il semble tenir ce gène de son grand-père qui en a toujours eu. Mais un jour, dans les années 70, la ruche a été renversée et la colonie est morte. Un chercheur de champignon ou un chasseur avait du s'approcher trop près au point de se faire piquer. Fort intelligemment, il a renversé la ruche pour se venger. Depuis, il n'y a plus eu de ruche au Champ des Treilles.

Dommage car j'adore le miel.

 

Si je vous parle aujourd'hui des abeilles, c'est pour une toute autre raison.


Les apiculteurs sont sinistrés par les dommages "collatéraux" de l'industrie chimique, ou plutôt de l'"agropharmacie" pour faire plus scientifique, plus moderne et donc plus respectable.

Donc, ils ont décidé de réagir et se sont organisés pour mieux faire connaître leur métier et ses spécificités. http://www.unaf-apiculture.info

 

Il a donc été créée une charte appelée "Abeille sentinelle de l'environnement" pour sensibiliser les gens à la destruction des populations par les activités humaines. http://www.abeillesentinelle.net/

 

On envisage de positionner des ruches dans des endroits "écologiquement" sensibles pour apprécier la dégradation de l'environnement à travers les abeilles. Je ne sais pas comment va fonctionner l'étude. Va-t-on enregistrer périodiquement la mortalité des insectes pour conclure à un moment donné à une dégradation de la nature? Va-t-on mesurer dans le miel les pesticides utilisés localement pour décider à partir de quel moment le miel devient réellement impropre à la consommation?

Il semble que les abeilles soient beaucoup plus heureuses et plus productives dans le centre de Paris que dans nos vertes campagnes. C'est effrayant pour l'état de nos campagnes.

 

Je ne suis pas en charge de ce dossier à laisser aux scientifiques mais j'ai envie de poser une question à tous les intervenants autres que les apiculteurs car ces derniers ne font que subir les pollutions depuis des années.

Pourquoi ne pas arrêter de dégrader l'environnement au lieu de mesurer comment et à quelle vitesse on le détruit?

J'ai l'impression qu'un enfant de 5 ans se poserait cette question anodine sans qu'on ait besoin de la lui souffler.

 

Rappelez-vous du produit tueur d'abeilles. Pendant des années les apiculteurs l'ont dénoncé sans succès. Ces pauvres gens, qui subissent des centaines de pesticides divers et variés n'ont pas pu accuser ce produit sans raison. Au bout de quelques temps, il a changé de nom et de marque. Là, miraculeusement il est devenu blanc et au dessus de toute critique. Qui pourrait croire cela?

Concernant la santé humaine, que faut-il en penser? C'est un produit qui a été appliqué sur les graines de semence. Lorsque la plante a poussé, les abeilles qui butinent le pollen en meurent ! Et on nous dit qu'il n'y a pas de risque pour notre santé lorsque les graines ont été pressées pour un extraire de l'huile.

C'est impressionnant car à force de le dire, ils doivent même finir par le croire!

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 12:15

Hier soir, j'ai appris par Jean-Michel la mort subite d'un des deux propriétaires de Pontet-Canet, Monsieur Gérard Tesseron.

 

J'ai bien-sûr eu l'occasion de le côtoyer quelques fois car c'était un homme très discret.

Je ne tiens pas à faire une apologie funèbre et convenue suite à sa mort.

 

Je voulais simplement dire que c'était un vrai homme gentil, accessible et simple malgré l'importance de son patrimoine.  Il ne connaissait pas la méchanceté.

 

Je voudrais humblement faire part de mes condoléances à sa famille et plus particulièrement à sa belle-mère Madame Guy Tesseron qui l'a élevé comme son propre fils et qui connait aujourd'hui le drame injuste de la perte d'un être aussi cher et plus jeune que soi.

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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 09:57

Je viens de recevoir un caviste, client  de longue date venu refaire son stock des différentes références que je propose. Lors de la discussion qui ne manque pas d'arriver lorsque ce passionné vient chez nous, il a été question de l'image des Bordeaux dans sa région, en l'occurrence la vallée de la Loire.

Vous pouvez vous en douter, elle n'est pas très bonne. Certes, on peut dire que c'est aussi une région productrice et qu'il y a une sorte de chauvinisme local bien compréhensible.

Malheureusement, je ne pense pas qu'il s'agisse de la principale cause du désintérêt pour les vins de Bordeaux dans notre pays.

Chaque fois que je sors, je fais la même constatation en écoutant ou en observant les gens. Beaucoup évitent Bordeaux quand ils ne critiquent pas ouvertement.

Les qualificatifs qui reviennent très souvent sont "cher" et "pas bon".


Je précise toutefois que la clientèle en question est celle visée par les "petits Bordeaux" et pas celle des grands crus.

Bien-sûr, il y a les habitués, ceux qui consomment une marque et qui lui font pleinement confiance. Heureusement, il y en a et finalement ils sont assez nombreux.

 

Mais je parle de l'approche que les gens ont vis-à-vis des vins de la région. Très souvent, lors de dégustations, j'ai vu les consommateurs se détourner des Bordeaux et passer du Côtes du Rhône aux vins du Sud-ouest ou du Roussillon, pourtant plus chers, en "sautant" le Bordeaux. Parfois, les gens sollicités pour un Bordeaux le refusent carrément.


Est-ce un effet de mode ? Peut-être.

Mais au-delà de l'autosatisfaction des responsables des appellations concernées, il y a un vrai problème.

Je pense que Bordeaux a tué la poule aux œufs d'or ; ou du moins la poule est tellement en mauvaise santé qu'elle ne peut plus pondre, pas même des œufs normaux.

Que faire pour redresser la situation ?

C'est difficile à dire. Sûrement se remettre en question et faire des efforts, des vrais. Mais Bordeaux, c'est un peu comme la France. On sait qu'il y a un problème mais on n'est pas d'accord pour que les efforts passent pas soi-même.

 

Dans mon coin, je n'ai pas l'impression de démériter car j'ai le sentiment que les amateurs de mon type de viticulture sont de plus en plus nombreux.
Il faut vaincre le courant contraire que nos appellations locales ont elles-mêmes généré. C'est un peu plus dur que dans l'eau parfaitement calme.

J'en arrive à me poser une question : est-ce l'appellation qui compte ou tout simplement la marque présente sur la bouteille ?
Pour ma part, j'opterais plutôt pour la seconde solution. C'est du moins comme cela que je positionne nos vins. Ils sont avant tout nos vins, certes issus de leur région, celle qui les a fait naitre, mais aussi et surtout de mon cœur, mon âme et ceux de Jean-Michel.

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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 07:15

Je ne vais pas vous raconter une fois de plus nos mésaventures météorologiques car le sol n'a pas le temps de sécher avant une nouvelle pluie.

Pour avoir des informations sur la vie du viticulteur sous la pluie, il suffit de se reporter à de nombreux billets précédents qui traitent de ce sujet...

Mais la pluie a aussi du bon car elle permet parfois d'arrêter de travailler pour se détendre.

A ce titre, je voulais vous parler d'une très jolie ville : Bergerac.

Lorsque nous habitions chez nos parents, notre "centre économique" local était bien entendu Sainte-Foy La Grande. Il y avait de nombreux magasins et on y trouvait presque tout.

Cependant, quand on en était rendu au "presque" et qu'il fallait un article introuvable sur place ou tout simplement un choix un peu plus large, on se tournait vers Bergerac.

Les commerces y étaient très nombreux.

Puis, après la mort de ma belle-mère et la reprise du domaine, nous avons surtout passé du temps à travailler.

Mais récemment, nous avons recouvert Bergerac qui s'est entre-temps embellie. La vieille ville a été restaurée pour le développement du tourisme.

Un parking gratuit  est aménagé sur les quais pavés de pierres.

De là, il est même possible de faire une promenade en gabare sur la Dordogne. Ces bateaux à fond plat étaient autrefois utilisés au transport de marchandises du haut pays jusqu'à Libourne et Bordeaux. Ils amenaient entre-autres les bois de châtaignier destinés au cerclage des barriques. Ils étaient équipés d'une petite voile et descendaient avec le courant. Par contre, la remontée se faisait avec des bœufs qui tractaient les bateaux le long de "chemins de halage". Il devait falloir beaucoup de temps pour rejoindre Souillac depuis Libourne!


Toutes les villes traversées constituaient donc des étapes pour les gabariers.

Les quais de Bergerac, mais aussi ceux de Sainte-Foy sont les témoins encore vivants de cette époque.

Fort logiquement, la vieille ville se trouve en face et à proximité immédiate des quais.


Les vieilles maisons à colombages et les vieilles pierres font penser à la fois à Sarlat et à Saint-Emilion.



Il y a aussi de petites ruelles tortueuses et de fortes pentes.

En étant tout à fait objectif, ce n'est pas aussi grand que ces deux villes phares, mais l'ambiance y est très détendue. La sensation d'être dans une usine à touriste n'existe pas contrairement aux deux grandes sœurs.

 
La municipalité a fait de vrais efforts pour la mise en valeur de ce patrimoine et je l'en félicite.


Vous remarquerez que je vous ai épargné la statue de Cyrano!!!

Puis, à quelques mètres de là, la ville moderne avec ses boutiques, reprend ses droits. Il y a tous les magasins d'une ville de cette taille. On a deux villes en une !

On y trouve de tout et pas seulement des souvenirs ou des magasins de vins.

Pour les amateurs de vins, il y a aussi les vignobles à proximité. Comme partout, il y a de tout, du médiocre, du moyen et du très bon. Ces derniers, tout le monde les connait et ils n'ont pas besoin de ma modeste publicité. On peut citer, Tour des Gendres, Les Verdot de notre ami David Fourtout, Tirecul la Gravière à Monbazillac et plusieurs autres. Je me dois aussi de citer Moulin-Caresse (Montravel) même si la localisation de ce domaine est plus proche de chez nous que de Bergerac.

Je vous invite donc à vous arrêter à Bergerac si vous avez l'occasion d'aller en Dordogne. Vous y passerez quelques instants de vérité avec les vieilles pierres.

C'est ouvert tout le temps et pas seulement lorsque les vignes de Champ des Treilles sont trop humides pour y travailler...

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Corinne Comme - dans Divers
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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 09:27

Certes, le titre est un peu provocateur mais il reflète bien notre état d'esprit face au problème des maladies et particulièrement des maladies du bois, véritables cancers des ceps de vigne.

 

Il y a quelques jours, je vous parlais du chantier de complantation. Certes, remplacer les ceps morts dans l'année est une opération indispensable à la pérennité de la parcelle, mais on devrait se poser la question fondamentale du pourquoi d'une telle mortalité. J'ai pris un cliché d'une parcelle de vignes hautes et larges pour illustrer mon propos. Je n'ai pas la prétention de dire que c'est bien mieux chez moi. Mais dans l'exemple choisi, les jeunes plants sont protégés des désherbants chimiques par des manchons plastiques. Il est donc plus facile de se faire une idée de la situation que dans mes parcelles labourées qui n'ont pas ses appendices colorés.

 

Effectivement, on constate depuis quelques décennies que les maladies du bois sont en recrudescence. Donc, en grands scientifiques devant l'éternel, on tente de trouver le produit chimique qui va enfin éradiquer le champignon responsable. En fait, on s'est rendu compte assez vite que la situation n'est pas aussi simple et qu'il n'y a pas qu'un seul pathogène mais plusieurs qui se succèdent ou agissent ensemble ou séparément...

On aura payé des générations de chercheurs à ne faire que chercher et ne rien trouver de concret pour le viticulteur.

 

Vous l'avez compris, on ne sait pas grand-chose en vérité. Et puis, quelle importance?

 

Pour ça comme pour beaucoup d'autres choses, on a oublié l'essentiel c'est-à-dire se demander pourquoi on en est arrivé là. Qu'est-ce qui a changé dans notre viticulture pour en être rendu à se poser la question de la survie même de certains cépages?

C'est tellement logique que le formatage de notre pensée nous fait passer à côté de ce bon-sens élémentaire.

 

Evidement, je suis persuadée qu'il existe un lien étroit entre l'évolution des maladies du bois et les changements intervenus dans notre viticulture.  Si j'avais la réponse exacte, je pourrais prétendre au prix Nobel. Malheureusement, il nous reste de fortes présomptions. On peut citer pêle-mêle, les produits phytosanitaires, les désherbants, les engrais chimiques, les clones productifs,...

On peut aussi ajouter des raisons plus subtiles comme la volonté de voir certains cépages dans des zones où ils n'auraient jamais du se trouver, les techniques de taille propres et génératrices de grosses plaies inutiles,...

Comme toujours, rien n'est vraiment fondamental mais tout compte.

A la fin, il y a des ceps qui meurent tous les ans, des vignobles qui rajeunissent dangereusement. Bref, un vrai patrimoine qui s'en va...

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 09:12

C’est avec grand plaisir que je viens de recevoir un négociant, nouveau pour nous, accompagné de l’un de ses acheteurs danois.

Chez nous, les visites sont avant tout des moments de vrai convivialité car maison et salle de dégustation ne font qu’un. C’est un choix personnel car nous avons notre authenticité à proposer en plus de la qualité des vins.

 

Arrivés en fin de matinée les invités se sont tout de suite sentis en confiance en découvrant leur drapeau national déployé pour eux, dans ce petit bout de bordelais loin des fastes des grands crus.

 

Après la traditionnelle visite du vignoble qui est pour nous un passage obligé et la visite des chais, nous avons commencé la dégustation des vins, confortablement installés dans les canapés du salon.

C’était un moment à la fois professionnel mais aussi familial car le client était venu en famille.

Avant chaque visite, j’ai toujours l’appréhension de la rencontre avec des personnes inconnues qui pourraient s’attendre à trouver un cru prestigieux au lieu d’un modeste domaine.

Tout le monde était très détendu et le déjeuner qui a suivi fut agréable et amical.

Le client qui avait déjà dégusté la gamme avec le négociant a redécouvert certains vins au moment du repas. Il a donc retenu une commande complète.

Ceci me ravit car je cherche avant tout à faire, non des vins de concours mais des vins à boire …si possible jusqu’à la dernière goutte.

 

Le client orienté exclusivement vers les vins biodynamiques a vu sa vie bouleversée il y a quelques années par une émission télé consacrée à la différence entre les aliments « conventionnels » et les aliments biodynamiques. Ce fut une révélation pour lui. Instantanément, il a vidé ses placards et son frigo tous les aliments jugés « nocifs » à la santé.

A la suite de cela, il a changé de vie et de métier pour se consacrer aux vins biodynamiques.

 

Les premières commandes étaient pour des vins biodynamiques …mais de piètre qualité. La distribution était du vrai bricolage.
Depuis les choses se sont améliorées ; les vins biodynamiques aussi !

 

Même si notre orientation vers le bio et la biodynamie s’est faite avant tout pour des questions de sensibilité, il faut reconnaître que pour un domaine tel que le notre, le fait de proposer des vins bio constitue malgré tout une avantage commercial de plus en plus évident au fur et à mesure que le temps passe.

 

Bien sûr, il faut avant tout que les vins soient bons et d’un bon rapport qualité-prix ; ce qui semble être le cas pour nos vins.

 

Mais étant bordelais de fait et de cœur, nous vivons avec une certaine amertume le fait que très peu de maisons de négoce locales s’intéressent à de petits châteaux comme les nôtres.

 

Notre distribution passe très rarement par la « place bordelaise ».

 

D’une certaine façon, je le comprends car vendre du Champ des Treilles nécessite avant tout de croire au projet mais aussi de faire beaucoup d’investissement de promotion pour une marque inconnue, des volumes faibles et des prix bas. Il faut donc aller chercher le client, le convaincre.

Il est beaucoup plus intéressant pour eux d’essayer d’avoir des allocations de Grands Crus qui sont des vins connus dans le monde entier, qui sont très demandés et qui ont de prix élevés donc des marges dans le même sens.

 

Mais lorsqu’on fait ce métier, on ne vend pas un produit comme un autre et le fait de résumer son activité à de simples marges est très restrictif.


De plus, rares sont les négociants qui sont capables de ressentir l’âme et la passion qu’il y a dans nos vins. Je ne parle même pas de la sensibilité bio et encore moins biodynamique car ces philosophies ne font pas (encore) partie du paysage local.

 

Bref, il faut se retrousser les manches pour promouvoir nous-mêmes nos vins. D’un autre côté, qui mieux que nous peut parler de nos vins avec autant de passion ?

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 08:12

Dans un vignoble, il y a toujours quelque chose à faire,...du moins si on le souhaite.

On nous a appris à voir la mécanisation comme la solution à tous les problèmes. C'est peut-être vrai chez certains mais nous voyons avant tout notre métier comme une succession de gestes manuels, précis qui font la différence à la fin par rapport à une approche industrielle des choses.

Fréquemment, dans nos terres argileuses, l'eau creuse dans les sentiers des sillons qu'il convient de supprimer.


La dernière chose à faire est d'utiliser un engin de terrassement qui en supprimant l'herbe, laisse la terre nue donc très exposée au ravinement.

C'est l'herbe qui "tient" le sentier.

Quand je vois encore très souvent des "tournières" de vignes entièrement désherbées chimiquement, je ne peux pas m'empêcher de penser à la misère intellectuelle qui s'est emparée des nouvelles générations de viticulteurs.

Chez nous, la solution passe par la disposition de pierres dans les rigoles. Heureusement, la nature nous offre à profusion ces pierres dures qui se trouvent à même le sol dans les vignes et les champs.

Autrefois, elles constituaient le matériau de construction. Notre maison et nos bâtiments anciens sont uniquement réalisés avec ces moellons assemblés avec de la terre locale. Dans les forêts alentours, des trous creusés semblent être des zones d'extraction de cette argile. Je suppose que toutes les terres ne se valaient pas pour ce travail et tout comme pour la vigne, il devait y avoir des "terroirs" privilégiés pour la construction.

Il existe à  l'état naturel toutes les tailles et toutes les formes de pierres. En général elles sont directement utilisables pour constituer des murs en moellons. Il suffit de les ramasser.

De ce fait, dans le passé, les maisons ressemblaient à leur région car issues de la région elle-même. On ne voyait donc pas du style basque ou provençal ailleurs que dans ces zones.

Malheureusement  pour notre époque, malgré les contraintes légales, on peut "admirer" des choses surprenantes...

Pour en revenir à nos sentiers, il convient de choisir les "cailloux" avec attention. Les formes plates sont particulièrement adaptées; c'est une chance car il y a surtout des formes plates.

Nous utilisons un stock de pierres ramassées par mes beaux-parents il y a quelques années après une plantation.

Puis on les dispose au bon endroit, dans le sens qui convient, une par une pour combler le trou sans faire un monticule à la place. On constitue donc une sorte de dallage.

Puis, à l'aide d'une masse, on casse les moellons en morceaux plus petits afin de les marier plus finement à la terre.


A la prochaine pluie, l'eau déposera des sédiments entre les cailloux et consolidera de ce fait la zone.


L'eau est donc un outil que l'on va utiliser pour la combattre. C'est magique!

Cela reste avant tout un vrai travail de fourmis qu'il faudra renouveler dans un ou deux ans en fonction des pluies et du nombre de passage de tracteur en conditions humides.

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 07:32

C'est encore la période de plantation de tomates dans les jardins. Pour s'assurer une production future abondante et durable, c'est-à-dire jusqu'aux premières gelées, il existe une technique très simple à mettre en œuvre.

Une fois de plus je vais vous parler d'orties. A force, vous aurez compris que cette plante est vraiment magique, tant ses bienfaits sont nombreux.

Et encore, je ne vous dirai rien de ses qualités, au même titre que le chanvre ou le lin, pour en faire du tissu.

Une fois que le sol est préparé à la plantation, il faut mettre le piquet, tuteur du futur plant de tomate.

Là, au pied du piquet, à l'endroit même où va être le plant, on fait un trou d'une dizaine de centimètres de profondeur et de la taille d'une bouteille de vin.


Puis on y place une poignée d'orties fraiches. Il suffit de couper 5 à 6 tiges puis de les plier en 2.

Ensuite on place les orties dans le trou avant de reboucher.


Enfin, on plante le pied de tomate directement au même endroit.



Il ne faut bien sûr pas hésiter à arroser abondamment dès que la plantation est faite.

Nous utilisons cette technique de plantation pour la tomate depuis plusieurs années et les résultats sont spectaculaires.

Même en 2007, année favorable au mildiou, particulièrement en Médoc (...) nous avons eu de belles tomates jusqu'à la fin des vendanges et sans aucun traitement.

Pour le jardin potager (sinon partout ailleurs), nous sommes devenus un peu "biocon", c'est-à-dire que l'on ne traite pas du tout, même pas à la bouillie bordelaise.

L'an dernier, Jean-Michel a planté ses tomates sur orties puis à la fin, il lui restait 3 pieds qu'il a préféré garder pour remplacer d'éventuel pieds morts après repiquage.

Ces 3 pieds ont été mis en terre à quelques dizaines de centimètres des autres pieds.

Finalement, aucun pied n'a du être changé donc les 3 "remplaçants" sont restés en place.

Lorsque les attaques de mildiou sont arrivées en juin-juillet, ils ont été ravagés par la maladie alors que les autres étaient pratiquement indemnes!


Quand je vous dis que l'ortie est magique!!!

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Corinne Comme - dans Divers
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le blog de Corinne Comme

En créant ce blog,  je souhaite faire partager une certaine approche de notre métier de vigneron afin de réhabiliter le mot « paysan ». Au-delà de son rôle dans la production de denrées alimentaires, il doit aussi être le gardien d’un savoir ancestral et faire le lien entre la nature, les animaux et l’humanité. Il est l’observateur et le garant des grands équilibres de la vie. C’est une tache prenante et passionnante qui s’accompagne de joies, de peines et de moments de doutes.

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